‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 46 sur 336 · I. Olleris, op. cil, p. ccin · texte numérisé non relu

I. Olleris, op. cil, p. ccin

a. PicAVET, op. cit., p. igi-iga.

3. Voir H. DE l'Epinois, le Gouvernement des papes dans les Etats de C Eglise, un vol. in-i3, Paris, i866, p. 35 ; Sartort, Sloria/legislazione e stalo aitaale dci feadi, Venise, 3eédit., 1867 ; Poggi, dans Archivio storico, nuova ser., Vî, 37.

Jugement

général sur

Sjlveslre 11.

L'histoire n'a pas toujours rendu justice à ce grand pape. Baronius, trompé par les calomnies de quelques anciens chroniqueurs, Ta jugé sévèrement. Mais le xix" siècle a reconnu la grandeur de son œuvre; et l'un des historiens qui ont le plus attentivement et le plus impartialement étudié Sylvestre II, M. Julien Havet, a pu écrire de lui : « 11 fut toujours bon et généreux, autant que loyal et intègre. Dans toutes les charges dont il fut successivement revêtu, on ne saurait, je crois, citer un seul acte de son autorité ou de son influence qui ne lui ait été dicté uniquement par le sentiment de son devoir, par le zèle pour la justice ou par le souci du bien public *. »

Le rôle

de Sylvestre II

dans le

mouvement

de la civilisation

à la fin du x® siècle.

Les grands

hommes

de

ccUe époque

Labéon Not-

ker.

Sylvestre II fut le plus illustre, mais non pas le seul représentant de la science, de l'art et de la sainteté à la fin du x* siècle. On a parfois attribué la renaissance religieuse et intellectuelle de cette époque à la sécurité qui suivit la prétendue panique universelle Cè l'an mille; mais nous verrons qu'elle devança cette date. Avec plus d'apparences de raison, on a voulu en faire honneur à la dynastie des Ottons. Il est vrai que les trois empereurs de ce nom, hantés par l'ambition d'imiter Gharlemagne, cherchèrent à grouper autour d'eux les hommes éminents de leur époque. Gomme on avait vu Alcuin, Théodulphe, Clément, Claude de Turin, Paul Warnefried, accourir autour du grand empereur franc, on vit arriver à la cour des Ottons l'Italien Gunzan, les Anglais Faranol, Marc-Allan, Fingard et Meinwerk, les Français Adalbéron et Gerbert ; mais ils ne firent qu'y apparaître ; les centres du mouvement ne furent point là ; ils se formèrent autour des grandes abbayes de Saint-Gall, de Gluny, de Fleury, surtout autour de Gerbert ; et c'est ce dernier qui doit en avoir la principale gloire.

Quand Sylvestre II prit possession du siège de saint Pierre, Labéon Notker, presque aussi célèbre que son devancier Notker le Bègue, s'acquérait une immortelle renommée par ses ouvrages de mathématiques, de musique et de poésie, dans le couvent de Saint-Gall * ;

I. Julien Havet, Lettres de Gerbert, un vol. in-8% Paris, 1889, Introduction, p. xxxvm.

a. Il ne nous reste qu'une partie des œuvres de Labéon Nolker. Ces œuvres occupent le premier rang parmi les sources du haut allemand, (Djc/. de ihéol. de Wetzer et Welte, Irad. Goschler, t. IX, p. 268.)

LE PROTECTORAT IMPERIAL

saint Odilon, « l'incamalion de toutes les vertus de son ordre et de son époque* », gouvernait le monastère de Gluny, et Abbon, non moins célèbre par sa science que par sa sainteté, dirigeait, près d'Orléans, les moines de Fleury; mais l'école de Reims, où l'écho de la voix de Gerbert résonnait encore, était alors un foyer de science plus éclatant 2. C'est là que, vers l'an mille, un ancien élève de Gerbert, le moine Richer, écrivait, en un sl^le remarquable de vie, de couleur et d'entrain, ses Historiœ, dont la découverte,. en 1 833 ^, a renouvelé l'histoire du x" siècle *.

A la même époque, de grandes œuvres anonymes prenaient une portée plus haute encore.

La plupart des archéologues font commencer à la fin du x*' siècle l'architecture romane. Voici quelle en fut l'origine. « Avec leurs hautes tours, qui appelaient le feu du ciel, leurs charpentes apparentes et leurs tentures, qui aidaient à la propagation rapide des flammes, les églises carolingiennes les mieux construites étaient sans cesse exposées, même en temps de paix, à être réduites en cendres *. » Les invasions des Normands, qui pendant plus d'un siècle promenèrent le pillage et l'incendie dans les plus riches provinces ; puis les guerres féodales, qui replongèrent l'Europe, au x' siècle, dans létat d'insécurité et de barbarie dont le génie de Gharlemagne l'avait tirée ; enfin la mauvaise exécution de la plupart des édifices rebâtis ou restaurés hâtivement après le passage des Normands, aggravèrent le péril. Les chroniques de la fin du x® siècle sont remplies du récit des catastrophes qui anéantissaient en quelques heures les plus beaux monuments. En 976, le feu dévaste la célèbre abbaye de Saint-Martial à Limoges; en 988, celle de Charroux, en Poitou, est victime d'un sinistre pareil ; en 992, un incendie consume l'abbaye du Mont- Saint-Michel ; en 997, la basilique de Saint-Martin de Tours et vingt-deux autres églises périssent de la même manière ^. Le nombre et la gravité de ces désastres, qui coûtèrent parfois la vie à des cen-

1. A. Baudrillart, Cluny et la papauté, dans la Rev. prat. cTapol., 1910, t. XI, p. i4.

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