‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 6 sur 336 · GERMANIQUE · texte numérisé non relu

GERMANIQUE

Pour qui eût mis toute sa confiance dans les combinaisons d'une

organisation politique, la suprématie de la papauté était assurée au

Situation milieu du x* siècle. Jean XII n'était pas seulement pape ; il était,

de la papauté comme héritier d'Albéric, le chef de la famille la plus en vue de

au milieu i, . . . i , .

du x« siècle. 1 aristocratie romaine ; plus encore, une sorte de prince temporel dans la Ville éternelle. Son père avait joué à Rome, avec l'assentiment tacite de la population, un rôle de potentat. On l'avait vu se donner les titres de Princeps et de Senaior omnium Romanorum. Son nom avait figuré sur les monnaies conjointement avec celui du souverain pontife, remplaçant celui de l'empereur byzantin *. Jean XII, par cela seul qu'il obtenait le pouvoir ecclésiastique suprême au moment où il devenait le chef de la plus puissante des familles de Rome, semblait éteindre cet antagonisme de la noblesse et du clergé qui avait été la cause de tant de troubles. Le nouveau pape, d'ailleurs, ne manquait ni d'intelligence ni de sens politique, et paraissait décidé à ne céder à personne le rang qui venait de lui échoir.

Ce furent précisément ces qualités d'intelligence et de sens politique qui montrèrent à Jean XII le péril ^de la situation. Elle était lamentable. Jamais peut-être on ne fut mieux à même de constater l'influence prépondérante de la morale sur l'ordre politique et social. Tandis que la papauté, déconsidérée par les vices du pontife régnant et de son entourage, perdait chaque jour de son prestige, le peuple,

I. DvcHESvn, les Premiers Temps de l'Etat pontifical, a^ édition, Paris, 1904, p. 33 1.

LE PROTECTORAT IMPERIAL

de plus en plus dominé par des préoccupations d'intérêts matériels et de plaisirs profanes, prenait un goût croissant aux coteries et aux l'actions, inquiétait le pouvoir parla menace perpétuelle d'une révolte ou d'un complot

Jean XII comprit qu'il ne pouvait par lui-même remédier à un pareil danger. La papauté avait besoin d'un protecteur puissant comme au temps de Pépin et de Charlemagne. Où trouver ce protecteur ? Dans une situation un peu différente, mais non moins périlleuse, Jean XI l'avait cherché en Orient. L'Empire byzantin était alors gouverné de fait par Romain Lécapène. Le 2 février gSS, quatre légats pontificaux, dont deux évêques, avaient sollicité l'alliance du parvenu impérial de Gonstantinople, en lui proposant des relations matrimoniales avec la famille de Marozie. Mais l'affaire avait échoué *. Du reste, l'empereur de Gonstantinople était bien loin, pour être un protecteur efficace ; la séparation religieuse de l'Orient d'avec l'Occident s'accentuait de plus en plus ; la papauté ne pouvait guère espérer trouver de ce côté l'appui moral dont elle avait besoin. C'est plutôt vers la restauration de l'Empire de Charlemagne que l'opinion se portai*^. Au milieu des guerres civiles et des invasions, les regards se tcurnaient d'instinct vers le souvenir du grand empereur. De magnifiques légendes s'étaient formées autour de son nom, et ravivaient sa mémoire 2. Que n'était-il là, pour défendre, avec sa grande épée, la cause de l'Eglise et du droit ?

Précisément, à cette heure même, le roi Otton de Germanie n'aspirait à rien de moins qu'à reprendre le rôle de Charlemagne. 11 était alors dans la force de l'âge ^, Ses brillantes qualités d'esprit et de corps, l'étendue de ses connaissances, son intrépide courage, la majesté même de son port, semblaient justifier une pareille ambition.

Il avait déjà donné à la royauté saxonne un éclat inc'omparable. Il avait réprimé les révoltes des seigneurs allemands; il avait lutté avec un égal succès contre les Danois, les Hongrois, les Slaves du Nord et les troupes lombardes de Bérenger. Après la défaite de ce dernier, il

Jean XII

cherch»

un protecteur.

Insuffisance

de l'emper-ïar

bjrzantia.

Le souvenir

de Charlemaga«.

Otton, «M de Germaace.

1 Sur cette affaire, nous sommes renseignés par un document découvert par le cardinal Pitra et publié dans ses Analecta novissima^ t. I, p. 469,

2. Sur ces légendes, voir Gaston Paris, Hist. poétique de Charlemagne^ Paris. i865 ; Léon Gautibh, les Epopées françaises, t. III, 2^ édition, Paris, 1880. Vers 968, le moine du Mont-Soracte fait le récit d'un voyage de Cbarletnagne en Palestine (3/onumen/a Gernianiae, Scriptores, t. III, p. 708).

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