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Otton était né le 22 novembre 91a

HISTOIRE GENERALB DE l EGLISE

Jean XII

lui propose

le titre d'empereur.

Olton l'accepte.

* Il y voit

un moyen de

mieux dominer la féodalité allemande.

s'était couronDé roi d'Jtalie K Par sa mère saiole Malliilde par sa femme, sainte Adélaïde, et par son frère saint Brunon. la sainteté faisait comme une auréole à sa grandeur

On raconte que, sur le champ de bataille deMersebcurg, où Otton brisa la puissance des Hongrois, l'armée teutonique s'était tournée tout à coup vers son roi victorieux en s'écriant tout d'une voix : Imperator Aiigustas, Pater patriœ ^. Le pape Jean Xll lui proposa de ratifier, par son autorité religieuse suprême, cette acclamation populaire, s'il consentait à mettre son épée au service de l'Eglise de Dieu. Sans hésiter, Otton accepta l'offre du pontife. Au désir sincère de servir l'Eglise s'ajoutaient, chez lui, des motifs d'intérêt politique.

Les plus grandes difficultés dont le roi de Germanie avait eu à souffrir jusque-là dans le gouvernement de son royaume lui étaient venues de la résistance des seigneurs féodaux. L'établissement de la hiérarchie féodale en Allemagne au x* siècle avait été un progrès sur l'anarchie ; mais elle avait créé au fonctionnement régulier du pouvoir monarchique des obstacles presque insurmontables. La haute aristocratie, qui comprenait les ducs, ainsi que les trois archevêques rhénans, déniait au roi le pouvoir de s'immiscer dans sa juridiction, de l'empêcher de faire la guerre ou de former des ligues. Elle avait convoité souvent la couronne et résisté parfois ouvertement à celui qui la portait. Quand Olton entreprit en Italie la campagne qui devait aboutir à la défaite de Bérenger, les hauts feudataires, non contents de refuser de marcher à sa suite, avaient tenté de s'opposer à son expédition ; et des sanctions terribles avaient seules eu raison de leur mauvais vouloir.» La noblesse de second ordre, comprenant les comtes, les margraves ou marquis, et les landgraves, relevait des ducs pour ses terres, et soutenait contre eux les mêmes luttes que ceux-ci soutenaient contre la couronne ^. Au-dessous d'eux, les barons et les simples chevaliers, astreints à servir leurs suzerains dans des circonstances données, discutaient aussi leur concours quand aucun intérêt matériel ne les excitait. En devenant empereur, Otton exercerait un ascendant plus grand sur cette féodalité redoutable. Le

I. Nous possédons des médailles de cette époque, où Otton prend le litre de roi d'Italie.

a. WiTiiiND, Annales^ dans Perlz.

3. James Brtce, le Saint-Empire romain germanique, un vol. in-S", Paris, 1890, p, i58-i6o.

LE PROTECTORAT IMPERIAL

Sacre

d'Otton 1er

(2 février 962).

sacre reçu du Pontife romain lui donnerait le pouvoir de parler et de commander au nom d'une autorité plus haute que celle qui lui venait de sa qualité de suzerain de terres féodales. Il parlerait enfin comme protecteur de la foi, comme chargé par l'Eglise d'une mission temporelle. Une conséquence inévitable de ce nouveau régime serait sans doute de donner au clergé, dans l'administration publique et à la cour, une plus grande importance qu'il n'en avait eu jusque-là ; mais dans ce résultat même l'habile politique voyait l'avantage de contrebalancer l'influence de la noblesse militaire par celle de la noblesse ecclésiastique.

Le sacre d'Otton I**" par le pape Jean XII eut lieu le 2 février 962, fête de la Purification. La reine Adélaïde fut couronnée en même temps que son époux. On aimerait à connaître les détails de la cérémonie qui fit le premier empereur d'Allemagne. Les annalistes du temps, dans leurs récits très succincts, mentionnent l'initiative du pape et l'acclamation du peuple*. Il semble que celle-ci ait été regardée comme essentielle pour l'élection, et celle-là comme inhérente à la cérémonie du sacre ^.

Nous sommes mieux renseignés sur les engagements réciproques Le Privilegiurr que prirent à cette occasion le pape et l'empereur. Ils ont été consignés dans un document célèbre, le Privilegium Ottonis, daté du i3 février 962, et dont l'authenticité ne souffre aucune contestation 3. L'empereur promettait « de procurer l'exaltation du pape et de l'Eglise romaine, de ne jamais porter atteinte au corps et à la dignité du pape, de ne jamais tenir à Rome de placitum sans le conseil du pape, de ne jamais s'immiscer dans les affaires du pape et des Romains, de rendre au pape tout ce qu'il détenait du patrimoine de saint Pierre, enfin d'exiger du gouverneur à qui il avait confié le

Ottonis

(i3 février

1 . Acclanmtione totius romani popuU, dit le Continuateur de Réginon, imperator vocatur et ordinatur (P. L., t. GXXXII. col. 187. Benedictionem a domno apostolico Joa/me, dit Thiêtmar, cujus rogalione hue venit, cam sua conjuge promeruit imperialem (P. L., t. GXXXÎX, col. 1207. A papa imperator ordinatur, dit Hermannus CoNTRAGTUs, non solam romano sed et pœne totius Europse populo acclamante (P. L., t. GXLIII, col. 219).

2. Les cérémonies du sacre impérial ne furent nettement fixées qu'au xne siècle.

3. M. DB SiCKEL [Das privilegium Ollos I fur die rômische Kirche) a établi que nous possédons de ce document une copie contemporaine, actuellement conservée aux Archives du Vatican. Le Privilegium Ottonis se trouve reproduit dans les Monumenta Germanise, LL. 2, 29, 169-166 ; sect. IV, i, 20 et s. ; DD. Reg et imp. i, 824. Il a été inséré dans le Corpus juris canonici, dist. LXIlI.c. xxxiii. Jaffé l'a donné dans ses Mnnumenta gregoriana, Berlin, i865, p. i3, en le faisant suivre de trois formule» falsifiées. Cf. Hkfele-Leclercq, t. IV, p. 792-797.

Importance

de cet événement.

L» politiqiu d'Otton.

royaume d'Italie le serment de protéger le pape et les biens de saint Pierre. » En réponse à ce serment, le pape et les Romains jurèrent, sur le corps de saint Pierre, qu'ils n'appuieraient jamais les ennemis del'empereur, et il fut établi qu'à l'avenir le pape élu cauoniquement ne pourrait être sacré qu'après avoir fait» en présence de 1 em pereur ou de ses missi, des promesses prouvant ses bonnes intentions ^.

Quand ces promesses solennelles eurent été échangées et que le procès-verbal qui les relatait, écrit en lettres d'or sur parchemin pourpre et muni d'un sceau d'or, eut été déposé aux archives pontificales, le peuple put croire qu une ère définitive s'ouvrait pour l'Eglise. « Quoiqu il ignorât 1 histoire de ce grand nom d'empereur, et qu'il fût incapable de comprendre quelle autorité il représentait, il semble avoir senti, par une sorte d'instinct, que le but mystérieux et irrésistible de la mission de l'empereur était le triomphe de /a fraternité et de l'égalité chrétiennes, le règne de la paix et de la justice, la répression des puissants et la défense des faibles ^. » Telle e^\ l'impression qui se dégage des' récits des annalistes contemporains. Cent soixante ans plus tôt, dans le triclinium du palais de Latran, le pape Léon lïl avait fait construire une mosaïque où l'on voyait le Christ, ayant à sa droite le pape Sylvestre et à sa gauche l'empereur Constantin, remettre à l'un les clefs du ciel et à l'autre une bannière surmontée d'une croix. Autour du tableau se lisait la légende : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonœ volantatis. N'était-ce pas le cri qui devait désormais soi tir de toutes les poitrines ?

Autour de Jean XIÏ, on paraît avoir partagé ces brillantes prévisions. Otton, peut-être parce qu il était moins loyal de son côté, fut nioins confiant. On raconte qu'au momeul d'être couronné, il dit à

I. Si l'on étudie attentivement celte formule dans son contexte, et si on la compare avec les actes antérieurs réglant les rapports de la papauté avec l'autorité impériale, on est amené à conclure, avec Mgr Ducuesne [les Premiers temps de CElat ponUfical, p. 344-3/»5), qu' « en ce qui regarde l'élection du pape, il semble qu'on remette en vigueur, purement et simplement, le droit du iiÇ siècle», et que, par conséquent, « dans sa teneur générale le privilège d'Otton n'indique aucun progrès dans l'autorité impériale à Rome, soit pour les élections, soit pour autre chose ». Dire, avec M. Ch. Bayet {Hist. gén. de Lavissb et Rambaud, t. I, p. 54o), que « par le privilège d'Otton, la papauté devenait vassale de l'empire », est donc une exagération manifeste. En réalité, l'élection des papes échappait, en principe, à l'influence des factions italiennes. C'était le but immédiat qu'on voulait atteindre. Ce but fut-il vraiment atteint, et le remède apporté n'eut-il pas ses dangers ? Ce sont des questions dilTérentes, auxquelles les événements oslérieurs devaient répondre.

a. J. Batce, le Saint Empire romain germanique, p. 169.

LE PROTECTOHAT IMPERIAL

l'un de ses fidèles, Ansfried, de Louvain : « Aujourd'hui, quand je m'agenouillerai devant la tombe de saint Pierre, veille à tenir ton épée levée au-dessus de ma tête, car je sais bien tout ce que mes prédécesseurs ont eu à souffrir des Romains. Le sage évite le mal par la prévoyance. Pour toi, tu auras le temps de prier tant que tu voudras quand nous serons à Monte-Mario au milieu de nos armées, d

Quanta Jean XII, on ne sait au juste quelles furent ses impres- La politique sions personnelles. Pur politique, il crut peut-être remédier suffisam- j^^^ ^^i, ment à des troubles politiques par la combinaison diplomatique qui avait eu son dénouement sur le tombeau des saints Apôtres. Le fils d'Albéric était sans doute incapable de comprendre l'étendue et la profondeur des plaies morales dont souffrait l'Eglise. Par bonheur, la Providence tenait en réserve, pour les guérir, d'autres remèdes que cette restauration solennelle de l'Empire.

Le malheureux pontife que les intrigues d'une famille ambitieuse Les vrais maux avaient élevé au faîte des honneurs ecclésiastiques, et qui y avait ap- \emèder* porté, avec le scandale des plus misérables trafics, celui d'une inconduite notoire, ne faisait que résumer en sa personne les trois fléaux dont souffrait alors presque partout l'Egiise de Dieu : l'investiture laïque, la simonie et l'incontinence.

Dans la langue du Moyen Age, on donna le nom d'investiture à Premier fléau l'acte juridique par lequel le maître d'une église la confiait, à titre r^nvesliliTrê de bénéfice, à l'ecclésiastique qui devrait la desservir. L'évolution laïque, historique par laquelle des seigneurs et princes laïques en vinrent à disposer de ce droit, remonte à l'époque carolingienne. Rappelons-nous que, dès cette époque, la plupart des églises rurales étaient soumises à la propriété privée. Sur un grand domaine, s'élevait une église, qui en était l'accessoire, tout comme le Origines moulin, le four ou la brasserie. On trouva naturel, dans ces cir- k"!!!!'*^^^® constances, que îe propriétaire, constructeur et bienfaiteur de cette église de campagne, intervînt dans la désignation du prêtre desservant qui devait vivre sur sa terre*. Souvent cette intervention fut

laïque.

I. Sur ces origines, voir P. Fournibr, Yves de Chartres et le droit canonique j

Rite de

l'investiture

laïtjue.

Deuxième

fléau

àe TËglise :

la simouie.

Troisième

fléau :

rincontinence

des clercs.

souveraine et décisive. Peu à peu, elle s étendit aux églises cathédrales elles-mêmes, les seigneurs et les rois affectant de se considérer comme les propriétaires des évêchés. « Suivant les habitudes du droit germanique, celte investiture se fît par le moyen d'un symbole. Le symbole en usage, quand il s'agit d'évêchés, fut naturellement la crosse et l'anneau. En fait, le plus souvent, lorsqu'un évêché était vacant, voici comment les choses se passaient. Directement ou indirectement, le roi ou le seigneur choisissait le nouvel évêque, parfois en s'inspirant de considérations fort étrangères à celles du plus grand bien de l'Eglise et des âmes ; puis il lui accordait l'investiture en lui remettant la crosse et l'anneau. Désormais, au point de vue temporel, l'élu était maître de son évêché ; il ne lui manquait plus que la consécration, qui lui permettrait d'accomplir les fonctions spirituelles de l'ordre épiscopal. Pour l'obtenir, il s'adressait au métropolitain et aux évêques de la province. Ceux-ci, en général, ne pouvaient ou ne voulaient courir les risques d'un grave conflit en refusant leur concours. Ainsi la consécration intervenait en dernier lieu comme une cérémonie accessoire. En réalité, un tel régime était organisé pour répandre partout l'impression que le prince « fait l'évêque » et lui communique ses pouvoirs spirituels et temporels ^ »

La simonie était la conséquence inévitable de ce régime. Ce droit de propriété que s'étaient arrogé les princes et les seigneurs sur les paroisses rurales, puis sur les plus illustres évêchés, les portait à exploiter.leur prétendu domaine, soit en vendant leur choix, soit en se réservant une partie des bénéfices que l'Eglise procurait.

Enfin ce que pouvait être la vertu du titulaire d'une église, qui avait acheté son bénéfice à prix d'argent et qui était devenu l'homme lige d'un patron laïque, on le conçoit sans peine. Du droit d'investiture et de la simonie, l'incontinence était la suite fatale.

De solides habitudes chrétiennes, une foi fortement trempée, étaient, chez beaucoup, un préservatif efficace ; mais le triple

dans la itev. des quest. hist., 1898, II« série, t. XIX, pp. 61-98, 384-4o5. Cf. Nouv. Rev. Hist. du droit français et étranger, 1897, t. XXI, p. ^86-5o6 ; Dom Leglercq, au mot Chapelle^ dans le Dict. d^archéol. chrét. et de liturgie ; Paul Thomas, le Droit de propriété des laïques sur les églises et le patronage laïque au moyen âge, un vol. in-8'*, Paris, 1906.

I. P. FouRNiER, op. cit. Remarquons que la crosse, bâton du pasteur, etTanneau, marque de la fidélité due à l'Eglise, apparaissaient comme les symboles du pouvoir •uirituel de l'évêque.

LE PROTECTORAT IMPÉRIAL

fléau faisait, dans la chrétieDlé tout entière, de lamentables ravages.

Par certain côté, le rétablissement de l'Empire aggrava le mal. Un des bons résultats du pacte de 962 fut de soustraire l'élection pontificale aux interventions des seigneurs italiens et à tous les abus qui s'ensuivaient. Mais, d'autre part, Otton, en dotant les évêques de son Empire et en les faisant entrer dans la hiérarchie féodale, les rendit plus dépendants de son autorité. Désormais l'union, en un même personnage, des deux qualités de seigneur temporel et de pasteur des âmes, rendait la situation plus inextricable.

La solution ne pouvait être obtenue que par l'intervention d'une grande force morale. Cette force morale se rencontra dans la vie monastique, et en particulier dans le monastère deCluny.

Quand, au mois de septembre de Fan 909, le vieux duc Guillaume d'Aquitaine résolut de fonder, sur ses terres du Maçonnais, en sa villa seigneuriale de Cluny, le monastère qui devait rendre ce nom si fameux dans l'histoire, il stipula u que les moines y auraient la faculté et la liberté d'y élire un abbc, suivant le bon plaisir de Dieu et la règle de saint Benoît, sans qu'aucun pouvoir pût contredire ou empêcher cette élection religieuse ». « Dès ce jour, déclare-t-il, les moines réunis à Cluny ne seront soumis ni aux faisceaux de la grandeur royale ni au joug d'aucune puissance terrestre. Par Dieu, en Dieu et tous ses saints, et sous la menace du dernier jugement, je prie, je supplie que ni prince séculier, ni comte, niévêque... ne se permette d'établir sur eux un chef contre leur volonté ^ I » Depuis lors la transmission et la collation des dignités dans l'ordre de Cluny n'avaient jamais donné lieu à un trafic quelconque. La simonie ne s'y était introduite sous aucune forme ; la pureté des mœurs s'y était maintenue sans tache -, et le dévouement a la papauté s'y était manifesté d'une manière constante. A deux reprises, sous les pontificats des papes Léon Vil et Etienne VllI, le saint abbé Odon de Cluny, mandé à Rome pour y servir d'arbitre

Par

certain côté.

la restauration

de l'Empire

aggrave

le mai.

Le remède :

les vertus monastiques.

Ces vertus monastiques sont admirablement pratiquées à Glunj.

Dévouement

des moines

de Cluny au

Saint-Siège.

1. La charte de fondation de Cluny a été publiée dans bien des collections, notamment dans la Bibliolheca Cluniacensis, et dans le Recueil des Chartes de l'abbaye de Cluny, publié par A. Bruel, Paris, 1876, t. 1, p. 124 et s. L'abbé 0. Delarg en a donné une traduction française dans son Histoire de saint Grégoire VU, t. I, pp. xiv-xix. Cf. H. PiGNOT, Hist. de l'ordre de Cluny, 3 vol. in-S», Autun et Paris, 1868, t. 1, p. 20 ; P. LoRMN, Essai historique sur l'abbaye de Cluny, un vol in-8». Dijon, 1889, p. 28 ; F. Chaumo:<t, Histoire de Cluny, 2* édition, un vol. in-80. Paris, 1910.

2. Udalrigi Clut^i.vcensis M0NA.CHI, Consueludines cluniacenses, dans P. L,, t. CXLIX, col. 781 et s.

entre les factions rivales, y avait fait prévaloir un esprit de conciliation et de paix ; par plusieurs bulles, les deux pontifes avaient exprimé leur reconnaissance à la jeune congrégation et à son abbé * .

Le pape Jean XII et l'empereur Otton ne méconnurent pas les trésors de sainteté et de fécond apostolat que tenait en réserve l'institution monastique. Mais Jean XII paraît s'être contenté, dans les moments où la grâce le sollicitait à se convertir, de se recommander humblement aux prières des monastères ^, et Otton croyait avoir tout fait pour eux en les comblant de bienfaits et d'honneurs temporels. Ni l'empereur ni le pontife ne semblent avoir compris que la vraie réforme de l'Eglise viendrait de ces asiles bénis de Dieu où la vie chrétienne se conservait dans sa pureté primitive.

Le double

objectif du nouvel empereur :

diriger la politique du inonde

entier,

et exercer

un droit de

suzeraineté

sur le Saint-Siège.

Il rêve d'une domination universelle

ayant pour centre le royaume

de Germanie

Tout entier à ses projets ambitieux, Otton rêvait de reprendre et d'amplifier l'œuvre de Gharlemagne. Jean XII, en plaçant sur la tête du roi de Germanie la couronne impériale, ne s'était pas proposé autre chose que d'écarter du Saint-Siège les factions italiennes. Il n'avait vu dans le titre d'empereur qu'un honneur suprême, pareil à ceux dont s'étaient parés les derniers Carolingiens et les ducs de Spolète. Mais Otton entendit, dès le début, exercer toutes les prérogatives de sa nouvelle dignité, et il comprit cette dignité comme un titre à la domination du monde et à la suzeraineté sur le Saint-Siège. La poursuite de ces deux objectifs devait remplir tout son règne.

Empereur d'Allemagne et roi de Germanie, sa nouvelle dignité ne se substituait pas à l'ancienne ; et, comme on l'a dit fort justement, « cette union en une seule personne de deux caractères, union persoimelle d'abord, officielle ensuite, est la clé de toute l'histoire de l'Allemagne et de TEmpire ^. »

I. Jaffé, Regesta, |t. I, n. SôgS-Sôoo, 36o3, 36o5 ; P. L., t. GXXXII, col. 1068. 1069, 1074, 1082 (ce dernier texte doit être corrigé suivant les indications de J.vFFB, n. 36oo) ; t. GX.XXIII, col. 64, 98.

2 Le 10 mai 968, Jean XII demande aux moines de Subiaco d'offrir des messes pour le salut de son âme et de réciter chaque jour, à la même intention, cent fois les invocations : Kyrie eleison, Christe eleison. (Ja.pfb, t. I, p. 3684.)

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