‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 8 sur 336 · J. Bryce, op. cit., p. i · texte numérisé non relu

J. Bryce, op. cit., p. i

LE PROTECTORAT IMPÉRIAL 7

Sans doute, dès le lendemaio de soq couronnement, les titres qu'il s'arrogea semblaient indiquer son désir de faire disparaître le roi derrière l'empereur. Au lieu des formules, employées par lui jusqu'alors, âe Rex Francoruni, de Rex Francorum orienlatium, ou encore de Rex tout court il ne se donne plus que le nom dJmperaior Auguslus ; mais qu'on étudie de près sa politique ; on y verra que, pour lui, l'Empire n'est considéré que comme l extension delà Germanie. Nul plus que le premier empereur n'a travaillé à faire l'unité du royaume de Germanie. « Ce fut Otton qui fit des Germains, restés jusque-là à létat de tribus confédérées, un seul peuple, qui leur donna la solidité d'un véritable corps politique, qui leur apprit enfin à s élever à la conscience d'une vie nationale ^ »

Mais dans la pensée d'Otton, la nation des Germains ou des « Francs orientaux ^ », ne devait être que le centre d'un cercle plus vaste qui constituerait le domaine de l'Empire. Son ambition s'étendait plus particulièrement sur l'Italie, la Hongrie, les Etats Scandinaves, la France, et même sur l'Orient. Son plan devait échouer par- Ecbec partiel tiellement. Nous avons vu qu'il avait obtenu en Italie, en Hongrie . ^ (TOiion et dans les Etats du Nord des succès importants. Il devait échouer en Occident en France. Tout au plus parvint-il à occuper la Lotharingie ou ^ ®" "^'^^ ' Lorraine, sans pouvoir aucunement se l'assimiler 3. Les « Francs occidentaux d allaient bientôt inaugurer, avec Hugues Gapet, la France moderne, où les prétentions du Saint-Empire ne seraient plus admises désormais.

Toujours pour continuer Charlemagne, Otton P' voulut nouer des relations avec 1 Orient. En 96S, il chargea Luitprand. évêque de

I. J, Brtcb, op. cit., p. 1O8. Les historiens, lorsqu'ils parlent en général duMo^ren A ge, confondent babitiiellenient les deux notions de royauté germanique et d'ennpire. L'absorption du second titre dans le preiouiier ou du premier dans le second a loujours été dans la tendance des souverains allemands Mais cette tendance a toujours rencontré des opposants. Voir, sur celte question, Mario Krammer, De Reichsqeiankê des staujîschen Kuiserhaitse, in-8 , Breslau, 1908, et A.. Lkroux, dans la Bibl. de l'Ec. des Charles^ t. LXX (1909-, pp. 870-374.

a. Luitprand appelle les Francs orientaux Franci Teutonici, pour les distinguer dos Francs romanisés de la Gaule, Franc occidentaux, Francigenae, ou F'anci Inlini

3. M. Parisot, le plus récent et le plus savant historien de la Lorraine, a mis audessus de toute contestation que la Lorraine est restée, par sa civilisation plus avancée, par ses moeurs et ses aspirations, par son esprit particulariste, parla langue i-rançaise qu'elle parlait, par ses sentiments traditionnels enfin, un pays prolondé- »aent distinct de la Germanie. Voir sur celte queslion J Flagh, La première f^^union à V AUemagne de la Lorraine et de l'Alsace élail-elle fondée en droit public ? dans la Reoue des Deux Mondes da i*"" octobre 1914, pp. 281-294.

Crémone, d'aller demander à l'empereur Nicéphore Phocas la main de Théophano, fdle de Romain II, pour son fils Otton II. Luitprand a raconté les pittoresques déconvenues de son ambassade : l'accueil hautain de Nicéphore Phocas, ses railleries sur la gloutonnerie germanique, puis sa réponse dédaigneuse : « Si ton maître veut obtenir la grande faveur que tu demandes, qu'il commence par nous donner ce qui nous convient : Rome, Ravenne ettout ce qui en dépend ^. » Cependant, trois ans plus tard, Nicéphore Phocas ayant été assassiné, son meurtrier, Jean Zimiscès, devenu empereur, ne fît pas de difficultés pour remettre à une nouvelle ambassade d'Otton la jeune et savante Théophano, qui fut couronnée par le pape le g avril

• Otton voulut aussi entrer en rapports avec les Arabes, et subit, à cette occasion, de gSS à 966, de la part du calife de Cordoue, Abd-er-Rahman II, des humiliations tout aussi désagréables que celles qu'il avait eu à supporter de l'empereur d'Orient ^.

Au fond, chez les Arabes comme chez les Byzantins et chez les Francs occidentaux, la dignité impériale conférée à Otton avait éveillé plus de rivalité que de déférence. Il n'en était pas de même dans les Etats de l'Eglise, où l'on avait acclamé le nouvel empereur comme un protecteur providentiel au milieu de l'anarchie qui désolait le domaine de saint Pierre.

Otton et le Malheureusement le premier fauteur de ces désordres était Jean XII

Sainl-Sièee. , . ^

lui-meme.

Politique Nous avons cu déjà l'occasion de constater * comment, par une

de^JeanXl/ protection manifeste de la Providence, la doctrine n'eut jamais à

souffrir des écarts de ce malheureux pontife. En plus d'une occasion

même, comme dans la protection qu'il accorda aux monastères les

Page 1