‹ Histoire générale de l'Église (volume 2)Chapitre 81 sur 336 · E MjLariN, Saint Léon IX, p · texte numérisé non relu

E MjLariN, Saint Léon IX, p

4. P. L., t. GXLV, col. 159-190. Cf. Dom Ceillier, Hlst. gén, des auteurs eccîés., éd. de i863, t. X[l[, p. 3ia.

5. DelalRG, op. cit. y t. 1, p. 127. L'opuscule de Pierre Damien, Liber Gomorrhianus ad Leonem IX^ ne porte pas de date, mais tout porte à croire qu'il parut tout à fait au début du pontiBcat de saint Léon IX C'est l'opinion de Dblarc (I, ia6- 1^7) et de B.vreillb (au mot Damien, dans le Dict. de théol. de Vac.vst, t IV, col. 42).

6. Voir \a lettre écrite par Léon iiX à Pierre Damien pour le féliciter de son Liber GomorrhianuSf P. L , t. CX.LV, col. 159-160.

L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE

rain pontife l'avait félicité de son zèle, et sa conduite montra bien qu'il en comprenait toute l'opportunité. Le premier soin du nouveau pape fut de mettre vigoureusement la main à la réforme du clergé.

Dans son profond esprit de foi, le saint pontife voulut placer cette douloureuse campagne sous la protection de l'archange saint Michel, chef des milices célestes, et du patriarche de la vie monastique en Occident, saint Benoît. Pendant la semaine de la Passion, il se rendit en pèlerinage au Mont-Gargan, et en revint par le Mont-Cassin, où il pria sur la tombe de saint Benoît. Il avait déjà convoqué, pour la semaine qui suivrait le dimanche de Quasimodo, en cette même année io49, *^^* ^®^ évêques d'Italie et plusieurs évêques des régions voisines à un synode ayant pour objet de pourvoir à la réforme des mœurs.

On y vit, avec un certain nombre de prélats et d'abbés italiens, le délégué de l'empereur, Eberhard, qui n'avait pas quitté Rome, et l'archevêque de Lyon, Halinard. Attaquant de front les deux grands vices dont souffrait la société chrétienne, la simonie et l'incontinence des clercs, le pape proposa d'abord à l'assemblée non seulement de prononcer la déposition de tous ceux qui auraient obtenu leurs fonctions sacrées par un pacte simoniaque, mais encore de déclarer nulle toute ordination conférée par eux. Une partie de l'assemblée hésita à accepter la seconde sanction. Grégoire VI, Sylvestre III, Benoît IX, avaient, à divers titres, et avec une responsabilité différemment graduée, donné de l'argent à l'occasion de leur élévation à la chaire apostolique. Pouvàit-il s'ensuivre que toutes les ordinations d'évêques et de clercs faites par ces pontifes fussent nulles ? Après une longue discussion, le synode déclara s'en tenir à une décision de Clément II, lequel s'était contenté de soumettre à une pénitence de quarante jours les clercs ordonnés par des simoniaques. Mais les mesures prises contre ces derniers furent impitoyables. Sur l'ordre du pape, chaque membre de l'a'fesemblée fut sommé de déclarer publiquement s'il avait reçu ou conféré les ordres moyennant une rétribution temporelle. Un évêque de Sutri, coupable de ce crime, allait essayer de se disculper en produisant de faux témoins ; mais, au moment où il commençait à parler, il s'affaissa tout à coup, nouvel Ananie, en présence du successeur de saint Pierre. Cet exemple frappa d'épouvante l'assemblée, qui déclara que tout clerc simoniaque serait déposé. On renouvela ensui^^ toutes les anciennes lois sur le célibat des clercs.

Concile

romain d«

Sanctions votées contra

les clercs coupables de

simonie.

L'incident

de l evêquô

de Sutri.

Saint LéoQ IX

parcourt

l'Europe pour

y faire

accepter et

exécuter

la réforme.

Concile de Pavie (io49).

Concile

de Mayence

(septembre

Concile

de Reims

(octobre 10I4Q).

Mais il importait surtout que ces prescriptions ne restassent pas lettre morte, qu'elles franchissent les limites de la salle de l'assemblée et de la ville de Rome. Bien souvent la force d'inertie des uns, la timidité ou la faiblesse des autres, avaient rendu inefficaces de pareilles décisions conciliaires. Des évêques, des abbés, plus ou moins compromis dans ces désordres, auraient-ils le courage, la force, Fautorité morale, nécessaires pour les réprimer ? Qui serait capable de promulguer et de faire appliquer ces décisions en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en Hongrie ?

Léon IX prit une résolution énergique. Lui-même prendrait le bâton de pèlerin et parcourrait l'Europe pour iaire connaître, respecter et exécuter les sanctions prononcées par le synode romain.

Peu de papes ont autant voyagé que Léon IX ; peu de voyages ont été aussi fructueux que les siens.

Dans la semaine qui suit la Pentecôte de l'année lO^Q, on le trouve à Pavie, groupant l'épiscopat de la Lombardie en un concile. Les procès-verbaux de cette assemblée ont disparu, mais tout indique que les canons du concile romain y furent renouvelés pour y être appliqués sans retard. Le 3 septembre de la même année, il est à Mayence, présidant une assemblée d'évêques allemands ; et, à peine y a- t-il fait rendre de semblables décrets, qu'il convoque les prélats francs à se rendre à Reims, où il se propose de consacrer l'église abbatiale de Saint-Remi et d'y tenir un nouveau concile. Il y arrive le 29 septembre, jour de la Saint-Michel. Une foule immense l'y attend déjà. Clercs et laïques, seigneurs et manants, Français de l'Ile-de-France, Normands, Lorrains et Champenois remplissent les rues de la ville. « C'est à croire, dit un chroniqueur, que le monde entier avait envoyé des pèlerins *. » Le 2 octobre loig, en présence de la châsse de saint Rémi, que le pape a fait placer sur l'autel afin que le grand apôtre des Francs préside le concile, vingt évêques, cinquante abbés, un grand nombre de prêtres et de diacres commencent leurs travaux. Suivant la procédure inaugurée au synode romain, chaque évêque se lève à son tour, et déclare publiquement s'il a reçu ou conféré les ordres d'une façon simoniaque. Les grands coupables sont déposés ; ceux qui ont seulement profité d'un pacte qu'ils n'ont pas connu et qu'ils regrettent, bénéficient de l'indul-

I. Anselme, Hlsloria dedicationis ecclesiœ Sancti Remigiif dans Wattsrich, 1. 1, p. 1 13, et dans Mig.\e, P. L., t. CXLII, col. i4io-i44a.

L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE

gence du souverain pontife ^. Le concile remet ensuite en vigueur des canons tombés en désuétude, en porte de nouveaux sur les saintes lois du mariage, sur le relâchement de la vie monastique, sur l'usurpation des biens d'Eglise par les laïques, sur le péché de Sodome, sur certains « hérétiques nouvellement apparus dans les Gaules * », sur l'oppression des pauvres, sur le goût immodéré de certains clercs pour les aventures et les combats ^.

Comprenant que tous ces décrets n'auront toute leur efficacité que si les princes les appuient de leur autorité, le pape fait appel au zèle du roi de France Henri I®*", de l'empereur d'Allemagne Henri IIÏ, du roi d'Angleterre Edouard le Confesseur, du roi de Castille Ferdinand. Henri I", circonvenu par des conseillers qui ont tout à redouter d'un concile réformateur, se dérobe à l'entrevue que le pape lui propose à Reims ; mais il ne contrarie pas l'exécution en France des décrets du concile ; Henri HI d'Allemagne assiste, à Mayence, en io5o, à un grand concile qui renouvelle les canons sur les devoirs des clercs ; Edouard d'Angleterre et Ferdinand de Castille favorisent le mouvement de restauration religieuse ; ce dernier réunit même à cet effet, en io5o, à Coyaca, les évêqaes de ses Etats.

Léon IX ne se contente pas de voyager pour presser partout la réforme ; il mobilise l'armée des moines. Sous son influence, le caractère de l'activité monastique se transforme. « Les monastères, dit le P. Brucker, ressemblaient alors à ces forteresses défensives qui empêchent seulement l'ennemi de prendre possession du pays. Avec Léon IX, les citadelles monastiques ouvrent leurs portes ; les soldats qu'elles ont formés au combat pour Dieu en sortent munis des armes spirituelles et prennent l'offensive contre le mal. Ils ne se contentent plus de prier dans la solitude ; ils prêchent ; ils exhortent le peuple et les grands ; ils rappellent aux prêtres et aux évêques leurs devoirs oubliés ; ils font pénétrer en tout lieu les arrêts sans appel que le successeur de Pierre a prononcés et sanctionnés et que la mollesse intéressée de pasteurs infidèles laissait ignorer à leurs ouailles. L'ordre monastique devient une véritable armée, reconnaissant le pape pour son chef suprême et prête à marcher, sous la

Saint Léon TX.

fait appel aux

rois chrétiens.

Concile

Je Mayence

en io5o.

Concile

de Coyaca en

io5o.

Saint Léon I\

fait appel aux moines.

Transfor-

matiDn

âc l'institution

monastique

au milieu

ùu xic siècle.

Page 1