I. Vita Lanjranci, P. L , t. CL, col. 35 et s
a. P. L., t. GXLIX, col. 463 et s. ; M. G., SS., t. XI, p. 672 ; P. L., t. CXLV, col. 79.
3. DfiLÀRC, Saint Grégoire VII, t. II, p. i46 ; P. L., t. GXLIII, col. i5a5.
L AFFRANCHISSEMENT DE L EGLISE
La mort de Nicolas II fut le signal, pour les factions italiennes, de relever la tête. Pour soutenir l'antipape Benoît X, les deux maisons rivales de Tusculum et de Grescentius s'étaient coalisées ; pour lutter contre le nouveau pape, quel qu'il fût, que choisiraient les cardioaux, elles se tournèrent l'une et l'autre, suivies en cela par la plupart des grandes familles romaines, vers l'ennemi héréditaire, l'empereur allemand.
Il n'y avait pas de temps à perdre. Il fallait à tout prix prévenir l'arrivée à Rome d'un pape imposé par la noblesse romaine et par le roi de Germanie. Hildebrand jeta les yeux sur Tévêque de Lucques, Anselme, le fit accepter par les cardinaux, et, tandis qu'une troupe de Normands étaient appelés à Rome pour y maintenir l'ordre, se rendit à Lucques, et en ramena son candidat, qui fut élu pape, le 3o septembre 1061, par l'unanimité des cardinaux évêques, sous le nom d'ALEXANORE IL
Le nouvel élu était à la fois un homme de piété et de science, un diplomate et un homme d'action. Né à Reggio près de iMilan. il avait été le premier instigateur du mouvement populaire qu'on avait vu combattre avec tant de fougue la simonie et l'inconduite du clergé. Ancien élève de Lanfranc à l'abbaye du Bec, il avait gardé, des leçons de l'illustre maître, le goût des études sacrées. Eloigné de Milan par l'archevêque Guido, qui redoutait sa propagande réformatrice, il avait su, dans une mission diplomatique qui lui fut confiée à la cour de Germanie et dans le gouvernement de l'évêché de Lucques, se montrer l'ami du duc Gottfried de Toscane et de la duchesse Béatrice, sans froisser Henri III. Avec lui, la redoutable association des patares, maintenue dans les limites de la prudence, formerait, avec les Normands et les Toscans, l'armée puissante prête à défendre la papauté en temps de crise. Pierre Damien et Hildebrand resteraient d'ailleurs, l'un comme cardinal-doyen du Sacré Collège, l'autre comme archidiacre de l'Eglise, tous deux comme amis personnels du nouveau pape, les conseillers attitrés d'Alexandre IL Ainsi, sous la main prudente et ferme d'Hildebrand, toutes les forces catholiques s'organisaient autour du pontife romain. La hardiesse d'un tel plan pouvait faire craindre le choc d'une opposition
Les maîsom de Tusculuœ
et
de Grescentloi
le coalisent
avec l'Allemagne.
Election
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Election de l'antipape
Cadaloûs
sous le nom
J'Honorius II
(a8 octobre
, Il tente
de prendre Romed'assaut.
Il est
abandonné
par l'empereur
d'Allemagne.
L'œuvré
réformatrice
d'Alexandre II.
violente, désespérée, de la part des ennemis du Saint-Siège ; mais elle pouvait faire espérer, en même temps, un pontificat fécond en œuvres de réforme et d'affranchissement. Ces craintes et ces espérances se réalisèrent.
Vingt-huit jours après l'élection d'Alexandre II, le 28 octobre io6i, Henri IV, entouré d'un certain nombre d'évêques lombards, donna l'investiture pontificale, par la croix et par les autres insignes de la papauté, à l'évêque de Parme, Cadaloûs, qui prit le nom d'Honorius II. C'était, dit le chroniqueur Bonizo, un homme « riche en argent et pauvre en vertus ». Un autre assure, avec quelque ironie, que l'épiscopat lombard avait voulu choisir un pape « qui saurait compatir à l'humaine faiblesse ».
Le schisme ne devait prendre fin qu'à la mort de l'antipape, en 1072 ; mais il ne parut redoutable et ne troubla profondément l'Eglise que pendant quelques mois. Une première tentative, faite par Cadaloûs, pour s'emparer de Rome de vive force, échoua, à la fin de 1061. devant les troupes de Toscane, commandées par le duc Gottfried et par sa femme Béatrice. Une seconde expédition, tentée en avril 1062, fut plus favorable à l'antipape. Son armée pénétra dans Rome par la Cité léonine et franchit le Tibre. On se battit dans les rues de la ville. Alexandre se fortifia dans le monastère du Capitole, et Cadaloûs prit position dans la lourde Cencius, près du pont Saint-Pierre *. Mais, en ce moment même, une révolution de palais s'accomplissait à la cour d'Allemagne. L'archevêque de Cologne, Annon, tuteur du jeune roi Henri IV, supplantait l'impératrice régente, qui se retirait dans un monastère, et, abandonnant U cause de Cadaloûs, ouvrait des pourparlers favorables au pape Alexandre. Le 27 octobre io64. un synode allemand et italien, réuni à Mantoue, reconnaissait le pape légitime et excommuniait Cadaloûs, dont l'obédience se restreignit finalement à son diocèse de Parme ^.
Alexandre II n'avait pas attendu cette issue du conflit pour travailler activement à la réforme. Son œuvre réformatrice se distingue de celle de ses prédécesseurs en ce que, non content de notifier ses décrets aux coupables, il en poursuit vigoureusement l'exécution. On le voit déposer l'archevêque simoniaque de Milan, expulser un
I. M. G., SS., t. V. p. 472 ; Hefele-Leclercq, IV, 1224. a. Hepblb-Leclercq, IV, ia34-i255.
l'affranchissement de l*église i65
évêque intrus de Chartres, destituer des clercs concubinaîres à Ca-
poue Son œuvre a aussi ce caractère, d'atteindre toutes les classes du Caractère
. particulier
clergé et des fidèles. Il force les métropolitains a prendre contact de cette œuvre.
avec la cour romaine ^ ; il réclame la liberté des élections ëpisco-
pales* ; il défend d'assister à la messe d'un prêtre scandaleux ^ ; ij
défend aux clercs de recevoir aucune église des mains des laïques.
même sans simonie * ; il veille à faire observer rigoureusement les
règles relatives aux mariages entre parents ^. L'appui qu'il rencontre
du côté des Normands, des Toscans et des patares lui permet de
parler et d agir avec cette vigueur.
Son autorité personnelle et la valeur des hommes qu'il sait choi- Relations sir comme légats lui permettent aussi de parler aux princes avec une Alexandre II autorité que nont pas eue les papes qui l'ont précédé. Il écrit à Phi- divers Etat» lippe I". roi de France, de considérer les décrets des papes à l'égal des canons ; il enjoint à Harold, roi des Normands, de veiller à ce que les évêques de son royaume soient consacrés par l'archevêque de Hambourg, vicaire du Saint-Siège pour le nord, et non par un autre ^ , il réclame un tribut à Swein, roi de Danemark '^. Il encourage en Italie le comte Roger de Sicile dans sa lutte contre les Sarrasins, et envoie à Guillaume de Normandie un étendard bénit pour sa campagne de conquête en Angleterre. Il obtient, en 1069. du roi de Germanie Henri IV. qu'il ne rompe pas son mariage avec Berthe de Savoie ^. et l'en félicite ; mais, en 1078, les conseillers li excommunie du jeune souverain ayant trafiqué des dignités ecclésiastiques et ins- ^d'Henrfïv" tallé sur le siège de Milan un archevêque imposé par le roi, il ne cramt pas de lancer contre eux une sentence d'excommunication ^.
Cette dernière mesure, que le pontife crut devoir prendre pour obéir à son devoir de gardien suprême de la discipline, raviva toutes les vieilles haines des eourtisans impériaux contre la papauté réformatrice. De tristes pressentiments assombrirent les derniers jours d Alexandre II. Parmi les prélats que la faveur du gouvernement germanique avait portés au pouvoir, était l'archevêque de Ravenae.