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CHAPITRE VII

l'église chez les slaves

En 711, au moment où l'Espagne visigothique succombait à la bataille de Xérès, Constantinople était menacée par de nouveaux barbares \ Une armée bulgare campait sous ses murs. L'invasion Derniers venus des grandes invasions, les Bulgares étaient «lave. mêlés à ces bandes slaves, ces slavinies, comme on les appelait, qui, vers la fin du vi^ siècle et le début du vii^,s'étaient insensiblement glissées dans la péninsule balkanique, au milieu de la population tbraco-illyrienne. Celle-ci, on le sait, avait Etablipaoment

été depuis lonj'temps romanisée et convertie au christianisme. ^^^ Buisnres ^ or dans la penin-

Mais Slaves et Bulgares avaient peu à peu supplanté les an- »"!« ^p» Bal-

ciens habitants du sol, détruit leurs églises et remplacé presque

partout le culte chrétien par le culte idolâtrique qu'ils avaient

apporté d'au-delà du Danube. Les Bulgares, race pratique et

faite pour le gouvernement, avaient donné à la race rêveuse

des Slaves, dispersée en multiples tribus, la cohésion et l'unité.

En 678, le roi Ispérich avait fondé, entre le Danube et l'Hémus,

l'Etat bulgare, qui, depuis ce temps, n'avait cessé d'inquiéter

Byzance ; en 708, il avait fait reculer une armée de Justi-

nien II ; en 711, sous Philippe Bardanès, il lançait à son tour

xme armée jusque sous les murs de la capitale de l'empire.

Pour l'empire et pour l'Eglise, il y avait de quoi trembler, d'autant plus que, par delà le royaume bulgare, dans l'immense plaine qui s'étend du Caucase à la mer Blanche et de la Baltique à l'Oural, une multitude d'autres tribus slaves

Le wond* î. J. Pauooim, UÉglise bxjzantine, p. 177, s.are.

HiBt. géD. de i'Egli!>e. 17

258 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉuLISE

s'agitait, émiettée sans doute par ses divisions, et comme coupée en deux, de l'est à l'ouest, par le passage répété des invasions de peuples ouralo-altaïques, mais inquiète, mena- Le ppnple çante, terrible. Le peuple magyar était resté, ainsi qu'on l'a oiaiiva.1. ^^^^ comme un coin de fer planté dans sa chair vivante. Mais la race slave demeurait unie par le souvenir d'une commune origine et par le rêve d'une universelle domination ; et ce double lien était plus fort que le patriotisme particulier des divers groupes nationaux.

Les Slaves, ainsi appelés de sla,wa, la gloire, ou de slaivo^ la parole, appartenaient à la race indo-européenne. Les empereurs et les Papes avaient tout fait, dès le début de leurs relations avec eux, pour hâter leur assimilation au monde romain Prptîiiftr* 6t pour les convertir au cliristianisme. Héraclius avait permis

étrtj,,rAii«).ti©n Q^jL Serbes et aux Croates de se fixer dans l'Illyricum, puis àt.t Slaves, , .

sollicité le pape Jean IV, dont le patriarcat & étendait à cette

province, de leur envoyer des missionnaires. Les résultats de cette mission, faite en quelque sorte par ordre impérial, et dans laquelle derrière le prédicateur latin marchait l'officier . byzantin, furent rapides mais peu durables *. C'est par

©ouTermoiis. l'armée, où les Slaves aimaient à servir en qualité de mercenaires, que l'influence du christianisme les pénétra. « Là, dit un historien, une atmosphère toute chrétienne les saisissait. En devenant soldats impériaux, ils devenaient les frères d'armes de ceux pour qui la Sainte Vierge combattait à Gonstantinople, saint Démétrius à ïhessalonique, saint André à Patras. Dans les camps, ils coudoyaient sans cesse les nombreux clercs qui emplissaient les fonctions d'aumôniers militaires auprès des ontingents byzantins *. Aussi, quand sonnait l'heure de Leur ongé, plusieurs d'entre eux avaient-ils abandonné l'idolâtrie t c'est en néophytes, parfois en apôtres, qu'ils retournaient . ans leurs foyers *. » Mais l'ensemble de la nation, ses chefs

i. Constantin PoRPHTROciiiÊTB, De administrando imperio. P. G., GXIU, 284.

2 Acta Maximi, P. G , XC. col 136-172. 3. PAnooiRi, L'Eglise byzantine, p. 178.

l'éguse chez les peuples barbares 259

surtout, demeuraient païens et païens féroces. Saint Théodore Studite trouvait que c'était un sacrilège que de leur donner des otages *. Ils forçaient souvent les captifs chrétiens à apostasier ou les immolaient sans pitié '.

Les choses changèrent de face avec la conversion au catholicisme du chef des Bulgares, Boris ou Bogoris, en 864. On mau^jue de détails précis sur les circonstances de cette conver- Conrerrion da

r\ l'j 1- n j' j r> • • roi Borli itt

sion. On a parle de 1 mtiuenee d une soeur de Bofls, qui, con- 864. vertie à Constantinople, aurait, à son retour, convaincu son frère de la vérité de la religion chrétienne. Elle serait la sainte Clotilde des Bulgares et le moine saint Méthode en serait le saint Rémi. En tout cas, il ne peut être question, comme on l'a cru longtemps, du saint Méthode qui a été l'apôtre de la Moravie et dont nous aurons à parler bientôt '. En se convertissant, le roi Bulgare ne céda-t-il qu'à la puissance de

la vérité ? Ne fut-il pas guidé par un calcul politique, le désir Caractère d«

d. ,1 •/> J L x- 1 celte coaTAr»

opposer à la magniticence des empereurs byzantins, la gioa.

pompe du culte catholique, avec ses théories de prêtres et de

lévites rangés autour de sa personne sacrée ? N'y eut-il point

là la première manifestation de ce grand rêve ambitieux de la

race slave, que nous verrons prendre corps successivement

en Bulgarie avec le tsar Syméon, en Moravie avec le grand

Swatopluck, en Russie avec laroslaw le Grand, et qui donoie

peut-être la clef de toute l'histoire de cette race, du moins

dans le haut Moyen Age ? Ce motif ambitieux a dû tout au

moins coexister avec des raisons plus élevées et plus intimes

dans l'âme du roi bulgare *.

Ceux qui Le comparent à Clovis elles Bulgares qui l'honorent

comme im, saint sont bien obligés de reconnaître que, pas plus

que Clovis, le roi Boris ne dépouilla au baptême les mœurs

cruelles de la barbarie. Baptisé en 864 • de la main d'un

évéque byzantin, avec l'empereur Michel l'Ivrogne pour par-

l. Acta sanotorum, janvier, t. III, p. 54.

i. Vita Germani patriarchx, n° . 29, dans MaopoxopSittio; Pi6XioO'^«v L'Egl te bi/xantine, p. 363.

3. Acta tanctorum, octobre, t. XI, p. 120. P. Lirôni, L'Europe et le Saint' Sif-ge, p 102, 103.

4 R. P Lapôtri, L'Europe et le Saint-Siège à l'époque oarolingienne, p. 50.

5. D'aprèri las A' ta Sanctorum, octobre, t. XI, p. 120, ce serait en 866. L« P. Lapôtre préfère la date 864.

260 HISTOIRE GÉNÉRALE LE l'ÉGLïSE

Ses excèe de rain, un de ses premiers actes fut de donner l'ordre à ses

met par le sujets de se convertir à leur tour. Plusieurs de ceux-ci s'étant

Pape. révoltés à cette occasion, Boris fît massacrer cinquante-deux

familles de boiards ou seigneurs, j compris les femmes et

les enfants. Le pape Nicolas I*' blâma hautement cet acte de

cruauté sauvage *.

Rien de plus étrange que la vie de ce barbare converti, dont le christianisme, a-t-on dit, « à certains moments sentait plus le steppe que l'Evangile'». Il se plaît à parader dans les fêtes, à donner de grands coupe de lance, mais souvent, le soir, on le voit se couvrir d'un sac, se glisser furtivement

Boris moine, dans une église et y passer la nuit sur les dalles ^ Non content de se livrer à ces mortifications et à ces prières, un jour Boris abandonne le pouvoir à son fils aîné, se rase la tête et se fait moine *. Mais voici que tout à coup il jette le froc. Il vient d'apprendre que sop^ fils Vladimir, ivrogne et débauché, a abandonné le christianisme pour le vieux culte des ancêtres et l'Eucharistie pour des festins « où l'on boit le vin dans le crâne d'un ennemi mort ». Le moine Boris quitte sa cellule, reprend la lourde épée et la ceinture de bronze des guerrieri bulgares, pourchasse son fils, s'empare de lui, lui fait crever les yeux, puis revient dans son monastère reprendre en paix la série interrompue de ses oraisons '.

Politique reii- Quelle a été l'inspiration politique de ce Qovis des Bulgares?

doT Bulgares. On n'en trouve pas d'autre que le désir, naïf et violent, d'être un grand roi, d'éblouir le monde, de devenir comme \m empereur d'Orient. Il 'est victime, lui aussi, de cette fascination byzantine, dont les peuples de race gothique ont presque tous soviffert et qui fut pour beaucoup dans leur adhésion à l'arianisme. Aussi voit-on Boris s'adresser en même temps aa Pape, au patriarche de Constantinople Photius, à l'empereur Louis le Germanique, à tous ceux dont il peut espérer ime aide pour s'élever avec éclat. Finalement, c'est au Pape qu'il se rallie. Il le fait même avec énergie. Saisissant avec force

1. HiHciiAR, Annales, a. 866, p. 473, 474. P. L., t. CXIX, col. 98t.

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