‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 170 sur 284 · Annales >"«y"', anno 755, Histoire des Gaules. V · texte numérisé non relu

Annales >"«y"', anno 755, Histoire des Gaules. V

4. Chronique Ue Moissac, anno 754. Frèdcyaire, c. 120. Éoiuhakd, Vit» Karoli, c. 6. Ilist. des Gaules, V, 2, 67, 89.

ciden«e expé- semblée, tenue le 14 avril de la même année à Kiersy-sur-Oise, taire contre précisa le but de l'expédition, qui était de donner, ou plutôt de ' restituer à l'apôtre saint Pierre une certaine zone de territoire, dont les limites étaient sans doute bien déterminées, car on se référera longtemps au pacte de Kiersy ; mais la perte de cet acte important nous empêche d'en préciser aujourd'hui la teneur*. Dans une troisième assemblée, tenue le 28 juillet suivant, à Saint- Denis, le Pape renouvela le sacre de Pépin, j associa ses deux fils, qui avaient signé avec lui le pacte de Kiersy, et les déclara

Pépin est cou- tous les trois patrices des Romains. Ce sacre d'un roi et de ses Fratiw^et ^* ^^^^ P^^ ^® Pape, sans précédent dans l'histoire, non seulement

îe" Rtmiiï confirmait la légitimité de Pépin et de sa race, mais semblait élever la royauté des Francs au-dessus des autres royautés de l'Europe '. Ce titre de patrice, qui avait été donné souvent par les empereurs, mais sans addition, et comme pure distinction honorifique, suggérait, dans cette expression de patrice des Romains, l'idée d'un droit de protection effective sur l'état pontifical. Désormais, la fonction du duc de Rome devenait inutile, et, de fait, à partir de 754, on ne la vit plus apparaître ». La restauration d'un exarque n'avait pas plus de raison d'être. Le Saint Empire Romain était en germe dans les actes de l'asiemblée de Saint-Denis ♦.

1. La teneur de ce pacte de Kiersy, appelé tantôt la donation, tantôt la restitution, tantôt la promesse de Kiersy a donné lien, en France et eu Allemagne, à d'interminables discnssions. Voir Moellbr, Uixt. du Moyen Age^ p. 506-507. Cet acte a la forme d'une donation, puisque Pépin donne et ne réclame en retour que de* prières ; c'est une restitution, car ce qu'il donne était en fait possédé p;iT saint, Pierre, c'est-à-dire p<ir le Pape ; et cest une pro'i esse, car ce que Pépin donne, il ne l'a pas encore conquis.

2. Etienne II appellera Pépin Voha de faiiit Piei~re. iAVii, Codex earolinu»^ W 6, p. 26; no 7, p. 41. P. Z.,XCVII!, t05.

3. Ddchbbjik, Les premiers temps de l'état ■pontifical, p. 65.

4. Plusieurs q\)estion8 se sont posées au sujet de ces assemblées de 754. Martens les a considérées comme ut e fii tion Mais comment alors expliquer l'accord des sources indépendantes qui en patient, es Annales de Metz, le continuateur de Frédégaire, \ei Liber Pontificalis et Éginhardî 11 est vai que ces sources ne distinguent | as nettement les deux premières assemblée*, ce qui a porté certains auteurs à lei rédi ire à une seule (Ki.iwciiAri«, dans /'//tstojre d« Fr. de Latisbb, t. II, i" partie, p. 273). D'autres aut. urs ont prétendu, en s'utitorisaut de M Fustel de Coulangcs, que ces asemllé s n'avaient aucun pouvoir délibéralif et ne faisaient qu'euri gist er Ici volontés du roi. Bans cette opinion, le secourï» porté nu Pape ne serait pas l'œuvre de la représentation nationale de la France, n.ais le fait de la volonté personnelle du roi La lettre d'Etienne IT, adressée aux Seigneurs de rassemllée. ad yrooeres Franoorum (Sirmohd, Concilia ontiqua Galbœ, II, 10) semb e donner nn démenti à cette opinion. La pensée de M Fustel de Conlanges, nest poial «TalteuTS, noua le verrons plus loin, aussi absolue qu'on le prétend, '

Après tme flernîère sommation, l'armée franqne se mît en Victoire d« marche. Astolphe voulut résister ; mais battu au val de Suse, Wpm. mis en déroute, assiégé dans Pavie, il dut céder et jura de restituer les territoires envahis. Ce serment du roi lombard ne devait pas plus tenir que les précédents. A peine Pépin était-îl rentré en France, qu'il reçut du Pape des lettres pleines d'alarmes et plus pressantes que jamais. Astolphe, non con- Nonvean partent de garder les provinces conquises, assiégeait Rome par ^"Lombard», trois corps d'armée. On était au cœur de l'hiver de l'année 756, au moment où une nouvelle expédition des Francs paraissait difficile .

Les Romains résistaient héroïquement depuis deux mois, et siège ifs Rome l'époque de l'assemblée, que les Prancs tenaient au printemps, P*' Aitoipke. approchait, quand une légation pontificale, composée de l'évêque d'Ostie et de deux nobles romains, ayant réussi à franchir les lignes d'investissement, parvint à la cour de Pépin. Elle apportait trois lettres. La première était adressée au roi par le Pape ; la seconde était envoyée à la nation franque par le peuple romain ; la troisième, plus solennelle et plus près- Appp! pressante, était censée avoir été rédigée par saint Pierre lui- \'^°\i «u'roi même et adressée au roi et à la nation. Quand l'assemblée ''•"'', Praïus et

^ a la DHiioû

nationale des Francs entendit ce cri de détresse, poussé française. par le peuple opprimé vers la nation puissante, et cet appel du Prince des Apôtres promettant à ses défenseurs de les assister « comme s'il était vivant parmi eux », une explosion d'indignation souleva les Francs, qui s'élancèrent de nouveau sur la route des Alpes, taillèrent en pièces les Lombards, leur rendirent ravages pour ravages, dégagèrent Rome et blo(juèrent Pavie. Astolphe se sentit perdu. 11 s'estima heureux d'acheter la paix en abandonnant à Pépin le tiers de son trésor royal, et en lui promettant une rente annuelle de 1.'200 sous d'or. L'observation du traité précédent fut garantie Aoti-l-ih» par In cession de plusieurs otages et par un contingent d'ainnée ^'^^nan re»Uiranque que Pépin laissa sur les lieux, sous le commandemiînt ^«étei. ile see mcnicurs ofTiciers.

C'est au moment où Pépin assiégeait Pavie, qu'tine nouvelle

ambassade byzantine, toujours présidée par Jean le Silentiaire,

se présenta au roi des Francs, lui demandant avec instances la

Péoin déclare restitution de l'exarchat à l'empire. Pépin répondit : « Je ne

qu'ir'ne^'a'est ^^ ^^^ armé que pour l'amour de saint Pierre et la rémission

armé que jg jjjgg péchés », et, passant outre, il fit rédiger la célèbre dona- « pour i'amour *^ ' ' r ' o ^

de saint tion, par laquelle il transférait au Pontife romain, représentant du Prince des apôtres, la plupart des terres devenues siennes par le droit de conquête. Nous n'avons plus le texte de la donation de Pépin. Mais nous savons parle Liber Pontificalls que La « restitu- Pépin restitua à l'État de saint Pierre à peu près toutes les **°° pin^ ^^" villes conquises par lui sur les Lombards : l'exarchat de Ravenne et la Pentapole ', c'est-à-dire le pays situé entre l'Apennin et la mer, depuis le cours du Pô jusqu'à Ancône, en d'autres termes, le duché de Rome, plus les pays de l'Etat de saint Pierre envahis par Astolphe.

Désormais un Etat nouveau existait dans le droit international de l'Europe. On commençait à l'appeler dans les actes La coDstito- pontificaux officiels Y État de V Église^ Sanctœ Ecclesiae Bespuëerï'.Éui^'lfe ^^^^^ "• D'autre part, le protecteur de ce nouvel État, le patrice l'Église ». des Romains, le roi Pépin venait de s'acquérir par ses brillantes victoires xm ascendant qui le faisait l'arbitre de l'Italie. Astolphe étant mort peu de temps après sa défaite, en 756, et une lutte s'étant ouverte entre deux candidats, qui étaient Ratchis, Avènemeni. de fi'ère d'Astolphe, devenu moine, et Didier, duc de Toscane, Didier. l'influence de Pépin et du Pape firent choisir Didier. Ratchis rentra dans son monastère, et Didier témoigna sa reconnaissance à l'Eglise en lui rendant tous les pays conquis à ses dépens par le prédécesseur d'Astolphe, Luitprand.

Telle fut l'origine du pouvoir temporel du Saint-Siège. Ce n'est pas sans raison que Pépin appelait son acte de cession une restitution. « La révolution qui substituait le Pape à

1. On appelait Pentapole une province formée de cinq villes principalea : Rimini, l'esaro, Fano, Sinigaglia et Ancône.

2. Jaffb, Monumenta caroliiia. Codex Carolinus, n° 6, p. 35; n" 11, p G5. Toutefois, jusqu'à la oonqnAte de l'Ilalie par Charlemagne, les Papes coniil'uurent à donner aux empereurs d'Orient des marques extérieures de dépendance officielle. La prem ère médaille pontificale fut probablement frappé» veid 786. H Di L'Epnois, Le gouvernement des Papes au Moyen Age, 2* édition, p. 14.

rexarque, dit M. Cîiarles Diehl^ touchait plus aux formes Vrai caractère théoriques qu'à l'état réel des choses*. » Cet Etat, dont les de la donation papes avaient dû depuis longtemps assumer la charge et la * Bref." ' responsabilité dans des circonstances difficiles et qu'ils avaient plus d'une fois sauvé des invasions barbares, l'abdication effective des empereurs byzantins leur en avait décidément abandonné le gouvernement. Cette terre sacrée, ces monuments bâtis en l'honneur des saints Apôtres, ces trésors lentement accumulés par la piété des fidèles en vue des besoins de l'Église et des pauvres, la volonté unanime et bien expresse des fidèles de Rome et de l'Italie ne voulait les voir administrer que par le successeur légitime de saint Pierre. Le plus régulier des traités, intervenu après la plus légitime des con-

Quêtes, venait consacrer officiellement cette situation. « La P"o\<i^ de , , . ... „. „, , ^ l'abbé Flpii-

plupart des souverams, dit le gallican l^leury, n ont pas ry, d» .i,j«.'ph

d'autres titres de légitimité. * ». « Il n'y a pas en Europe, dit BossueTet' de Joseph de Maistre, de souverauneté plus justifiable ' ». « Dieu, Montesquieu. dit Bossuet, qui voulait que l'Eglise romaine, la Mère commune de tous les royaumes, dans la suite ne fût dépendante d'aucun royaume pour le temporel et que le Siège où tous les fidèles devaient garder l'unité, à la fin, fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'Etat pourraient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et Charlemagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Eglise, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement cette puissance céleste de régir les âmes ; et que, tenant en main la balance droite, au milieu de tant d'empires souvent ennemis, elle entretient l'unité dans tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments * ». « Rendez sacré et inviolable l' incien et nécessaire domaine de l'Eglise, dit Montesquieu ; qu'il soit fixe et éternel comme elle • ».

Le conseil de Montesquieu n'a pas été suivi. On sait com-

i. OU par A. BiarHRLOT dans VFJist. Gén. de Latibsi et Rambadd, I, 30i.

1, Histoire ds l'Eglixe, t. XVf. 4» dia., n» 10.

8 Du Pape, 1. II, ch. ti.

Page 1