Lib. Pontif , II
Hist. gén- -«^ l'Exlisa.
des gens armés, postés en embuscade, se précipitent sur le Souverain Pontife. Le cortège du Pape, pris d'épouvante, Odieuae alti- sans armes pour se défendre, se disperse. Le Souverain Ponde/et"(fu "sa- tife est renversé. On voit alors deux hommes sortir du cortège cellaire. pontifical et se placer l'un à sa tête, l'autre à ses pieds. Ces deux hommes, de connivence avec la bande des agresseurs, étaient le primicier du palais pontifical, Pascal, neveu du Pape précédent ', et le sacellaire Campulus. Les deux traîtres s'étaient joints à la suite du Pontife, l'abordant avec des paroles aimobles. C'étaient eux qui avaient donné le signal aux conjurés, d'après une entente préalable.
Ce fut alors une scène horrible. Sous l'oeil du sacellaire et du primicier, qui président à l'attentat, des bandits essayent de crever les yeux à Léon III et de lui arracher la langue, tandis que d'autres l'accablent de coups et le dépouillent de ses vêtements. Puis ils l'abandonnent au milieu de la rue, croyant l'avoir rendu aveugle et muet. Pascal et Campulus reviennent ensuite à la charge. Ils traînent le Pontife dans le monastère et là, devant l'autel, ils tentent, encore une fois, de lui arracher la langue et de lui crever les yeux. Puis, de crainte que des amis du Pape ne viennent l'enlever, ils le font transporter secrètement, la nuit venue, au monastère de Saint-Érasme.
Les traîtres s'étaient trompés. Le Pape n'avait perdu ni lc< vue ni la parole ; ou du moins il les recouvra ^. Il put même, pendant la nuit, grâce à l'aide d'un chambellan fidèle, s'échapper de l'étroite prison où on l'avait enfermé et se rendre à Saint-Pierre, où il trouva un missus franc de Charle- Léoo m re- magne. Accompagné de ce missus et de quelques fidèles, il
joint Charle- ^ encore la force d'aller rejoindre le roi des Francs à Pa-- Qia£oe a Fa- ^'^^ >-»*'^ j
derborn. derborn. Charles lui fit l'accueil le plus bienveillant et hh. promit de lui faire rendre justice.
1. La qualité de nevea d'Hadrien est donnée à Pascal par une lettre d'Hadriea lui inètuQ Jafib, 1, 2424.
2 D'après le martyrologe, saint Léon III aurait recouvré la vue et la parole par iniraclo. Dans le sermon qu'il prononça à Saint-Pierre le 23 décembre 800, saint Léon 111 s'exprime ainsi : auditum et diiulgaUim est per fnuUa loca, qualiter homines viali adversus me insurrexerunt et debilitare voluerunt Jaffé, Mon. Carolina, 378. Les contemporains ont clé partagés sur le caractère miraculeux de la guérison de Léon 111. Voir le P. LAPÔTa», L'Europe et le Saint-Siège, p. 211-212.
Cependant les conjurés, irrités de l'échec de leur attentat, pillaient et incendiaient les propriétés pontificales. Soudain leur tactique changea. D'émeutiers ils se transformèrent en accusateurs. Il est difficile de voir clair dans les accusations que Accusationi. Pascal et Campulus portèrent devant Gharlemagne contre le pape. Léon III. On attaquait vaguement les mœurs du Pape et sa sincérité. L'occasion se présentait au roi des Francs d'exercer sa mission de patrice. Il fit conduire le Pape à Rome sous bonne escorte et avec grand honneur, et ordonna de procéder à ime enquête en attendant son arrivée. L'aiîaire traînait en Arrivée de longueur J.epuis des mois, quand, le 29 novembre de l'an 800, ^''^ r3."' le roi Charles en personne arriva à Rome. 11 commença par rendre ses hommages au Souverain Pontife, puis demanda aux évéques présents, aux abbés, à la noblesse romaine et à la noblesse franque de se réunir dans l'église de Saint-Pierre en assemblée publique. Invités à formuler et à prouver leurs accusations contre le Souverain Pontife, les accusateurs se turent. L'assemblée elle-même n'osait prendre une décision en quelque sens que ce fût, déclarant, comme l'avait fait un autre concile trois siècles auparavant dans ime affaire semblable, « que le Siège apostohque a le droit de juger tout le monde, mais qu'il ne peut être jugé par personne ' ». Un noble mou- y^^ivT^'e* vement du Pontife romain mit fin au procès. Léon III se leva refuse de juet dit : « Je veux suivre les traces de mes prédécesseurs. Je qui se disculpe suis prêt à me justifier par im serment ». Le lendemain, de- ^^ serment, vant tout le peuple, le Pape déclara solennellement, du haut de l'ambon de Saint-Pierre, que, librement et spontanément, sans y être forcé par aucune loi ni coutume, et sans rien préjuger pour l'avenir, il jurait, les mains sur les saints Evangiles, être innocent des crimes dont on l'avait chargé. « Alors, dit le biographe de Léon III, tous les archevêques, évêques et abbés, et tous les clercs chantèrent ime litanie et louèrent Dieu, et Notre-Dame Marie toujours Vierge, et le bienheureux Pierre prince des apôtres, et tous les saints du paradis *. »
Il était bien évident que dans cette affaire l'intervention de Gharlemagne avait été décisive. Elle seule avait réussi à ré-
1. Ab ipsa Série nos omnes judicamur : ipsa aulem a nemine judicaturf quemirlmodum et antiquitus mot fuit. Lib. Pontif., II, 7. %. Lio. Pontif., U, 7.
primer l'audace des calomniateurs. Le protecteur puissant et impartial dont Rome avait besoin venait de se montrer à la hauteur des espérances ^e le Pape et le peuple romain avaient mises en lui, œenrdYcw Deux jours plus tard, le roi des Francs et le Souverain Pon- Jemagne (25 tife se retrouvaient dans la même basilique de Saint-Pierre 800). pour célébrer les fêtes de Noël. Ils étaient entourés de l'élite des seigneurs francs et des seigneurs romains, au milieu d'une foule immense de peuple. Comme Charles, après s'être prosterné devant la confession de saint Pierre, se tenait debout, incliné pour faire sa prière, le Pape posa sur sa tête une couronne précieuse ; et la foule, prévenue, d'une voix unanime s'écria : « A Charles, Auguste, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire * ! »
Cette fête de Noël de l'an 800, qui terminait le vra® siècle,
1. Le récit de ce grand événement est donné par toutes les chroniques de l'époque. A peine remarque-t on entre elles quelques nuances dans le récit. La source romaine, le Liber Pontificalis, fait re sortir surtout linitiative du Pape {Lib. Pontif., II, 7). Les sources franques [Annales de Lorsch, de Moi<sac) font remarquer que Charlemagne fut couronné comme successeur l 'gitime de l'empire romain, et que le Pape l'adora, c'est-à-dire lui rendit l'tiommRge dû à un souverain (Hist. des Gaules, V, 78-79). Le récit d'Eginhard insiste sur l'acclamation du peuple romain. Le lettré qu'était £ginhard semble prendre plaisir à voir la vieille Rome acclamer l'empire nouveau. Ce serait forcer peut-être l'interprétation do ces divers textes que d'y voir, même à l'état do tendance, la manifestation des doclrinos qui ont plus tard divisé le Moyen Age : la doctrine romaine de saint Grégoire 'VII, la doctrine impériale d iienri IV, la doctrine démocratique de Rienzi. Mais il n'est pas sans intérêt de remarquer ces divergences significatives.
Quelques auteurs ont soutenu que le rétablissement de l'empire a été l'œuvre de la polititjuo de Léon III, que celui-ci s'est hâté de poser la couronne sur la tête de Charlemague pour bien marquer sa suprématie et la dépendance du roi des Francs. On a même parlé de « cérémonie improvisée pour des motifs personnels par Léon III, au milieu de quelques figurants francs et surtout romains stylés par le Pape » (Revue Le Moyen Age, janvier 1904, p. 56), Ainsi s'expliquerait le passage d'Eginhard, disant que si Cliarlcmagne avait su qu'il serait couronné, il ne serait pas entré dans l'église (Hist. des Gatiles, V, lOOj. Mais cette interprétation est invraisemblable. Le caractère de saint Léon 111 et de Charlemagne la démentent. Au surplus, Éginhard et Paul Diacre font allusion à des négociations préliminaires. Le regret de Charlemagne, dont parle Eginhard, s'il n'est pas une simple formule d'humilité, peut s'expliquer par le désir qu'avait eu le roi des Francs de renvoyer la cérémonie à une date postérieure, pour attendre la fin des négociations diplomatiques qu'il entretenait en ce moment avec la Cour d'Orient. L'empressement de saiat Léon III s'expliquerait par le désir d'éviter le renoua vellement de scènes pareilles à celles de 799.
Dans un courant d'idées tout opposé, M. Sickel a émis l'opinion que Charlemagne aurait été appelé à l'empire par une élection du peuple romain. M. \\ ilhem Ohr a combattu victorieusement cette légende. La leggendaria dezione di Carlo Magna imperatoi'e, Roma, 1903.
LE SAINT E>irir.E ROMAIN 325
n'ouvrait pas seulement un siècle nouveau • ; elle commençait une ère nouvelle dans l'histoire de l'Eglise et du monde.
Le Pnint em- Le saint empire romain germanique était fondé. pire romaia
Pesons ces quatre mots ; ils résument toute l'organisation politique du Moyen Age. La nouvelle puissance a quelque chose de saint, de sacré. C'est un Pape qui la confère par le sacre. Cette institution du sacre est destinée d'ailleurs à se développer. Parvenue à sa forme définitive, elle deviendra l'expression et la garantie d'une harmonie sociale, où les droits de l'Eglise et les droits du peuple se concilieront avec le besoin impérieux de l'unité et de l'autorité ^ L'empire de Charlemagne est également saint par la mis- nouvelle instlsion qu'il se donne de protéger les choses saintes. Cette idée ^tre' appe^léa fait le fond du grand discours adressé par l'empereur en «aiote ou sa- 802 à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle '.
En second lieu, la puissance créée le 25 décembre 800 est
un véritable empire, c'est-à-dire un pouvoir universel. Il est
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certain que Léon 111 n a pas entendu instituer un empereur droit, un vétl-
d'Occident, mais un empereur de la Chrétienté * ; et Charle- univeMol!*
magne paraît bien avoir voulu, au rebours de ce qu'avait fait