‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 215 sur 284 · P. L., CIV · texte numérisé non relu

P. L., CIV

2. Voltaire {Essai sur les moeurs, ch. xxii) et plus tard Henri Martin {}]i<t. de France, II, p. 395 et 8.) ont vivement critiqué l'intervention de Grégoire IV dans les affaires politiques de l'empire. Ils ont prétendu : i" que ceHo intervention avait été déterminée par des motifs d'ambition personnelle ; 2» que, pour s'y opposer, le« évêqnes francs, indignés, avaient songé à Bubalituer au régime de la monarchie pontificale le régime d'une aristocratie ecclésiastique, et 3" que, pour défendre sa cause, Grégoire IV se serait appuyé sur des documents apocryphes, ceux \h même qui auraient servi à former les hausses Décrétâtes. Or, l'étude impartiale des documents prouve au cfiDtraire : !• que le Pape n'est pas intervenu de lui-même, mais sur les conseils d'hommes graves, et qu'il a même résisté quelque temps, par scrupule, à leurs pressantes exhortations; c'est le témoignage formel de suint Paschase Riulbert.dans sa Vie de Wala, P. L., CXX, 1635; 2» que l'épiscopat franc na nullement eu, dans son ensemble, l'attitude qu'on lui prête; c'est le parti de Louis le Débonnaire eeulemeut qui, réuni à Worms par l'empereur, a protesté contre la venue du Pape en termes violents, menaçant de le déposer, et disant même, dit un biographe de Louis le Débonnaire, de l'excommunier ; si exoommunicalurus adreniret, excommimicatus abiret. P. L., CIV,299 ; et c'est précisément à l'occasion de ces menaces que le Pape écrivit la lettre citée plus haut; 3<» que le pape Grégoire IV n'avait nul besoin de se êervir, pour défendre ses droits, des Fausses Décrétales ou de prétendus do- «suments devant servir à la ré laclion des Fausses Décrétales; l'aulorité spirituelle et temporelle du Saint-Siège était déjà suffisamment établie par des textes et des traditions des plus autlientiques. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce dernier fait en étudiant plus loin la question des Faussée Décrétales.

sympathies populaires revinrent au malheureux empereur

Peu de temps après, l'excès même de son infortune et l'odieuso

conduite de Lothaire détachèrent de la cause de ce dernier

ses plus chauds partisans.

On sait comment, trois mois après la scène du Champ du J^^ concilia-

. ^ , / bule de Gom-

mensonge^ une assemblée de seigneurs et de prélats choisis par piègne.

Lothaire et réunis à Gompiègne, déclarèrent l'empereur Louis

déchu de son trône. Le faible souverain s'inclina devant la dé- La déchéance

• • 1 1 T-\ T T 1 r« • '^^ Louis le

osion de cette assemblée sans mandat. Dans 1 église de Saint- Débonnaire Médard, à Soissons, il s'agenouilla devant l'autel, sur un cilice étendu à terre, et récita en tremblant les formules d'une confession publique rédigée par ses accusateurs. Puis, ayant déposé son baudrier de guerre, et ayant reçu de l'évêque Ebbon la robe grise des pénitents, il fut reconduit comme un prisonnier dans le monastère de Saint-Denis. Mais la majorité du clergé se souleva alors en faveur de l'empereur déchu ; l'indignation éclata contre les lâches prélats qui l'avaient condamné. Rien n'égale les invectives de l'historien Thégaii contre l'infâme Ebbon, ce fils de serf, affranchi par Charlemagne, que Louis avait aimé comme son frère, et dont une misérable ambition venait de faire un traître. Louis le Débonnaire fut rétabli dans ses droits et une assemblée de prélats, réunie à Saint-Denis, annula les actes de ce qu'elle appela le conciliabule de Gompiègne.

Louis ne sut point maintenir son autorité. De nouveaux partages furent l'occasion de nouvelles querelles. Il mourut en 840, laissant l'empire en proie aux pires divisions. Quand, trois jntpr^g-^ ans plus tard, quatre armées, dans lesquelles se trouvaient re- de Grégoire ijr présentées presque toutes les nations de la chrétienté, se ren- la bataille 4* contrèrent à Fontanet, on vit se renouveler l'intervention *®'*^**«^ de Grégoire IV, toujours préoccupé d'éviter une guerre fratricide. Mais les pourparlers engagés furent inutiles, le choc formidable ne put être évité. A la mort de Grégoire, qui arriva le 11 janvier de l'année 8i4, le démembrement de l'empire était consommé par le traité de Verdun.

Quinze jours plus tard, les grands et le peuple s'étant «^^ assemblés ', lui donnèrent pour successeur l'archiprêtre Serge. (844-847),

1. Cum proceres et romance urbù optimales universusque Ecclesiœ populus ^ro eligendo pont'fice in unum coissent- Lib. Ponlif., H, 86.

C'était un vieillard. Né à Rome et de bonne heure orphelin de père et de mère, Serge avait été élevé dans l'école des chantres du palais pontifical. Les Papes saint Léon III, Etienne IV, Pascal I" et Grégoire IV lui avaient successivement témoigné beaucoup de confiance. Mais à peine l'élection était-elle terminée qu'une troupe de gens du peuple acclame pour Pape un certain diacre Jean, se précipite au palais du

Une émeute Latran, en enfonce les portes et l'envahit à main armée. La ranîrp^ap^e^ foule est repoussée par la noblesse, qui va prendre Serge à Jean. son église de Saint-Martin et l'installe avec de grands honneurs à la basilique de Saint-Pierre K Dans le désordre des institutions politiques et sociales, la dignité pontificale était restée le pouvoir le plus envié. Elle excitait les convoitises des divers partis.

Les premiers actes de Serge II, tels que nous les rappelle son biographe, indiquèrent une ferme volonté de détendre avec énergie les droits du Saint-Siège. L'empereur Lothaire irrité de ce que le Pontife avait été sacré et installé sans sa participation, avait envoyé à Rome une légation, à la tête de laquelle était son fils aîné Louis et son oncle Drogon, évêque de Metz, pour protester contre la violation de ses droits prétendus. La légation était accompagnée d'une armée nombreuse, qui commença par terroriser par le pillage les habitants de la

s hî tf canipagne romaine. Quand l'ambassade se présenta à la basi-

tu(ie en pré- lique de Saint-Pierre, Serge en fit fermer toutes les portes, et, sence des lé- , . , ,...,. ,., c,.

gats de l'em- S avançant vers le roi Louis, Im dit : « Si vous venez avec une

pereur. volonté sincère, pour le bien de l'État et de l'Église, je vous ferai ouvrir ; sinon, je ne le permettrai pas ». Et il n'autorisa le monarque à entrer qu'après sa réponse pacifique. Une enquête, demandée par le roi, aboutit à la reconnaissance de la régularité des opérations qui avaient élevé Serge II au Souverain Pontificat. Serge sacra ensuite Louis roi des Lombards. Celuici lui demanda alors la prestation du serment ordonné par la Il pri^ciee le constitution de 824. Le vieux Pontife répondit : « Si l'on veut

seus du ser- „ye nous prêtions un serment de fidélité à Lothaire, qui est meut de fldé- ^ ^., , ,• • • d j j

lité. empereur, j y consens volontiers ; mais si 1 on demande que

nous le prêtions à Louis, qui n'est que roi, ni moi ni cette i. Lib. Pontif., II. 86, 8T.

noblesse romaine n'y pourra consentir * ». C'était indifjiier

clairement que le droit de Lothaire sur Rome n'était qu'un

droit de protectorat, attaché à la dignité impériale, et non un

dioit de souveraineté, dépendant du titre de roi. Mais il est

plus souvent facile de résister en face à un potentat menaçant

que de ne point succomber aux perpétuelles sollicitations dune scr^e subît la

influence familière et iournalière. Ser^e avait un frère, ambi- lu^'iiicurens©

J . . inlluence d»

lieux et rapace, qui sut non seulement faire fléchir la volonté sou frère Be-

faible du vieillard, mais aussi capter les bonnes grâces de l'empereur Lothaire. Nommé évêque d'Albano par la g-rûce du Pape et muni de pleins pouvoirs de missus par ]a faveur de l'empereur, Benoît, « rustre, ignorant et grossier ^ », comme parle le Liber Pontificalis, gouverna despotiquement l'Etat romain sous le nom de son frère. Ce fut le règne de la simonie xristfl état if à Rome, Pendant les trois années que dura ce régime, les l^«l'*«de fonctions civiles et ecclésiastiques se vendirent au plus offrant '. Alors, continue le biographe du Pontife, « comme nul n'avait le courage de s'élever contre cette tyrannie, qu'on tremblait devant elle, qu'on paraissait ne plus se souvenir qu'il vaut mieux mourir avec honneur que vivre dans la honte, le Seigneur, regardant l'opprobre de l'Eglise qu'il avait rachetée de son propre sang, envoya, pour manifester sa justice, le fléau des peuples infidèles * ».

Pendant l'année 8i6, on vit en effet les Sarrasins d'Afrique Les Sarrasin!? venir jusqu'aux portes de Rome, piller les églises de Saint- ^^^? ^^ '""''" Pierre et de Saint-Paul, toutes deux hors les murs à cette époque, ravager la campagne romaine, mettre en fuite, près de Gaète, une armée commandée par le duc de Spolète et camper au pied du Mont-Cassin. Ils en furent détournés par une pluie torrentielle. Mais « on les vit s'en aller, dit la chronique du monastère, en grinçant des dents et en se mordant les

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