‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 3 sur 284 · MiGHE, tbid., col. 744. M. G. U. ibid., p · texte numérisé non relu

MiGHE, tbid., col. 744. M. G. U. ibid., p

4. Micanl colores, albus tel venetus, vivens rubensque. Micni, col. 739. al. G. H. ibid., p. 2r47.

8. F. IloBion et D. Dkladrat, Les institutions de l'ancienne Borne, 3 vol. in-18, Paris, 1883-1888, t. III, p. 3u7.

6. MispouLBT, Les institutions politiques des Romains, t. U, p. 232-258.

l'église dans son centre

plaiK :

industrie et la grande calamité. En trois années, l'intérêt doublait la dette. Les riches devenaient toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Plus que jamais le cirque était le champ classique où retentissait le cri du peuple demandant du pain. En passant devant l'antique monument, Sidoine avait peur d'entendre, disait-il, le cri terrible de la misère du peuple romain *.

Et ce n'était point là encore le plus grand mal. A la plaie de la misère se joignait celle de l'immoralité.

Ce monde qui n'avait qu'une haine, celle de la pauvreté *, semblait n'avoir qu'un amour, celui du plaisir. Si le gallo-romain Sidoine Apollinaire, en passant auprès du cirque, redoutait d'entendre le cri de l'indigence, il craignait d'ouïr celui de la luxure en s'approchant des thermes impériaux. Il nous fait savoir que Consentius, son ami, veillait à ne fréquenter que les bains de Rome où la pudeur était respectée. « Si nous revivons par la pensée cette époque, dit Niebuhr, un sentiment pénible viendra se mêler à notre admiration : les vertus faisaient bon ménage avec les vices les plus redoutables : mépris absolu et inconscient du droit d'autrui, avarice et parfois rapacité, séparation tranchée des classes, qui donnait naissance à une cruauté inhumaine, non seulement envers les esclaves et les étrangers, mais envers les citoyens même '. » Claudius Rutilius, le préfet païen de Rome en 417, adressait à la Ville éternelle, en la quittant pour retourner en Gaule, une invocation sympathique où il unissait à la déesse Rome la déesse Vénus *.

Les superstitions, qui ne prospèrent jamais mieux qu'aux Troiïièm» époques de décadence, florissaient à Rome, à la fin du v^ siècle, «u^ersiitioa. sous des formes multiples : superstitions païennes survivant à la foi aux dieux de l'Olympe, superstitions importées de l'Orient, superstitions populaires nées spontanément de la cré-

1. Vereor ne famenx poouli romani thealralis oavex fragor insonet. Mjo^k, t LVIII, col 465. M. G. H. Aucl- antiquis^., t. VIII, p. !«.

2 • Dans cetU) Rome impériale, écrit Ibéclure Mommsen, la pauvreté n'( lail p:i3 seulemenl la pire de:* liootes et le deniier des crimes : c'était la Beaie lioiile et le seul crime » iCilé par Gbisab, lltut. de Home et iies Papea au M yen Age, t. I, 1" partie, p. 15^).

3. i/ilt'; par Ooisab, Histoire de Rome et des Papei au Moijen Age, t. I, !'• partie, p. I6.i

4. Clauoii KoTiuud, De redilu suo, 1. I, v. 47 et 8., édit. MuUer, 1870, p. 2.

iii.-l. i'fo de i'F.''i'^ S

f8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGM-JE

dulité, de l'intérêt ou de la peur. « A la fin de lErapire, dit M. Gaston Boissier, le paganisme est mort ou va moui-ir*. » La critique d'Evhémère, adoptée par les stoïciens, popularisée à Rome par les ouvrages d'Enaius, et souvent utilisée par les apologistes chrétiens, avait beaucoup contribué à détruire la loi à la religion païenne ; et les défenseurs du paganisme eux.m^mes y contribuèrent parfois en essayant de défendre leurs dieux du reproche d'immoralité par des interprétations allégoriques. Mais « un tel état de scepticisme, dit un grand connaisseur de la Rome antique, Joachim Marquardt, ne pouvait durer ; car, s'il est au fond de l'âme humaine un sentiment ineil'avabîe, c'est à coup sûr celui de ses rapports avec la Divinité. Les besoins religieux n'étaient pas satisfaits ; il fallut leur chercher de nouveaux aliments. Les tendances en ce sens se manifestèrent chez les savants comme chez les simples - ». La politique romaine donnait l'hospitalité à toutes les religions ; elle favorisa une sorte d'éclectisme mythologique et religieux, qui fit afiluer en Italie, sous l'Empire, les cultes et les fétichismes de tout l'univers. « Telle province, dit Pétrone, est si peuplée de divinités qu'il est plus facile d y rencontrer un dieu qu'un homme '. »

hi cnive de La première de ces idoles était l'Empereur. Le culte de

Tumpereur el ' •111 1 mi

ue Home. Rome et d Auguste avait, dans la plupart des villes, ses tenaples et ses prêtres municipaux et, de plus, ses associations religieuses. « Il tendait à devenir la religion universelle du monde civilisé, religion tout extérieure, si l'on veut, mais partout présente, attirant à elle les hommages des municipes, pénétiunl enfin, par la propagande active des sociétés d'augiisiaU's, jusque dans les couches profondes de la société *. »

Sans doute, dans les derniers temps de l'Empire, le culte des empereurs avait perdu de son prestige ; mais le culte de Home persistait. « Ecoute-moi, 6 Rome, mère des hommes et

1. Gaston Bcisaua, La fin du paganisme, 2 vol. ln-8". Taris, 1891, t. Il, p. 4%. conclusion.

2 J. Marqdabbt et MoMMsa», MliiiucI de* inatHu'ioHS romaines, t. XIl,

3 s Rbisach, Minuel dr phlloloyti clast.iqw, d'après le Triennium philologicHin de W\ Fimuiid. l'ftm, L'-SU. p ;i51 Cf. A. Hiwourco, L^ chrùtianl.^otion des f^mles duns l'empire romain. R d'U et de L. R., mai juin Hy9.

4. Bouché LecLBuco. JnstiluUons romaines, p 556. Cf. BàOhUtt, Le eulu iâ aux empereurs tomains.

l'église dans son CENTi'.K 19

mère des dieux ! » s'écriait Claudius Rutilius au \^ siècle *. A la fin du même siècle, un décret de Théodoric appelait encore Rome « la ville très sainte », sanctissima urbs *. Cette superstition de la Ville éternelle était si puissante que les chrétiens avaient peine à s'en défendre. Le chrétien, ne fût-ce que par patriotisme, fidélité aux vieilles traditions, dont il ne se détachait qu'avec infiniment de douleur, conservait une sorte de respect religieux pour l'antique Rome. Et ce n'était pas seulement le fait des romains de race, comme Sidoine, c'était celui des chrétiens d'origine barbare. Fulgence, évêque de Ruspe, en Afrique, avait été un haut fonctionnaire du royamne vandale. 11 vint à Rome en l'année 500. Sous son pauvre vêtement de moine, il se mêla aux foules, pour assister à des solennités publiques qui se donnaient sur le Forum. « Alors, dit son biographe, saisi d'admiration à la vue de ces temples, de ces arcs de triomphe et de ces monuments d'honneur, ses pensées s'élevèrent plus haut et il s'écria : « Que la Jérusalem céleste doit être belle, puisque la Rome terrestre a tant de splendeur ' ! »

Paimi les cultes orientaux, c'est celui de Mithra ou du So- ^^' calta*

oneotâoi..

leil, qui semblait triompher. H avait ime sorte de baptême, une manière de communion, des purifications sanglantes. Julien l'Apostat lui avait donné une organisation ecclésiastique *. Autour de ce culte, et de bien d'autres, tels que celui de l'Adonis de Byblos, de la Vir^o cœlcstis de Carthage, et de la Mater Magna de Pessinonte, les superstitions populaires pullulaient. Chaque source avait sa fée, chaque localité son dieu tutélaire. Tel rite, telle formule avait une valeur sacrée aux yeux du peuple.

En somme, la parole de Bossuet reste vrcde ; malgré la con-

1 CiàrDii RoTiui. D» reditu ruo, éflit. Huiler, 1870, p. 2.

2 i:*Hs.oi)oni. Va iarum, iib. V[, n» 18. Mig>« P. L., t LXIX. col 698. M '■ Il An<:t aniiqui^s , t XII, p 190 « Le culte imporiul fçftrde niin vale" xi-'use . ce nui ne laisse pas d'olre pi(|ii»nt alors que r«r»>pir»; est to , i|ii il n'y a plus dAvigusU; e.i Occident et qii<» lluriie plusieurs foia Yi"i .• |>iii li's Biirh.ue-' esl in:iin:eDanl sujette du lOi dos liotha » A Durociico, R. .1 I! et de L R.. l.S'.'9. p 2:ù.

3 Qu-nn ipeci'<sa /loUxt en,e HU ntaUm crU-^tix, -i sic ^u'aet Ilotna **rre»tri~ I — Viia }■ ulynU< M en* F L , t LX V col 131

4 Iranlz CtnuwT. I^-.i Mij Ue-s de Milhru. uu v»l in-S", l'iiri» iv02. , e.rle» et d'jrumenU figure!* rciulifs aux mi/scet a de wt hia. 2 vol in 4 llruxilles, 189d LSOvi.

20 HISTOmE GÉNÉRAF.E DE l'ÉGLISE

servation de ses monuments, Rome avait décidément perdu son empire. « La vénération des dieux romains avait laissé des impressions profondes dans l'esprit du vulgaire », mais « la majesté du nom romain fut anéantie ; l'empire fut mis en pièces, et chaque peuple barbare enleva quelque partie de ses débris ; Rome même, dont le nom seul imprimait autrefois de la terreur, quand on la vit une fois vaincue, devint le jouet et la proie de tous les barbares *. »

Hé« générale £)g même crue les œuvres de S. Sidoine Apollinaire nous rendu monde ^ . , ^ barbare seignent sur la situation de l'Eglise en face du monde romain,

leur de la vie la vie de saint Séverin, écrite peu de temps après sa mort par de snuii Sévf ^^ ^^ ^^^ disciples, nous fournit les documents les plus précieux sur les rapports de l'Eglise avec les peuples envahisseurs. On sait peu de chose sur la personne môme de l'apôtre du Norique. Son humilité, dit-on, parvint h cacher aux plus intimes de ses disciples le secret de son origine. ?»Iais « tout, dit Tillemont, nous fait supposer que Séverin éttdl de race latine et de naissance illustre » '. Le désir de la perfection le fît passer de son pays dans les solitudes de l'Orient. Il en revint pour se fixer, par suite d'une révélation divine, dit son biographe, dans la vallée du Danube ^. Il y resta jusqu'à sa mort, arrivée en 482. La Providence le plaçait ainsi sur le passage des grandes hordes barbares. C'est le récit de ses rapports avec ces peuples nouveaux, qui est pour l'histoire du plus haut intérêt. « Nous avons peu de saints dans l'anliquilé, dit Tillemont, dont l'histoire soit plus assurée que celle de saint Séverin* ». « La vie de saint Séverin de Norique, dit M. Auguste Molinier, est un ouvrage précieux

1 BossuKT, Explication de l'Apocalypse, ch. m, n<> 9, édit. Lacnat, t. II, p. 3^0

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