‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 2 sur 284 · j 1 11 j T 11 d'Odoacre. r · texte numérisé non relu

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fit condmre le monarque dégrade dans la viila de Luculius, de» Héruiea.

et se proclama, avec l'assentiment du Sénat, roi d'Italie. Cette ^ révolution de palais ne parut pas émouvoir beaucoup les populations de Rome et de la péninsule'. Le peuple ne regretta pas le bel empereur ', qui portait les noms glorieux du fondateur de Rome et du fondateur de l'Empire. Il accepta la barbare, qui lui promit la paix et la tolérance, et qui tint à

1. Le Nain de TUIemont ne parle de Romulus Augustule que dans son histoire d'Odoacre: « Nous sommes obligés, dit-il. de mettre trois empereurs romains sous le titre d'un prince barbare, et d un barbare dont on ne connaît pas même le pays et la natiun. Mais ces empereurs sont Glycère. Népos et Augustule, qu'on peut dire être comme inconnus, ou u'étre connus que pour avoir enseveli avec eux l'empire romain dans l'Occident. > (Le Nain de Tillemont, /httoire des empereur.*. Paris, 173H, t VI, p. 422.)

2. Pu/cher erat, « U ^tait beau », dit l'auteur anonyme publié par Valoi», Rerum francarum, t. III. in-folio, Paris. 1646 1fi58 Le même témoignage est donné par Procope, Migne, Patr. grec, t GXXXVII. et C'rpus srriptorum hitttrix hyznntime. Bonn, 1828-i)S97. € On loue la beauté de ce prince, dit Tilldmont, et c'est l'unique, mais pitoyable éloge, qu'on donne au dernier des sm-

ereurs. » Eut. des emp., t. YI, p. 434.)«

14 HISTOinE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

peu près ses promesses. Cinquante ans plus tard seulement, Marcellin fît mention pour la première fois de l'événement du 23 août ^76 dans sa Chronique ', comme s'il eût fallu un demi-siècle aux historiens pour s'apercevoir qu'un grand changement s'était alors produit dans l'organisation politique de l'Occident.

Une pareille révolution avait en réalité une immense portée

historique. Désormais Rome ne devait plus voir un empereur

Portée histo- résider dans ses murs ; les insig^nes impériaux ne devaient plus

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♦ïéuemeiii. y reparaître qu'avec Charlemagne. D'autre part, la situation de l'évêque de Rome, qui n'avait cessé de grandir depuis Constantin, devenait prépondérante. Le fantôme même d'un Augustule ou d'un Olybrius portait avec lui le souvenir et le titre de la majesté impériale, et limitait légalement, aux yeux des vieux Romains formalistes, le pouvoir pontifical. Le nouveau maître de Rome et de l'Italie, qui. gauche et comme honteux de son succès, n'osait revêtir la toge triomphale brodée d'or des imperatores * et renvoyait à Zenon, empereur d'Orient, les insignes de la dignité souveraine, ne pouvait avoir un tel prestige.

La Papauté avait d'ailleurs besoin, en ce moment, de s'ailermir plus que jamais dans la Ville éternelle. A l'heure même

Nécea?Uépour où l'Empire tombait, de tous les côtés de l'Europe, de la rBpl)*« de . , ^

a'atfi*iiinr Germanie, de l'Espagne, des Gaules, de la Grande-Bretagne,

c^'uire." ^® ^'^^^ '^'^ P^ys que les missionnaires avaient déjà visités, mais dont les chrétientés venaient d'être décimées par les invasions et par l'hérésie arienne, des appels déchirants se faisaient entendre, demandant de nouveaux apôtres.

Mais pour se livrer sans péril à cette œuvre d'expansion nouvelle, l'Eglise devait d'abord s'épurer de plus en plus dans son centre et se relier de plus en plus étroitement à son chef suprême, le pontife romain. Cette double tâche fut l'objet des préoccupations constantes des Papes. A partir de ce moment, ils la poursuivirent sans défaillance et simul-

1. Makcku.., Chronicon. Edition Momnasen, dans les Monumenta Gertnanim hùtorico, aur.tores antiquisi., t. IX, p. 91.

2. Sur le costume ioipéiinl et les ornemdQts fastucnï qui y avaient été njoutés dans les derniers temps de l'empire, v. H,. 0»g>at, ou mot imperator dans le Dict. des aut. grecques et romuncs, de Diuima bg et Saguo, t. III, i" yiuû<i. p. 4.6, 12;.

tan^ment avec l'œuvre de 1 évangélisalion des peuples païens '.

Avant de commencer le récit de ces longs eirorts, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur la ville de Rome et sur h situation faite à ses pontifes, à ses prêtres et à son culte pat leur cou tact avec le monde barbai'e.

Deux auteurs de cette époque nous fournissent des renseignements d'une précision et d'un relief incomparables sur la situation du monde chrétien à la fin du v* siècle. Ce sont l'évêqi-e ^allo-romain Sidoine Apollinaire et un humble moine du Norique inférieur, l'auteur de la précieuse Vie de saint Séverin, Eugippe.

Caius SoUius ApoUinaris Sidonius, né à Lyon vers 430, "^"n '*j" ,^^ '^

1^ . . ''^'"^ ^^ Rom»

mort à Clermont en 482, fils d'un préfet impérial, préfet de à la cnuie <ii'

Rome lui-même, comte, patrice, gendre de l'empereur Avitus, uioit-dsges de honoré de son vivant d'une statue sur le Forum de Trajau, est A(miih)«îre. im des personnages les plus considérables de cette période. (430-482), Après une vie mouvementée dans le monde, il entra dans les ordres sacrés, se dévoua, comme évêque, en 470, à l'évangélisation d'un pays demi-barbare, à Clermont en Auvergne, et y montra tant de vertus que l'Eglise ne tarda pas à le placer sur ses autels. Nul témoignage n'est plus autorisé que le sien dans la description de la ville de Rome ; les découvertes les pius récentes en ont démontré la parfaite exactitude '.

Rien n'est changé dans l'aspect extérieur de la ville et de De briilaatt

. T , , , , . dehors ca-

ses principaux monuments. Les barbares n ont presque nen chent dea

détruit. Ils se sont contentés de piller ». P'?/*"^, P'°"

1. Dans ce premier chapitre, nous ne nons occnpftrons qu'inciflemment da gouvernement des Papes en ce qui con<erne la (lis(;ipline ecclésiu.-li(|uo, lo culte • hrétien ou la répression des bén-sies existantes C'est là I objet de i histoire ancienne de 1 Eglise. Nous ne nous préoi-cuperons ici de laclion <ics l'api'S qu'en tant que cette action a pnparé dinjctcinent le Moven Age .'>oi;8 aurons à parler plus loin des relations du Saint Sièp^e avec les peuplts Larbure.'*. en racontant 1 Insloiro do chacun de ers peuples

2. Sur S. Sidoine voir Tii.LBuo.fT .W"»» .«'-., t Wi p. lyS-VS*

3. « C'est au lourd anactirouisme de pailer d'uue lIo:ue duuu.tc uu v« on

16 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISB

« Cette ville, écrit Sidoine à un seigneur gaulois qu'il invite à venir à Rome, cette ville est le domicile des lois, le champ des arts libéraux, le palais des honneurs... Elle est toujours la cime du monde. Il n'y a d'étranger dans cette ville unique que celui qui veut rester barbare ou que l'esclavage retient loin de ses biens '. » Le sénat promulgue toujours ses lois suivant les anciens rites, scrupuleusement observés *. Les gigantesques thermes impériaux continuent à fournir aux Romains leurs lieux de réunion les plus recherchés •. Les rues sont toujours animées par les costumes de l'antiquité. Aux jeux du cirque, le peuple se passionne toujours pour les quatre couleurs des concurrents : le blanc, le bleu, le vert, le rouge *.

Mais hélas! tout cela n'est qu'une façade brillante et trompeuse. Misère, immoralité, superstition, telles sont les plaies profondes de la Rome du v® siècle livrée aux barbares. Première « Depuis la fin des Antonins, dit un historien bien informé

plaie : La mi- gyp cette époque, des révolutions militaires presque incessantes, un égoisme effréné, des rapines impunies, le mépris du travail libre et la plaie hideuse de l'esclavage dévoraient les ressources de la vie éconi>mique » ». Le gouvernement demandant ses principales ressources à l'impôt foncier, l'agriculture fut délaissée. On laissa en friche des provinces entières. La Campanie, qui n'avait pas été ravagée, ni même traversée par les barbares, comptait 120.000 hectares où ne se trouvaient ni une chaumière, ni un homme. Les mines, qui avaient été enlevées à l'administration privée ou municipale, et attribuées au fisc et même au domaine privé des empereurs, s'épuisèrent *. Le métal manquant au numéraire, la valeur du capital augmenta. Dès lors, l'usure de vint la grand©

même au ti* siècle. L'antique Rome ne fut détruite que par le lent travail des siècles postérieurs, y compris la Remaissance » (Gbisab, Hist. de Rome et des Papes au Moyen Age, t. I, 1" partie, p. 100).

1. SiDoiRB, 1. I, ep. 6, ad Eutropium. Mionb, P. L., t. LYIII, col. 435. M. G. H. Auct. antiquiss., VIII, p. 9.

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