‹ Histoire générale de l'Église (volume 3)Chapitre 76 sur 284 · L ÉGLISE CHEZ LES FRANCS · texte numérisé non relu

L ÉGLISE CHEZ LES FRANCS

Sur le territoire qui devait constituer plus tard la France, ^b popnlafioa

trois principaux peuples se trouvaient fixés à la fin du v"^ siè- ^^ ^"/gîJ"".

cle : les Francs, les Burij^ondes et les Visigoths ; les Francs au FraocB, Bur-

, , iT- • .1 j X gondes et Vi-

nord, les Burgondes au sud-est, les Visigolhs au sud-ouest. gigoths.

Les Francs, de race teutonique, avaient généralement gardé

le culte national d'Odin ; les Burgondes et les Visigoths, de

race gothique, avaient, dans leur ensemble, embrassé l'aria-

nisme *,

Les premiers ne constituaient pas, comme les autres, un L^p Francs, groupe ethnique proprement dit. On rencontre ce nom de franc, dont il est diiOcile d'établir l'étymologie, à partir du m'' siècle. Il est indistinctement donnée tous les peuples qui h.ibitont originedn la rive droite du Rhin, depuis le Mein jusqu'à la mor. Ces "^'^* * "^"^'" [iCLiples s'étaient trouvés, depuis le m® siècle, en rapports fréquents avec l'empire, soit comme esclaves, soit comme soldats fédérés, soit même comme consuls, tels que Rihomer. On avait vu, sous \'alcntinien II, le franc Arbogast diriger en fait le gouvernement impérial.

1. I>a relipion dcH CeUe». !<• (1^l:i(I;^^lt^. s'^lail întroflrilc dans !n Cmiln «îu Bord el du centre. César, (]nn* ?ps f'ovifiifniijir^s, parle heaticonp d« In refigion de« (iruides. Cevs ci. cependant, ainsi qu'on la remarqtié, auraient moins apporlft en flnule nne relif^ion nonvcllc que donnfî un rilurl el iiiie théologie à la religion exiçltiute. (Maurice Buica, daoB Vliixt. de Ftancc de t. I, 2« partie, p. 55 et e.^

HlSTOinE GÉNÉr.ALE DE l'ÉGLISE

rrêniiftro* in?- La loi saliqiie déclare que les Francs ont porté « le dur joug Mqnut* -H jiKi- des Romains ». Ces contacts fréquents avec la civilisation ro- Franca. maine n'avaient eu, chez ce peuple très fier de sa race, qu'une inlluence superncielle. Sans doute l'institution monarchique semble avoir ])ris chez eux un accroissement subit et démesuré : mais la nuKlilication paraît s'être faite surtout dans les formules de protocole, dans les qualificatifs de Dominus glorlosissirnus, à' Excelle ntia. de SubUniitas^ que les greffiers de l'entourage royal empruntèrent à la langue romaine et aux usages de la cour impériale *. Les assemblées nationales, sous les noms de campus, de placUum ou de conventus, continuèrent, au moins dans une grande mesure, les libres traditions de la vieille Germanie. Un autre caraclère des institutions franques était cet étrange régime du statut, ou droit personnel, qui faisait dépendre l'application de la loi dulieude la naissance, tant ce peuple avait le culte du droit de l'individu, fut-ce au détriment du bon ordre dans l'Etat '.

Les Francs, qui, depuis le m® siècle, n'avaient pas cessé de se déplacer vers le sud et vers l'ouest, se divisèrent en deux groupes ; ceux qui habitèrent la rive du Rhin ou Ripuaires, et ceux qui se fixèrent vers l'emhouclmre du Rhin, près de rissel ou Sala, ce furent les Saliens.

Les Saliens comme les Ripuaires, se divisaient en tribus, et, lors de la chute de l'empire, en 476, lechefdune des tribus des Saliens était le roi Childcric, qui, par sa large bienveillance pour la religi(în chrétienne, s'était attiré la reconnaissance et la confiance des représentants de l'Eglise.

Childéric étant mort prématurément à Tournai, en 481, les guerriers acclamèrent son jeune fils Clodowech ou Clovis, âgé de quinze ans *. ^lajeur depuis trois ans, d'après la loi des

Lefl FrancB

c:«vi«

i. Il y a toutefois sur ce point des opinions diversenles. Cf. Fdstil di O'OLABGES, InuUulions, t. VI, p. 640. Mobu.br, Uist. du M. Age, p. 3j0, 8'M.

2. In judicio interpellatus, sicut lex loci continet vbi natu* fuit, respondeat. Lex Ripuaria. XXI, 3. Quod si damnatua fuerit, secundutn Legetn propriam, non seuu7idutH ripuariam, dartinum sustiueaC Lex Rip-, XS.X.U 4.

3. Le lecteur nous permettra de l'appeler tout simplement Clovis. * Je prie qu'on me punlonne d écriie Clovis, disait Fustel de Coulaiiges ; je pourrais, tout comme un autre, écrire Clodowech, et j'en paraîtrais plus savaip ; mais Ti'^tiB nf savons pus comr'ii'.nl. Clovis écrivait son nom et nous savons encore Uio.ii- ..•■).oiij"iii, il Irt pr.>.iuri:;:i:l La loiiun »;v»u\ .-i.ije a ccl,i de li, :i, .\uc tout

l'église chez les peuples barbares 141

Saliens ', initié ù la vie pul)lique et portant la framée depuis cette époque, le jeune monarque avait su déjà se concilier l'estime publique. Le hasard nous a conservé la lettre que lui écrivait à cette occasion l'évêque de Reims, le métropolitain delà Gaule belgique, le plus grand personnage ecclésiastique de ce pays : « Une grande rumeur est arrivée jusqu'à nous, écrivait le prélat, on dit que vous venez de prendre en mains l'administration de la deuxième Belgique... Veillez à ce que le jugement de Dieu ne vous abandonne pas... Soyez chaste et honnête. Montrez-vous plein de déférence pour vos évoques. Si vous vous entendez avec eux, votre pays s'en trouvera bien. Relevez les afiligés, protégez les veuves, nourrissez les orphelins, faites que tout le monde vous aime et vous craigne. Que la voix de la justice se fasse entendre par votre bouche... Avec ce que votre père vous a légué, rachetez les captifs du joug de la servitude .. Si vous voulez régner, montrez-vous en digne '. »

C'était tout un plan de gouvernement chrétien. L'évêque saiat Rémi. qui le traçait avait quarante-deux ans à peine '. Il s'appelait Remigius ou Rémi. Issu d'une famille noble du pays de Laon, formé dans les célèbres écoles de la ville de Reims, ayant dépassé de bonne heure, au témoignage de Sidoine Apollinaire et de Grégoire de Tours, par la maturité de son esprit comme par l'étendue de sa science, tous ses contemporains *, il avait été élevé, à l'âge de vingt-deux ans, sur le siège épiscopal de Reims *. Mais ce noble, ce lettré, cet orateur accompli n'était pas de ceux qui, comme Sidoine, obstinés dans les regrets de l'antique Rome, ne pouvaient supporter la langue du barbare, et sa démarche, et son odeur ^ ; comme Salvien et Paul Orose, l'évêque Rémi fut de ceux qui, selon l'expression

le monde §aît de qnel personnage je veux parler » (Achille Lccdairb, L^-çon Couverture du cours d'hiit. du Mot/en Age, donnée le 10 janvier 1890).

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