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battre monnaie. Sa juridiction civile s'étendit sur certains quartiers de la ville et sur plus de dix paroisses rurales. Ainsi, sous l'influence des mêmes causes, la féodalité ecclésiastique naissait sur le sol de l'Angleterre comme sur celui de la France et de l'Italie. Peu de temps après, Augustin reçut du Pape le pallium qui le constituait primat de l'Angleterre, avec la mission d'organiser la hiérarchie dans le royaume *,

Dans la joie que leur causait la conversion de la grande nation anglo-saxonne, Augustin et Grégoire lui-même se firentils illusion sur les dilTicultés qu'allait rencontrer la civilisation chrétienne de ce peuple? La lettre du Pape, chargeant prématurément Augustin d'organiser la hiérarchie dans tout le royaume, le donnerait à penser. Ces instructions ne purent être appliquées. L'attitude d'Augustin allait montrer mieux encore ime ignorance, bien naturelle d'ailleurs chez le missionnaire romain, des dispositions du peuple anglo-saxon. Ce n'est que peu à peu et en profitant des leçons de l'expérience, que l'archevêque de Cantorbéry, conseillé par le Pape, parviendra à appliquer à l'œuvre de la civilisation de l'Angleterre cette piudence et cette discrétion, qui, inspirées par la charité la plus pure, devaient en assurer le succès le plus complet.

Malgré l'unité de foi désormais acquise, une antipathie premièrep -Jif-

sourde subsistait entre la race vaincue des Bretons et la race acuité* avfc

les Brelous.

victorieuse des Anglo-Saxons. Le premier tort d'Augustin fut de méconnaître cette opposition. Pour achever la conversion des Angles, il n'hésita pas à s'adresser aux prêtres de cette église galloise, qui, réfugiée dans ses âpres montagnes, ne pouvait avoir oublié le souvenir des sanglantes invasions. Il semble bien aussi, d'après la manière de parler du Vénérable Bède, qu'Augustiu n'ait point assez tenu compte du caractère un peu fier et susceptible des rudes montagnards gallois.

1. M. G K Reg. d rjor , XI, Cô Sor lo palliam, voir iom Cabrll, L'An» gUttrre chréUenne, Pans, iWy, p. 317-310.

Une première confërence, tenue sur les bords de la Severn, entre l'archevêque de Cantorbéry et les délégués de l'église galloise, ne donna aucun résultat. Les Bretons gardèrent un silence méfiant. On se donna rendez-vous pour un nouvel entretien. Les Bretons avaient-ils cru découvrir dans l'attitude imposante du prélat romain, qui les dépassait tous de la tête et des épaules, un air de fierté ' ? Le fait est qu'ils ne voulurent pas se rendre à la seconde entrevue sans avoir pris conseil d'un vieil ermite vénéré pour sa sainteté, u Devons-nous écouter l'envoyé de Rome? lui dirent-ils? — Oui, répondit l'ermite, si c'est un homme de Dieu. — Mais à quoi lui reconnaîtrons-nous ce caractère? — A ce signe, qu'il sera doux et humble de cœur. — Comment savoir s'il est doux et humble? — A ceci, qu'à votre approche, il se lèvera pour vous recevoir. S'il reste assis en votre présence, ne l'écoutez pas. » Or, le jour de la conférence étant venu, et sept évêques bretons, accompagnés de plusieurs moines du couvent de Bangor, s'étant présentés, Augustin, qui était arrivé le premier au rendez-vous, soit par négligence, soit parce qu'il ne reconnut pas qu'il avait devant lui des cvênues, ne se leva pas au premier moment. « Aussitôt, dit Bcde, les évêqxies et les moines bretons d'éclater en reproches. » Les pro; ositions d'Augustin ne firent qu'aviver le dissentiment. Cette vieille église de Grande-Bretagne, si séparée du continent, avait tet Bret«r8 laissé s'introduire dans sa liturgie, notamment pour ce qui baûdonner concernait la célébration de la Pâque et l'administration du turfliques^et'de '^^ptême, des usages particuliers. Augustin leur demandait, coQiribuer à non seulement de l'aider à prêcher le christianisme aux Anglolion des An- Saxons, mais de se conformer au rite romain dans l'adminisg.û- uoDs. ^pj^j-JQjj (jy baptême et de célébrer la Pâque à la même date que les catholiques des autres pays. A chacune des demandes de celui qu'ils appelaient Vévêque des Anglais, c'est-à-dire l'évêque des oppresseurs, les fiers Bretons répondirent par ua refus énergique. Ils ajoutèrent même, dit Bède, qu'ils ne reconnaissaient à Augustin aucune autorité sur leurs églises !

1. Beati Angustini fomwm et ■personam patriciam, staturam pr> cfrarH tt arduam adeo ut a ^càpulis populo supeveminevet. Vita sancti Augustin^ tnonachi, atictore Gocelino tnonacho, cap. xlt.

2. ^eque se illum pr» archicpiscoi-o kabituros, Bioi, P. L., t. XCV oL83.

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Alors, continue le vieil historien de l'Angleterre, Augustin se leva et leur adressa ces paroles : « Sachez que, si vous n« voulez point m'assister pour montrer aux Saxons le chemin du salut, ces Saxons, par un juste châtiment de Dieu, seront pour vous les ministres de la mort. » Huit ans plus tard, un roi païen de Northumbrie fondait avec une armée sur le pays de Galles et massacrait plus de huit cents de ces moines de Bangor, qui avaient été l'âme de la résistance à l'autorité d'Augustin '.

Nous avons raconté longuement cet incident, parce que les Vraie porté* protestants se sont plu bien souvent à voir, dans ces vieux deai, Bretons, des ancêtres. Augustin, ce serait l'église de Rome, dure, tyrannique et envahissante ; la petite église galloise, ce serait la conscience chrétienne se révoltant contre les empiétements de l'église romaine. Des catholiques, d'autre part, ont parfois voulu trop atténuer, jusqu'à l'elfacer presque, la portée de ce regrettable incident. L'histoire impartiale nous paraît démentir également ces deux opinions excessives. Le récit de Bède, si on l'éclairé par tout ce que nous savons par ailleurs de la vie de saint Augustin, ne permet pas de douter de l'esprit évangélique du missionnaire. Rien, d'autre part, dans ce que la science a découvert des origines de l'Eglise galloise, ne nous a révélé chez elle une organisation essentiellement différente de l'Eglise de Rome. L'attribution à cette Eglise des doctrines presbytériennes, ne repose sur aucun fondement *, L'intransigeante raideur de cette race galloise, qui élevait comme une barrière infranchissable entre les âmes des Bretons vaincus et celles des Saxons conquérants ', une altérât oa réelle de la foi de ce peuple par l'influence de superstitions locales, quelque reste, si l'on veut, chez ces rudes Bretons, de l'hérésie pélagienne *, puis, de la part de saint Augustin, une

1. C( LiicAhD, Les antiqnilé.i dv ITglise anfflo-.axonne. Trad. français*, Paris .^2'^ A Tuibrrt, f/ut. de Ij covr/. de l'Aitg'el., l. I, p. h2 et suiv.

2 KBii.3. Huioire de l'Egli e, Trad. Godet et Verscliaffel. t, JI, § 65, u" 4, p 32:^7

3 BtDn, m l ercUs . \ 22 ; II. 20.

4. \ib.[.: fii-ou'e coin )n>(i!. [)R(i (J'ariiitîfs a- anl i'invH-icn dos ^nslci* • ^!lé!'5^I• félagieiuio n><inl conlHiuiiic la foi îles Hrfitoii». fenx-.'i curent lliiée <!•• 'lemanJfcr aux évôqu'^s de (iaulc, {Auf Ju>liuit.<. i\n v»-nir « lt»ir scroius i!i;iu5(t celte »;iir:i. spiriliielle » IIUl. e< cLix , 1,17. .•^aiul '.>i:j'ii;jiii il Aiixeriv ^it Saifil !.(;ii,) . Troyos Hvairnt n ri'nulii à ofA hj»;»*'. *'.*:< en -*: (i'nrtaat Cii.va Ift UruiiiJti L,i.,i^u (ju ils rcntuulrtieiil à >auic.if j-aiiiio ^.cOfjMi>\e.

172 HISTOIUE GÉNÉIULE DE l'ÉGLISE

malheureuse méconnaissance ou un fatal oubli de ces tendances populaires qu'il eut fallu ménager malgré tout, et, par suite, des démarches imprudentes et des demandes prématurées : voilà ce qui suffît à expliquer l'échec de la démarche du saint apôtre de l'Angleterre. Cet échec fut pour lui la plus précieuse des leçons. Saint Augustin se mit en rapports suivis avec le pape saint Grégoire. La prudence consommée du grand pontife vint en aide à l'inexpérience du missionnaire. Celui-ci allait en avoir besoin pour l'œuvre de la civilisation chrétienne, qui restait à accomplir dans la nation anglo-saxonne elle-même.

Mœurs des Pas plus que celles des Francs, les mœurs des Anglo Anglo-Saxons. g^xons n'avaient été transformées au lendemain de leur conversion. Les longues et sanglantes luttes entre les Celtes et les Saxons avaient exaspéré les instincts barbares des uns et des autres. Au viii^ siècle, .sur quinze rois de Northumbrie treize meurent de mort violente. Les lois d'Elhelbert, rédigées vers l'an 600, sont faites pour un peuple où les attentats contre les personnes sont les crimes les plus fréquents. Le livre pénitentiel de saint Théodore, qui donne, vers la fin du vii^ siècle, une liste de pénitences tarifées pour chaque péché, indique des mœurs d'une immoralité révoltante '. L'ivresse, cette passion des pays brumeux et des races rêveuses, porte parfois au paroxysme ces instincts brutaux. Le commerce des esclaves continue à se faire ouvertement : il ne disparaîtra qu'au XI* siècle, par les efforts héroïques de Walfstan, évêque de Worcester. La foi chrétienne elle-même sembla disparaître un instant. Le fils et successeur d'Ethelbert, Edbald, cruel et débauché, fit revivre la religion païenne. Des défections nombreuses se produisirent. Un autel d'Odin s'éleva à Cantor-

1. Anoient laws and institutes of Ençland, In-f", 1840, p 314, 317, 318. MiONi, P. L., t. XCIX col. 968-972. D'après M. Paul Fournier, l'usage des pénitenliels, c'est- à dire des listes de pénitences tarifées pour chaque péché, serait né dans l'église celtique et aurait passé de là dans l'église anglo-saxonne. lier. dll. el de L. rfî.IX 102 Cf. Wassertch.ebtti, Die liiissa>dnnnQen der aèeédùuJiso.itn Kirche iluil, 1351.

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béry '. Les chrétiens les plus pieux avaient des coutumes liturgiques très diiréreatas de celles de Rome. Ils avaient emprunté aux églises des Gaules l'usage des litanies, des processions, des lectures multipliées, et une liturgie de la messe très compliquée. Mais surtout l'opposition des deux races persistait : elle devait rester presque aussi irréductible après deux siècles de contact qu'à leur première rencontre *. Les Bretons refusèrent toute confîaDce aux Anglo-Saxons et ceux-ci traitèrent de schismatique l'église bretonne.

Saint Grégoire, consulté, avait été d'avis qu'il fallait user, à Altitude con-

l'écrard de ce peuple, de la plus large condescendance et de la "<>con(iantc o r r ' r o . tle saint ure-

plus tendre bonté. Il se rappelait la maxime qu'il avait écrite goireleGraRd. dans son livre des J/ora/es sur Job: « le ressort des âmes, c'est l'amour », machina quippe mentis est vis amoris^. « Je veux, écrivait-il à Augustin, que parmi tous les usages de Rome, ou des Gaules, ou de toute autre église, vous choisissiez ce qui

vous semblera le plus digne du Tout-Puissant. Prenez ce qu'il Respect des

j • j T • j • ui X r -A coutnmps na-

ja de pieux, de religieux, de raisonnable, et taites-en comme tionalcs.

un bouquet qui soit la coutume des Anglais *. » Le Pape avait d'abord conseillé au roi Ethelbert de détruire les temples ; il écrivit, peu après: «Après avoir réfléchi, j'ai décidé qu'il n'était pas à propos de démolir les temples. Aspergez-les d'eau bénite et mettez-y des autels. La nation s'apaisera en voyant qu'on laisse debout les sanctuaires, et elle viendra plus facilement aux lieux qu'elle fréquentait jadis ' ». « Les Anglais font des sacrifices de bœufs aux démons ; il faut changer la coutume

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