‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 1 sur 374 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

IMPRIMATUR

Parisiis, die 23 octobris 1917.

— Léo- Ad., Gard. Amettk, Arch. Paris.

INTRODUCTION

L'action de l'Eglise au xix® siècle ne peut être bien comprise sans un aperçu du mouvement général du monde pendant celte même période. Le recul dos âges permettra sans doute à la postérité de fixer le rôle de cette époque de l'histoire par rapport aux temps qui l'ont précédée et à ceux qui ront suivie. Nous pouvons au moins discerner, dès maintenant, en dehors du mouvement religieux, qui fera l'objet propre de notre récit, quatre mouvements particuliers, dont l'ensemble semble former la caractéristique de ce siècle : un mouvement de politique intérieure, un mouvement de politique extérieure, un mouvement social et un mouvement intellectuel.

Au point de vue de la politique intérieure, on a essayé de définir le xix^ siècle, en l'appelant « le siècle delà démocratie ». Ces mots onl besoin d'être expliqués.

C'est un fait, que ce siècle, après avoir commencé par le gouvernement personnel de Napoléon I" et des rois Bourbons, a vu se constituer, en son milieu, des régimes constitutionnels .ou de suffrage restreint, lesquels ont abouti à des régimes de suffrage universel. En maints pays, le pouvoir, après avoir appartenu à l'extrcme-droite ou à la droite, a passé successivement aux centres, puis à la gauche la plus avancée. Il faut reconnaître toutefois que le mouvement vers la démocratie n'a été ni universel ni régulier ; et peut-être a-t-il été plus apparent que réel, plus superficiel que profond.

D'une part, la Russie, l'Allemagne, l'Autriche et l'Empire ottoini^n ont gardé, pendant le xix* siècle, malgré certains mouvements d'idées vers le gouvernement populaire, leurs gouvernements personnels ; et l'Angleterre, au milieu de vicissitudes semblables, est restée une monarchie constitutionnelle. D'autre part, dans la France elle-même, où les étapes vers le régime démccratique ont été plus régulières et plus marquées, le mouvement très démocratique de i848 a été suivi d'un brusque retour vers le gouvernement personnel sous

Ilisl. gén. de l'Fgîise. — VIÎI ,

Vue générale

sur le mouvement

du monde au xix^ giècle.

Premier caractère

de ce siècle :

le mouvement démocratique.

Vraie portée

de ce mouvemeat.

INTRODUCTION

Sa

répercussion

sur

le mouvement

religieux.

Deuxième

caractère :

la politique

mondiale.

Son influence

sur l'expansion

catholique.

Troisième

caraclère :

l'agitation

sociale.

Je second empire. Ajoutons que là où il a paru triompher, le régime politique de la démocratie a souvent pu être taxé d'être un trompel'œil. Telle prétendue démocratie a pu être qualifiée par les défenseurs mêmes du régime populaire, de « monarchie décapitée » ; et ce n'est pas sans quelque foi»dement qu'on a pu opposer à l'aristocratie miHtaire du premier empire, à l'aristocratie terrienne de la Restauration, l'aristocratie bourgeoise du gouvernement de juillet ; à l'oligarchie financière du second empire, l'oligarchie juive et francmaçonnique de la troisième république.

Quoi qu'il en soit, vraie ou fausse, saine ou perverse, l'agitation démocratique qui s'est manifestée dans les idées et dans les faits du XIX* siècle ne pouvait rester étrangère aux préoccupations de l'Eglise. Les actes de Grégoire XVI et de Pie IX contre le libéralisme, ce\ix de Léon XIII et de Pie X sur la démocratie chrétienne, ont été provoqués par ce mouvement.

Si l'on considère, non plus Torganisation intérieure des Etats, mais leurs relations diplomatiques, on remarque qu'au xix* siècle la politique extérieure prend une ampleur nouvelle. Au xvi* siècle, la politique de la Chrétienté avait fait place à la politique européenne ; celle-ci, au xix* siècle, tend à s'absorber dans une politique mondiale. La part prépondérante que prennent les questions coloniale» dans les rapports de peuple à peuple, la brusque entrée en scène du Japon dans le mouvement de la civilisation européenne, l'importance considérable prise par les Etats-Unis comme nation commerçante et comme organisation politique, élargissent les points de vue de la diplomatie. Les grands politiques de ce siècle ne projettent rien de moins que de gouverner le monde. C'est, de 1801 à i8i5, l'ambition de Napoléon I*'', et l'Allemagne, unifiée par Bismarck, nourrira le même rêve à la fin du xix* siècle.

Il est facile de conjecturer quelles répercussions de pareils mouvements ont exercées sur la situation religieuse, et combien l'Eglise catholique a dû s'en préoccuper.

A un autre point de vue, on a pu, sans paraître trop exclusif, définir le xix" siècle « le siècle de la révolution sociale ». Quelque vives, en effet, qu'aient été les discussions politiques pendant cette période, les questions sociales ont paru, de plus en plus, les domi ner et les conditionner. L'avènement du « capitalisme », déterminé par les progrès industriels et commerciaux, et la diffusion des idées d'égalité politique, ont donné naissance à ce qui a été appelé

INTRODUCTION

la « question sociale » . Celle queslion sociale a provoqué, au coura du siècle, des théories de plus en plus radicales. Qu'il sufBse de rappeler, pour laisser de côté les systèmes secondaires, et pour marquer seulement les trois princi[)alcs étapes du mouvement, la théorie socialiste de Saint-Simon, la théorie communiste de Karl Marx et la

théorie anarchiste de Bakounine. Le socialisme du Français Saint- les trois étapet

o- t 1 Tï ^ ^' ' L I r j' Ju socialisme,

bimon, propage sous la nestau ration, se présente sous la lorme d une

philanthropie sentimentale et pacifique, et tel est le caractère de plusieurs autres écoles qui se forment sous le gouvernement de juillet ; mais le Manifeste du parti communiste, oeuvre de l'Allemand Karl Marx, inaugure, en 1847, une phase plus militante de la réforme sociale. Il pose en princip ' ki lutte des classes et vise au renversement de la classe bourgeoise par la dâsse ouvrière. En 1868, ï Alliance de la démocratie socialist€y fondée par le Russe Michel Bakounine, va plus loin encore, et prêche ouvertement ranarchie. La doctrine anarchiste combat toute organisation sociale, poUlique, religieuse ou financière, et en propose la destruction par « l'action directe )x, c'est-à-dire par la violence et l'émeute.

Au cours du xix* siècle, nous verrons plus d'une fois l'Eglise P"'

, , , , ... . que prend

intervenir soit pour condamner les excès du socialisme, soit pour l'Eglise

prévenir sa funeste influence sur le peuple, en propageant des œuvies aumouvemeni

sociales animées d'un esprit chrétien.

En considérant un quatrième aspect du siècle qui a succédé à la Quatrième

Révolution et qui a vu les premiers ferments de la grande guerre l'esprit '

de 1914, on l'a baptisé « le siècle de la critique ». De fait, l'époque critique.

qui a vu se propager les doctrines de Kant, paraître les œuvres des

Jaffé, des PotUiast, des Duchesne et des Smedt, s'organiser l'école

des Chartes, et la popularité s'attacher aux noms de Sainte-Beuve,

de Pasteur, de Renan et de Strauss, peut se vanter d'avoir poussé

jvisqu'à leurs dernières limites, dans le bien comme dans le mal, la

critique philosophique, la critique historique, la critique littéraire,

la critique scientifique et la critique sciipturaire. Or, dans cet ordre L'Eglise Ti' 1 1 -, r I. • / 1 et la critique.

Cl Idées, plus encore que dans tout autre, il a rencontre 1 autorité de l'Eglise catholique, toujours prête à promouvoir les vrais progrès dos sciences et des lettres, toujours debout pour réprimer leurs abus.

Toutefois, si importante qu'ait été l'action de l'Eglise par rapport CEuvre aux mouvements politiques, sociaux et intellectuels de la société de ["E^^iise laïque, son œuvre principale n'est point là. La Révolution avait pro- au xixe siècle .

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.Ml

INTRODUCTION

1« restauration fonde^nient ébranlé son organisation disciplinaire et perverti les ° ' croyances de beaucoup de ses fidèles : son œuvre primordiale, au xix*^ siècle, devait être une œuvre de restauration religieuse.

La tourmente révolutionnaire, en effet, n'avait pas seulement dispersé le clergé, bouleversé ses cadres, confisqué ses biens, elle avait laissé pénétrer dans les esprits, sous des formes plus ou moins équi- Cetto voques, un venin d'idées fausses et d'utopies, dont Rousseau avait

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doit été le plus éloquent propagateur et dont les formules avaient reçu

être à la foi» ^^g sorte de consécration officielle dans la Déclaration des droits de

disciplinaire i >-, • • • •; i / / t i-» / i •

etdûjjmatique. i homme et dans la Constitution civile du clergé. La Révolution, il est vrai, avait, par ses excès mêmes, opéré dans beaucoup d'esprits une réaction salutaire. L'échec ridicule de ses tentatives de religion civile d'abord, puis d'athéisme pratique, avait fait prendre conscience au peuple du besoin d'une autorité religieuse solidement établie et d'un dogme définitivement formulée L'Eglise, au cours du XIX® siècle, s'appuiera précisément sur ce sentiment de légitime réaction pour réparer les ruines de l'œuvre révolutionnaire, pour restaurer sa hiérarchie et pour affermir son dogme, s opère q^ travail de restauration disciplinaire et dogmatique compte,

moments au cours du siècle, trois moments principaux.

principaux. ^^^ début du siècle, l'Eglise a surtout recours, pour la réalisation

de son œuvre, à l'appui des gouvernements. Le plus important événement de cette période est le concordat français de 1801, suivi de plus de trente concordats différents. Mais le mauvais vouloir que l'Eglise rencontre bientôt de la part de divers Etats, imbus des idées gallicanes ou joséphistes, la porte, vers le milieu du siècle, à compter davantage sur l'opinion publique. La loi française de i85o sur la liberté de l'enseignement, plusieurs lois favorables au catholicisme en Prusse et en Angleterre, sont le résultat de campagnes de presse, de tournées oratoires, d'assemblées et de meetings. Mais l'Eglise ne tarde pas à découvrir, dans ces mouvements populaires, des' illusions et des erreurs, qu'elle n'hésite pas à condamner avec force sous le nom général de libéralisme. Aussi voit-on bientôt, chez les souverains pontifes, une tendance à se dégager le phas possible des influences extérieures, pour compter avant tout sur l'Eglise même. Le concile du Vatican, où, pour la première fois, aucun

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