‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 117 sur 374 · Lanïo.n, op. cit., p · texte numérisé non relu

Lanïo.n, op. cit., p

l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE 2l\']

cru, plus violent, sans u ce bon ton rangé et ce vernis moral de la lieslauration », que Sainte-Beuve regrettait en i833.

Les classes populaires n'avaient pas échappé à l'empreinte de cet esprit voltairien, et le succès qu'elles allaient faire, en i834, au type de Robert Macaire /incdiinailion cynique du vice persifleur et impie, allait en être la meilleure preuve. Mais des préoccupations plus profondes, plus sérieuses, aussitôt déviées et perverties, les avaient en même temps et saisies et singulièrement troublées. Coïncidence étrange, et dont pourtant la fin du xvni^ siècle avait déjà donné l'exemple, le paroxysme de l'impiété railleuse coïncidait avec un irrésistible besoin d'idéal religieux. « Le sentiment religieux, écrivait à cette époque Saint-Marc-Girardin, semble aujourd'hui errer dans la société comme un exilé qui va frapper à toutes les portes ». « L'humanité attend elle se sent mal», disait à son tour Sainte-Beuve.

Qui de Dous, qui de nous va devenir un Dieu ?

La littérature populaire.

La déviation

du sentiment

religieux.

s'écriait Alfred de Musset. Le besoin religieux, trouvant fermée, par le sc('[)ticisine railleur de Voltaire, la porte du catholicisme, chercha sa satisfaction dans le socialisme.

Ce mot de socialisme, qui, pour l'homme de nos jours, rappelle surtout des idées d'organisation politique, éveillait de tout autres conceptions au lendemain de la révolution de Juillet. Le socialiste français, de i83o à 1848, est ua idéaliste rêveur, qui essaie, avec plus ou moins de bonne foi, de concilier les principes de la Révolution et ceux du christianisme. En i83i, le Nouveau Chrislianisine, ouyraige posthume de Saint-Simon, était devenu le manuel de son école, que dirigeaient deux de ses disciples, Bazard et Enfantin. Fourier avait publié ses princi[)aux écrits ; Leroux avait exposé ses idées dans le Globe, et Bûchez dans V Européen. Une des dernières paroles de Saint-Simon, sur son lit de mort, avait été celle-ci : « La religion ne peut disparaître du monde î elle ne fait que se transform.' r » ; et ses disciples s étaient constitués en une sorte d'Eglise aNi.nt §e uiversdegrés d'initiation, son culte, ses fêtes, ses dignitaires, son Père suprême ou pape, en la personne de celui qu'on appela le Père Enfantin ^ Bûchez, le plus près du catholicisme de tous ces chefs d'école, allait jusqu'4 dire qu'il ne voyait de salut pour la société que dans l'inflaence civi-

Le socialisme idéaliste.

Il prend une forme religieuse.

I. \ oit Œuvres de Saint- Simon et d'tl^ij'aatin, t. 111, p. 176 el pu^mim.

Bûchez. lisatrice de l'Eglise romaine. 11 prêchait, avec la même ardeur et la même conviction, la souveraineté du peuple, l'abolition du capital, l'égalité sociale de tous les hommes, l'amour du devoir et la fraternité chrétienne jusqu'au sacrifice. Il devait avoir pour principaux disciples : Roux-Lavergne, Réquédat, Piel, Besson, Olivaint. Roux- Lavergne, revenu de ce qu'il y avait d'ulopique dans la doclriiîc du maître, devint plus tard chanoine de Nîmes ; Réquédat, Piel et Besson moururent sous l'habit de saint Dominique ^ ; Olivaint, entré dans la Compagnie de Jésus, donna sa vie pour la foi pendant la Commune de Paris, en 1871 ^ ; et Bûchez, récompensé de sa droiture, reçut un prêtre sur son lit de mort et mourut en chrétien pratiquant^.

n quoi II ^^g faudrait pas croire cependant, que les socialistes de cette

le socialisme ^ ^ ^

idéaliste époque aient usé tous leurs elTorls dans le domaine de la rêverie. S'ils

®\ , n'organisèrent pas de partis politiques, ils furent, comme on l'a

le socialisme justement écrit, u les créateurs du socialisme ». « Ce sont eux qui

po iiique c imaginèrent toutes les critiques delà société existante, toutes les

la gcneralion ^ ^

suivante. formules, même les procédés pratiques d'action et les mesures de réforme socialistes. Avant 18^8, on parlait déjà d'« exploitation de l'homme par l'homme 0, de « droit au travail » de « plus-value », d'anarchie, de démocratie sociale, de luttes des classes, de parti ouvrier, d'entente internationale entre les travailleurs, d'émancipation du prolétariat, d'organisation du travail. On proposait l'association coopérative de production, les ateliers nationaux, le crédit gratuit, l'impôt progressif, la journée de huit heures, la grève générale Les partis socialistes venus plus lard ont vécu sur le travail intellectuel de la première moitié du siècle *. »

En quoi Quant à l'inspiration généralede fraternité qui animait les diverses

tes voies H UR écoles socialistes au lendemain de la révolution de Juillet, si elle

sensualisme amena quelques disciples de Bûchez à l'orthodoxie catholique, elle

corrupteur. jr ' ' ij-'ijc-ic t

^ dégénéra, avec les disciples de saint-oimon, en un sensualisme qui

ne se contenta plus d'être théorique et aboutit aux désordres les plus

scandaleux ; et c'est à bon droit que l'historien de la monarchie de

Juillet a pu direque, « stérile pour le bien, le saint simonisme ne le fut

point pour le mal ». 11 a laissé un virus malsain, qui n'a que trop

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