Clair. Vie du P. Olivaint
3. Sur Bûchez, voir Galippe, Altitude sociale des catholiques au XIX'^ siècle, uo vol. in-i3, Paris, 1911, p. 187 191.
4. Seignobos, Hist. polit, de l'Eur. contemporaine ^ p. 686-687.
l'église en ANGLETERRE, EN ALLEMAGNE ET EN FRANCE ^/jQ
pénétré dans les veines de la nation. En voulant remplacer les espt'rances chrétiennes par la poursuite impatiente d'un bonheur immédiat, et en cherchant le remède à tous les maux dans le remaniement complet du mécanisme social.il désertait la doctrine chrétienne, faite de renoncement et de respect de l'autorité, dont il avait d'abord arboré le drapeau ; et, en voulant, par un utopique désir d'é^^alité, faire répartir les fruits du travail et les revenus du capital par voie d'autorité, il préparait la voie aux prétentions despoliques du socialisme d'Etat.
Par ces tendances, le socialisme de i83o lui-même, ou du moins la branche la plus importante de ce socialisme, rejoignait le rationalisme philosophique, dont il avait paru s'écarter, et constituait, avec ce dernier, un grand péril pour la foi chrétienne. Bon nombre de catholiques de France virent ce péril, et s'apprêtèrent à le conjurer
Vin
Un des grands instruments de propagande de l'esprit voltairien et caihoîujues des doctrines socialistes était la presse. C'est parla presse que les ca- et U preste, tholiqucs résolurent d'engager la lutte.
Affirmer intégralement la foi contre toutes les négations du rationalisme voltairien etcontre toutes les atténuations du gallicanisme ; chercher, eu même temps, à défendre, contre les utopies du socialisme, le bien être du peuple et sa hberté : tel fut le programme du groupe de catholiques qui, le i6 octobre i83o, firent paraître le premier numéro d'une feuille quotidienne ayant pour titre l'Avenir, et portant en tête cette devise : Dieu et la Liberté.
Trois journaux s'étaient déjà donné pour tâche de défendre la reli-iion : VAmi de la religion et du roi, le Mémorial catholique et le ^* pres«e
, , . . . , . , catholique
Correspondant. U Ami de la religion et du roi, fondé en j 8^1 /j par le avant i83o. savant auteur des Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du z Mil" siècle, Michel Picot, avait, depuis sa fondation, groupé autour de son laborieux et intelligent directeur, les représentants les plus éminents de la pensée catholique : Mgr de Boulogne, l'abbé Frayssinous, l'ajibé Lécuy, l'abbé de Lamennais, le vicomte de Bonald. L'abondance de ses renseignements, la conscience de son information, contribuèrent, d'autre part, au grand succès qu'il obtint dans le
L'Ami
de la religion
et du roi.
•Le Mrinûrial calliohque.
Le
Correspondant.
Los idées
' politiques
de Lamennais
au lendemain
de la
lit'îvolution
de i83o.
monde calholique ^ Mais plusieurs lui avaient reproché ses sympathies pourun gallicanisme modéré. En supprimant une seule syllabe de son titre, on l'appelait en plaisantant 1*^4^/ c/g la religion du roi. Le Mémorial catholique, créé en 1824, était d'allure plus militante, moins attaché à la monarchie, plus sympathique aux idées libérales; mais il s'adressait à un public plus spécial, et fort diminué par l'apparition, en 1829. d'une nouvelle feuille catholique, demi-hebdomadaire, le Correspondant ^.Leuouyel organe, qui comptait parmi ses collaborateurs Louis de Carné, Franz de Champagny, Théophile Foisset, Edmond de Cazalès, avait pris pour épigraphe le mot de Ganning : « Liberté civile et religieuse pour tout l'univers. » Au lendemain de la révolution de Juillet, ses rédacteurs, tous légitimistes d'origine, avaient nettement déclaré séparer la cause de l'Eglise catholique de celle des princes vaincus, et accepter tout gouvernement qui assurerait l'ordre en donnant la liberté religieuse.
Mais le groupe déjeunes catholiques qui reconnaissait pour chef l'abbé de Lamennais rêvait d'uR grand journal quotidien, plus vivant, plus jeune, plus dégagé de toute attache aux anciens partis, plus exclusivement catholique et plus dévoué à la cause populaire. L abbé de Lamennais, — ses disciples ne l'ignoraient pas, — s'était montré, à ses débuts, royaliste d'exlrême-droite, théoricien de la théocratie, rêvant le pouvoir absolu et paternel d'un monarque soumis à la haute préémiaence du pontife romain. Mais ils savaient aussi qu'ayant, en 1829, dans son livre sur les Progrès de la Révolution, pronostiqué la chute d'une royauté qui refusait de suivre son programme et appelé de ses vœux uûe révolution qui vengerait le droit méconnu, le maître, en voyant O'Gonnell arracher à la monarchie anglaise la liberté de l'Irlande, les Belges conquérir leur indépendance en s'aiiiant aux libéraux, et les Français renverser une royauté coupable de n'avoir pas plus respecté les droits du peuple que ceux de l'Eglise, avait exulté de voir ses prophéties réalisées. Dès lors, toutes ses anciennes sympathies pour la monarchie étaient tombées, pour ne plus renaître jamais. On a dit que les événements
1. Ces qualités en font la source la plus précieuse que l'on puisse consulter sur l'histoire religieuse pendant la première moitié du xixe siècle. L'Ami de la religion eL du roi supprima, après la révolution de Juillet, une partie de son titre, et devint IWmi de la religion. Il parut alors trois fois par semaine, au lieu de deux fois. Voir Ledos, à l'article Ami de la religion, dans le Dict. d'hist. ecclés.^ t. II, col. laaS.
2. Le Correspondant ne parut sous forme de Ilevue qu'à partir de i8^3.
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de Juillet avaient été, pour Lamennais, comme up Sinaï révolutionnaire, où, au milieu des foudres, il avait cru entendre une voix divine, qui le convertissait au libéralisme; et à la démocratie*. La métaphore ne paraîtra extraordinaire à aucun de ceux qui ont étudié de près cet étrange caractère, versatile et absolu, mû par ses impressions quand il se croyait conduit par la logique, et toujours prêt à prendre les inspirations de son amour-propre ou de sa colère pour des messages de Dieu 2. Quand, en septembre i83o, l'abbé Gerbet lui communiqua les ofl'res pécuniaires d'un écrivain obscur, liarel du ïancrel, pour la fondation d'un journal quotidien, Lamennais Fondation accepta avec enthousiasme. Aux motifs que nous avons fait valoir, <^u journal le maître ajoutait sans doute celui d'avoir un organe de son école, de (octobre i83o). sa pensée personnelle, car tous les futurs rédacteurs qui s'enrôlèrent à ses côtés, Gerbet, Lacordaire, Montalembert, Charles de Coux, subissaient l'ascendant de sa renommée et se préparaient à développer ses doctrines. UAvenir, ce fut Lamennais, avec ses générosités, ses fougues, ses excès de langage et de pensée et ses imprudences de tactique.
Jamais, il faut le reconnaître, la foi catholique ne s'était exprimée c:i un langage plus fier et plus vibrant. « Nous ramassons avec amour, s'écriait Montalembert au lendemain du sac de Saint-Germainl'Auxerrois, les débris de la croix, pour lui jurer un culte éternel... S'il nous eût été donné de vivre au temps où Jésus vint sur la terre, et de ne le voir qu'un moment, nous eussions choisi celui où il marchait, couronné d'épines et tombant de fatigue, vers le