Thureau-Dargin, op. cit., p. gSS-gSg
devaient, hélas ! bientôt renier, la pénétrait à son insu, et celui qui nous a laissé le tableau le plus sombre de sa jeunesse flétrie par l'université ^ Alfred de Musset, devait un jour se faire l'interprète éloquent de cette génération en jetant l'anathème à Voltaire ^ et en célébrant l'Espoir en Dieu.
Le
religieux
•n Italie.
Réveil
du patriotisme
italien.
Le
Bisorgimento.
Au point de vue
religieux, les patriotes
italiens te divisent.
Un mouvement analogue, pareillement mêlé de rêves plus ou moins ambitieux et d'élans sincères vers le christianisme, se dessinait en Italie, à Ira mort de Napoléon et de Pie VIÏ.
Le potentat qui venait de disparaître avait laissé sur la péninsule sa puissante empreinte. En créant ce royaume d'Italie, dans lequel les divers Etats morcelés de la péninsule tendaient à s'absorber, il avait secondé ses tendances vers l'unité, ravivé les souvenirs d'une nationalité endormie, suscité les plus grandes espérances. Mais quand, après la chute de l'empereur, l'Italie avait demandé l'indépendance à ceux qui l'avaient vaincu, ceux-ci lui avaient répondu par un nouveau partage ; et l'Autriche, non contente de s'attribuer, comme une conquête et sans condition, la Lombardie et la Vénétie, s'était hardiment posée comme la protectrice des pouvoirs absolus contre toutes les tentatives d'affranchissements. De là était né ce mouvement, fait d'amour pour la patrie italienne et de haine pour les étrangers, que les populations italiennes devaient exprimer par un mot sonore, le Risorgimento, et traduire par une devise farouche : Fuori i stranieri!^
D'autre part, le saint pontife qui venait de mourir avait, par la grandeur de ses luttes et de ses infortunes, comme par le triomphe final de son autorité, jeté sur le Saint-Siège un tel éclat, que le peuple italien, moins que tout autre, ne pouvait désormais négliger ou feindre d'ignorer sa puissance.
I. A. DE Musset, Confessions d'un enfant du siècle, ch. i. A. Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ?
{Rolla, ÎV).
Victor Hugo maudira à son tour :
Voltaire, le serpent, le doute, l'ironie,
..... ce singe de génie
Chez l'homme en mission par le diable envoyé.
{Regard dans une mansarde), 8. « Hors d'ici, les étrangers 1 »
Parmi les patriotes qui se donnèrent pour but la résurrection de l'Italie, deux partis se formèrent. Les uns, préconisant les mesures violentes et les principes révolutionnaires, se déclarèrent les ennemis de la papauté. Ils sont coniius dans l'histoire sous le nom de parti de la « Jeune Italie ». Mazzini devant être leur chef; les sociétés secrètes, leurs principaux moyens d'action. Les autres, unissant le culte de l'Italie à celui du pape, formèrent le parti des « néo-guelfes». Un des hommes d'Etat qui se donnèrent pour tâche d'en continuer les traditions, en a fait ainsi le tableau : « Ce parti, brûlant surtout pour la liberté, lisait dans l'histoire qu'elle eut toujours les papes pour défenseurs. C'étaient eux qui avaient préservé l'Italie, sauvé les restes de l'antique civilisation et empêché les barbares de prévaloir tout à fait... Ce parti des néo-guelfes rencontra pour opposants tous ceux qui regardaient la papauté comme un obstacle à la liberté de l'Italie ; mais beaucoup de bons esprits et de cœurs droits nourrirent le culte de cette idée. L'abbé Gioberti fut son représentant le plus fameux. Le salut de l'Italie, selon lui, était impossible sans le concours des idées religieuses ; la péninsule ne pouvait êlre libre et forte, si Rome, sou centre et son chef moral, ne se relevait pas. Si les tentatives politiques n'avaient pas réussi jusque-là, c'est que, dans ces entreprisest on n'avait tenu nul compte du clergé et des croyances ; c'est qu'on avait oublié que la religion est la base du génie italien, que Rome est sa métropole, que la seule grandeur possible de l'Italie ne peut résulter que d'une confédération de tous ses Etats, présidée parle pontife romain * ».
Tel fut du moins le programme que Gioberti donna, dans la suite, au parti. Il n'était, vers 1820, qu'un mouvement d'opinion, qui comptait comme principaux représentants : les poètes Alexandre Manzoni, et Silvio Pellico, le jurisconsulte Romagnosi, l'économiste Melchiore Gioja. Manzoni, d'abord mêlé au courant de la philosophie incrédule, était revenu, en 1810, à la foi et à la pratique catholiques, et des hymnes religieuses d'un grand mérite, parues en 181 3, ivaient témoigné dé la ferveur de ses convictions. Son chef-d'œuvre, les Fiancés, ne devait paraître qu'en 1827. Silvio Pellico était déjà célèbre parle succès de sa tragédie Francesca di Rimini. En 1819 le désir de travailler à l'émancipation morale de leurs compatriotes, et
Le parti
révolutionnaire de la d Jeune Italie, n
Le parti catholique (les « néoguelfes ».
Manxoni
Silvio Pell}C€ (1789-1854).
I. César Cantù, Histoire de Cenl ans (1750-1880), trad. Am. Henée. 4 vol. i 12, Pans, 1860, t IV. p. 339-331.
de préparer par là un avenir de bonheur et de liberté pour l'Italie, inspira à ces hommes la pensée de fonder un journal purement htléraire, le Conciliateur. Mais cette feuille ne tarda pas à causer de l'ombrage au gouvernement autrichien. En vertu du célèbre arrêté du ^5 août 1820, qui frappait de mort tout membre de société secrète, et de carcere duro e durissimo quiconque aurait négligé de s'opposer aux progrès du carbonarisme et d'en dénoncer les membres, les rédacteurs du Conciliateur furent frappés en masse. Pellico, condamné à mort le 21 février 1822, vit sa peine commuée en i5 ans de carcere duro. Il a raconté ses souffrances dans un livre plein de la plus pure résignation chrétienne, Le mie prigioni, qui, traduit aussitôt dans toutes les langues, eut pour effet de provoquer de sérieuses réformes en faveur des détenus. Manzoni, en dehors de ses œuvres littéraires, s'appliqua à défendre la morale catholique contre les calomnies de l'impiété. Quant à Gioberti, esprit mobile et sans frein, il devait plus tard, par ses témérités philosophiques et politiques, encourir, comme La Mennais, les condamnations les plus sévères de l'Eglise.
^® Les chefs du mouvement catholique en Allemagne à cette époque
religieux se firent également remarquer par leurs tendances vers les idées de •c Allemagne, liberté. (( Joseph Gœrres, Frédéric Schlegel, Charles-Louis de Haller et Adam Mûller, dit l'historien de l'Allemagne catholique au XIX* siècle, firent campagne, chacun avec sa méthode, contre l'absolutisme politique et social... Ils cessaient de demander au Moyen Age, uniquement, des thèmes esthétiques ; ils lui demandaient des leçons d'architecture politique, des maximes de vie sociale chrétienne *. « En 1822, Gœrres, récemment converti, écrivait : « Je considère que l'Eglise n'est nullement subordonnée à l'Etat et aux intérêts de l'Etat... Et je ne veux pas que la religion soit claquemurée dans le boudoir du cœur. Elle a trop à faire au dehors ; il n'est pas jusqu'au marché, aux alentours duquel l'Eglise n'ait un rôle spacieux à jouer 2. » Dans sa Philosophie de l'histoirCy Frédéric Schlegel repoussait de toutes
Gœrres, Schlegel,
Haller et Mûller.
I, G. GoTAU, V Allemagne religieuse,- le catholicisme, t. I, p. Sgo, 9. GcEKRBs, Gesamfnelie Briefe, III, p. 34.
ses forces « le despotisme, quel qu'il soit, celui de prince ou celui de la masse », et prônait la constitution d'un Etat chrétien, à base religieuse « fonde sur une justice pleine d'amour K » Haller, né protestant comme Gœrres et Schlegel, se convertissait au catholicisme parce qu'il y voyait un principe de régénération pour la société -. Quant à Muller, ce Bonald allemand, romantique et nuageux, mais esprit perspicace et puissant, il ne cessait de poursuivre, dans ses ouvrages et dans ses articles de polémique, deux « idoles maudites » : celle du droit romain et celle de l'économie politique dite libérale, qu'il qualifiait nettement d'absolutisme économique. Il prédisait que ces deux idoles s'écrouleraient, pour faire place au vrai droit chrétien 3.
Gœrres, Schlegel, Ilaller et Mtiller étaient des laïques. Dans une sphère plus strictement religieuse, des prêtres dévoués, fidèles à la méthode inaugurée au début du siècle par un pieux ecclésiastique de Sailcr
Westplialie, Overberg, popularisaient l'enseignement catéchistique en (i75i-i83a) Allemagne *, et un autre prêtre, Sailer, « le François de Sales des bords du Rhin n, y vulgarisait, en d'innombrables œuvres, les méthodes de l'ascétique chrétienne et les principes de la vraie piété ^. L'épiscopat ne devait pas tarder à se mettre en tête du mouvement. Les traités de i8i5 l'avaient dépouillé de ses biens et de sa Régénération puissance. Les trente-huit princes allemands, à qui les souverains ^® l'épucopak alliés avaient garanti l'indépendance, avaient refusé de rendre aux autres princes leur antique souveraineté, aux églises et aux chapitres leurs anciens droits et domaines ^. Fallait-il voir dans ce fait un malheur pour l'Eglise ? Un perspicace et judicieux observateur de l'Allemagne à cette époque, le cardinal Pacca, répond ainsi, dans ses Mémoires, à la question : « Je n'ose répondre par l'alTirmative. Je considère que les évêques, privés d'un domaine temporel, qui pouvait être très utile au soutien de l'autorité ecclésiastique spirituelle quand il était appliqué à cet objet, seront désormais plus dociles à la voix du pontife suprême... Les populations catholiques pourront contempler enfin, dans les visites pastorales, les visages de leurs
1. Fr. Schlegel, Phil. de l'histoire, trad. Lechat, 2 vol. in 80, t. II, p. iSo-iôg.
2. Haller, Lettre à sa famille . pour lui déclarer son retour à VEglise catholique, Paris, i8ai, p. 5.
3 GoYAu, op. ci7.,t, I, p. 380-390.
!i. GoYAU, op. cit.. t. I, p. 25r) 2- fi.