I. Pa.cca, Œuvres complètes^ t. Il, p
celte hostilité et de satisfaire ce besoin ? Personne alors ne le croyait. Les évoques, choisis par faveur politique, vivaient somptueusement, presque toujours hors de leurs diocèses, où ils ne se montraient que pour présidera quelques rares cérémonies, hes clergymen, la plupart cadets de bonne famille, sans soupçon d'une vocation d'En haut, se préoccupaient d'obtenir et même de cumuler de fructueux bénéfices. Quelques-uns avaient conservé le goût des études classiques. Les meilleurs s'appliquaient à mener une vie qui fût, pour user de deux mots courants outre-Manche, respectable et confortable. Rien de surnaturel ; aucun souci de l'invisible ; peu de piété et de ferveur ; encore moins d'ascétisme et de mysticisme. Au fond, l'Eglise paraissait être moins la gardienne d'un ensemble de croyances qui s'imposaient à la raison et liaient la conscience, qu'un « établissement » lié étroitement à l'Etat et en ayant reçu des privilèges politiques et de grandes richesses... Un effort avait été tenté pour ranimer la vie religieuse éteinte dans l'anglicanisme : c'était le mouvement evangelical, plus ou moins inspiré du méthodisme. Là où son influence avait pénétré, il avait réveillé la piété individuelle ; mais, quoique son origine ne remontât guère qu'à cinquante ou soixante ans, il commençait à donner des signes de déclin ; sa vertu bienfaisante semblait épuisée... Où aller? Où trouver ce renouveau religieux que les âmes attendaient P Etait-ce auprès de l'école dite « libérale », qui régnait, vers 1820, à Oriel-College, le plus renommé alors des collèges d'Oxford ? Mais, sous la plume des chefs de cette école, les Pères n'étaient plus que « certains vieux théologiens » ; la partie dogmatique de la religion était au moins « minimisée ». Au lieu de fortifier la religion, les « libéraux » en ouvraient la porte à la librep usée )) *.
« Ce ne fut pas un livre de théologie qui contribua alors le plus efficacement à ramener les anglicans vers les conceptions religieuses si oubliées ; ce fut un volume de vers. L'auteur de ce livre était un curé de village, John Keble... Dès 1819, il avait pris l'habitude d'épancher les sentiments qui débordaient de son âme en composant de courtes hymnes. C'était comme un encens qu'il aimait à faire monter vers le ciel. Peu à peu, son recueil s'étendit, etil se trouva bientôt avoir écrit des cantiques pour chaque dimanche et pour chaque fête, ainsi que
Décadence
de r (' Epliêe établie a.
Le
mouvement evangelical.
The
Christian Year
de K«Ue.
1. Thureau-Dangin, la Henaissance catholique en Angleterre au XIX siècle, 3 vol, ân-80, Paris, 1899, t. I, p. 1-9.
Ncuinan (1801-1890).
SO mSTOTRE GÉ'HÉRALE DE l'ÉGUSE
pour les principaux actes de la vie chrétienne. Des amis, ayant eu connaissance de ces petits poèmes, ne se résignaient pas à les voir demeurer sous le boisseau *. ») John Henry Le livre ne devait paraître qu'en 1827 sans signature, sous ce
titre : The Christian Year. A cette date, le mouvement de renaissance religieuse avait un autre représentant en la personne d'un jeune vicaire de la paroisse de Saint-Clément, à Oxford. Ce jeune ecclésiastique s'appelait John-Henry Newman. « Né en 1801, fils d'un banquier de Londres, il avait reçu de sa mère, qui descendait de huguenots français, une éducation religieuse tout imprégnée de calvinisme. Ecolier précoce, il a seize ans à peine quand, en décembre 18 16, il est admis dans Trinity Collège, à Oxford... Dès cette époque, il a une vie intérie;pre intense, s'absorbe volontiers dans la méditation des choses invisibles, cherche avec ardeur et avec angoisse à faire le bien et à connaître levrai^. » Un moment il subit l'influence du libéralisme, alors puissante dans l'Université. Mais l'attachement «qu'il professe déjà pour les anciens Pères, l'étude qu'il en fait, lui Sont une sauvegarde. <( Avec leur indépendance d'esprit un peu capri- 'cieuse, les Orlelmen se trouvaient parfois mêler à leurs thèses libérales quelques autres à tendance catholique : c'était celles auxquelles Newman s'attachait de préférence et qu'il retenait le mieux 3. » On raconte qu'un de ses amis, en l'entendant exprimer ses idées théologiques, lui disait souvent : « Ah ! Newman, cela vous conduira à l'erreur catholique ».
Etat clu John Newman souriait tristement à de pareilles prophéties. Le
catholicisme catholicisme, tel qu'il se présentait alors en Angleterre, n'avait rien ta Angleterre. ' . ,. . • 1 ,11 xt 1 •
pour attirer un esprit d aussi riche et noble culture. INewman luimême nous a laissé un tableau saisissant de ce qu'était l'Eglise catholique en Angleterre de i8i5 à 1828 : « En réalité, il n'y avait pas d Eglise catholique ; il n'y avait plus même de communauté catholique, mais un petit nombre d'adhérents à la vieille religion, passant, silencieux et tristes, comme un souvenir de ce qui avait été. Ici, c'était une bande de pauvres Irlandais, allant et venant au temps de la moisson, ou une colonie des mêmes dans un quartier misérable de la grande métropole ; c'était une maison de vieux style, desombre
I. Thurea.u-Da.ngih, la Renaissance catholique en Angleteire au XIX^ siècle, t. I, p. 10-12.
•2. Jbid.^ p. 18-19, 3. Ibid., p. a4.
ÉTAT POLITIQUE, SOCIAL ET RELIGIEUX DU MONDE CHRÉTIEIf 6l
apparence ; on racontait que là vivaient des catholiques romains ; mais ce qu'ils étaient, ce qu'ils faisaient, ce qu'on voulait dire quand on les appelait callioliques romains, nul n'aurait pu l'expliquer ; on savait seulement que cela sonnait mal et parlait de formalisme et de superstition... Finalement, ils étaient devenus si faibles, ils étaient tombés si bas, que le dédain avait lait place à la pitié » ^ .
Tel était le catholicisme en Angleterre dans le premier quart du XIX* siècle. On conjecture qu'il ne comptait pas plus de 160.000 adhérents * ; à la fin du siècle, il en comptera, dans la seule Angleterre, en dehors de l'Irlande et de l'Ecosse, environ i.5oo.ooo ; on verra des cardinaux siéger, à côté des prélats anglicans, dans les cérémonies publiques ; la statue de l'un d'eux s'élèvera à Londres, sur le terre-plein de l'église de l'Oratoire ; et le principal instrument de la Providence dans ce merveilleux mouvement de renaissance catholique aura été John-Henry Newman.
I. Nbwma.5, Occasional sermons, The Second Hnring, prêché à Oscotl le i3 juillet i85a.