chapitre
Delà puissance
immédiate
du pape
sur les divers
diocèses.
La Constitution proposée avait un proœmium ou préambule et quatre chapitres. La discussion du préambule et des deux premiers chapitres fut rapidement conduite. Elle s'acheva en deux « congrégations générales », qui se tinrent les 6 et 7 juin.
Le troisième chapitre arrêta plus longtemps l'assemblée. Il avait pour objet la primauté du pontife romain, se manifestant principalement par une « autorité immédiate » du Saint- Père sur tous les diocèses et par une « juridiction suprême et en dernier ressort » en toute cause, non seulement d'ordre dogmatique ou moral, mais encore d'ordre judiciaire et administratif. La question du pouvoir immédiat du pape sur les diocèses du monde entier divisa vivement l'assemblée. Parmi les canonistes auxquels les Pères avaient coutume de recourir au cours des débats, on remarquait surtout le docteur italien Mgr Vecchiotti, conseiller d'Etat auprès du Saint- Père, et le directeur du Séminaire de Saint-Sulpice, M. Icard. Ce dernier soutenait énergiquement la doctrine du « pouvoir ordinaire », que le premier contestait avec force. Vecchiotti prétendait que la rencontre de cette puissance immédiate du pape avec la puissance spéciale de l'évèque diocésain était de nature à créer la confusion et le désordre dans l'Eglise. Son contradicteur lui faisait remarquer : i'' qu'il ne s'agissait pas de deux puissances égales et concurrentes, mais de deuxpuissances subordonnées ; a° qu'il ne pouvait s'agir, pour le pape, que d'une intervention passagère dans le gouvernement d'un diocèse, et non pas d une substitution de son pouvoir à celui de l'évèque, d'une absorption de la juridiction épiscopale par la juridiction pontificale, ce qui serait alors un pouvoir ad destruclionem, non ad œdijïcationem, suivant la doctrine de saint Paul ; 3° que, dans le cours des siècles, les papes
1. Est-il besoin de rappeler que l'assistance de l'Esprit Saint ne garantit à 1 Eglise que l'exemption de toute erreur, et ne suggère pas nécessairement la formule la plus heureuse ? Celle ci est le fruit ordinaire de la sagesse et de la réflexion.
LE CONCILE DU VATICA!f
avaient agi comme possédant ce droit, et qu'un grand bien en était résulté pour l'Eglise ^ Cette dernière opinion, défendue au concile par Mgr Desprez, Mgr Freppel et Mgr Dechamps, triompha, malgré les objections présentées par Mgr Dupanloup et par Mgr Ilaynald. Un vif incident se produisit au milieu de la discussion. Plusieurs évêques de la majorité, entre autres Mgr Valerga, patriarche de Jérusalem, avaient, à propos du gallicanisme, violemment attaqué l'Eglise de France et l'autorité de Bossuet. Mgr Mathieu et Mgr Dupanloup répliquèrent avec une éloquence pleine d'émotion, rappelant les témoignages de dévouement donnés au Saint-Siège par le clergé français, les éloges que lui avaient décernés kinocent III, Benoît XIV, Pie VI et Pie VII, et ce grand témoignage du sang qu'il avait su donner dans la tourmeate de 1793. Mgr Valerga remonta à Tambon pour déclarer qu'il « n'y avait eu, dans ses paroles, aucune pensée de malveillance», qu'il « n'identifiait pas le gaHlcanisme avec l'épiscopat français », et termina son discours en s'écriant : « Vive à jamais la noble Eglise de France * ! » L'incident était clos.
Le i5 juin 1870, commença, pour se terminer au i4 juillet, la discussion du quatrième chapitre, consacré à la question de l'infaillibilité du pape. Les débats, longtemps redoutés, sur cette question brûlante, furent ardents, mais graves et relativement paisibles. Les interventions étrangères, dont le cardinal Antonelli s'était effrayé 2, ne se produisirent pas. Le gouvernement français, sollicité d'intervenir par Mgr Darboy, archevêque de Paris *, et par le P. Gralry, rejeta ces ouvertures. « Nous n'hésitâmes pas, écrit Emile OUivier *. Lorsque la majorité avait essayé de nous tirer à elle par le désaveu
Mgr Dnpan^ loup défend l'honneur de l'Eglise de France, attaquée par Mgr Valerga.
Discussion
du quatrième
ehapitre.
I. Dans son Journal, M. Icard revient souvent sur celte question de la juridiction immédiate du pape, soit pour raconter ses discussions arec Mgr Vecchiotti, soit pour rappeler les efforts tentes par lui pour convertir à sa thèse Mgr Darboj (Icard, Jo»rna/, p. i44, 163,207-208 eipassim.)
a. Grandkrath, t. III, ir« partie, p. 894 Sgg.
3. « 27 mars 1870. Ce malin, M. Combes m'a rapporté ce que lui avait dit, avant hier, le secrétaire de l'Académie impériale, comme le lenant du cardinal di Pielro. Le cardinal Antonelli, sérieusement préoccupé des conséquences que peut avoir une définition dans les circonstances présentes, a réuni un certain nombre de cardinaux qu'il consulte souvent pour les affaires politiques. Il a été convenu entre eux qu'ils iraient voir le Saint-Père pour le prier instamment d'écarter du concile la question fameuse. Le pape n'a pas du tout accueilli leurs observations. Il leur a dit : « J'ai la Sainte Vierge pour moi ; j'irai en avant *. (Icard, Journal^
4. Voir la lettre de Mgr Darbov, dans Ollivirr, op. cit., l. FF,». 236-238.