Artaud, t IT. p. 3/i
'j. De i8io à 1832, le Mcxi-Tue, le Guatemala, la Colombie, le Pérou, l« Par.î/j^uay et la Plata s'étaient séparés de l'Espagne. 6. Artaud, If, 299.
LÉori xn
d'envoyer en Terre Sainte ^ Le souverain pontife écrivit au roi d'Espagne : « Parce que nous plaçons des évêques là où, depuis plus de douze ans, vous ne commandez plus, faut-il que vous menaciez même vos Etats d'Espagne, restés fidèles, d'un système d'altercations avec le Saint Siège? Nos devoirs viennent d'En haut. Vous ne pouvez pas dire que nous n'avons pas écouté votre ambassadeur, M. de Vargas. Il serait lui-niéme auprès de vous, qu'il vous rendrait compte en témoin vcridique de noire vive douleur d'avoir aujourdhui à résister aux désirs de Sa Majesté Catholique 2. »
M. de Labrador, envoyé peu de temps après à Rome par Ferdinand VII, en remplacement de M. de Vargas, eut la joie de contribuer au rétablissement de la bonne harmonie entre la cour d'Espagne et le Saint-Siège.
Encrgîqne«i
déclaralions
de Léon XII.
RéU-
bllssement
de la bonr.f)
harmonie
entre le
Saint-Sièpç
et rEspagn<5,
Les troubles d'Espagne avaient eu leur répercussion en Italie ; et îà aussi Léon XII, tout en ap[)laudissant à la répression des menées révolutionnaires, n'eut pas toujours à se louer de l'allilude des pouvoirs absolus à son égard.
Par le nombre toujours croissant de ses sociétés secrètes, qui, sons divers noms et sous diverses formes, étendaient leurs ramifications, non plus seulement dans les Abruzzes, mais aussi dans les Romagnes, dans le Piémont, dans la Lonibardo-Vénétie et dans les duchés, l'Italie avait désormais des cadres constitués pour une agitation révolutionnaire. Pour qu'elle éclatât, il suffisait qu'un peuple voisin don ; \l l'exemple, ou qu'une mesure répressive extraordinaire, émanant de l'autorité, parût une provocation. Les deux faits se produisirent presque simultanément. En 1820, Ferdinand I*', roi des Deux- Siciles, essaya d'opposer aux carbonari les calderari ou chaudronniers, qui se firent les soutiens du pouvoir absolu. En même temps, la nouvellede la révolution d'Espagne parvenait en Italie. Le 2 juillet, deux jeunes sous-lieutenants de l'armée napolitaine, Morelli et Silvali, à l'instigation du prêtre Minichini, soulèvent la troupe, se diligent vers iNaples, el forcent le roi à jurer la constitution espa-
L'E^'li-e catholique en Italie.
Les sociétés
sccrètP" en IUl:«^.
Insurrection de iSao.
Ta
Constitution espagnole
de i8ia est acclamée
en Itali •.
I. Ces secours furent totalement su|i|)riiiics en iS.?5. a. \RTAi:n, II, .Soo
loG
Tntervenlion
lies puissances
alliées.
Recrudescence de l'agitation
rôvolutioanaire.
Les sociétés secrètes à Home.
Le roi
do Naples
soulève,
une fois
de plus,
la « question
de la haquenée ».
' La France
et i'A'Uriche
appuient
les
réclarnalioris
du roi
de Naples.
gnole de 1812. Le mouvement de révolte gagne le Piémont, où ime assemblée révolulionnaire se déclare « junle de la confédération itaiicime », et proclame pareillement la constitution espagnole. Les monarques alliés, réunis en congrès à Troppau, en octobre-décembre 1820, chargent l'Autriche d'intervenir en Italie. L'armée autrichienne disperse les révolutionnaires à Novare. Mais la haine contre l'étranger, c'est-à-dire contre l'Autriche et contre les puissances alliées, ne fait que croître. Les sociétés secrètes exploitent le sentiment national pour parvenir à leur but, qui est la Révolution antisociale et antireligieuse. Les monarchies essayent en vain, quand tout leur semble perdu, de composer avec elles, de leur donner des gages. Leurs concessions ne fout qu'exciter l'audace de la secte. Léon Xlï, s'entretenant avec le cardinal Bernetti, s'écrie : « Nous avons pourtant averli les princes, et les princes dorment encore ! Nous avons averti leurs ministres, et leurs ministres n'ont pas veillé M » Le carbonarisme va jusqu'à établir ses « ventes » dans Rome même ^. Une presse soudoyée par elles répand à profusion la calomnie contre toute autorité établie, essaie de compromettre lEglise dans les mesures prises par les princes. L'attentat commis contre le cardina' Rivarola, en 1826, à Ravenne, est un des résultats de ces malsaines excitations 3. Cependant, au milieu de tous ces troubles, le roi de Naples, manifestement soutenu par les souverains alliés, trouve le moyen 'e revenir sur cette éternelle question de la haquenée ^^ qui, depuis le moyen âge, avait si souvent mis aux prises la monarchie sicilienne avec le Saint-Siège, et que le concordat de 1818 semblait avoir définitivement réglée. Le 9 avril 1826, le baron de Damas, ministre des affaires étrangères en France, est chargé par l'ambassadeur de Naples, Fuscaldo, d'intervenir à ce sujet auprès du Saint-Siège. Le langage du plénipotentiaire est d'une hauteur presque insolente. « Ces prétentions du Saint-Siège, écrit-il dans sa dépêche, remontent au temps où il en avait sur la plupart des couronnes. » Mais, ajoute -t-il, « le cours des siècles les a fai,t tomber en désuétude ; l'indépendance du trône est devenue la plus sûre garantie de la prospérité des Etats et même de la religion. » L'ambassadeur d'Autriche s'associe aux
1. Crétineîvu-Joly, V Eglise romaine en face de la Révolution, t. H, p. i63.
2. Toutes les sociétés secrètes, quelle que fût leur forme, s'étaient organisées en « ventes » ou réunions de vingt membres.
3. Sur ces révolutions de Naples et du Piémont, voir Ca-Ntij, Hist. de cent ans^ t. Il, p. 442 464
4. Hist. gén. de VEglise, \l\, p. 48-5o. Cf. t. IV, p. 238-289.
LEOX XII
déclarations du ministre français. Le pape Léon XII répond qu'il n'est pas maître de renoncer à un droit établi en faveur du Saint- Siège par des traités authentiques. « Nous ne sommes dépositaires de nos droits, dit-il, qu'en qualité de prince électif. Nous sommes plus astreint qu'aucun souverain de l'Europe à ne jamais nous dési-^ter d'aucune piérogatlve de la couronne ^ » Cette réponse, faite à des souverains qui faisaient reposer toute la légitimité de leurs droits sur l'inviolabilité des conventions et des traditions qui les avaient jadis consacres, était sans réplique.
Au moment où Léon XII mettait ainsi fin au conflit soulevé par les cours de Naples, de Paris et de Vienne, son attention était appelée vers l'Eglise des Pays-Bas. Lcà aussi un souverain mettait des entraves à l'action du Saint-Siège ; là aussi s'agitaient des passions populaires, qui devaient aboutir, quelques années plus tard, à une révolution.
Vers le milieu de l'année 1825, trois faits graves éveillèrent la sollicitude du souverain pontife par rapport aux Pays Bas. Ce furent : 1° l'élection d'un évêque schismatique à Deventer ; 2" l'attitude hostile prise par le roi Guillaume à l'égard des catholiques, et 3 " reffervescence soulevée par cette hostilité dans les provinces de Belgique.
Depuis que le Chapitre janséniste d'Utrecht s'était arrogé le droit, en 1722, de nommer un évéc|ue, le schisme s'était perpétué en Hollande. En 1825, un certain Guillaume Vet, ayant été illégalement élu évêque de Deventer, un des prétendus sièges sufTragants d'Utrecht, eut l'audace de faire part à Léon XII de son élection. Le souverain pontife, à celte occasion, adressa, le 17 août 1820, un Bref aux fidèles de Hollande. Il y déclarait l'élection de Vet nulle, son sacre illégitime, et exhortait les catholiques à se grouper autour du Siège apostolique, centre de l'unité ^.
Ce Bref parvint aux Pays-Bas au moment où les provinces catholiques de Belgique, arbitrairement annejtées à la Hollande protestante par les traités de 181 5, subissaient une violente persécution de la part du roi. En dépit de la « loi fondamentale » du royaume, qui garantissait la liberté de conscience, le roi Guillaume P*" tracassait de toutes manières le clergé et les fidèles catholiques. Le i/i juin 1828, il avait promulgué deux décrets, en vertu desquels aucune école ne
Ferme
cl hainie
r<jj)Onse
de Léon XII.
L'Eglise
catholique
aux Pa\s-Bas,
Election
d'un évêqu3
sch/suiatiqu»
à Deventer
Persécution (les catholique*
par lo roi Guillaume P^.
1. AnTAin, t II, p. 437-A28. Cf. p. 353. a. AiiiAri), II. 121.
io8
HISTOIHE GKNERALE DE I. hOLTSE
Le « collège
phik»30|jhique ».
^Ire irritation
du pi^aple belge.
Lîgne éa conduite
idfonnée a<3S Belges {var ie pape.
A|»isement
ï£7CTOentané
dti conflit.
Concordat
pouvait s'ouvrir sans l'assentiment du gouvernement, lequel se rcservoit la nomination de tous les maîtres et la surveillance desdites écoles. De plus, toutes les institutions non approuvées, en particulier tous les séminaires épiscopaux, devaient se considérer comme dès lois su[)primées. Tous les as[)irants à l'état ecclésiastique fréquenteraient désormais les écoles officielles, en particulier un certain {( collège philosophique ». Or, ces écoles officielles donnaient un enseignement notoirement hostile au catholicisme.
L'irritation du peuple belge fut d'autant plus grande, qu'à l'indignation soulevée par la persécution religieuse se joignait l'aversion d'un peuple opprimé contre un peuple oppresseur. Les sociétés secrètes, promptes à s'emparer de tous les mouvements populaires pour ébranler partout le principe d'autorité, n'allaient-elles pas essayer de compromettre les populations persécutées de la Belgique dans quelque entreprise révolutionnaire ? Léon XII paraît l'avoir redouté. Il adressa une énergique réclamation au roi Guillaume P' ; mais il fit écrire, en même temps, par Mgr Mazio, une lettre par laquelle il recommandait aux catholiques et au clergé de garder « une attitude passive », jusqu'au moment où le Saint-Siège jugerait à propos de statuer sur la situation *.
Fidèles au mot d'ordre donné par le pape, les évêques de Gand, de Tournai, de Malines, s'abstinrent de toute manifestation quand leurs séminaires furent supprimés. Pendant ce temps-là, le pape ne restait pas inactif. Pour montrer sa désapprobation de toute violence, il faisait blâmer un pamphlet, où le roi Guillaume était appelé « Luther couronné » ; mais, en même temps, il donnait l'impression d'une résistance irréductible et laissait entrevoir que la continuation des mesures vexatoires déchaînerait parmi les catholiques un mouvement de révolte que sa volonté seule comprimait. Cette attitude de Léon XII eut pour résultat Tenvoi, par le ministre de l'intérieur des Pays-Bas, d'une circulaire déclarant que désormais la fréquentation du (' collège philosophique » parles candidats aux saints ordres serait simplement facultative, et non plus obligatoire. Un peu plus tard, le 18 juin 1827, un concordat en règle fut signé à Rome par le cardinal Cappellari, un autre représentant du Saint-Siège et deux représentants du roi des Pays-Bas. Le second article de cette convention stip'ii,\it que chaque diocèse des Pays-Bas aurait son Chapitre et sou séiui-
I, Aktaud, II, 124.