‹ Histoire générale de l'Église (volume 4)Chapitre 47 sur 374 · I.ÉON XII · texte numérisé non relu

I.ÉON XII

naiie ; el le Iroisicnie article portait que l'élection des évêques serait dévolue aux Chapitres avec confirmation par le souverain pontife ^

Malheureusement ce concordat ne fut pas consciencieusement Leconcord-4 exécuté par le gouvernement des Pays-Bas. Des ministres fcclaires ' j^.^j ' pesèrent sur le roi. Dès le mois d'avril 1828, le Courrier des Pays- pas ohs^en-t? Bas, cherchant à détourner les responsabilités, essayait de rendre gouvernemin responsable de cette inexécution « h mauvaise volonté du pape », ^es r^ya-^^t qu'il représentait « convoitant les libertés et le repos du pays ». Léon Xll avait simplement demandé des explications au sujet d'une circulaire c )nridenliclle du gouvernement, qui, peu de temps après la promulgation du concordat, avait alarmé les calboliques, en paraissant dire le contraire de ce qu'avait aiïlrmé le traité solennel conclu avec le Saint-Siège -. L'agitation catholique recommença ; elle devait, en se combinant avec d'autres oppositions d'ordre national et économique, aboutir à la révolution de i83o, qui proclama l'indépea-* dance de la Belgique.

Xlîl

Un conflit du même ffenre, mais plus ai^fu, a^^itait, à Test de L'Eghvn

1 Lurope, la catholique Pologne, asservie a 1 empire schismatique en Rnwie,

des tsars.

Le tsar Alexandre P'', fidèle à la politique reli "pieuse de son prédé- Politique

. . . . .. Teligieo.««

cesseur Paul P% n'avait pas repris les traditions persécutrices de l'im- du tsau-

pératrice Catherine 11 à l'égard de la nation polonaise. Il avait même Alexandre 1«». voulu faire de la Pologne un Etat indépendant, ayant le droit de garder ses institutions distinctes, sa langue, son administration, son armée, sa hiérarchie catholique ^. Son tort fut de maintenir à la tète do cette hiérarchie catholique un homme qui, poussant à rcxlréme les traditions du plus pur fébronianisme, eut (( pendant cinquantequatre ans de faveur et de puissance, le talent de se servir de 1 Kglise sans la servir jamais, et qui acheta par des trahisons les honneurs qu'elle lui accorda en gémissant, ou qu'il usurpa sans

1 Voir lo texte du concordat dans Artaud. Il, 3o7-3i6.

1'.. Voir cette circulaire dans l'Ami de la reVufion du a4 octobre 1837. p aag-SSo, — Sur c<'8 incidents voir, Y Ami de la reUyion du 26 avril 1S28, p. 344-3^6.

3. Sur Vicxnndrc !•' et sur sa conversion probable au catholicisme sur son Ht de mvil, //{■-,/. qt'n.de l'Erjlise, t VII. n. ^j78-A8o.

IIO

Inllncnce

funeste

du

métropolitain

de INIobilcv,

Stanislas

Sieslrzence-

wicz.

Le « collège

ecclésia?!iquc

romain ».

Le tsar Nicolas I"

accentue •

la politique

peiT-écutrice

d'Alexandre

1er,

Oukase

de

février 1826.

Oukase

•du

i3 avril i8a8,

pudeur * ». Nous voulons parler de Stanislas SiestrzenceAvicz, né calviniste, ancien soldat, que les intrigues de Catherine II avaient fait monter sur le siège métropolitain de Mohilev. Siestrzencewicz avait obtenu d'Alexandre P*" l'institution officielle du trop fameux « collège ecclésiastique catholique romain », qui, siégeant à Pétersbourg, à l'instar du saint-synode, et « composé d'hommes sans conscience, sans religion et sans mœurs ^ ))» y devint l'instrument presque toutpuissant du pouvoir temporel. L'indigne prélat couronna son œuvre en arrivant, par ses intrigues, à faire éloigner le nonce apostolique, dont la seule présence à Pétersbourg contrecarrait toutes ses mesures. Malgré tout, la foi énergique des catholiques polonais leur permit de maintenir et même, sur certains points, de perfectionner leur organisation. Avec le tsar Nicolas I", parvenu au trône en 1826, les traditions odieuses de Catherine II reparurent. Le jour de son couronnement, le nouvel empereur accueillit avec beaucoup d'égards l'envoyé du souverain pontife, Mgr Bernetti ; et plusieurs mesures libérales, prises au début de son règne, impressionnèrent favorablement Léon XII, qui disait alors de lui : « De tels actes sont pleins de grandeur ; tout cela est digne d'Henri IV. » L'avenir démentit cruellement ces espérances.

On a dit que l'insurrection polonaise avait provoqué l'absolutisme de Nicolas P^. Les faits démentent cette assertion. « Ce fut en pleine paix, par un oukase du mois de février 1826, que Nicolas commença la guerre contre l'Eglise unie, que l'humanité de Paul et d'Alexandre P' avait laissé se relever de ses ruines. Cet oukase défendait à tous les marchands polonais ou russes, appartenant à 'E'^lise unie, de vendre dans les foires ou toute autre réunion de peuple, dans la petite Russie, la Russie Blanche 3 ou ailleurs, aucun livre à l'usage des fidèles de cette Eglise. Mais ce ne fut là qu'un préliminaire insignifiant, dont la date seule importe. L'oukase du 22 avril 1828, antérieur de deux ans à l'insurrection polonaise, de onze ans à la chute définitive de l'Eglise unie, est la vraie cause de sa ruine... Cet oukase instituait, à l'instar du saint-synode établi par Pierre le Grand, et du collège catholique romain dont SiestrzenccAvicz avait dressé le plan, un « collège ecclésiastique grec uni ».

I. L. Lescœur, l'Eglise catholique en Pologne sous le gouvernement russe, un vol. in-S*^. Paris, i86o, p. 18.

'j. Ibid., p. 20.

3. Sur la' Russie Blanche, voir Hist. gên. de l'Eglise, t. VIT, p. 53.

LEOTf XII

C'était, comme le remarquera plus tara le pape Grégoire XVI dans une mémorable allocution *, « une dépendance presque totale imposée par le gouvernement russe aux évoques dans l'exercice de leur autorité ». Aussi tous les actes qui suivirent ne furent que le développement logique de celui-ci. Exclusion formelle de la surveillance de l'enseignement du clergé séculier et régulier, prononcée contre les évoques et les supérieurs d'ordres religieux, et, par suite, intrusion forcée de personnes séculières et de dissidents dans l'administration des choses ecclésiastiques ; suppression ou bouleversement complet des ordres religieux, auxquels on imposait arbitrairement des règlements nouveaux en ce qui concerne la profession, les vœux monastiques, le noviciat, les éludes, de manière à rendre moralemer.t impossible le recrutement des couvents qu'on ne supprimait pas ; vacances systématiquement prolongées des sièges épiscopaux, etchoiK prémédité, pour les occuper, de personnes incapables ; confiscations réitérées des biens des couvents ^ » : tels furent les premiers attentats commis par le gouvernement du tsar Nicolas I*'' contre l'Eglise catholique.

Parallèlement à ces mesures de persécution religieuse^ des actes répétés d'oppression systématique visaient particulièrement la nation polonaise. « Nicolas avait accepte d'être couronné roi de Pologne ; mais il cessa de convoquer la Diète et laissa gouverner la Pologne par des absolutistes qui parlaient de révoquer la charte de i8i5. L'un d'eux déclara : u II ne s'agit pas de discuter, mais d'obéir. » Ce régime irritait tous les Polonais ; mais, sur la conduite à tenir, ils se divisaient en deux partis. Les grands propriétaires et le clergé aimaient encore mieux se soumettre au despotisme de Nicolas que d'exposer la nation polonaise à la destruction complète ; on attendrait des temps meilleurs. C'était le parti de la prudence, surnommé les blancs. Les jeunes gens, les étudiants de Varsovie, admirateurs de la Révolution, voulaient la lutte ouverte contre le tsar pour défendre la liberté. C'était un parti patriote et démocrate, surnommé les rouges, dirigé par des sociétés secrètes en rapport avec les carbonari^. » Jusqu'en i83o, le parti blanc réussira à contenir le parti rouge.

Le « coVôgo

ecxlcsias jue grec uiii ».

Oppression

des

catholiquv^s.

L'oppressioa

de la nation

polonaise

est

particulitic-

Deux par lis

en Pologne :

les blancs et les rou'j>'S.

1, GRéGoiRB XVI, Allocution du ia juillet i843. Voir la traduction de celle alioculion dans Lbscceur, op. cit., p. 4o7-433.

2 L. LEscdiLn, op. cit., p. a8-3i.

3. Ch. Seu;>obos, Hist. polit, de VEarope contemporaine ^ un vol. in-8«, Paris, 1897, p. 557-558.

HISTOIRE OÉNÉKALE DE l'ÉGLISE

Les iiitéréts

callioliijues •a Grèce.

Prelon<Uie

mUsicr»

diplomaliq ;>

à Rome

du capitaine

groc Ciiiel'ala.

Prudente

politique

de Léon XII.

Les missions catholiques en Grèce.

Ainsi, en Pologne comme en Belgique, en France comme en Italie, les catholiques, dans leur ensemble, obéissant aux directions de Léon XII, soutenaient l'autorité sans se livrer au despotisme, étaient prêts à lutter pour la liberté en repoussant toutes compromissions avec les sociétés révolutionnaires. La question de la mesure à garder parut particulièrement difficile à propos de l'insurrection grecque. Les sympathies créées en faveur du peuple hellène par les écrits de Chateaubriand et de lord Byron, ler souvenirs d'un passé glorieux, l'énergique résistance d'un peuple chrétien à l'Islam, avaient d'abord excité en Europe un enthousiasme presque universel. Artaud de Monior, alors attaché à l'ambassade de Rome, constate que « des personnes de l'école de Consalvi applaudissaient aux efforts des Grecs, comme devant amener des jours heureux pour le catholicisme * ». Mais plusieurs personnages romains ne partageaient pas ces sentiments. Ils pensaient qu' « un schismatique grec est souvent plus redoutable que tous les Ottomans ensemble ^ ». Ces dissidences se manifestèrent particulièrement à l'occasion de l'arrixée à Rome, en 1825, d'un capitaine grec, du nom de Chiefala, venu en apparence pourtrailer la question de la réunion de l'Eglise grecque à l'Eglise latine. Mais ce prétendu plénipotentiaire ne put pas justifier avec évidence qu'il avait reçu de pleins pouvoirs à ce sujet. Il fut tout à coup discrédité, parce qu'on s'pperçut qu'à sa qualité d'envoyé extraordinaire, il joignait la prétention d'offrir à bon marché un excellent vin de Chypre. M. Stalinsky, .•'^orésentant diplomatique de la Russie, dit à son sujet : « Que veut ci un homme qui vend du vin et des Eglises? » Léon Xïl ne vit dans toute communication à cet égard que le danger de se compromettre ; il se déroba à tous pourparlers, et l'affaire n'eut pas de suite.

L'attitude peu nette de la Grèce par rapport au catholicisme était d'autant plus pénible au cœur de Léon Xlï que de tristes nouvelles lui parvenaient des missions établies dans ce pays. En cette même année 1825, le duc de Laval, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, confiait au cardinal secrétaire d'Etat la copie de deux lettres que le baron de Damas venait d'écrire à Mgr Frayssinous, ministre des affaires ecclésiastiques. La première, datée du 2 juin, relatait que la mission de Grèce, confiée aux Capucins, ne complaît

I AUTALD, II, III,

a. Ibld.

LEON XII I lO

plus que treize religieux, répartis entre les maisons de Péra, Snijrne, Scio Naxie, Syra et la Canée. Les résidences d'Athènes, de Parchia, d'Argentière, de Milo et d'une partie de Candie n'avaient plus per-

sonne.

La mission de Syrie, également desservie par les Capucins, se trou- L'Egli!«e

, , 11 T-.li -1 j calholiane

vait dans un état plus lamentable. Elle ne comptait plus que deux ^^^ Orient, religieux, l'un à Alger, l'autre à Beyrouth. Tous les autres postes, à savoir Diarbckir, Damas, Tripoli, Seyde, Hédé, Soleymàn et Gabaïl, n'étaient pas habités. Les missions des Lazaristes étaient dans le même état de décadence. Là où trente Religieux au moins auraient été nécessaires, on n'en comptait plus que dix, presfjue tous âgés ou infirmes ^ Les rapports qui parvenaient au Saint-Siège sur l'état des autres missions étrangères n'étaient pas moins tristes. Etat

On lisait, dans VAmi de la religion du 22 mai 182/4, les ligues sui- étrangères, vantes : « Le séminaire des Missions étrangères a reçu des nouvelles très fâcheuses sur la situation de sa mission... La mission de Siam estaéduite à son seul Vicaire apostolique, chargé d'années et d'infirmités... La mission du Tonkin occidental, dans laquelle il y a plus de 200.000 chrétiens, plus de 90 prêtres du pays, un séminaire, deux collèges et environ quarante maisons de religieuses, n'a plus de missionnaire européen qu'un évêque âgé de soixante-douze ans... La Cochinchine, qui compte environ 80.000 chrétiens, n'a plus qu'un évêque âgé de quatre-vingts ans et trois jeunes missionnaires français... La mission de Pondichéry, où l'on compte 5oo.ooo fidèles, dispersés dans plusieurs royaumes, n'a, outre l'évêque, que six missionnaires français et cinq prêtres indiens, qui sont d'un faible secours... Que deviendront ces missions, si l'on n'y envoie un renfort d'ouvriers cvangéliques suffisant pour entretenir tout le bien qui y a été fait - ? )) Les évêques des Etats-Unis demandaient à l'Europe des ressources ^ et des missionnaires *. Les Pères du Saint-Esprit ne pouvaient satisfaire aux besoins religieux des colonies ^. Presque partout, les ressources et les hommes manquaient. Il n'était pas au pouvoir du souverain pontife de remédier immédiatement à tous ces maux ; mais il travailla très efficacement à préparer la rénovation des

Page 1