livre sur les Progrès de la Révolution et s'il ne les avait soutenues
avec une violence de langage sans pareille. On en jugera par ces
dernières lignes de la Première lettre : « Jetez les yeux autour de
vous, Monseigneur, et voyez qui défend aujourd'hui le gallicanisme :
de cauteleux adulateurs du pouvoir, qui le poussent à sa perle ; un
petit nombre de vieillards, qui ne vivent que de souvenirs d'école.
Tout le reste, qu'est-ce que c'est ? Et y a-t il des paroles pour peindre
ce dégoûtant mélange de bêtise et de morgue, de niaiserie stupide,
d'impuissance absolue d'esprit .►^ »
Les amis de La Mennais et ses adversaires recoururent en même temps à Rome, pour la supplier, les uns de se prononcer contre le gallicanisme, les autres de condamner cet ultramontanisme mêlé de libéralisme 3, qui leur semblait un grave danger pour la société.
Recours i Ron 0- .
ï- /^o."* les hisloiiens de la vie intime de La Mennais ont constaté son excessive irascibilité, qui tenait peut être à sa constitution physiologique. Un de ses biographes les plus informés et les plus sympathiques k sa personne, J.-Nfarie Peigné, en cite de nombreux exemples. « Irascible à l'excès, écrit-il, ses colères duraient peu. Soit qu'il voulût seulement s'excuser, soit qu'il le crût sérieusement, il disait
Qu'elles étaient nécessaires à sa santé, et qu'il était obligé quelquefois, pour éviter e tomber en délailluncc, de chercher noise au premier venu, sauf à demander pardon ensuite de ses emportements. » (J.-Marie Peigné, Lamennais, sa vie intime à la Chênaie, un vol. in-i8, Paris, i86/i, p. 55.) 3. BouTARD, Lamennais, t II, p. 55.
3. Celte union de l'ultramontanisme et du libéralisme catholique se serait com-
Srise si, par les mots de libéralisme catholique, on eût entendu simplement 1 éfense des libertés de l'Eglise. Mais nous avons vu plus haut comment, pa
Pie VIII juge à propos de s abstenir
de toute intervention
dans la controverse.
Violente colère
La Mennais.
Troie ic me
péril :
attitude
maladroite
du pouvoir.
Le prince de Polignac ; •ou caractère.
Les uns et les autres furent déçus. Le pape Pie VIII ne jugea pas que la faute de La Mennais fût assez grande pour le frapper d'une condamnation qui aurait jeté le désarroi parmi le groupe d'ardeiils catholiques qui combattaient à ses côtés. D'autre part, condamner le gallicanisme, en un moment où la querelle devenait plus politique que religieuse, et où la monarchie de Charles X chancelait pouvait avoir pour premier résultat de hâter la chute de la dynastie, de précipiter la France dans des aventures et d'en laisser peser la responsabiUté sur l'Eglise. Le pape s'abstint de toute intervention. Et La Mennais, sous le coup d'une de ces colères dont il était incapable de contenir l'expression, écrivit, en un style qui préludait aux Paroles d'un croyant : « Elle s'est éteinte, la voix qui effrayait les peuples... Le sanctuaire est vide, il n'en sort plus rien... Dieu a dit à la Puissance, comme au figuier de l'Evangile : « Sèche-toi ^ ». C'était plus que le style du pamphlet révolutionnaire de i834 ; c'en était déjà le sombre esprit de révolte.
Le troisième péril qui menaçait le mouvement catholique lui venait du pouvoir même qui l'assurait de sa protection.
Lorsque, le 5 janvier 1828, Charles X, cédant à la pression c!es gauches, avait laissé partir M. de Villèle pour confier le ministère à M. de Martignac, la duchesse d'Angoulême avait dit : « Mon père vient de descendre la première marche du trône. » Le roi de France descendit une seconde marche quand, le 8 août 1829, subissant l'influence de l'extrême droite, il fit appel au prince de Polignac. « A considérer M. de Polignac avec le sang-froid de l'histoire, dit un judicieux historien, on éprouve surtout de la surprise, presque de la stupeur, et plus de compassion que d'aversion... Son caractère était sûr et loyal. Il était incapable d'une bassesse, et, par-dessus tout, chrétien fervent. Mais, esprit faible, médiocre et court, sa modestie dissimulait mal une infatuation naïve et sereine. Ce n'était pas celle d'un orgueilleux vulgaire ; c'était celle d'un croyant, se jugeant prédestiné de Dieu pour- faire triompher la vérité en ce monde -. » La Congrégation, qui comptait le prince de Polignac parmi ses membres, reprit aussitôt ses réunions, depuis quelque temps sus-
diverses causes, surtout par le contact avec le parti des libéraux rationalistes, cette notion s'était altérés.
I. E. FoRGUES, Correspondance de Lamennais^ lettre du 3 mai 1829 à la coKitesse de Senfft.
a. Thureau-Dangin, Royalistes et Républicains, un vol. in-8'', Paris, 1871^,
PIE VIII r29
pendues K Ce fut une occasion, pour la presse libérale, d'agiler de nouveau le spectre du parti -prêtre, désormais au pouvoir. La personne même de Polignac était particulièrement impopulaire. On se rap|Hilait que sa mère avait été l'amie de Marie-Antoinette, et que Son
1 • A > M' 1* ' 1 • • -il. r ' 1 impopularité,
lui-même, après son élévation a la pairie, avait longtemps reiuse de *^ ^
prOlcr serment à la Charte. L'indignation des libéraux redoubla
quand on put lire dans le journal VAi)Osloti(jue, l'un des organes de Imprudenici