Tjilueau-Damîin. la Renais, callx. en Angl., t. I, p. 5i
a. Newm.vn, Ilist. de mes opinions religieuses, Irad. Du Pré de Saiul-Maur, un voK in-i2, Paris, a-- édition, i866, p. 5o-5i.
o. TnLRKvt-D.i^GiM, la Hen. cath. en An^L, t. I, p. 53-55.
HISTOIRE GÉlNÉRALB DE l'ÉGLISB
L'Eglîse catholique en Allemagrw
Etat politique
de
TA Ile magne
en i83o.
S'-n état re.. 'ieux.
Tendances
di\ erses parmi
les
catholiques.
Gontre-coup
des événements de .înillet en Alleiuagae,
Par certains côtés, la situation du catholicisme en AJIemagne était analogue aux conditions de son existence en Angleterre. Là aussi une minorité de catholiques était dominée par une majorité protestante. Là aussi les catholiques, groupés en certaines régions, tcMes que la Bavière et l'Autriche, avaient la faculté de s'organiser entre eux. Mais là s'arrêtaient les ressemblances.
Au point de vue politique, l'Allemagne, telle que les traités de i8i5 l'avaient faite, était une organisation instable, divisée entre deux grands Etats d'une part, l'Autriche et la Prusse, qui cherchaient à dominer la confédération, et une quarantaine de petits Etats, les uns catholiques comme l'Autriche, les autres protestants comme la Prusse, tous impatients de leur indépendance à l'égard des deux grandes puissances qui essayaient de faire prévaloir leur hégémonie. Au point de vue religieux, la Prusse et les Etats protestants, fidèles aux traditions césaro papistes qui remontaient aux premiers temps de la prétendue Réforme, et les gouvernements catholiques, encore trop pénétrés de l'esprit joséphiste, faisaient plus ou moins peser sur les fidèles un joug arbitraire. Dans le domaine des idées, une double tendance s'était manifestée: une tendance libérale, opposée à l'absclulisme, dont Borne et Henri Heine avaient été les plus éloquents porte-voix, et une tendance ultrainontaine, opposée au césaropapisme et au joséphisme, dont Goerres s'était fait le plus vigoureux interprète. Quoique inspirées par des principes totalement opposés, ces deux tendances s'étaient plusieurs fois rejointes et mêlées, parce qu'elles avaient été souvent dirigées contre le même ennemi, parce que, visant l'une et l'autre l'affranchissement d'un joug odieux, elles avaient pris souvent la même devise, celle de la liberté. De là des équivoaues, des malentendus, des confusions, sources, en Allemagne comme en France, en Belgique et en Italie, de longues et vives controverses.
En Allemagne, pas plus que dans les autres pays qui subirent k secousse de i83o, les événements de Juillet ne créèrent les conflits, mais ils en déterminèrent la crise violente. Alix premières nouvelles de l'insurrection parisienne, des émeutes éclatèrent dansleBrunsAvick^ la Saxe, la Hesse-Cassel, le Hanovre et plusieurs arutres petits Etats.
Les princes, effra^'és, accordèrent des constitutions libérales. C'étaient là des atteintes aux traités de Vienne, qui concentraient dans la personne du prince tous les pouvoirs de l'Etat. Metternich s'effraya, déclarant que tout le mal venait de la faction qui cherchait à introduire en Allemagne l'idée dissolvante de la souveraineté du peuple Aussi, sous son inspiration, l'Autriche réagit-elle de tout son pouvoir contre l'invasion du libéralisme politique et en favorisa-t-elle la répression dans les Etats secondaires. Elle trouva même, dans ces agitations révolutionnaires, une occasion de se rattacher les magnala ou seigneurs hongrois, plus effrayés des libertés populaires qu'hostiles à la domination autrichienne.
Le clergé catholique, pris dans son ensemble, ne se mêla point à ces mouvements politiques ; et, chose triste à dire, l'épiscopat allemand ne se préoccupa guère davantage de défendre alors l'indépendance de l'Eglise contre plusieurs ingérences abusives du pouvoir civil. Nous voulons parler de son attitude en présence de deux graves questions qui, au cours de l'année i83o, éveillèrent la sollicitude du pape Pie VIII : la question des trente-neuf articles de Francfort et la question des mariages mixtes.
Le 2 mars i83o, les Etats de Wurtemberg, de Bade,, des deux ^* question
liesses, de Nassau et de Francfort, sous prétexte d'organiser les cinq • nte-neuf
évêchés dont les bulles pontificales Provida, du i6 août 182 1, et , tl^^^ r
..... . , .de Francfort.
Ad dominicl gregis, du 11 avril 1827, avaient fornié la province
ecclésiastique du Haut-Rhin, publièrent une déclaration en trenteneuf articles, où les droits de l'Eglise étaient ouvertement violés. Après avoir proclamé, par l'article i^"", que « l'Eglise catholique a la liberté de professer sa croyance et d'exercer publiquement son culte », on s'appliquait, par tous les autres articles, à restreindre arbitrairement cette liberté. L'article 4 soumettait au placet gouvernemental tout règlement, toute circulaire ecclésiastique. L'article 5 soumettait même les bulles et les brefs du pape à l'approbation des Etats. L'article 10 défendait de faire discuter hors de la province ecclésiastique les différends d'ordre ecclésiastique. C'était interdire implicitement tout recours à Rome. Les articles 7, 8, 11, 12, i3 attribuaient la limitation des diocèses et des paroisses à l'autorité civile. Les articles i4, i5, 16 réglaient le mode d'élection des évêques et exigeaient d'eux un serment de fidélité au souverain. L'article 18 soumettait à l'approbation des Etats toutes les réunions des ecclésiastiques en synode et toutes les résolutions qu'ils y preudraieut.
Faiblesse
àe l'cpiscopat
allemand.
Protestation
de Pife VIII.
La question
des mari a go 3
miites.
Les articles 25, 26, 27, 28, 29 avaient trait au recrutement des clercs, soumis, soit avant leur entrée au séminaire, soit pendant leurs études ecclésiastiques, soit après leur sortie du séminaire, à des examens passés devant les autorités religieuses et civiles. L'article 36 donnait le droit aux ecclésiastiques et aux laïques de recourir auprès des autorités civiles pour y dénoncer les abus de l'autorité G*cclésiastique ^ .
w L'Eglise d'Allemagne, d4t un de ses historiens, eut, dafis cette circonstance, une mollesse, un laisser-aller, une docilité qui la rendirent, en quelque mesure, complice des impérieux agissements du pouvoir civil. Des cinq évêques visés, un seul protesta, celui de Fulda. L'archevêque de Fribourg, les évêques de Rottenbourg et de Limbourg en-Nassau, préférèrent à la gêne d'agir le reproche d'être des « chiens muets ». Quant à Burg, ri inspirait, ou peu s'en faut, la politique religieuse des gouvernements alliés ^ ».
Pie VIÏI protesta d'abord d'une manière non officielle auprès de tous les Etats qui avaient signé la Déclaration de Francfort.
Puis, en présence des réponses insuffisantes que lui adressèrent les divers souverains, il jugea opportun d'écrire, le 3o juin i83o, à l'archevêque de Fribourg et aux quatre évêques de Mayence, de Rottenbourg, de Limbourg et de Fulda une lettre très pressante sur cette affaire. « Par son institution divine, disait-il, l'Eglise, épouse de Jésus-Christ, est Kbre. Elle ne doit être soumise à aucune puissance terrestre. Mais ne serait-elle pas réduite à une honteuse servitude si l'on permettait au pouvoir civil de eonfirmer ou de rejeter les conciles, de diviser les diocèses, de choisir les candidats au sacerdoce, de diriger renseignement et la discipline ecclésiastiques, les séminaires eux-mêmes, et d'empêcher la libre communication des fidèles avec le chef de l'Eglise ? » Le pape ajoutait que son cœur avait été empli d'amertume en apprenant que, parmi les évêques à qui il destinait cette lettre, il s'en était trouvé un assez téméraire pour oser donner son assentiment à la Déclaration des 39 articles n. Puis il écrivit une seconde fois à tous les chefs des Etats compromis.
La question des mariages mixtes, qui devait, dans la suite, provoquer des résistances héroïques, fit voir d'abord, dans l'êpiscopat allemand, les mêmes faiblesses.
£. Voir le texte complet de la Déclaration dans VA. de le R., t. LXIÏI. p. 3a î- 5a5.
3. G. GoY\v,r Allemagne religieuse, le catholicisme, t. II, p. 136-167.
PIE VITI
Une ordonnance royale, remontant au 21 novennbre i8o3, avak prescrit que tous les enfants nés en Prusse de mariages mixtes seraient élevés dans h ffeligion du père. Celte ordonnance, rigoureusement appliquée en Siîésie, où beaucoup de mariages avaient été contractés entre des fonctionnaires protestants et des indigènes catholiques, y avait considérablement développé le protestantisme. Cette mesure, formellement contraire aux règles du droit canonique, qui exige des futurs époux, comme condition préalable d'un mariage mixte, la promesse d'élever tous les enfants dans la foi romaine, n'avait pas rencontré en Silésie de grave opposition, pas plus que E^p^-î*
... . . I , , , 1 T uistorique
le règlement d admmistration qui avait enlevé aux écoles catholiques jg \^ quetiiot leur direction propre pour la conférer aux représentants du gouvernement. Lorsque, en i8i4, la Prusse prit possession des provinces rhénanes, elle hésita d'abord à y appliquer l'ordonnance de i8o3. Mais, en 1826, le rôi déclara que cette ordonnance réglerait désormais le droit civil matrimonial dans les pays rbénans et dans la Westphalie. L'épiscopat ne fit entendre aucune protestation ; mais
plusieurs prêtres se refusèrent à bénir les mariages mixtes quand les Résistance r . • • . r . 1 • ' l'T? r T partieilo <k
iuturs conjoints ne tirent pas la promesse exigée par Ibghse. Le clergé aux
gouvernement prussien se plaignit, traduisit devant les tribunaux les enirepnwa prêtres retractaires aux ordonnances, et exigea que les eveques leur i^i^^^
infligeassent une punition. Ceux-ci, inspirés par l'archevêque de Cologne, Ferdinand Auguste Spiegel, prélat ambitieux, qui rêvait de jouer en Allemagne le rôle d'un primat et d'y défendre contre L'épiscopiii Rome les « Ubertés ecclésiastiques « à la manière des joséphistes et comnlio» des gallicans *, se concertèrent avec leurs collègues de Silésie, et despréientienr sollicitèrent de Frédéric-Guillaume l'autorisation d'entrer en pour- du^pouvoit. parlers avec le pape. Elle leur fut accordée, avec celte condition que leur courrier serait transmis par l'intermédiaire de Berlin. « En somme, comme on l'a fort justement écrit, les évêqucs s'agenouillaient devant l'absolutisme royal, et s'adressaient au pape pour avoir le droit de rester prosternés *. » Pie VIII répondit ^ par BreJ LîUerb son bref Lilteris du 27 mars i83o, accompagné d'une noie expli- Vonnani
I. Une correspondance Inédite de Spiegel, publiée par Rensch en 1897 (Briefe an liunsen, Leipzig, 1897), a révélé le caractère de ce prélat, qui, bien que mndamnanl le» 89 articles, aspirait à réunir sous son autorité, avec l'aide du pouvoir ci\il, l'Eglise germanique, et à tenir tête à Rome.
2 GoTAU, op. fi/., p, i5o-i5î.
3. Ta demande avait été adressée à Léon XII, qui mourut sur ces entrefaites. Pio Vlli reprit l'aiTaire restée en suspens.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLTSE
une solution à la
controverse 'a*: mars ^ i83o}.
Rôle
clés sociétés
secrètes dans
les agitations
politiques et religieuses
de l'A-llemagne.
cative du cardinal Albani, qui déclara vahdes mais illicites les mariages mixtes conclus sans observer les règles prescrites par le concile de Trente. Le pape obligea les prêtres à exiger des fiancés, avant la célébration du mariage, la promesse que tous les enfants seraient catholiques. Si cette promesse était refusée, il interdisait aux prêtres de donner aux mariés la bénédiction ; mais il leur permettait 1' « assistance passive ^ ». Le Saint-Siège étaîl allé jusqu'au bout des concessions autorisées par les principes du droit ecclésiastique. Mais la cour de Berlin ne fut pas satisfaite ; elle ne publia ni le bref ni l'instruction qui l'accompagnait, et mit tout en œuvre pour fléchir la cour romaine.
Des sociétés secrètes, plus ou moins étroitement affiliées à la francmaçonnerie, eurent-elles un rôle dans les agitations poKtiques de l'Allemagne en i83o ? On peut le conjecturer ; mais aucun document précis ne le prouve. On trouve en Allemagne, à cette époque, une vaste association, la « Société teutonique » ; mais cette association, ayant pour but principal l'unité de l'Allemagne, ne paraît avoir jamais été que « l'écho de Fesprit public, manifesté dans de jeunes têtes * » ; et « la franc-maçonnerie proprement dite, certainement répandue en Autriche en i83o, y a toujours tenu ses réunions avec tant de précautions, qu'il est impossible d'avoir des renseignements certains sur ses agissements 3. »
Les mouvements
révolutionnaires en Italie.
Il n'en était pas de même en Italie, où îl est permis de suivre, à l'aide de documents authentiques, le mouvement des sociétés secrètes et leur action sur les révolutions politiques et religieuses de la péninsule.
On peut même dire que le développement des sociétés secrètes fut, en Italie, le principal résultat immédiat des révolutions de i83o. Le fait s'explique. D'une part les insurrections de la Belgique et de la Pologne avaient vivement impressionné les nationalistes italiens J et,
1. Jean MoELLER, Affaires de Cologne, un vol. in-8°, Louvain, i838, p. 58 77. — Sur la situation du catholicisme en Prusse à cette époque, voirai, de la 7?., l. LXIl, p. 344 ; t. LXV, p. 182. Cf. Ibid., t. LXV, 363.
2 . Gustave Bord, les Illuminés de Bavière, le Tagend-Bund et les sociétés de mal" faiteurs, dans la Rev. inlern. des soc. secr.y du 5 juillet 19 13, p. 217a.
PIE vni
d'autre part, le système de compression exercé en Italie par l'Autriche avait redoublé de rigueur au Icndomain des agitations qui venaient do troubler l'Europe. La révolution italienne n'éclatera qu'après la mort de Pie VIII, et elle y prendra alors un caractère nettement anticalholique.
Ce caractère lui viendra précisément des sociétés secrètes. L'Ita- Ils sont
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lien, plus que tout autre, sait à la fois se soumettre à la nécessite et provoquée
conspirer dans l'ombre. En i83o, les associations occultes eurent, par les soci- 's
t secrètes,
en Italie, deux centres : les Etats pontificaux et la province de
Lecce, au sud de la péninsule. Dès le 2^ mai 1829, Pie VIII avait renouvelé contre elles les édits de ses prédécesseurs*. Mais la réputation de bonté du pape avait encouragé l'audace des sectaires. On découvrit leurs menées dans plusieurs complots révolutionnaires. L'Autriche, menacée, poussait à la répression. Une commission judiciaire fut formée à Rome, sous la présidence de Mgr Cappelleti. Vingt-six individus furent traduits devant elle, sous l'inculpation de participation à la société des carbonari. Après de longues discus- Les carhonari sions, l'un d'eux, Joseph Picilli, grand-maître de la Vente de Rome et premier instigateur de tous les troubles, fut condamné à la peine de mort, que Pie VIII commua en celle de la déportation à vie. La famille de Napoléon était elle pour quelque chose dans ces agitations ? Ce qui est certain, c'est que les idées napoléoniennes, en Italie comme en France, se mêlaient aux idées d'opposition contre les gouvernements dits d'ancien régime, et que ceux-ci se méfiaient des Bonaparte. Dès 1822, le duc de Blacas, ambassadeur à Rome, écrivait au vicomte de Montmorency, ministre de Charles X : « Les ^^J®