‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 120 sur 278 · ttisHARD, ann. 777. Utst. des Gaules, t. V, p · texte numérisé non relu

ttisHARD, ann. 777. Utst. des Gaules, t. V, p

3. « Les Annales de Lorsch, dit M. Moliuier, L'aient regardées an ix' siècle eomme Tbistoire oKicielle de la monarcliio franque... Elles ont été rédigées ^r des clercs de la chapelle royale ayant accès aux archives delà monarchie». K, Ma^was, Les souroes de l'histoire de France, I, 22â.

206 HI^:oiRE GÉNtltALE DE LÉGI.Ist

la première fois, était originaire de Wcslphalie et issu d'une famille noble et riche. 11 devait incarner en lui tout ce qu'il ^ avait de plus rélraclalre dans l'âme saxonne k la cIvilis.<tion chrctienne. Par son activité prodigieuse il allait donner à ce pnys de Saxe, ou plutôt à cette fédération de petits groiijies de Saxons, jalousement autunomes et indépendants, l'union momentanée dans un sentiment commun et sous l'action d'une ' unique influence.

Réfugié dans le Danemark auprès de son ami Siegfried, il épie le moment propice ù la révolte, et, l'année suivante, en 778, le bruit s'étant répandu en Saxe que le roi Charles venait de périr avec tous ses preux au pied des Pyréndcs, à Ron-

8oalèT«meDt ce vaux, Widukind parcourt le pays et soulève les tribus en

VùubDd'*'^ leur faisant espérer l'appui de leurs frères danois. Vers l'automne de la même année, « les hommes aux longs couteaux » envahissaient, ravageaient et couvraient de sang, non seulement les frontières de la Saxe, mais la liesse et la Thuriage et s'aventuraient jusqu'à la rive gauche du Rhin.

Quand ils passèrent près de Fulda, l'émotion fut grand-.' parmi les religieux. « Notre Père Sturm, en homme de Dieu qu'il était, raconte l'auteur de la vie du saint abbé, se dirigea du côté d'où venait le péril, voulant tenter de le conjurer. Pour nous, ses frères et ses disciples, prenant, dans le tombeau où il reposait depuis vingt-quatre ans, le corps du saint martyr BoniTace, nous le chargeâmes sur nos épaules, et l'emportâmes à deux journées de là, d'où nous le reportâmes à Fulda quand la tranquillité fut revenue '. » Charleniagne en

NjuTeiie ei- effet n'était point mort. Au printemps de 779, revenant aveu

(SitrlemJKue. ^°° armée comme im ouragan, il refoula les Saxons jusqu'au

fond de la Westphalie et de l'Engern et força WiJuIdnd à se

réfugier de nouveau en Danemark. Puis il demanda à des

moines de reprendre en Saxe leurs missions paclCquei. Parmi

3»iat Wilie- ces moines était saint Willehad, anglo-saxon comme Uoniface, et qui, tel que Boniface, avait entendu dès sa jeunesse une voix intérieure qxii l'appelait à évangéliser la Frise et la Saxe. Pendant deux ou trois ans, Willehad put non seulement prcch/^

1. Vita s. Sturmii, P. t., t. CV, col. *12. M. G H., Sorijjior«, U. 36. Annnlu Fiildenset, Hùt. de* GauUt, V, 329.

htl.

l'éguse chez les peuples barbares 207

û parole de Dieu aux Saxons, mais construire des églises et ordonner des prêtres, qui le secondèrent dans sa mission '.

Cependant Widukind ne s'endormait pas dans sa retrîute. Pendant plus de deux ans il eut le courage d'attendre patiemment une occasion favorable, se contentant d'entretenir le ressentiment des Saxons par de fréquents messages. En 782 l'occasion espérée se présenta. Des tribus slaves avaient envahi la Germanie sur plusieurs points. Widukind reparaît. Nouvelle r*- A sa vue, les Saxons reprennent les armes et surprennent les dukiad. Francs mal préparés, dont ils font un grand carnage. Ce fut la lj b.naiiie d« terrible bataille de Sùntal. Tous les missionnaires furent dis- Sûatai. perses. Villehad dut se retirer, et se réfugia à Rome en attendéuit des jours meilleurs.

Cette fois, Charlemagne ne put contenir sa colère. Il con- L'eiécution de voqua à Verden, sur l'Aller, les chefs saxons, qui lui avaient "fJ*"juré fidélité, et ordonna une enquête sévère. 4.500 coupables furent livrés par les Saxons eux-mêmes et décapités le même jour. Peu de temps après, en cette même année 782, il publiait le fameux Capitulairc de Saxe, qui punissait de mort, non seulement les traîtres, les meurtriers et les incendiaires, mais aussi tout Saxon qui repousserait le baptême ou qui refuserait d'observer la loi du jeûne pour afficher son mépris du christianisme '. L'exécution de Verden et le Capitulaire de Saxe Le capiiulaire sont considérés comme deux taches sur la réputation du grand ^^ ^-jH' *** empereur chrétien. Sans doute nous ne devons pas exagérer la portée de ces actes, comme on l'a fait trop souvent. L'exécution de Verden ne fut pas une boucherie de prisonniers, ainsi qu'on s'est plu à le répéter, mais le dénouement d'un véritable procès criminel, instruit selon la sommaire procédure de la justice miUtaire '. Quant aux pénaHtés attachées à l'inobservation des lois du carême, elles ne devaient être appliquées qu'après examen fait par un prêtre de la nécessité où aurait

1. Vila sancti Villehadi, P.L., t. XCIX, col. 1017. Prœfalo tempore,... servui Dei ceoit ecolesias oonstruere ac p'tsbyteros super eos ordinare, qui liber» P'jpulia salutis ac bapU^imatis coiifirreiit gratiam.

2. Si guis jejuiiium pro d^speclu christianitatis contempserit. Baloz^ Capitaluna reyuin fraacoruin, I, 25i, 25J. Capitulatio de partibus Saxonix, art 4 et S.

3 Cf. OiAjiAu, Etudes germanij'tet, II, 2.'.'i Eistoirc de France, de Litism, t. 11, 1" païUe, p. 288.

208 HismnE gémLuai.e de l'égusk

pu se trouver le cU-lin(juniit de mander de la viande ', et oa

a pu soutenir avec vraiseiïiblaiice que ce droit d'enquête pr(5a-

lable, par lequel le prêtre pouvait atténuer la rigueur de la

loi, avait été introduit par le roi dans le but de reliausser

Protifiaiions l'autorité du clergé en Saxe. Néanmoins les représentants les

p,.,e uadrieL pl^s autorisés de l'Église protestèrent hautement. « La foi est

'^^,-!.'!.* '!!. "^1' un acte de volonté et non de contrainte, écrivait Alcuin à un

gueuPB ezce.'* '

HT»* i!8 CLar- des officiers de Charlemagne. 11 est permis de solliciter la conscience, non de la violenter. Qu'on envoie aux Saxons des prédicateurs et non des brigands '. » Quelques années après, Alcuin écrivait à Charlemagne en personne, pour le prier d« ne pas accabler de charges les populations de Saxe, et d'imiter plutôt les Apôtres, qui donnaient « le lait des préceptes suaves » aux peuples dont la foi chancelante avait besoin de ménagements '.

Iléjà le pape Hadrien, à qui Charlemagne s'était adressé en 78b pour régler la pénitence des Saxons relaps, lui avait donné de sages conseils, le suppliant de laisser les prêtres régler eux-mêmes ces pénalités de conscience, où il est nécessaire de bien faire la part du consentement libre de la volonté *.

En ciïel, ni l'impitoyable exécution ni le terrible capitulaire n'avaient donné la paix. Tout au contraire, excités aux représailles par ces rigueurs, exaltés par la victoire de Sûntal, les Saxons avaient repris les armes avec une fureur redoublée. UoDde Pendant près de trois ans, ce fut une guerre sans quartier de ^.'^^l part et d'autre. En "83, les deux nations étaient épuisées, Charlemagne offrit la paix à Widuldnd, qui demanda et reçut le baptême.

Le pape Hadrien, informé de la nouvelle, ordonna qu'en

1. Sed lamen oonsiJerctur a tacerclote, ne forte causa necestUati* /Un cuil'l'et proveniat, ut cariiem comedat. Btioii, t. I, p. 253.

2. P. L.. t. C. 205, 206 Cetts lettre d'Alcuia n'a pas de date certaine, noail elle est sûrement postérieure à l'eicculion de Venlcn et au Capitulaire di Saie. Il y a dans le latin un jeu de mots intraduisible en (rançAis : Miltantw prœdicatores et non prwdatcret.

3. IJitioriem du (laulet, V, 612. Epùtola Alcuini ad Carolum Uaffnum, onno 798.

4. Oporlet tacerdotet partibus illis pastoralem cireumdare rigilantiatH, 4t in eorum arbilno indicere pœnilentiam, considérantes piaculum tam Totuntatis qua>ii extra voluntalem cnactis ad luum rtttrlcntiM pomilust. #■ C, XCVllI, 591. Hitt. du Gaules V, 568.

LÊr.i.isr ciir7. les telpi-Ks PAnnARES 209

«étions de grâces, en tout pavs chrétien, on fit trois jours de processions solennelles '.

Les missions pacifiques recommencèrent. Le principal mis- Mission ds sionnaire de cette période fut saint Liudger. Il était originaire '*'°' Liadge». de la Frise. Il avait été formé à la piété et à l'étude par saint Grégoire d'Utrecht, ce petit-fils de Dagobert II, que saint Boniface avait rencontré près de Trêves et dont il avait fait son disciple. Liudger acheva ses études à York sous la direction d'Alcuin. Ordonné prêtre en 778, vers l'âge de trente ans, il voulut, par piété pour saint Boniface dont il s'appliquait à sviivre les traces, fixer sa résidence habituelle à Dokkum, lieu consacré par le martyre de l'apôtre de la Germanie. Mais les troubles de la guerre, pondant Inquelle il vit mourir de douleur l'évêque d'Utrecht, Al Série, le forci^^rent à passer la frontière. Il y revint après la paix, fonda en '9S, sur les frontières àe-^ Francs et des Saxons, le monastère de Wcrden, et mourut évêquede Munster en 809. Ce fut le dernier des grands apôtres delà Saxe.

Des actes législatifs de Charlemagne, sagement conçus, avaient secondé son apostolat. Un acte de Spire, publié en 788, L'acts daSplM avait déclaré, en un noble langage, que Charles, reconnais- " ' sant à Dieu delà victoire qu'il lui devait, donnait la liberté aux hommes de Saxe et ne les voulait sujets que de Dieu seul ^ Un capitulaire de 797, rédigé après une nouvelle révolte des ^g capitnlaîr» Saxons et des Frisons, avait dû être plus sJvère. M:iis le sou- "^^ ''■''• verain, magnanime, abolissait la peine de mort dans la plupart des cas où elle était prescrite auparavant, stipulait que les Saxons ne pourraient ètrejugis désormais que suivant la loi saxonne, et laissait à la Saxe une grande part d'autonomie '.

1. flittori'ns ■let Gau'es, V, 5i)3, 50'. I.e reste de la vie de Wiilukind M p'f.l d.-\ns la Icgaade. l-js ioii;;li)iii'.-( i;.i:intiù3iit au xiii' siècle la chx/non cU ll'iitikiiid It! S'nts.ja; 'lus é?!isa< (jarlionlii) 'C^ l'honor'îroiit CDiaua on saint; des g-ii4il'>s!i.''les en Tirent l'iiieul .le 11 )ljjrt le F^Tt Le3 Siix'ins Durent aussi leur Ingénia. Se'on eux, >Vida!ci.iJ iiuiiiit ëté cjavurt;. jiju ^.iT les arino- de» franco ou les r.iisons de Itiurs laiisinniairci, unis par ua miracle opéré pat Dieu !iii-fnème dans la sainte Eucharialia.

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