‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 121 sur 278 · Daloîb. I, 2^y, 2ô · texte numérisé non relu

Daloîb. I, 2^y, 2ô

<4. Buoit, I. 275 2^0, -.05 et ■.

Miel. itéu. de l'Eglige. ^

^''^ HISTOinK GftNtr.ALE DE l'éOUîE

Ainsi ,dit le Poêle saxon, h piétc' et li gént?ro<!ild de Charles firent en peu de temps ce que la terreur n'avait pu accompLr er Ircnle trois ans :

P!us regU pielas et maniftceniia f'cit Quam terror '.

de'ii Nou»'e*e ^^^ mesures de pacification furent confirmées par la fonda- Corbie. ^[jj^ Je plusieurs monastères, dont le principal fut celui de la Nouvelle-Corbie. Parmi les jeunes Saxons que Charlemagne aimait à emmener en France et à faire élever dans ses écoles, plusieurs avaient fait profession religieuse dans le célèbre monastère de Corbie, près d'Amiens, qui fut, au ix' siècle, un des principaux foyers de la civilisrition. Il était gouvern;^ à cette époque parle saint abbj Adalhard. parent du roi, petil-fi!.s comme lui de Charles Martel '.

C'est à ces jeunes moines saxons qu'Adalliard et Cliarlemagne firent appel pour fonder un monastère en Saxe Un des frères du couvent, Tliéodrate, Saxon de noble race, leur indiqua l'endroit. « Je connais, leur dit-il, dans les terres de mon père, un lieu convenable, pourvu d'une source abondante. » C'était à l'emboucliure du Wéser, dans un site splendide. Charlemagne mourut sans avoir vu la réalisation du projet. Mais Louis le Débonnaire en favorisa l'exécution. Un frère d'Adalhard, Wala, qu'on avait déjà vu en Saxe commander, à côté de son royal parent, les armées de Germanie, y revint sous la robe du moine bénédictin et présida à la fondation, avec un autre moin?, du nom d'Adalhard. C'était en 81o. Les commencements furent pénibles. Mais en 823 l'empereur Loui* dota royalement le monastère, qui avait pris le nom de Corbeia nova, dont les Allemands ont fait Corvey. Corvey fut pour la Saxe ce que Fulda avait été pour la Germanie du nord et Saint-Gall pour la Germanie du midi. L'éducation et l'instruction du peuple, la culture des arts et des sciences, la propagation du christianisme chez les peuples païens du nord de l'Eu- Topc, furent l'objet des elTorls des moines de la Nonvelle-

1. Poêla ta.ro. P. /,., XCIX, col 719, r/Ut. •> -t <,auUs, V. 167. Le Potla toxn ft mii en vers au ix« siècle les Annale* reçit, ou Annales de T.onck. I Viia eancti Adalhardi. Maiillo». ■«« Sauct. 0 S. B. tm. IV, p. 710]

l'église chez les peuples barbares 2il

Corhie. Les maîtres savants qui lui vinrent de l'ancienne Ev»nKiiii,»ti'oB

Corbie lui valurent bientôt une renommée nui ne cessa de '^*'' P*/»»c«»

' uinave»

s'accroître : tel furent Paschase Radbert, illustre par sa science,

Gislemar, qui baptisa dans la suite Harald, roi de Danemark,

et Anschaire, l'apôtre des Danois et des Suédois.

Anschaire ou Ansgar, né en 801 en Picardie, avait pris j^^j j^^ l'habit monastique au couvent de Corbie. II remplissait les ch»ire. fonctions de maître d'école à la Nouvelle-Corbie et venait d'être ordonné prêtre en 826, quand Harald, roi de Danemark, implora le secours de Louis le Débonnaire. C'était une forme mal entendue du zèle de l'empereur que de proposer hâtivement le baptême aux envoyés des Danois, lesquels souvent acceptaient par complaisance ou intérêt de se laisser instruire et baptiser. Ces conversions furent parfois scandaleuses. « Un jour raconte le moine de Saint-Gall, un vieux Danois, à qui on proposait, en guise de robe de néophyte, du linge un peu usé, repoussa ces haillons, en s'écriant : « Voilà vingt fois que je reçois le baptême chez vous, et à chaque fois on m'a donné des vêtements convenables. Ceci est pour im bouvier et non pour un guerrier M » Le roi Harald, instruit lui-même par Ebbon, archevêque de Reims, reçut, au mois de mai, le baptême au palais d'Ingelheim, avec sa femme, son fils, et 400 de ses guerriers. Il devait plus tard revenir au paganisme, lui aussi. Anschaire assistait à la cérémonie. Eut-il quelque doute sur la persévérance du monarque? Il comprit, du moins, que les Normands -, comme on les appelait, devaient être atteints par un apostolat plus sérieux. Il demanda à partir avec le roi pour porter l'Evangile dans les pays du Nord.

Même avec la protection du monarque, c'était affronter les plus grands périls. Charlemagne lui-même avait tremblé à la prévision des dangers que préparaient à la chrétienté ces pirates Normands. « Un jour, raconte le moine de Saint-Gall, comme

1. Monach. langallenais, CXXIX Hiit. des Gaules, V, 134. 2 Les bammea du nord soat géacralemeat appelés à cette époque iVitr mands.

212 iiisTOinE GÉMcnALE VE l'église

■ouri itt il l'iait accoudé à une fenêtre donnant sur la mer, il reconnut L inaTu. les vaisseaux de ces hommes terribles. Alors le grand homme se mit à pleurer en disant : « Si, de mon vivant, ils osent s'approcher de ce rivage, que ne feront-ils pas à ceux qui viendront après moi ' ? » Sur leurs petites coques en bois de chêne, parfois sur un berceau d'osier doublé de cuir, ils faisaient la terreur des côtes d'Occident. << Quand vous verrez leurs rôdeurs, écrivait Sidoine Apollinaire à un ami, dites-vous bien qu'ils sont passés maîtres en pirateries. Vous n'avez pas d'ennemis plus féroces. Guettez-les, ils vous échappent ; barrez-leur le chemin, ils passent outre en vous dédaignant. Pour ces hommeslà un naufrage est moins un objet de terreur qu'un exercice de navigation. Ils connaissent les dangers de l'abîme, en hommes qui les bravent tous les jours '. »

Les chants de leurs poètes, qu'ils aimaient à répéter au milieu des orages ou dans la mêlée des batailles, respiraient une audace et une férocité que rien n'égale. « Je suis né dans le haut pavs de Norvège, chantait l'un, chez des peuples habiles à manier l'arc ; mais j'ai préféré hisser ma voile, elîroi du laboureui du rivage ». « Je veux tenir dans ma main le cœur d'Hogui, chantait un au r:. On l'a tiré sanglant de sa poitrine, on l'a arraché avec un poignard émoussé... Voici que je vois le cœur d'Hogui le brave ; il tremble un peu sur le plat où on l'a placé ; il tremblait moins quand il était dans la poitrine du héros ' ». C'est à ces hommes terribles que le jeune moine de la Nouvelle-Corbie brûlait de prêcher la paix et la mansuétude chrétiennes. Les échecs de ses prédécesseurs ne l'effrayaient pas. Avaut lui, saint Willibrod et saint Walfrid d'York avalent tenté sans succès l'évangélisation de Danemark. Plus récemment, en 822, le pape saint Pascal, d'accord avec Louis MliiioD d'Eb '^ l'ébonnaire, avait confié une seconde mission à l'archevêque

koD, «rchevê- de Reims, Ebbon, accompagné du moine Halig:ar. Etrantre 0« d* Beimt ,\ ' "^ . ° .

figure que celle d Ebbon. 11 avait connu toutes les extrémités

des conditions humaines. Fils d'un esclave du domaine ro3'al,

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