I. P. f... CIV, ?î
t. Voltaire ^Etsai «ir Ut mœurs, cit. un) et plus tard Henri Martin (fli.,(. de Franot, II, p. 395 et 8.) ont vivement critiqué rintervenlioa de Gri^goire IV dans les affaires politiques de Tempirc. Ils ont pr.Hendu : 1° que cette Intervention avait été déterminée par des motifs d'ambition personnelle ; 2" que, pour s'y opposer, le- évéques francs, indignés, avaient songé à substituer au régime d>- la raonarcliic pontificale le régime d'uue aristocratie ecclésiastique, et 3» que, pour défendre sa cause, Gn-goire IV se serait appuyé sur des documents apocryphes, ceux Ih même qui auraient servi & former liss I ausses Décrétales Or, l'étude impartiale des rtoi-uinonls prouve au contraire : 1* que le Pape n'est pas intervenu de lui même, mais sur les conseils d'hommes graves, et qu'il a même résisté quelque temps, par scrupule, à leurs pressantes exhortations ; c'est le témoignage formel do saint l'aachase lladbert.dans sa Vie de Wata, P. L., CXX, 1635: 2« quy l'épiscopal trunc n'a nullement eu, dans son ensemble, l'attitude qu'on lui prête ; c'est 11 parti de Louis le Débonnaire seulement qui, réuni à VK orms par l'cmpenur. i protesté contre la venue dn l'ape en tenues vioicnls, menaçant de le déposer, et disant même, dit an biographu de Louis le Débonnaire, de l'excom- Biiinier ; ti excimmunicaturus advenirel, excommtniculux iibiret. P L., Cl'v',2y9 ; etc'est procisémenl à l'occasion de ces menaces que le Pape écrivit lt lettre citée plus haut; 3° que le pape Grégoire IV n'avait nul besoin de 8« servir, pour défendre ses droits, dos Fausses Décrétales ou de pn^teiidus do- «uments devant servir & la ré lactiou des Fausses Décrétales ; l'autorité spirituelle et temporelle du Saint-Siège était déjà suffisamment établie par des tes^les et des IrailiHuns des plus authentiques. Nous aurons l'oreasiuu de revenir sur ce dcruJer fait eu étudiaul plus loin la question dos Faussai bCcrclalcs.
LE SAINT EMPIRE ROMAIN 3c3
sympathies populaires revinrent au malheureux empereur
Peu de temps après, l'excès même de son infortune et lodieusû
conduite de Lolhaire détachèrent de la cause de ce dernier
ses plus chauds partisans.
On sait comment, trois mois après la scène du Champ du ^^* concilia- , , . ... l>u!e le Corn-
mensonge, une assemblée de seigneurs et de prélats choisis par piègne.
Lothaire et réunis à Compiègne, déclarèrent l'empereur Louis déchu de son trône. Le faible souverain s'inclina devant la dé- Ls déchéance cision de cette assemblée sans mandat. Dans l'église de Saint- Débonnaire Médard, à Soissons, il s'agenouilla devant l'autel, sur im cilice étendu à terre, et récita en tremblant les formules d'une confession publique rédigée par ses accusateurs. Puis, ayant déposé son baudrier de guerre, et ayant reçu de l'évêque Ebbon la robe grise des pénitents, il fut reconduit comme un prisonnier dans le monastère de Saint-Denis. Mais la majorité du clergé se souleva alors en faveur de l'empereur déchu ; l'indignation éclata contre les lâches prélats qui l'avsdent condamné. Rien n'égale les invectives de lliistorien Thégaa contre l'infùnie Ebbon, ce fils de serf, affranclii par Charleraagne, que Louis avait aimé comme son frère, et dont une misérable ambition venait de faire un traître. Louis le Débonnaire fut rétabli dans ses droits et une assemblée de prélats, réunie à Saint-Denis, annula les actes de ce qu'elle appela le sonciliabule de Compiôgne.
Louis ne sut point maintenir son autorité. De nouveaux partages furent l'occasion de nouvelles querelles. Il mourut en 840, laissant l'empire en proie aux pires divisions. Quand, trois intPrT«Dt,ion ans plus tard, quatre armées, dans lesquelles se trouvaient re- "^e Grégoire IT présentées presque toutes les nations de la chrétienté, se ren- u bat» lie di contrèrent à Fontanet, on vit se renouveler l'intervention ""i*"*»de Grégoire IV, toujours préoccupé d'éviter une guerre fratricide. Mais les pourparlers engagés furent inutiles, le choc formidable ne put être évité. A la mort de Grégoire, qui arriva le 11 janvier de l'année 8ii, le démembrement de l'empire était consomme par le traité de Verdun.
Quinze jours plus tard, les grands et le peuple s'ctant Sçru,, u assemblés ' , lui donnèrent pour successeur l'archiprêtre Serge. (84i-84^
1. Cum proceres et romance urbis optimales universusgue Ecclesiœ jpopulus pro eligendopont'fice in unum coissent. Lib, Poatit., II, 86.
384 HlSTOlllE CENËItALE DE L EOI.ISE
C'était un vieillard. Né à Rome et de bonne heure orphelin de pure et de mère, Serge avait été élevé dans l'école des chantres du palais pontifical. Les Papes saint Léon III, Etienne IV, Pascal I""" et Grégoire IV lui avaient successivement témoigné beaucoup de confiance. Mais à peine l'élection était-elle terminée qu'une troupe de gens du peuple acclama pour Pape un certain diacre Jean, se précipite au palais du Cne émeute Latran, en enfonce les portes et l'envahit à main armée. La ramipape* ^^xile est repoussée par la noblesse, qui va prendre Serge à Jean. son église de Saint-Martin et l'installe avec de grands honneurs à la basilique de Saint-Pierre '. Dans le désordre des institutions politiques et sociales, la dignité pontificale était restée le pouvoir le plus envié. Elle excitait les convoitises des divers partis.
Les premiers actes de Serge II, tels que nous les rappclK son biographe, indiquèrent une ferme volonté de détendre avec énergie les droits du Saint-Siège. L'empereur Lothaire ,• >. irrité de ce que le Pontife avait été sacré et installé sans sa
participation, avait envoyé à Rome une légation, à la tête de laquelle était son fils aîné Louis et son oncle Drogon, évêque de Met/., pour protester contre la violation de ses droits prétendus. La légation était accompagnée d'une arniée nombreuse, qui commença par terroriser par le pillage les habitants de la Sa noble aif- campagne romaine. Quand l'ambassade se présenta à la basilude en pré- linue de Saint-Pierre, Serpre en fit fermer toutes les portes, et, «euce de» lé- .' ^ , ■ I ° , • J-. . c-
gau de l'em- S avançant vers le roi Louis, Im dit : « bi vous venez avec une
pcreur. volonté sincère, pour le bien de l'Etat et de l'Église, je vous ferai ouvrir ; sinon, je ne le permettrai pas ». Et il n'autorisa le monarque à entrer qu'après sa réponse pacificjue. Une enquête, demandée par le roi, aboutit à la reconnaissance de la régularité des opérations qui avaient élevé Serge II au Souverain Pontificat. Serge sacra ensuite Louis roi des Lombards. Celuici lui demanda alors la prestation du serment ordonné par la n précise le constitution de 824. Le vieux Pontife répondit : « Si l'on veut
leus du ier- (j^g jjous prêtions un serment de fidélité à Lothaire, qui est méat de fldé- ^ ' ., . • • i. j j
liu. empereur, j y consens volontiers ; mais si 1 on demande que
nous le prêtions à Louis, qui n'est que roi, ni moi ni cette
tS SAINT EMPIRE ROMAIR 385
noblesse romaine n'y pourra consentir ' ». C'était indiquer clairement que le droit de Lothaire sur Rome n'était qu'un droit de protectorat, attaché à la dignité impériale, et non un dioit de souveraineté, dépendant du titre de roi. Mais il est plus souvent facile de résister en face à un potentat menaçant que de ne point succomber aux perpétuelles sollicitations d'une influence familière et journalière. Serge avait un frère, ambitieux et rapace, qui sut non seulement faire fléchir la volonté faible du vieillard, mais aussi capter les bonnes grâces de l'empereur LotUaire. Nommé évêque d'Albano par la grâce du Pape et muni de pleins pouvoirs de missiis par la faveur de l'empereur, Benoît, « rustre, ignorant et grossier * », comme parle le Liber Pontifîcalis, gouverna despotiquement l'Etat romain sous le nom de son frère. Ce fut le règne de la simonie xri»ta état df à Rome. Pendant les trois années que dura ce régime, les '^oma.*'* fonctions civiles et ecclésiastiques se vendirent au plus offrant *. Alors, continue le biographe du Pontife, « comme nul n'avait le courage de s'élever contre cette tyrannie, qu'on tremblait devant elle, qu'on paraissait ne plus se souvenir qu'il vaut mieux mourir avec honneur que vivre dans la honte, le Seigneur, regardant l'opprobre de l'Eglise qu'il avait rachetée de son propre sang, envoya, pour manifester sa justice, le fléau des peuples infldèles * ».
Pendant l'année 8i6, on vit en effet les Sarrasins d'Afrique Les Sarrasint venir jusqu'aux portes de Rome, piller les églises de Saint- '°^j'^,2J^ Pierre et de Saint-Patxl, toutes deux hors les murs à cette époque, ravager la campagne romaine, mettre en fuite, près de Gaète, une armée commandée par le duc de Spolète et camper au pied du Mont-Cassin. Ils en furent détournés par une pluie torrentielle. Mais « on les vit s'en aller, dit la chroniqua du monastère, en grinçant des dents et en se mordant les