GS
papesse. Dietrich de Niem, secrétaire papal au xv' siècle, aflirme avoir vu la statue qui était à Rome. Le socle portait rinscription suivante : Pa. P. P. P. P. P., que l'on traduisait ainsi : Parce, Paler Patrum, paruit Papissa Papellum. o° Enlin l'aveu des Papes eux-mêmes, notamment, au xui* siècle, celui du pape Jean, qui aurait dû s'appeler Jean XX, mais qui voulut, pour donner place sans doute à la papesse Jeanne dans la chronologie pontificale, s'appeler Jean XXI.
De nos jours, aucun historien sérieux ne croit plus à l'hi»- critiqo» 4t toire de la papesse Jeanne ; mais elle est parfois objectée aux '"/nSf" catholiques et il est bon d'exposer sommairement les arguments qui en démontrent la fausseté.
^° Les premières traces authentiques du récit apparaissent au xin® siècle, tout au plus au xn". Ceux-là même ([ui auraient eu si grand intérêt à en faire le reproche à l'Efjlise romaine, tels que les empereurs d'Orient, si souvent en discussion avec les Papes, ou tels que Photius, si habile à exploiter les côtés faibles de ses adversaires et si bien informé des choses de l'Occident, n'en disent mot. Aux latins, qui leur reprochent d'avoir élcA'é une femme à la dignité de patriarche ', ils ne ripostent point par l'histoire de la papesse.
2° Non seulement les témoignages contemporains sont muets sur la prétendue papesse, mais ils prouvent péremptoirement qu'en 8oa, le pape Benoît 111 a succédé immédiatement au Pape saint Léon IV. Le rédacteur des Annales de Saint-Bertin, à cette époque saint Prudsnce, évèque de Troyes, dit : « Au mois d'août, le pape Léon mourut et Benoît lui succéda » {Annales bertin., ann. S-t.". Edit. Dehaines, p. 06). Loup de Fcrrières écrit au pape Benoît III qu'il a été député auprès de son prédécesseur Léon. Odon de Vienne raconte que Benoit III devint Pape à la mort de l'empereur Lothaire (décédé en So.*)). Ilincmar de Reims rapporte en 866 que des messagers, envoyés par lui à Rome auprès de Léon IV, apprirent en route la mort du Poiilife et trouvèrent Benoît installé à leur arrivée [P. /-., CXX^ .' So). Une monnaie représente le pape Benoit 111 et l'empereur Lothaire ; or,
1 C'Mt le chroDicjneuT de Solenne gnl mconle le m nan do celte remm» palriarelii- ^- t! 'I ' " M ' . m l.X y •■:'. illusion dao* «M
4GG HISTOIRE GÉNÉnAI.E DE L"h;GUSE
oa sait que Lothaire est mort en 85i» ; donc, dès cette unnèe, date de la mort de Léon IV, Benoit était élu. Enfin une série de lettres, de diplômes, d'actes à date certaine, soit de Léon IV, soit de Benoit III, ne laissent aucune place au pré- Jendu pontificat de deux ans de la papesse.
Quant aux arguments qu'on nous oppose, ils sont de peu de ▼aleur. Martin de Pologne et Etienne de Bourbon, qui vivaient quatre siècles après les prétendus événements et dont les écrits manquent totalement de critique, ne peuvent apporter un témoignage qui compte. Les deux listes, qu'on dit être du XII* siècle, ne sont pas d'une authenticité bien sûre, et ne prouveraient pas autre chose que l'existence d'une légende à celte époque. Le récit du Liber Pontificalis aurait plus d'autorité, s'il n'était évident, à la lecture du manuscrit le plus ancien, que le passage relatif à la papesse Jeanne est une intercalation du x\\* siècle faite sur un manuscrit du xii', ainsi que le démontre l'examen des caractères des deux écritures (Duchesne, Liber Pontif., t. II, préface, p. xxvi) Quant aux statues de Sienne et de Bologne, si elles ont existé, elles sont vraisemblablement dépendantes de la légende. La statue de Rome, représentant une divinité païenne avec un petit enfant, aurait pu être, suivant certains auteurs, l'occasion de la fable. En tout cas, l'inscription Pa. P. P. P. P. P. doit se traduire : Pap. P. P. propria pecania posait, « Le Pape P. P. a placi cette statue de ses propres deniers. »
L argument tiré de l'aveu de Jean XXI a peu de portée. Ci Pape aurait-il partagé, au xiii® siècle, l'erreur de Martin d< Pologne et d'Etienne de Bourbon, que le fait ne saurait avoir de conséquences. Mgr Duchesne conjecture qu'il s'est fait appeler Jean XXI et non Jean XX à cause du dédoublement d». Jean XV, qu'on trouve deux fois dans divers catalog^iei {Liber Pontif., II, p. 457, note 4). On sait d'ailleurs que U dénomination des Papes s'est souvent faite à la hâte et sanf aucune préoccupation de critique historique. Au xiii' siècle^ précisément, le successeur de Nicolas III a pris le nom d« Martin IV, quoique il n'eut été précédé que d'un seul Pape du nom de Martin, parce qu il a mal lu les noms des papes Mafin I" et Marin II, des .X' et x' siècles.
La question des origines d»»- la (s'i^la f>6t obscure. On y a vu
une satire de Jean VIII (Baronius), l'interprétation maligne Ui origine» ., . ^ ■ • .• /T^ 11- \ de la légtnd».
d une statue romaine avec son inscription (Dœllinger), im
mythe ayant pour but de tourner en dérision l'acceptation par la Papauté des Fausses Décrétalcs, lesquelles auraient été composées à Mayence et se seraient répandues d'abord en Grècft (Blasco et Dôderlein), enfin une simple fantaisie populaire sans aucune portée (Lapôtre). Nous serions enclin à y voir une grossière plaisanterie élaborée par l'imagination du peuple à propos de l'influence de Marozie sur la Papauté ', sans nier que la statue romaine et peut-être l'histoire des Fausses Décrétales aient fourni quelques éléments subsidiaires au développement du conte populaire. Voir Lapôtre, L'Europe et le Saint-Siège, p. 359 et s.; Duchesne, Lib. Pont., Il, p. 26 ; Dœllinger, Les fables papales au Moyen Age. L'étude de Dœllinger sur la Papesse Jeanne a été reproduite et traduite en français par l'abbé Ph. Reihnardt, Etudes critiques sur quelques Papes du Moyen Age, 1 vol in-S" de 136 p., Paris, 1865. Cette étude se trouve résumée dans la traduction française de l'Histoire de l'Eglise d'HERGEKRÔTHER, t. III, p. 178 «ts.; Cf. Bayle, Dictionnaire historique, aux mots Papesse et Polonus ; Dictionnaire de théologie de Goschler, au mot Jeanne.
1. Le souvenir de cette triste période, pendant laquelle, snivant l'expref- «ion du n:\oine du Mont Soracto, » on vil une femme faire peser sur Rome un )oug despotique », ne 8«rait-U pas la piemière source du conte populaire de la pa^este Jeann» T
APPENDICE II
t'mPÉRÀTRICE SAINTE ADÉLÀÏDB
La pure et noble ligure de l'impératrice sainte Adélaïde dondne et illumine le « siècle de fer ». Saint Odilon, son conlemporain, voyait dans les vertus de cette souveraine « la cause, après Dieu, et le stimulant de tout le bien qui avait pu 6€ faire en celle triste époque ». Le panégyrique de la sainte, composé par le pieux Abbé de Cluny, aété traduit pour la première fois par M. P. Lorain, doyen de la l'acuité de Droit de Dijon, dans sa belle Histoire de iabbaye de Cluny '.
En voici quelques passages, qui donnent bien l'impression produite par cette apparition de la sainteté sur le trône impérial, au moment où le Saint-Siège subissait une humiliation si profonde.
« Je crains, à la vérité, dans mon empressement à célé!)rer cette grande reine, qu'on me reproclie d'èlie indigne de raconter en mon pauvre style tant de noblesse et tant de vertu... Ah ! méprise, lecteur, tu en as le droit, méprise la rusticité de mon esprit ; mais, si tu attends qu'il vienne un homme assez éloquent pour raconter dignement la vie d'une telle femme, il te faudra attendre que Gicéron le rhéteur sorte des enfers ou que le prêtre Jérôme descende du ciel... »
Après avoir raconté les péripéties douloureuses de la ▼ie d'Adélaïde, sa jeunesse « incjuiète de Dieu », son triste Teuvagc du roi Lothoirc, son emprisonnement dans un cachot
1. P. Loiui». nitU iê Valbayt dt Cluny, 1 vol. In-S*, Parii, iSiô, 2* é(UliOB, p. iVi.
affreux, les épisodes dramatiques de sa fuite précipitée et de sa vie errante, jusqu'au moment où l'empereur Otton la fit monter avec lui sur le trône d'Allemagne, le saint ajoute ces mots, où l'on entend, sous la forme un peu gauche du style, comme le gémissement profond de toutes les âmes pures et droites en ces temps d'intrigue et de corruption :
« A la vérité. Dieu lui avait envoyé des afflictions extérieures et corporelles, de peur que sa jeunesse ne fût brûlée au dedans par les feux de la chair et de la volupté. Le Seigneur la brisa de tant de coups, afin qu'elle devînt, ainsi que parle saint Paul, non pas une veuve vivante, mais une veuve morte au milieu des délices. Aussi bien, Adélaïde rendait grâce à Dieu de toutes ces épreuves. Elle aimait à raconter à ses familiers tout ce qu'elle avait souffert en ces temps funestes. Elle disait qu'il avait bien mieux valu pour elle d'être tourmentée d'inquirtudes qiù passent, que d'être exposée par une vie délicieuse à I.> mort éternelle. »
Le pieux Abbé raconta enfin la sainte mort de l'impératrice :
« En l'an mille de l'Incarnation du Seigneur, Adélaïde, désirant voir enfin dans le Palais de Dieu le jour qui n'aura point de couchant, disait souvent avec l'apôtre : « Je souhaite la dissolution de mon corps et je veux être avec le Christ, t? Et, vers la fin du septième jour de décembre, elle déposa heureusement le poids de la chair, et s'envola vers le plus pur 'clat de l'éther le plus pur.
« Elle avait été sur la terre d'une gaieté noble et douce nvec les gens de sa maison, d'ime politesse grave avec les étrangers, d'une bonté persévérante envers tous les hommes, d'ua« sévérité généreuse envers les méchants, d'une infatigable miséricorde envers les pauvres, et d'ime largesse intarissable envers les églises de Dieu. »
En mettant la couronne impériale sur le front de sainte Adélaïde, comme en favorisant l'Ordre de Cluny, J'Jir. Kll, instrument de la Providence, préparait à son insu le. relèvam'^nt de l'Église, si gravement compromis par ses déanriinw^