‹ Histoire générale de l'Église (volume 5)Chapitre 26 sur 278 · La y!» de laiot Benoit forme le livre II d<.'s Diainguai · texte numérisé non relu

La y!» de laiot Benoit forme le livre II d<.'s Diainguai

L ÉGLISE DAKS 80N CKNTRE

mpltre en doute aucunement la sincérité du pieux narrateur, lui reproche une crédulité trop candide. Les viexix moines, qui racontaient à leurs jeunes frères tout ce qu'ils avaient vu ou entendu dire de leur bienheureux Père, se plaisaient sans doute à accumuler les récits les plus merveilleux sans en contrôler toujours la source. Mais, comme dans les Fioretti des disciples de saint François d'Assise, ce qui reste de ces récits, beaucoup d'entre eux fussent-ils légendaires, c'est surtout l'âme de piété, de douceur, de sagesse sereine qui en émane et dont saint Benoît fut bien l'inspirateur ; c'est l'impression d'une vie toute niêlce au surnaturel et aux miracles, et dont quelques embellissements, brodés par la piété filiale, ne peuvent faire suspecter l'historique réalité.

Quoi de plus gracieux que l'histoire de « saint Maur mar- ^1,1,^,1,, (j,,, chant sur les eaux », où Bossuet voyait une si grande leçon ? '^'''-v"" : « Cn jour, raconte saint Grégoire, le vénérable Benoît était ilaas sa cellule, et le petit Placide, que le saint homme s'était attaché, sortit pour aller au lac puiser de l'eau ; mais, en y plongeant sans précaution le vase qu'il tenait, il y tomba luin!ê; -e et fut entraîné par l'eau si rapidement, qu'il fut bientôt e. jigné du bord, presque à la portée d'une flèche. L'homme de Dieu, renfermé dans sa cellule, connut aussitôt l'accident et se hâta d'appeler Maur, en lui disant : « Frère Maur, cours vite, saiat M-mr "oj- l'enfant qui était allé puiser de l'eau est tombé dans le lac, o^Y' '"'"' *"' •t l'eau l'a entraîné déjà bien loin. » Chose étonnante et qui ne 6'était pas vue depuis l'apôtre saint Pierre ! après avou" demandé et reçu la bénédiction de son abbé, Maur coiirut exécuter son ordre et parvint jusqu'à l'endroit où l'eau avait entraîné l'enfant ; s'iraaginant toujours marcher sur la terre, il le prit par les cheveux et le ramena rapidement au bord. A peine y fut-il arrivé que, regardant derrière lui, il s'aperçut qu'il venait de courir sur l'eau, ce qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir faire. Il fut tout saisi du miracle accompli et retourna le raconter à l'abbé. Le vénérable Benoît ne l'attribua pas à ses mérites, mais bien à l'obéissance de son disciple. Maur, au contraire, soutenait qu'il n'avait fait qu'exécuter ses ordres, et qu'il n'était pour rien dans une chose qu'il avait faite sans y penser. L'enfant sauvé fut l'arbitre de ce touchant conflit d'humilité entre le maître et le disciple : « Moi, dit-il, quand j'ai

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éliî liri5 (le l'eau, j'ai aperçu au-dessus de ma tête le vêlement de peau du |)Lre Abbé, et je voyais bien que c'était lui qui nie tirait de l'e^iu n '.

« A quoi altribuerai-je un si grand miracle? s'écrie Hossuet. Grande question. Disons, pour la décider, que l'obéissance porte grûce pour accomplir l'effet du commandement, que le commandement porte gr&ce pour donner effet à l'obéissance » '.

C'est encore une leçon morale, une leçon de travail, qui se dégage du chapitre intitulé : « D'un fer d'instrument qui revint à son manche du fond de l'eau ». " LaitQcllU dn « Une autre fois, un Goth, assez simple d'esprit, voulut se consacrer à Dieu, et l'homme de Dieu le reçut avec bonté. Un jour, il lui fit donner une sorte de petite faux pour couper les ronces d'un endroit où on devait faire un jardin. Le lieu que le Goth avait à nettoyer était sur les bords du lac, et comme il frappait de toutes ses forces sur d'épais buissons, le fer quitta le manche et tomba dans le lac, qui était là si profond, qu'il n'y avait aucun espoir de retrouver l'instrument. Le pauvre Goth, voyant son fer perdu, s'en alla tout tremblant annoncer au moine Maiir le dommage qu'il avait fait et recevoir la péni tence de sa faute. Maur eut soin d'eu avertir aussitôt le serviteur de Dieu Benoît, qui, à cette nouvelle, vint au lac, prit le manche des mains du Goth, le rail dans l'eau, et au même instant le fer remnata du fond et s'adapta de lui-mûme au manche. Benoît rendit au Goth son instrument en lui disant ; « Voilà, travaille maintenant et ne sois plus triste ! » '.

C'est vers ce premier temps de la vie monastique de saiot

Grégoire que se rapporte la touchante anecdote ([ue Paul Diacre,

Jean Diacre et le vénérable Bède racontent en des termes à peu

ci.DtreiurleFo- P^^^ identiques. Grégoire traversait le rorum. 11 y aperçoi* de

'"°;,'^|',|*JJ"'''' jeunes esclaves qu'on met en vente. Leur tendre et pure bet aie

Ai>uin s.ioni. l'altendiit. Il demande d'où ils viennent. Ce sont des Angles,

lui dit-on. — Des Angles ? reprend-il, dites des anges. Kl il

i. Dialogues, i. IF, ch. th. Traduction Carlior.

8 lln^itn, l'unér/yrique de laint Hennit, i* point.

3. lliatnijue» 1. Il, ch. ti Le» Dialnguex ne furent écrits qne Ycrs ri93- 5tU, iiiiii» ils furent coinpu."é:) porMiot (ir.'snircd'iipK^s les pouvenire clos pretnern Icnip» fie na vie nionn^liinie. et pnni" doute il ne fil que fixer par l'ér'ilur* lot ri-cil* luuvcut réfutes p4f lui de vive voix.

l'église sans son centre S9

ajoute : Quel dommage que la grâce de Dieu n'habite pas sous ces beaux fronts ! Le moine, dit-on, racheta ces jeunes esclaves, les logea dans son monastère, les instruisit de la relii^'ion chrétieime et voulut ensuite les emmener à sa suite prêcher l'évangile à leurs compatriotes. Mais le peuple de Rome, ayant appris le départ de Grégoire pour la Grande-Bretagne, se mit à sa poursuite et le força à rebrousser chemin.

La criticjue a mis en doute l'historicité de ce récit. Les (rois historiens qui nous l'ont transmis dépendent évidemment, nous dit-on, d'une relation plus ancienne, récemment découverte à Saint-Gall et publiée en partie en 1886. Or, l'auteur de cette histoire, qui est vraisemblablement un moine de Northumbrie, et qui l'a écrite au commencement du viu' siècle, fait preuve d'une absence complète de crilique et l'avoue même ingcnuenent : « Je ne suis pas sûr, dit-il, de tous les faits que je raconte. Tel miracle peut n'être pas de saint Grégoire. Il est peut-être d un autre saint. Mais peu importe. Les saints ne forment qu'un seul corps et ce qui est dit de l'un peut se dire de l'autre » '. Un pareil aveu révèle une disposition d'esprit qui a pu êlre commune à plusieurs biographes de ce temps '. Le récit, d'ailleurs, se continue par des détails qui ont le caractère d'enjolivements légendaires '. Mais le trait qu'on nous raconte est, quant au fond, si conforme à ce que nous savons par ailleurs de la prédilection de saint Grégoire pour les petits esclaves du royaume des Angles *, il convient si bien à cette nature bonne, souriante et prompte à l'action, qu'il nous paraîtrait téméraire de mettre en doute son authenticité svibstantielle '.

1. Civilta cattolica. Série 14, vol. V, 1800, p. 31. EwiU), Hist. AufsâU» iem An lenhen un G. Wailz, 1886, p. 25, 38.

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