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Tacite, Annale», XIV, 4a et

LA PREMIEUE EXPANSION

raîlre ; Octavie, abreuvée de honte, avait pareillement disparu : Sénèque, dans la retraite, attendait à chaque heure un arrêt de mort ou de torture ; l'afTreux Tigellin gouvernait tout. L'empereur, grisé par les basses flatteries de son entourage, mêlait étrangement, à ses cruautés sanguinaires, des rêves de gloire littéraire, et endormait ses remords, disait-on, si tant est que le monstre fut susceptible d'en avoir, en déclamant des vers. Le bruit se répandit qu'on avait vu Néron, en habit d'acteur, contempler l'incendie du haut d'une tour en chantant la ruine de Troie.

Une idée, suggérée peut-être à l'empereur par quelques-uns des nombreux Juifs dont il s'entourait *, traversa l'esprit du despote. Accuser les chrétiens de l'attentat, c'était à la fois détourner de sa personne une fâcheuse rumeur, et se donner une occasion de ces exécutions collectives que son esthétique transformait en odieuses réjouissances. Mais l'enquête commencée révéla bientôt l'existence d'une» multitude immense * » de chrétiens. Les rendre tous responsables de l'incendie était braver trop ouvertement les vraisemblances. Un prétexte s'offrit de les condamner en masse : n'étaient-ils pas, dans leur ensemble, des « ennemis du genre humain », c'est-à-dire de la civilisation romaine ? « Ils furent convaincus, dit Tacite, moins de l'incendie que de la haine du genre humain 3. » « On

Il accuse

les chrétiens

d'avoir allumé

l'incendie.

Il les accuse,

en outre,

d'être

les « ennemis du genre humain ».

I. Saint Clément de Rome, faisant allusion aux massacres de chrétiens ordonnés par Néron, les attribue à la jalousie. 8ià Ç'^Xov (I Clem. ad Cor., v) On sait, d'autre part, que Néron s'était entouré de Juifs (Josèphe, Ant., xviii. xix, xx). Un fait digne de remarque, c'est que les Juifs, ordinairement confondus avec les chrétiens dans les mesures légales de cette époque (Tacite, Ann., XV, 44 ; Hist., V, 5i, furent netfenient distingués de ceux-ci dans les persécutions néroniennes, Carlo Pascal, dans son livre, l'Incendio di Roma e i primi cristiani. Milan, 1900, et Bouché- Leclercq, dans son ouvrage l'Intolérance religieuse et la politique, Paris, 191 1, n'ont pas craint d'attribuer l'incendie de Rome au fanatisme de quelques chrétiens, dont Néron et sa cour auraient fait servir l'exaltation criminelle à l'accomplissement d'un odieux dessein. Di Grescenzo, dans sa riposte. Un difensore di Nerone, Naples, 1901, et Semeria, dans son étude, Il primo sangue cristiano, Rome, 1901, n'ont guère eu de peine à réfuter cette thèse, en contradiction formelle avec les textes de Suétone, de Pline, de Tacite et de Dion. Renan et Havet avaient à peine osé insinuer une pareille accusation. Renan, l'Antéchrist, p. i53 et s. ; Havet, le Christianisme et ses origines, t. IV, p. 338.

3 Multitude ingens. iTacite, Annales, XV, !^^.)

3. Haud perinde in crimine incendii quam odio generis humani convicti sunt. (Tacite, ibid.) Tertuilien attribue à Néron un édit dont le sens se résumerait par ces mots, qu'on retrouve dans plusieurs documents contemporains des persécutions : Christiani non sint. « Qu'il n'y ait plus de chrétiens. » Tertuilien appelle cet édit : institutum ncronianum Tertullien, Apol. 5; ad nat., i, 7. Le mot institutum n'a point nécessairement, en droit romain, le sens d'édit. La phrase de Tertuilien, prise en ellemême, pourrait bien signifier seulement que Néron inaugura la période des sévices contre le christianisme (Gezard, Histoire juridique des persécutions, Paris, 191 1.

laa

Horribles supplices.

La persécution

s'étend

et se continue

jusqu'à la fin

(lu règne

de Néron.

Martyre

ajouta, continue l'historien, la dérision au supplice. Quelques-uns furent couverts de peaux de bêtes et déchirés par des chiens ; d'autres furent attachés à des croix ; d'autres furent allumés comme des torches, pour servir, quand le jour tombait, à éclairer la nuit. Néron avait prêté ses jardins à ce spectacle, et, en même temps, il donnait des jeux dans le cirque, se mêlant parmi le peuple en habit de cocher, en conduisant des chars*. »

Un passage de l'cpître de sainl Clément aux Corinthiens ajoute quelques détails aux détails déjà si affreux que nous donne Tacite. Il paraît que Néron, dont le goût dépravé bravait toute pudeur, avait introduit l'usage de faire jouer aux condamnés à mort des rôles empruntés à la mythologie. Le peuple avait tantôt le spectacle d'Hercule arrachant avec douleur de son corps une tunique de poix enflammée, tantôt d'Orphée mis en pièces par un ours ou de Dédale précipité du ciel. Des femmes chrétiennes furent obligées de jouer le rôle des Danaïdes, d'autres celui de Dircé. Les premières durent passer, avant de mourir, par une série de supplices sur lesquels nous ne pouvons que faire des conjectures ; les autres furent attachées aux cornes de taureaux indomptés et traînées ainsi dans l'amphithéâtre 2.

Ces horribles supplices furent le signal d'une persécution qui s'étendit dans les provinces et qui se continua à Rome jusqu'à la mort de Néron arrivée en 68 3.

Les plus illustres victimes de cette persécution furent les apôtres sainl Pierre et saint Paul. La tradition fixe leur martyre à l'an 67. Au i" et au ii* siècle, saint Jean, saint Clément de Rome et saint Denys de Corinthe parlent du martyre de saint Pierre sans en indiquer le mode ; mais au siècle suivant, Origèue dit clairement que le chef de l'Eglise romaine fut crucifié la tète eu

p. 18); mais le rapprocliement de ce texte avec celui de Sulpice Sévère (II, 4i\ et la manière générale de parler des anciens écrivains chrétiens, porte à croire que Tcrlullien vise une mesure spéciale prise par Néron contre les chrétiens en tant que chrétiens.

I. Tacite, ibid D'après le vieux droit romain, le châtiment des incendiaires était le feu ou la mort dans les jeux du cirque ^'ûIr la loi des \II Tables ; («au s, au Digeste, \LVH, 9-9; Callisthatk, au Dig., XLVIII, 19, a8, § la ; Pa.ul, Sent . V, ao Cf. Cbzard, op cit., p. i3.

a I. Clem.ad Cor., 6. Un texte et uno fresque de Pompéi semblent prouver que ce dernier supplice était souvent infligé aux femmes coiidainnées à mort.

3. Voir les arguments donnés par Tillemont, doiu Uulnart et J.-B. do Rossi. M. Paul Allard les a reproduits dans son Hist. des pers., 1, 58-76.

LA PREMIERE EXPANSION

bas *. Ainsi fut accomplie la prédiction que lui avait faite le Sau- de saint Pierre veur : « Tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te conduira , •!., n,,,. où tu ne veux pas 2. » Le supplice de saint Paul fut différent. Il eut ((J7).

la tête tranchée. C'était le supplice réservé aux citoyens romains, dont Paul avait revendiqué les droits ^.

Si les Juifs avaient été auprès de Néron les premiers inspirateurs de la persécution néronienne, ils n'allaient pas tarder à subir à leur tour, de la part d'un empereur romain, la plus humiliante des défaites, consommée par l'incendie de leur temple et la ruine de leur ville sainte.

Vers l'an 62, peu de temps après le martyre de saint Jacques le Mineur, un simple paysan, Jésus, fils d'Ananus, s'était mis à parcourir nuit et jour les rues de Jérusalem, en proférant des malédictions terribles contre la ville et contre le temple, a Voix de l'Orient, voix de l'Occident, criait-il, voix contre Jérusalem, voix contre le temple, voix contre les peuples 1 » Il ne devait cesser de répéter ces menaces que sept ans plus tard, en 70, quand une pierre, le frappant au front, l'étendit mort, pendant le siège de la ville *. Jérusalem était dans un état de surexcitation sans exemple. Un odieux massacre de 3. 000 Juifs, commandé, en 66, par le procurateur romain Gessius Florus, provoqua une révolte générale de la population hiérosolymite contre l'autorité romaine. Un des derniers actes de Néron, en 68, fut d'envoyer en Palestine Vespasien, chargé de réduire à tout prix les rebelles. Le général était arrivé déjà sous les murs de Jérusalem quand l'acclamation des légions de Syrie le

La propJiétie

de Jésus, fils d'Ananus.

Expédition

de Vespasi<:ti

en Palestina

I . Dans EusÈBE, 1. III, ch. i. Ce fait n'était pas sans exemple. Voir Sémèqce, Consol. ad Marc., 20.

3. « Il dit cela, ajoute l'apôtre saint Jean, pour marquer par quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. » Jean, xxi, 18-19.

3. Une tradition recueillie par saint Jérôme place le martyre de saint Paul au même jour que celui de saint Pierre. Une autre tradition, représentée par saint Augustin, met un an d'intervalle entre la mort des deux apôtres. Denys de Gorinthe, Tertullien et le prêtre Gaïus se contentent de les associer dans leur martyre. Voir EusÈBE, Hist., 1. II, cil. XXIV. La tradition la plus sûre place le martyre de saint Pierre au Vatican ; celle qui le place sur le mont Janicule n'a pris naissance qu'au moyen âge. Voir Ma.rucchi, El. d'arch. chnH., t. I, p. 11.

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