LE PREMIER CONTACT DE L EGLISE NAISSANTE AVEC LES PEUPLES BARBARES
Vue générale. Autant les documents clairs et précis abondent sur l'évangélisation des grands centres, Jérusalem, Antioche, Rome, Ephèse, Alexandrie, autant ils sont rares et obscurs sur l'origine chrétienne de la plupart des peuples éloignés de ces illustres métropoles. A défaut des textes écrits, nous n'aurons à présenter, la plupart du temps, sur les origines chrétiennes de ces pays, que des inductions, des conjectures, des traditions locales plus ou moins vénérables, des légendes plus ou moins mêlées de vérité. Il est vrai que la tradition, aussi bien que l'écriture, est un témoignage, et que comme l'a écrit LacorJaire, « ce qui est gravé sur l'autel par le culte et dans le cœur par la prière dure plus que le marbre et que l'airain * ». Au surplus, la seule probabilité qu'un témoin des premiers siècles, qu'un homme des temps apostoliques ait évangélisé une contrée, l'ait baignée de son sang, ne sufiirait-elle pas, aux yeux d'un peuple croyant, pour rendre vénérables les moindres vestiges qu'il croit trouver, de cette évangélisation ou de ce martyre ?
Les douze La plus respectable des traditions nous affirme que les Douze
apôtres Apôtres- « plantèrent l'Eglise dans leur sang - ». Où subirent-ils ce
l'Eglise dans martyre ? Nous n'avons rencontré jusqu'ici, avec les noms de Paul leur sang ».
I. I.ACouDAiRB, Sainte Madeleine, ch. vi, Œuvres, édil. Pouseielguo, t. IX, n. 4i3.
a. Isli sunt qui, viventes in carne, Eccletieun plantaverunt sanijuine $uo, (>reiuier ré|)0M8 du troisième nocturne au Commun des Apâtres,
LA PREMIÈRE EXPANSION l63
et de Barnabe, apôtres au sens large du mot, que les noms de Pierre, de Jean, des deux Jacques et de Philippe. Quels furent les travaux de leurs frères en apostolat ? Eux-mêmes ne franchirent-ils pas le cercle des régions dont nous venons de parler ?
Eusèbe nous dit que « Thomas, suivant la tradition, reçut en partage le pays des Parthes * ». Saint Jérôme croit qu'il évangélisa aussi la Perse 2, et, suivant Rufm, il fut enterré à Edesse ^, où saint Jean Chrysostome mentionne son tombeau. « C'est, dit-il, une Saint Thomas, des quatre tombes apostoliques que l'on connaisse : les autres sont gélisation celles de Pierre, de Paul et de Jean *. » Une autre tradition lui fait de la Perse prêcher la foi et subir le martyre dans l'Inde ^. Cette affirmation semble corroborée par un monument archéologique, l'inscription d'Oodeypure, dans l'Inde orientale ^, et par ce fait que les chrétiens de l'Inde, connus sous le nom de « chrétiens de saintThomas », ont, de temps immémorial, honoré cet apôtre comme le fondateur de leur Eglise ; mais il paraît que leur vrai fondateur est un missionnaire nestorien appelé Thomas, dont ils ont reculé l'époque jusqu'aux temps apostoliques, pour se glorifier d'une plus haute antiquité ''. Le seul fait qui paraît ressortir avec certitude de toutes ces différentes relations, c'est que l'apôtre saint Thomas exerça son apostolat dans les régions situées au delà des frontières orientales et méridionales de l'empire romain ; on désignait alors ces régions sous le nom vague des Indes. Selon la tradition admise par le Martyrologe romain, l'apôtre fut percé de coups de lances par les ordres d'un roi persécuteur et son corps fut de là transporté à Edesse. Quant aux détails légendaires que l'on trouve sur son apostolat dans les Acta sancti Thomae, on doit d'autant plus s'en méfier, que cet écrit porte des traces visibles du gnosticisme ^.
Une incertitude plus grande règne au sujet des nations que
I. Eusèbe, H. E., 1. III, ch. i. Cf. Socrate, H. E., 1. I, ch. xix, Recognit, 1. IX, ch. XXIX.
a. S. Jérôme, De vita apostol., 5 ; P. L., t. XXIII, col. 721.