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Tertui.lien, Apol., a

LA LUTTE

modifieront pas essentiellement. Cette raison d'Etat, si injustement Invoquée contre les chrétiens^ sera mise en mouvement, tantôt par la jalousie des sectes juives, tantôt par les monstrueuses calomnies que les païens imagineront à propos des mystères chrétiens; mais, même lorsque les édits de persécution sembleront dictés aux empereurs par les fureurs du peuple, la raison dernière des poursuites contre le christianisme restera ce principe qui, par Trajan, remonte jusqu'à la première persécution de Néron : le chrétien est l'ennemi de la civilisation romaine, entendue à la manière païenne, il est un objet de « haine pour le genre humain ^ ». Par là s'expliquera cette étrange anomalie, déconcertante au premier abord, que les plus violents persécuteurs de l'Eglise ne seront pas toujours les plus détestables au point de vue moral. Ceux-ci se soucieront souvent fort peu de l'unité romaine, tandis que les plus dévoués à l'Etat seront parfois portés à en faire une sorte de divinité, à laquelle ils sacrifieront tout 2,

païennes :

la jalousie des

sectes juives

et les

calomnies

des païens.

Le principe de Trajan dominera toutes les persécutions faites par ses successeurs.

Tel fut le cas de l'empereur Trajan. La gloire de son règne, si brillant sous plus d'un rapport, est maculée par le sang de trois saints pontifes : le chef de l'Eglise de Rome, le chef de l'Eglise de Jérusalem et le chef de l'Eglise d'Antioche ; saint Clément, saint Siméon et saint Ignace.

Le récit de la condamnation, de l'exil et de la mort du grand pape saint Clément nous a été conservé dans la Passio démentis ^, que cite Grégoire de Tous*, et que semble connaître l'auteur de

Les

trois gTàïiat

martvrs

du règne

de Trajan.

Le martyre

de

saint Clémei.t

de Rome.

1. M. Paul x\Uard a parfaitement montré, soit dans ses Dix leçons sur le martyre, I vol. in-i6, Paris, 1906, p. lagiSi, soit, avec plus d'ampleur, dans une étude publiée par la /?cuue des questions /usiori^ues en juillet 1912, que la liberté du christianisme, loin d'être une cause d'affaiblissement pour l'empire romain, eût été, dès l'époque de Néron, un élément de paix et de sécurité.

2. Sur les causes des persécutions, voir Paul Alla.rd, Dix leçons sur le martyre, p. 117-133, et la Situation légale des chrétiens pendant les deux premiers siècles, dans la Rev. des quest. hist., t. LIX, 1896, p. 5-43 ; Le Blant, Sur les bases juridiques des poursuites ordonnées contre les chrétiens, dans le Compte rendu de l'Ac. des Inscr., 1866, p. 358-373, et surtout Gallbwaert, De la base juridique des premières persécutions, dans la Rev.d'hist. ecclés., t. XII, 1911, p. 5-i6, 633-65 1.

3. Voir ce document dans Dom Lkclercq, les Martyrs, t. I, p. 189-192.

4. Grégoire db Tours, De glor. mart., 35-36. Cf. Missale gothicum, dans Ma.billok, De lilurgiagallicana, p. 218.

niSTOlRE GÉNÉRALE DE l'ÉGI.ISE

Récit

de la Passio

démentis.

Le martyre

de

saint Siméon,

la notice sur Clément P"" dans le Liber pontljicalis *. On a depuis longtemps relevé les traits évidemment légendaires de ce document. Mais, dit le judicieux Tillemont, a dans les histoires les plus fausses, il y a d'ordinaire quelque chose de vrai pour le fond ^ ».

Voici, d'après les meilleurs critiques, les éléments historiques que renferme cette pièce :

Sous le règne de Trajan, le pape Clément fut, à l'occasion d'une sédition populaire, exilé dans la Chersonèse. Il y trouva deux mille chrétiens, condamnés depuis longtemps aux pénibles travaux de l'extraction du marbre. Clément les consola et les encouragea. De nombreuses conversions s'opérèrent dans le pays. Avec les matériaux des temples abandonnés et des bois sacrés abattus, des églises furent bâties. Ces faits parvinrent aux oreilles de l'empereur, qui épargna la multitude des chrétiens, mais ordonna au vieux pape de sacrifier aux dieux, sous peine de mort. Clément ayant refusé d'obéir à l'injonction du prince, le juge donna l'ordre de lui attacher une ancre au cou et de le jeter à la mer. « Ce récit, dit M. Paul Allard, n'a en soi rien d'incroyable ^. » Mgr Duchesne a démontré que la tradition du martyre de saint Clément était sûrement établie à Rome dès la fin du IV* siècle *.

Aucun document historique ne permet de fixer la date du martyre de saint Clément ; mais nous connaissons la date de la mort de saint Siméon, évêque de Jérusalem, et de saint Ignace, évêque d'Antioche. Ils périrent l'un et l'autre l'an 107 ^.

L'histoire des derniers jours du saint évêque de Jérusalem est racontée par Eusèbe, qui en emprunle les détails au récit d'Hégésippe.

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