P. Allard, op. cit., p
4- DucHES.>E, Lib. pont., I, ia4. ^f- Ibid.^ Introduction, p. ici. Iai savant historien constate d'ailleurs que ni saint Irénée, ni Eusèbe, ni saint Jérànio ne parlent du martyre de ce grand pape. Tant il est vrai que le silence des autours les mieux informés sur un événiinent des plus importants ne peut être regardé comme une preuve décisive contrit la réalité iiistoriijue de cet événement.
5. Eusèbe fixe le martyre de saint Siméon à la dixième année do Trajan, c'cst-ùdire en 107. Sur la date du martyre do saint Ignace, voir Paul Allahu, op. cit., p. 189-193.
LA LUTTE
Ce dernier, juif coiiveiii du if siècle, était bien placé pour être exactement renseigné. Siméon, fils ou petit-fils de Cléophas, et cousin du Sauveur, était âgé de cent vingt ans. Il fut dénoncé par des Juifs et par des chrétiens judaïsants, au double titre de chrétien et de descendant du roi David. L'accusation fut accueillie par le légat consulaire de la Palestine, Tiberius Claudius Atticus, qui fit torturer le vénérable vieillard. Le courage du saint évèque fit l'admiration de tous les assistants. Il fut enfin mis en croix, et mourut dans l'attitude du Sauveur. Hégésippe ajoute que les enquêtes commencées sur les descendants de David ayant été poursuivies, ceux-là mêmes qui avaient dénoncé leur pasteur furent arrêtés et mis à mort comme convaincus d'appartenir à la même famille. La justice de Dieu s'exerça ainsi dès ce monde sur les vils dénonciateurs *.
Nous ignorons complètement les circonstances qui donnèrent lieu à l'arrestation et à l'exécution de saint Ignace ; nous ne connaissons aucun détail de son martyre ; mais nous avons mieux que cela : les lettres authentiques dans lesquelles le courageux confesseur de la foi, à la veille d'être broyé par la dent des lions, révèle sa grande âme. « L'antiquité chrétienne, a-t-on écrit, aucune antiquité sans doute, n'off"re rien de plus beau ^. » Le voyage du martyr, déjà condamné par le tribunal d'Antioche, pour se rendre à Rome, le long des côtes d'Asie, de Macédoine et de Grèce, fut un triomphe. La réputation du saint évêque était déjà répandue dans toutes les Eglises, surtout en Asie Mineure. Pourquoi la justice romaine l'avait-elle désigné pour être mis à mort à Rome même, dans l'amphithéâtre ? On sait que les Romains avaient la coutume de choisii-, pour ces spectacles, les plus beaux hommes, et ce ne fut pas, sans doute, la moindre des épreuves qu'eurent à subir les martyrs chrétiens, que d'être ainsi donnés, comme en pâture, à la curiosité populaire. Mais, par delà les bêtes féroces rugissantes, par delà la foule avide d'émotions, ils contemplaient, comme le diacre Etienne, les cieux ouverts. C'est l'exemple que donna saint Ignace. Dans la lettre qui devait le précéder à Rome, il écrivait à ses frères bien-aimés : « Demandez pour moi la force, afin que je ne sois pas seulement appelé chrétien, mais trouvé tel quand j'aurai disparu de ce monde. Ce qu'on voit est temporaire ; ce qu'on ne voit pas est éternel... J'écris aux Eglises, je
évêqiie
de Jérusalem
Le martyre
saint Ignace,
évêque
d'Antioche
Son voyage
d'Antioche à
Rome.
Son épître aux Romains.
I. EusÈBB, //. E., 1. III, ch. ixxu, n. i-4. Cf. Acta sanctorum des Bollamdistes, février, t. III, p. 53-55. ^
a. Allard, op. cit., p. i83.
igo
Sublimes
sentiments
ex])rimcs dans
cette épître.
Autres épîtres
écrites par saint Ignace.
Le double
courant
des bérésies
orientales :
le naturalisme
et le
docétisme.
mande à tous que je veux mourir pour Dieu, si vous ne m'en empêchez ^ Laissez-moi être la nourriture des bêtes, par lesquelles il me sera donné de jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu : il faut que je sois moulu par la dent des bêtes pour que je sois trouvé pur pain du Christ... Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps, que tous les supplices du démon tombent sur moi, pourvu que je jouisse de Jésus- Christ... Faites-moi grâce, mes frères ; ne me privez pas de la vraie vie ; ne me condamnez pas à ce qui pour moi est une mort. Je veux être à Dieu ; ne mettez pas le monde entre lui et moi. Laissez-moi recevoir la pure lumière ; c'est quand j'arriverai là que je serai vraiment un homme... Si quelqu'un porte Dieu dans son cœur, il comprendra ce que je veux *. »
C'est avec raison qu'on a vu dans cette épître l'idée parfaite du martyre chrétien. Le martyr chrétien n'est pas seulement, en effet, le témoin d'un fait dogmatique ; il est aussi, et par là même, suivant l'expression de saint Thomas, le « témoin de la foi^ », le témoin du Christ qui vit en lui, le témoin de cette vie éternelle dont le martyre lui ouvre la voie et vers laquelle il s'élance de toute la force de son espérance et de son amour *.
Les épîtres écrites par saint Ignace arx diverses Eglises ont une portée plus grande encore. Deux grands courants hétérodoxes traversaient alors les Eglises d'Orient. Les uns, s'attaquantàla personne divine du Sauveur, le considéraient simplement comme un homme ; tels étaient les ébionites et les cérinthiens. Les autres, s'attaquant à sa nature humaine, enseignaient que le Verbe de Dieu ne s'était incarné et n'était mort qu'en apparence ; c'étaient les docètes. La première hérésie s'était surtout répandue dans les Eglises de Magnésie et de Philadelphie ; la seconde avait surtout fait des progrès dans celles de Tralles, de Smyrne et d'Ephèse. Or, de toutes ces
1. Saint Ignace craignaitpeut-êlreque l'intervention des chrétiens do Rome ne lui obttnt la grâce de l'empereur, ou plut4)t que l'instance de leurs prières ne lui ravît la couronne du martyre.
a, FuN£, Patrei apostoliei, t. 1, p. a55-a6i. Une traduction française des lettres de saint Ignace, accompagnée du texte grec, a été publiée par M. Auguste Lelo!io, agrégé de l'Université, i vol. in-i6, Paris, Picard.
3. Saint TuouAS u'Aqlim, Secunda Seeundw , c[u . cxxiv, a. 4- «.Martyr dicilur, quasi testis ftdei christianœ, per (juam visibUia pro invisibilibus contemnenda proponunttir. »
k. Frbppil. Us Pires apostoliques et leur époque, i8* leçon, 4* édition, p. 897- 4 19 Cf. A. DE PoLLi'igttT, O. P., le Témoignage des martyrs, dans la Revue prat. d'apol. des iSmars et le' avril 1909.
LA LUTTE igi
Egl'ses, arrivaient à l'évêque de la grande Eglise d'Antioche, au glorieux confesseur de la foi, des demandes de conseils. Les admirables épîtres aux Magnésiens, aux Philadelphiens, aux Tralliens, aux^Smyrniotes et aux Ephésiens furent les réponses à ces demandes.
« Il n'y a qu'un Dieu, qui s'est manifesté par Jésus-Christ son Fils^ », écrit-il aux Magnésiens ; et il les exhorte à agir, « selon la doctrine du Seigneur et des apôtres », en union avec « le Père, le Fils et l'Esprit 2 ». Jésus-Christ, dit-il, est le Verbe de Dieu, sorti du silence pour manifester le Père ^. Mais après avoir si nettement affirmé la divinité de Jésus-Christ, Ignace n'en affirme pas moins la réelle humanité. « Jésus-Christ, dit-il, est vraiment de la race de David selon la chair. . . , vraiment né d'une Vierge. . . , vraiment percé de clous pour nous dans sa chair *. Et cette chair, Jésus-Christ kg s'en est pas dépouillé après sa résurrection, Jésus-Christ a été en chair et je crois qu'il l'est encore ^. »
Les deux hérésies que combat le confesseur de la foi se rattachent à une même racine, l'esprit judaïsant. Le saint évêque dénonce le péril. « Si quelqu'un vous prêche le judaïsme, écrit-il aux Philadelphiens, ne l'écoutez pas^ ». « Ne vous laissez pas séduire. Revenir sur vos pas, ce serait renoncer à la grâce que vous avez reçue. On invoque les anciens prophètes ; mais les prophètes étaient déjà des disciples du Christ par leur attente... Se dire chrétien et judaïser, c'est une chose absurde'. »
Mais il ne suffisait pas de défendre, contre le naturalisme de Cérinthe, la divinité du Christ ; contre l'idéalisme fantastique des docètes, la réalité de son incarnation rédemptrice ^ ; en un mot, contre les étroites conceptions d'une synagogue déchue, la large et pleine doctrine de l'Evangile. Il fallait de plus proclamer le grand principe qui préserve l'Eglise du schisme et de l'hérésie. C'est sur ce point que les épîtres de saint Ignace ont une importance capitale.
Contre les hérésies naturalistes ; saint Ignace
professe
la divinité
de
Jésus-Christ.
Contre
l'hérésie
des docètes,
il affirme
la réalité de
rincarnalion.
Il prémunit
les Eglises
orientales
contre l'esprit
judaïsant.
Doctrine
de saint Ignace sur l'Eglise.