CHAPITRE II
DE l'avènement d'aNTONIN LE PIEUX A LA PERSÉCUTION DE SEPTITklE- SÉVÈRE (l 38-202).
Sous Trajan et Hadrien, les chrétiens avaient surtout su mourir : leur intrépidité devant les tourments et devant la mort avait été leur grande apologétique; si plusieurs d'entre eux avaient publié des apologies, leur but avait été principalement de se défendre contre des calomnies et des injustices. D'Antonin le Pieux à Septime-Sévère, leur courage ne faillira pas devant les supplices ; mais leur apologétique prendra une plus grande envergure. Non contents de réfuter les accusations de leurs adversaires, ils travailleront à les conquérir ; ils chercheront aussi à défendre la pureté de leur foi contre les altérations de l'hérésie, et, dans le feu même du combat, ils inaugureront la première synthèse théologique de leurs croyances.
Vue générai©
sur
l'histoire
de l'Eglise
pendant
la seconde
moitié
du II* siècle.
De l'avènement d'Antonin le Pieux au milieu du règne de Com- Vue générale
mode, la situation légale des chrétiens resta ce que l'avaient faite les ^"7 ?■*
' . , . , . . persécutions
rescrits deTrajaii et d'Hadrien. L'Eglise eut presque toujours à subir pendant
la persécution en quelque endroit, tantôt en vertu d'accusations régu- "^^^^ période.
lières, conformes aux rescrits impériaux, tantôt à la suite d'émeutes
populaires, négligemment réprimées, parfois même encouragées ou
suscitées par des magistrats. Du milieu du règne de Commode au
milieu de celui de Sévère, les chrétiens purent enfin jouir d'environ
quinze années de paix, qui formèrent comme une transition entre le
régime de la persécution par rescrit, en vigueur pendant tout le
11^ siècle, et celui de la p' rsécution par édit, qui sévit avec intermit-
Hist. gén. do l'Eglise. — 1
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGUSE
Saint Hygin l36?-lAo: ?).
Saint Pie I«r i4o?-i55 ?).
Saint Anicet (i55 ?-i66 ?|.
fSaint Soter (iG6 ?-i74 ?).
H exerce
la charité eivers toutes ies Eglises.
tence pendant le m* K Saint Polycarpe, sainte Félicité et ses fils, saint Justin, sainte Cécile, les martyrs de Lyon et les martyrs scyllitains furent les plus illustres victimes des persécutions de cette période.
Nous savons malheureusement peu de chose des pontifes qui gouvernèrent l'Eglise pendant ce temps. La destruction de tous les registres de l'Eglise romaine qui eut lieu sous Dioclétien est, pour l'histoire du pontificat romain, une perte irréparable. Le Liber pontificalis, rédigé au vi* siècle, d'après des traditions orales et sans doute aussi d'après quelques documents écrits échappés aux investigations des persécuteurs, nous dit du successeur de saint Télesphore, saint Htgin, qu'on n'a pas trouvé de trace de sa généalogie *. On suppose qu'il était philosophe et natif d'Athènes. La tradition lui attribuait « l'organisation du clergé ^ », On a conjecturé que cette mention viserait l'institution des ordres mineurs *. Son successeur, saint Pie \", est donné comme le frère d'Hermas, dont nous aurons à parler plus loin. La note qui lui attribue l'usage de célébrer la fête de Pâques le dimanche ^ est certainement en défaut, car Hygin, Télesphore et Sixte sont cités par saint Irénée comme ayant observé cette coutume ^. De saint Amcet, successeur de saint Pie 1"", nous ne savons à peu près rien, sinon qu'il naquit à Emèse, ville de Syrie, et qu'il fit des règlements sur la vie des clercs, à qui il interdit les soins excessifs de leur chevelure '. Saint Soter, qui lui succéda, serait né en Campanie et aurait montré un grand zèle pour l'observation des règles liturgiques. Il aurait interdit aux femmes de toucher aux linges sacrés 8. Une précieuse lettre de Denys de Corinthe, conservée par Eusèbe, nous montre aussi que ce pape, continuant les traditions généreuses de ses prédécesseurs, avait l'habitude de secourir abondamment les Eglises pauvres. Le témoignage de l'évêque de Corinthe mérite d'être noté, comme un hommage de ce temps à l'Eglise Mère, qui méritait toujours, comme à l'époque de saint Ignace, le glorieux surnom de m Présidente de la charité ». Voici ce que Denys écrivait
I. P. Allaud, llist. des pers., t. I, liilracluction, p. m. 9. Lib pont , I, i3i.