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CHAPITRE IV

DE l'ÉDIT de persécution DE SEPTIME-SÉVERÉ A l'ÉDIT DE

PERSÉCUTIO?î DE DÈCE

Considérée dans son ensemble, la première moitié du m* siècle apparaît comme une période de tranquillité relative pour les chrétiens. En dehors de la persécution de Septime-Sévère, qui se prolonge pendant neuf ans, et de celle de Maximin, qui dure trois ans, les empereurs qui se succèdent sur le trône impérial, négligent, pour des motifs très divers, de poursuivre l'Eglise. Il est vrai que ces deux persécutions, par le caractère des édits qui les déchaînent, comme par la rigueur avec laquelle on exécute ces édits, sont particulièrement terribles.

A un autre point de vue, cette période se présente comme particulièrement fertile en grands hommes. C'est le moment où Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Hippolyte et saint Gyprien, parvenus à la pleine maturité de leur talent, publient leurs chefsd'œuvre. Quel âge peut se vanter d'avoir produit à la fois un écrivain plus puissant que Tertullien, un génie plus universel qu'Origène, un érudit plus fécond que saint Hippolyte, un homme d'action plus sympathique que saint Cyprien, évêque de Carthage ? Mais Tertullien passe à l'hérésie dès les premières années du siècle et meurt sans qu'on puisse savoir s'il est jamais revenu à la foi de la véritable Eglise ; Origène effraie par ses hardiesses ; saint Hippolyte est en conflit avec le pape saint Calliste, et saint Gyprien, disciple trop docile de Tertullien, professe sur le baptême une doctrine qui le mettra en opposition avec l'Eglise de Rome.

Les plus hauts problèmes sollicitent les esprits, Jamais le mystère de la vie divine ne fut scruté avec une curiosité plus ardente.

Vue générale

sur l'histoire

de l'Eglise

pendant

la première

moitié

du me siècle.

Grands hommes de cette époque.

Grands

problèmes

théologiques.

Mais dans la mêlée confuse des opinions, telles hypothèses, pleines de témérité, laissent entrevoir l'hérésie, et, dans la chaleur des disputes, certaines attitudes d'indépendance ont un air de schisme. L'admiration provoquée par l'histoire de ce demi-siècle ne va donc pas sans une certaine inquiétude : si le mouvement d'idées de cette période prépare les grandes définitions dogmatiques du siècle suivant, il prélude aux grandes hérésies qui le troubleront.

Les premières

années

du règne

de Septime-

Sévère.

Caractère de ce prince.

Il commence par se montrer

favorable aux chrétiens.

L'ère de pacification religieuse, inaugurée sous le règne de Commode, se poursuivit sous le gouvernement très court de Pertinax et persévéra plusieurs années sous celui de Septime-Sévère. Rien ne faisait prévoir, delà part de ce prince, la reprise de la persécution. On ne remarquait pas en lui ces prétentions philosophiques qui portaient un Marc-Aurèle à voir des rivaux chez les chrétiens. Il n'avait ni ce culte exclusif de la religion nationale, où un Trajan voyait le salut de l'empire, ni la fantasque férocité d'un Néron, de qui on pouvait attendre, à chaque instant, les mesures les plus sanguinaires. Aucun fanatisme ne soulevait l'âme de ce parvenu, qui, ayant été tour à tour rhéteur, avocat, jurisconsulte, quelque peu médecin, magistrat et général, semblait n'avoir d'autre passion qu'une ambition vulgaire. Il avait plus de curiosité que d'inquiétude religieuse. Dans ses voyages en Orient, il avait adoré Sérapis et avidement collectionné tous les livres sacrés qu'il avait pu trouver dans les sanctuaires. Au temps qu'il gouvernait la Gaule lyonnaise, il n'avait pas hésité à donner à l'aîné de ses fils, Bassianus, celui-là même à qui l'histoire devait donner le sobriquet de Garacalla, une nourrice chrétienne ^ . Malade et guéri par les soins, peut-être par les prières d'un esclave chrétien, Proculus Toparcion. il l'avait attaché à sa personne et lui avait donné un logement dans son palais -. Des inscriptions et divers indices archéologiques montrent qu'un certain nombre de chrétiens vivaient dans son entourage '.

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