CHAPITRE VI
DE l'avÈ]\EME;ST de DIOCLÉTIEN A l'aVÈNEMEîST DE GONSTANTO (284-306).
Quelques empereurs, hostiles à l'idée chrétienne, mais peu sou- Vue générale
cieux d'exposer la tranquillité de l'Etat et celle de leur propre puis- sur
'^ \, , . ,. . ■ . c • cette période,
sance aux secousses d une persécution religieuse, avaient teint
d'ignorer l'Eglise. Cette attitude n'était plus possible à la fin du m* siècle. Dioclétien essaya en vain de la tenir lorsqu'il prit le pouvoir en 284 ; et une pareille politique parut, chez lui, dictée par la bienveillance plutôt que par le dédain. Mais bientôt, forcé de reconnaître la grande situation sociale du christianisme, il se vit amené à choisir entre trois politiques possibles : absorber l'Eglise dans l'Etat, l'exterminer par la violence, lui donner pleine liberté. La première politique convenait à ses goûts centralisateurs ; il essaya de l'appliquer tant qu'il fut seul à la tête de l'empire. Au temps de la tétrarchie, l'influence néfaste de Galère le conduisit à la persécution violente. Cette seconde politique fut continuée, après son abdication, par Maximin et par Galère ; mais ce dernier dut reconnaître luimême son inelficacité. Galère mort, et quand il fut bien avéré que tous les systèmes d'oppression avaient usé leurs forces contre l'Eglise, un nouvel empereur, Constantin, convaincu personnellement d'ailleurs de la vérité du christianisme, jugea que le moment était venu d'assurer sa complète liberté dans l'empire romain.
Par son entourage, par son caractère même, l'empereur Dioclétien Les débuts semblait offrir aux chrétiens des garanties de sa bienveillance. Sa Dioctétien. femme Prisca et sa fille Valeria étaient, sinon chrétiennes, au moins
Liberté
accortlée aux
chrétiens.
Constructions d'églises.
Travaux
eiéculés dans
les catacombes.
Fléchissement
des mœurs
chrétiennes.
catéchumènes * ; et lui-même, au rapport d'Eusèbe, témoin contemporain, paraissait avoir « une grande inclination pour la vraie foi ^ ». « Que dirai-je, ajoute l'historien, de ceux de nos coreligionnaires qui servaient dans le palais ? A eux, à leurs femmes, à leurs enfants, à leurs esclaves, on laissait la faculté de suivre ouvertement leur religion. Libres de se glorifier de leur foi, ils étaient préférés par le souverain à tous ses aulres serviteurs ^. » Eusèbe note encore « les égards, le respect, les grands honneurs accordés auxévêquesde chaque Eglise par tous les magistrats et gouverneurs * ». Et, tout frémissant encore d'une joie qu'il avait partagée avec tous ses frères, il s'écrie : « Gomment dépeindre les entrées innombrables dans l'Eglise qui se produisirent alors ? On se pressait en foule aux assemblées ; les maisons de prière débordaient. Aussi résolut-on de ne plus se contenter désormais des édifices d'autrefois. Dans chaque ville, on vit comme sortir du sol de vastes églises. Aucune haine n'empêchait les travaux d'avancer, aucun démon dans sa malice n'était capable d'entraver cet élan, tellement la main de Dieu couvrait et gardait son peuple du haut du ciel ^. » Les chrétiens profitèrent de cette sécurité pour faire de grands travaux dans les catacombes. Vers les dernières années du m* siècle, l'architecture intérieure des cimetières souterrains se transforme. Les chambres funéraires s'agrandissent, prennent parfois l'aspect de petites basiliques. Les papes, prévoyant sagement que l'ère des persécutions peut encore s'ouvrir, font procéder à l'excavation de nouvelles galeries et de nouvelles salles, recevant l'air et le jour par des luminaires, et communiquant entre elles par groupes de trois ou de quatre *.
Les chefs de l'Eglise avaient d'autant plus raison de prévoir de mauvais jours, qu'une sécurité exagérée s'était emparée des âmes. « Il arriva, dit Eusèbe, que les choses parmi nous tournèrent à la mollesse et à la nonchalance... Alors le jugement de Dieu s'exerça sur son peuple ^.
En quoi consistait le relâchement dont parle Eusèbe ? L'évêque de