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Bardenhewer, les Pères de l'Eglise, II

3. En 3i3, Lactance écrivit le livre De mortibus persecutorum. Personne aujourd'htii ne lui discute plus la paternité de cet ouvrage. Duchesne, Hist. anc. de l'Eglise, t. II, p. 55. « Rien de plus terrible, dit Michelet, que le tableau que nous a lai.ssé Lactance de la tyrannie de Galère, en particulier de cette lutte meurtrière entre le fisc affamé et la population impuissante, qui pouvait souffrir, mourir, mais non payer. » Michelet, Histoire de France, t. I, ch. m ; Chateaubriand, dans le livre XVIIIu de ses Martyrs, n'a presque fait que traduire, en l'abrcgeaTit, cette admirable peinture des cruautés de Galère.

4. Voir ces canons dans Allard, Hist. des persj, t. V, p. 32-33 et dans IIefelb- Lbclercq, Histoire des conciles, t. I, p, 498-499.

4a2 HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGLISE

aux mines de Phœno, il en revint bientôt, le cœur non moins irrité, l'esprit encore plus fier ; il se donnait à lui-même et à quelques-uns de ses compagnons de bagne, relâchés comme lui, le titre de martyr. Il eut même l'audace d'organiser, en regard des églises occupées par les successeurs de Pierre, de Philéas et de leurs collègues morts pour la foi, des assemblées qu'il appela « les églises des martyrs ». Ces conventicules devaient être le noyau de toute une hiérarchie schismatique que nous retrouverons en Egypte dans la suite de cette histoire.

La famine Décimée par la persécution, calomniée par les rhéteurs et les

£s-^iil philosophes, déchirée par le schisme, l'Eglise catholique était, vers "an 3x2, accablée d'épreuves. Elle restait pourtant, et plus que jamais, la grande force morale de ce temps. Les âmes droites et sincères ne tardèrent pas à s'en apercevoir. Tandis que Maximin se glorifiait d'avoir assuré, par l'extermination des chrétiens, le salut et la prospérité de l'empire, la famine et la peste éclatèrent tout à coup. Lactance et Eusèbe nous ont dépeint les deux épouvantables fléaux : le blé atteignant des prix exorbitants ; les pauvres gens réduits à manger de l'herbe ; des pères et des mères cédant leurs enfants pour un peu de nourriture ; puis le terrible charbon de la peste se communiquant de proche en proche, se propageant avec une rapidité effrayante ; les rues et les places encombrées de corps sans sépulture ; les chiens devenant féroces par l'habitude de se nourrir de chair hu-

Dévouement maine *. « Les chrétiens se vengèrent comme ils s'étaient vengés pendant la peste qui dévasta l'empire au lendemain de la persécution de Dèce. On les vit accomplir simultanément les deux principales œuvres de miséricorde. Pendant que les uns s'occupaient de donner la sépulture aux morts abandonnés, les autres rassemblaient dans chaque ville les indigents et leur distribuaient du pain *. Les païens se sentirent touchés de tant de charité. On se redisait avec émotion la bonté des chrétiens ; la renommée publiait leurs actes de charité et « toutes les voix, dit Eusèbe, proclamaient que les seuls hommes vraiment religieux sont ceux qui savent ainsi prouver leur religion par leurs actes ^ ».

Devant cette apologétique vivante, plus efficace que les réfutations d'Arnobe et de Lactance, les vaines accusations des rhéteurs païens

1. Lacta.nce, De mort., a3, 87; Eusèbe, H. E., I. IX, ch. viu.

a. Kust;iiE, Il.E.,\. IX, cb. VIU, 11. l3-l/|.

3. Ibid., I. IX, ch. vui, II. i4 ; P. Allaki>, llist. des pcrs., t. V, p. 195-196.

des chrétiens.

LA LUTTE

s'évanouissaient, et la persécution contre la religion du Christ apparaissait comme une œuvre de pure politique, qui tomberait le jour où seraient tombés ceux qui en étaient les instigateurs. Ce jour approchait. Eusèbe nous apprend qu'en cette même année 3 12, Maximin fut obligé d'al'er combattre dans les montagnes d'Arménie une nation jadis alliée des Romains, mais qui, tout entière convertie au christianisme, ne voulait plus de l'alliance du persécuteur. Il en revint bientôt humilié par la défaite *. Peu de temps après, l'étendard du Christ, ouvertement déployé, triomphait en Occident avec Constantin. C'était la fin des persécutions sanglantes ^ ; c'était le début d'une ère nouvelle dans l'histoire de l'Eglise.

Défaites de Maximin en Arménie.

I. Eusèbe, H. E, 1. IX, ch. viii,, n. 2-4. Cf. S. Vailhé, Formation de l'Eglise arménienne. Echos d'Orient, mars-avril, igiS.

3. Les anciens auteurs comptaient généralement dix persécutions se fondant moins sur des recherches exactes que sur une analogie avec les dix plaies d'Egypte et les dix cornes de la bête de l'Apocalypse. Lactance cependant ne compte que six grandes persécutions. M. Paul Allard se contente de constater que « l'Eglise a traversé six années de souffrances au i^r siècle, quatre-vingt-six au ne, vingt-quatre au III* et treize au commencement du ive. L'Eglise aurait été persécutée pendant cent vingt-neuf ans et aurait goûté cent vingt années de paix relative ; mais ce repos ne fut jamais que précaire. De telle sorte qu'on est dans le vrai en parlant de trois siècles de persécutions. » Paul Allard, Dix leçons sur le martyre, p. 80. Quant au nombre total des martyrs, il est évident qu'on ne peut songer à l'établir en additionnant simplement les noms de ceux qui sont contenus dans des documents authentiques. Nous savons qu'il y eut beaucoup d'exécutions en masse, beaucoup » de victimes d'émeutes populaires. Si on en tient compte, comme il est juste de le faire, et si on ajoute aux martyrs condamnés à mort, ceux qui ont encouru le bannissement, la déportation ou les travaux forcés, on arrive, en écartant tout récit légendaire ou douteux, à une multitude qu'on doit juger innombrable. Voir P. Allard, Dix leçons, leçon IV sur le nombre des martyrs, p. i34-i49.

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