‹ Histoire générale de l'ÉgliseChapitre 344 sur 413 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE DONATISME.

Les origines du schisme donatiste remontent à la persécution de Vue générale

Dioclétien. Peu de querelles sont nées d'un motif plus étroit : on ^"'" ,

•^ *- , . caractère

n'y rencontre rien de ces grandes controverses dogmatiques qui de la querelle

avaient passionné l'Orient ; il n'en est point qui ait troublé l'Eglise donatiste.

d'une manière plus profonde, plus étendue et plus durable. Le

schisme de Donat est l'exemple le plus frappant du grossissement

que peut donner la passion à la plus futile des rancunes personnelles.

Au fond, le schisme donatiste n'est que l'explosion d'un conflit,

couvant depuis le temps de Tertullien, et éclatant, soixante-dix ans

après sa mort, entre l'esprit d'intransigeance qui régnait dans les

Eglises d'Afrique et l'esprit de sagesse et de modération que tâchait

de maintenir partout l'Eglise de Rome.

« Sur le sol africain, le christianisme avait toujours gardé quelque empreinte de la rudesse puniqvie. Sur une terre de sable et de feu, vivait une population riche, ardente, également passionnée pour ses convictions et pour ses plaisirs. La foi même y prenait un aspect farouche et une fougue impétueuse. C'était la patrie de Tertullien. Les semences de sa doctrine étaient toujours prêtes à lever sur ce sol. Comme Tertullien, les chrétiens d'Afrique se montraient volontiers provocants jusqu'à la témérité à l'égard des magistrats romains, et sans pitié pour leurs frères timides dont la foi défaillait dans les supplices. Saint Cyprien, leur grand évêque, s'était cru obligé de leur donner l'exemple d'une retraite prudente pendant la persécution, et il avait ensuite écrit un livre entier, le traité De lapsis, pour leur

Ses origines.

Caractère

du

christianisme

africain.

tx\o

L'évêque de Carthage, Mensurius,

blâme les allures provocatrices et intransigeantes (le certains chrétiens.

Il e&l accusé

de faiblesse

et de trahison.

apprendre à garder un juste tempérament entre la rigueur outrée et la miséricorde excessive ^. » Pendant la persécution de Dioclétien, un certain nombre de clirétiens s'étaient présentés, avec des allures de provocateurs, devant le proconsul romain, déclarant posséder les Ecritures sacrées que l'édit impérial ordonnait de livrer, et protestant qu'ils ne s'en dessaisiraient jamais. On disait bien que plusieurs d'entre eux, après ces bruyantes manifestations publiques, avaient secrètement livré les Ecritures en question, et cela seul expliquait qu'ils eussent été laissés en liberté par les magistrats 2. Dans ce cas, la faute était double.

L'cveque de Carthage, Mensurius, homme grave et digne, protesta contre ces attitudes. Il déclara refuser le titre de martyr à tous ceux qui, ayant mené une vie licencieuse, affronteraient témérairement les supplices avant de s'être moralement amendés ^. Lui-même, pendant la persécution, avait réussi à sauver à la fois sa vie et les livres saints par une ruse ingénieuse. Retirant de sa basilique tous les livres de religion, il les avait remplacés par des ouvrages hérétiques. Les agents les prirent sans s'apercevoir de rien. Plus tard, des décurions éventèrent le stratagème, ei dénoncèrent l'évêque au proconsul ; mais celui-ci refusa d'autoriser une seconde perquisition dans la demeure de Mensurius. Peut-être craignit-il de se couvrir de ridicule en avouant qu'il avait été si habilement joué. Ainsi fut sauvée la bibliothèque de l'Eglise de Carthage, et c'est à cette habile manœuvre que nous devons sans doute d'avoir conservé tant d'actes authentiques des martyrs africains *.

Mais les exaltés, et ces a exploiteurs du martyre », dont parle l'évêque de Carthage, qui, couverts de crimes et perdus de dettes, se faisaient mettre en prison pour gagner l'estime des chrétiens naïfs, se faire entretenir par eux, et recommencer à faire de nouvelles dupes ^, ne pardonnaient pas à Mensurius de les avoir démasqués. Ce furent eux qui dénoncèrent l'évêque à leurs coreligionnaires, l'accusant de faiblesse et de trahison. Un évoque de Numidie, Donat des Cases-Noires, qui avait eu à se plaindre, on ne sait à quelle occasion, de Mensurius, se fit l'écho de ces récriminations. L'évêque de

ï. A. DE Bhoglie, op. cit., t. I, p. a56-a57.

a. S. Optai', De schism. doiiatist., i, i/|.

Page 1