Canons
7. Le canon 10, inséré dans le Corpus juris canonici, est, avec le canon 3 3 du con-
HISTOIRE GÉNÉHALE DE r/l'GLISE
droits acquis par les fian(;ailles, à l'irrégularité encourue par l'oblation de sacrifices aux idoles, aux pouvoirs des chorévéques * et «ux pratiques d'un faux ascétisme.
Nouveaux
efforts
lu paganisme
pour
reconquérir
son influence.
Marlxrc
'le sainte Salsa
en Afrique.
Tandis qu'en Orient, comme en Occident, l'Eglise, dans un esprit de prudence et de fermeté, s'appliquait à guérir les plaies que la persécution lui avait faites, le paganisme vaincu tentait un dernier effort pour reconquérir son ancienne influence, et, dans ses convulsions désespérées, versait encore le sang chrétien.
Un des épisodes les plus touchants de cette crise fut le martyre, à Typasa, de là jeune chrétienne Salsa.
« Pendant que les sanctuaires païens se fermaient ou tombaient en mines, il arrivait, dit l'historien des persécutions, que la dévotion des partisans de l'idolâtrie se coucentrait sur quelque religion plus vivace, sur quelque superstition locale, où le paganisme trouvait sa dernière citadelle. En beaucoup de villes, le culte de Mithra hérita de tous les autres cultes ; mais dans la petite ville mauritanienne de Typasa, entre Iconium (Alger) et Césarée (Gherchell), théâtre des faits que nous allons raconter, le sanctuaire demeuré seul debout était la chapelle de Python, où se pratiquait le culte du Serpent, cher de tous temps aux populations de l'Afrique. L'antique narrateur a laissé le tableau des réjouissances dont elle était l'occasion. Il peint, en homme qui peut-être les ja encore vus, les murs délabrés des temples rajeunis par des guirlandes de laurier, le sanctuaire de l'impure idole paré de tapisseries, les cassolettes d'euceus fumant sur les autels, le chœur de chant et de danse, bientôt l'enthousiasme des dévots s'exaltaut jusqu'à la frénésie. C'est au milieu de cette orgie qu'une pure et gracieuse enfant de quatorze ans, Salsa, qui professait le
cile d'EIvire, dont nous avons parlé plu» haut, un jalon précieux pour l'hisloire du célibat ccclésiaslique. Ou y voit qno si l'Eglise laissait encore au clergé, en principe, la faculté d'user d'un mariage précédemment contracté, elle favorisait le plus possible le célibat, et, en fait, la plupart des clercs mariés, évéques. prètro» et diacres, pratiquaient la continence.
I. Sur les problèmes délicats soulevé» par le canon i3 relativement aux pouvoirs des chorévétpics et des simples prêtres, voir X. Le Uachelet, au mot Anc^re (concile d'), dans le Dicl, Je llu'ol., t. I, col. 117.1 1176.
LA PAIX GONSTAJSTLNIENNE ^5g
christianisme, depuis longtemps florissant à Typasa, fut conduite de force par ses parents, païens fanatiques. Elle dut assister, frémissante, au sacrifice et au repas sacrilège qui le suivait. Mais, pendant que ceux qui l'avaient amenée faisaient la sieste, avec tous les autres, à la suite de ce repas, Salsa voulut venger sur le dieu son humiliation et ses angoisses. Se levant sans bruit, elle parvint à se glisser dans la chapelle, arracha la tête dorée du Serpent, et la lança dans les flots qui battaient le pied de la colline. Enhardie par ce premier succès, Salsa rentra dans le sanctuaire, saisit dans ses faibles bras le corps du dragon, et le précipita du haut de la falaise. Mais le bruit que fit le monstre d'airain en rebondissant contre les rochers dénonça le fait aux païens. La foule se rassembla, poussant des cris de fureur. Des forcenés saisirent l'intrépide enfant, et, sans être émus de sa jeunesse ni touchés de sa grâce, la jetèrent assommée dans la mer où elle avait voulu noyer leur dieu. Trois jours après, un navire provençal, entrant dans le port de Typasa, recueillit en rade le corps de la martyre. Les chrétiens, aidés des matelots, l'enterrèrcat sur le rivage, près du port. Sur sa tombe s'éleva bientôt une spacieuse basilique, dont les restes ont été retrouvés de nos jours ^. »
Des faits de ce genre préludaient à la crise de persécution qui allait éclater en Orient sous le gouvernement de Licinius.
Le collègue de Constantin dans le gouvernement de l'empire n'avait signé l'édit de Milan que par politique et par entraînement. L'influence croissante de Constantin ne tarda pas à exciter sa jalousie. Bientôt son unique but sembla être de détruire sourdement l'œuvre commune en s'appuyant sur le parti païen. Il commença par écarter les chrétiens de son palais, puis de son armée. Il réduisit le nombre des assemblées chrétiennes et leur imposa des réglementations gênantes. Eusèbe compare ce tortueux adversaire de l'Eglise à un serpent qui, n'osant attaquer de front, s'enroule autour des membres de sa victime, afin de l'envelopper de ses replis et de l'étoufl'er peu à peu *.
Plusieurs chrétiens, plusieurs prêtres et évêques, coupables d'avoir violé ces règlements, furent maltraités, exilés, massacrés. La Chronique de saint Jérôme cite, parmi les martyrs de cette persécu-
LiciniiM
persécute
les chrétiens
en Orient.
1. Paul AuAao, Hist. des pers., t. V, p. 390-392. Cf. Duchesîîe, Sainte Salsa, vierge et martyre, lecture faite le a avril 1890 à la séance tiiaieoirieile des cinq académies.
a. Eusèbe, Vie de Cunslanlin, il, i.
tion, Basile, évoque d'Amasie, dans le Pont, qui avait été un des principaux membres du concile d'Ancyre. Ou compte aussi plûtes quarante sicurs soldais martyrs. Les plus illustres furent ces quarante héros
martyrs de Sébaste, que les Pères de TEerlise ont célébrés à l'envi *, II» de SeLasle. , ^ , . . ^ .
avaient refusé de prendre part à un sacrifice idolâtrique. Le préfet les
condamna à mort, v Le supplice choisi fut horrible : pendant une nuil d'hiver, on parqua les martyrs, dépouillés de tout vêtement, sur un étang glacé, que balayait le vent du nord, et qu'éclairait seulement la lueur tentatrice d'un bâtiment voisin, où chauffait l'eau tiède des baignoires. Un seul d'entre eux, vaincu par la souffrance, abandonna ses compagnons et se traîna jusqu'au bain ; mais à peine ses membres gelés eurent-ils senti la chaleur, qu'il expira. Quelques instants de persévérance lui auraient mérité la palme du martyre. Alors se produisit un incident, qui n'est pas sans analogue dans l'histoire des persécutions. L'appariteur chargé de garder les thermes avait observé de loin le courage des autres condamnés, et vu de près la défaillance du malheureux apostat ; il apercevait, dans la neige, ces trente-neuf corps gelés, à demi morts déjà, sur lesquels planaient les récompenses éternelles, et, dans le bain, ce seul cadavre déshonoré. Une soudaine émulation le saisit. Jetant ses vêtements et criant : « Je suis chrétien ! » il courut prendre la place laissée vide par le renégat. Le jour levant le trouva près des martyrs. On l'emporta avec eux au bûcher où leurs corps devaient être consumés. Un seul des condamnés avait été oublié par les licteurs, qui, lui voyant un reste de vie, espéraient encore son abjuration ; mais sa mère, présente à cette scène, le prit dans ses bras et le déposa dans la charrette près de ses compagnons : ' cette femme héroïque craignait que la palme lui échappât, ou qu'il souffrît un martyre solitaire, loin des braves dont il avait partagé le combat 2. »
La nouvelle de pareils événements retentissait douloureusement en Occident. Pour parler comme Eusèbe, « la partie de l'empire qui se trouvait encore plongée dans les ténèbres tournait les yeux vers celle qui jouissait largement de la lumière ». Constantin adressa à Licinius des observations qui furent mal reçues. Il choisit alors un prétexte
1. Saint Basile, Hom. XX ; saint Grégoire de Naziabzk, Uom. sur Us XL martyrs ; saint Jean Ghrysostome, dans Photius, Dibliot., 37 4; »a>">t Hhiirkm, Orat. ixvi. xxvii, etc. La collation de ces diverses homélies avec les Actes des martjrs {Acta Sanctoruin, mars, t. 1, p. ly) permet de reconstituer avec exactitude l'histoire de leurs soudrances et de leur mort.