Aujourd'hui Latopolis
}a ooBveruon.
Sa vocation monastique.
sables à la colonne en marche. 11 n'avait jamais vu pareille chose chez les païens. Il s'informa curieusement du caractère et de la religion de ses bienfaiteurs. Il apprit qu'ils s'adonnaient à ces œuvres de miséricorde par amour pour Jésus-Christ, Dieu fait homme et Sauveur des hommes. Pacôme, dit son biographe, fit alors à Dieu la prière suivante : « Mon Dieu, qui avez fait le ciel et la terre, si vous daignez me faire connaître comment je dois vous servir, je vous promets de ne suivre que votre seule volonté, et, plein d'amour pour tous les hommes, conformément à vos ordres, je remplirai à leur
égard tous les of&ces de la charité *.
A peine libéré du service militaire, Pacôme se retira au village de Schénésit, dans une ruine appelée « le temple de Sérapis », y cultivant quelques légumes, secourant, du produit de son travail, les pauvres de la contrée et les voyageurs qui passaient sur la route. Mais, ayant entendu parler d'un saint moine qui vivait non loin de ce village, il alla le trouver pour se mettre sous sa direction. Ce moine vénérable s'appelait Palamon. Suivant le récit d'un vieux biographe, Palamon entrouvrit la porte de sa cellule et dit à l'étranger : « Tu ne peux pas devenir moine ici. Va d'abord essayer ailleurs. Ma règle est trop sévère pour un débutant. Je jeûne tous les jours pendant l'été : je ne prends que du pain, du sel, et, tous les deux jours, un légume, pendant l'hiver ; je passe la moitié de la nuit à chanter des psaumes ou à méditer sur les Ecritures ; parfois même je passe la nuit entière sans dormir. » Pacôme dit : « J'espère de Notre-Seigneur Jésus-Christ que, soutenu par vos prières, je persévérerai dans ce genre de vie jusqu'à la mort. » Et il fut admis à partager l'existence du saint vieillard *.
Peu de temps après, Pacôme, s'étant aventuré jusqu'à un village abandonné, nommé Tabenne, entendit une voix lui criant du haut du ciel : « Reste ici, et construis-y un monastère, car beaucoup d'hommes désireux d'embrasser la vie monastique viendront ici te trouver. » Le village de Tabenne était situé sur la rive orientale du Nil, vers l'endroit où le fleuve forme un coude, au nord de
1. Cette citation et les divers traits de la vie de saint Pacôme sont empruntés am documents cités par P. Ladeuze, Eludes sur le cénobitUme pakhômien. i vol. iu-8w, Paris, 1898.
2. Quelques solitaires, établis dans les environs, semblent avoir vécu sous la direction spirituelle de Palamon. Mais c'est à tort qiu'on a vu là une première organisation de vie céiioljitiquc. l.AUEi ZK, o^. Cl'/., p. 164.
LA PAIX COA'STANTINIENNE
cénobitiqud.
Tlièbes *. Le fait se passait vers l'an 3i8 ^. Pacôme obéit à,la voix mystérieuse et les choses arrivèrent comme il lui avait été dit.
Telle fut l'origine de la première institution cénobitique. Pacôme II fonde 1» vie la considéra comme un progrès sur la vie anachoré tique, telle qu'ell« se pratiquait autour de lui. « La vie du cénobite, disait-il, est plus parfaite que celle de l'anachorète, à raison des vertus dont la société quotidienne des confrères impose la pratique. On y est, de plus, stimulé par la vue des œuvres et des vertus qu'on a sous les yeux. Les imparfaits nous exercent à la mortification, et les parfaits nous montrent la voie à suivre. » Il faut croire que la vie isolée avait eu des inconvénients, favorisé peut-être des pratiques étranges ou indistcrêtes ^.
L'évolution de la vie anachorétique vers la vie cénobitique se fit peu à peu. Pacôme agrandissait son habitation à mesure que de nouveaux disciples venaient cohabiter avec lui ; mais plusieurs se contentèrent de bâtir des cabanes dans le voisinage. Pacôme leur donna des règles se rapprochant le plus possible de son idéal. Ainsi, il les détermina à mettre en commun le prix de leurs travaux et à manger ensemble.
Quand le nombre des disciples décidés à mener la vie commune eut atteint la centaine, Pacôme construisit une église dans son monastère. Bientôt, à quelque distance de Tabenne, un second monastère dut se bâtir à Pebôou. Quelques années plus tard, on en comptait jusqu'à neuf. Pacôme se transporta alors à Pebôou. C'est là que se tinrent désormais les assemblées plénières. Ce fut le siège de la nouvelle congrégation.
Car c'est bien d'une congrégation religieuse qu'il s'agissait. Cha"que monastère formait comme une petite cité, entourée de murs. Plusieurs maisons s'y élevaient, comprenant chacune une quarantaine de moines, groupés suivant la nature de leur travail. On y distinguait des rues et des quartiers.
OrçanisatioQ
de la ri« c4nobiti^<3i
1. Dom Lbclercq, au mot cénobilisme, dans le Dkt. d'arch. chrét., t. II, col. 8092.
2. LucoT, Introduction à l'Histoire Lausiaque, de Palladius, i vol. in-12, Paris, Picard, 1912, p. iv.
3. En Occident, la marche sera différente. La vie cénobitique n'y apparaîtra que comme une étape vers l'anachorétisme. La règle carthusienne sera considérée comme un perfectionnement de la règle bénédictine. Les deux mouvements n'impliquent pas une contradiction de doctrine. En soi, la vie contemplative est le plus haut degré de la pertection ; mais elle a besoin d'être garantie par des institutions et de» probations protectrices.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGIISE
Premiers monastères de femmes.
Règle
de saint Pacôme.
Caractère
de cette règle.
Principales dispositions.
Développement prodigieux de la vie cénobitique
Le biographe de saint Pacôme raconte qu'un jour sa sœur vint le trouver et lui exprima son désir d'embrasser la vie parfaite. Pacôme lui dit : « Examine-toi, et, si Dieu t'appelle, mes frères te construiront, près du village, une cellule et un petit autel » Ce fut bientôt tout un monastère qu'il fallut construire, car plusieurs femmes pieuses se rangèrent sous la direction de la sœur de Pacôme. Telle fut l'origine des monastères de femmes en Orient.
La règle donnée par le nouveau fondateur à ses moines fut naturellement plus douce que celle que s'imposaient la plupart des ascètes. Désirant la rendre uniforme et accessible à tous, il fut obligé de tenir compte d'une certaine moyenne de force physique et de ferveur. L'austérité de la règle fut modérée. De plus, elle fut souple. « Ne savez-vous pas, disait le bon patriarche, que certains frères, surtout les plus jeunes, ont besoin de quelque relâchement et de quelque repos ? » Il disait aussi : « Laissez à la générosité de chacun l'initiative d'une mortification plus grande. Servez la table avec abondance, afin que chacun, suivant sa ferveur, se prive et progresse dans la vertu. » Palladius nous a conservé un résumé de la règle pacômienne : on permettait à chacun de s'alimenter suivant les besoins de sa santé. Les travaux étaient proportionnés aux forces. La nourriture se prenait dans un local unique. Quand tout le monde était sur le point de manger, on chantait un psaume. On mangeait en silence, la tête couverte du capuchon. Chacun devait apprendre par cœur le Nouveau Testament et être capable de réciter le psautier sans livre. Un noviciat de trois ans était imposé à celui qui se présentait pour être moine. Pendant ce temps, il était surtout appliqué à des travaux corporels. Les trois ans d'épreuve terminés, il était admis au chœur. Ils portaient tous, sur une tunique de lin, sans manches, retenue par une ceinture, un manteau de peau de chèvre et une coule à capuchon. Ils dormaient assis, un peu renversés en arrière, après avoir disposé sur eux une couverture *.
Palladius raconte que plusieurs monastères possédèrent bientôt des milliers de religieux 2. « Lorsque saint Athanase vint visiter, dans la Haute-Thébaide, ces nombreuses communautés, dont la fidélité lui semblait le principal boulevard de l'orthodoxie, saint Pacôme mena au-devant de lui une immense troupe de moines, tous chantant des
1. Palladius, Ilisloire Lausiaque, Irad, Lvcot, Paris, 191a, p. au-aao. s. Ibid., p. aao-a-Ji.
LA PAIX CONSTANTINIEXNE
hymnes., tous enflammés de l'esprit qui devait vamcre et enterrer toutes les hérésies. Ce fut comme la première revue de la nouvelle armée de l'Eglise '. m
Cette armée nouvelle devait bientôt trouver son emploi pour la défense de la foi et de la discipline. La paix constantinienne, en effet, n'avait pas écarté toute menace d'orage, La protection de l'Eglise par l'Etat, inaugurée par Constantin, n'était ni gratuite ni exempte de périls. Le transfert de la capitale en Orient pouvait devenir une occasion de schisme. Le siècle cjui avait vu naître Antoine et Pacôme avait vu paraître Arius. Les schismes et les hérésies seraient à l'avenir d'autant plus redoutables qu'ils pourraient espérer capter la bienveillance impériale. Mais le cénobitisme allait grandir. De l'Orient, il devait gagner l'Occident et couvrir le monde chrétien. C'est dans ses rangs que l'Eglise trouvera ses fils les plus dévoués. De saint Athanase à saint Augustin, de saint Augustin à saint Boniface, de saint Boniface à saint Grégoire VII, le monachisme lui donnera ses plus vaillants apologistes, ses docteurs les plus profonds, ses missionnaires les plus intrépides, ses plus grands papes.
Mission providentielle des moines.
MosTALEMBERT, les Moims d'Occident, t. I, p. 66.