F. Cavallera, Saint Athanase, Paris, 1908, p. 33l
Hist. géa. de l'Eglise. — I
Si
Le groupe de Palestine.
haiue pour les ascètes, la mélancolie, la tristesse, le souvenir des proches, la crainte de la mort, enfin le désir du mal, la torpeur dans la vertu et le bouleversement du caractère *. »
Hilarion et Pacôme, de 3o5 à 820, continuèrent l'œuvre d'Antoine.
Vers 3io, Hilarion avait fait de Gaza, ville de Palestine, un centre de vie éréinitique, sur le modèle de celui que saint Antoine avait établi en Thébaïde. « Hilarion, dit saint Jérôme, était originaire du Saint Hilarion. bourg de Tabatha, qui se trouve à cinq milles environ de Gaza, en Palestine. Ses parents étaient attachés à l'idolâtrie. Envoyé par eux à Alexandrie, il y donna bientôt, dans la mesure de son âge, des preuves évidentes de son talent et de son caractère. H se fit aimer de tous, et se montra habile dans l'art de la parole. Mais, ayant embrassé la foi en Jésus, notre Seigneur, il ne se sentit attiré ni par la frénésie du cirque, ni par les jeux sanglants de l'arène, ni par les spectacles lascifs du théâtre. Il ne se plaisait que dans l'assemblée des fidèles
(' Ayant entendu prononcer le nom, alors si célèbre, d'Antoine, il fut tout enflammé du désir de connaître le serviteur de Dieu. H prit le chemin du désert. Il passa près de trois mois avec le saint patriarche, à contempler sa vie si bien réglée et la gravité de ses mœurs... Puis il retourna, avec quelques moines, dans son pays. Ses parents étaient morts. Il partagea ses biens entre ses frères et les pauvres, sans en réserver rien pour lui. Ainsi dépouillé de tout, et revêtu des seules armes du Christ, il s'enfonça dans cette solitude qui, à sept milles de Majoma, s'infléchit vers la gauche, quand on se rend en Egypte. Un manteau de peau, que le bienheureux Antoine lui avait donné à son départ, et une saie de paysan recouvraient son corps délicat et frêle. Il se fixa dans une vaste et afl"reuse solitude, entre la mer et les marais, bornant sa nourriture à quinze figues sèches, qu'il mangeait après le coucher du soleil.
« Le démon essayait bien de chatouiller ses sens. Mais le jeune homme se frappait la poitrine à coups redoublés, pour chasser les pensées mauvaises en se meurtrissant ainsi. Il priait assidûment ; il chantait des psaumes. Il bêchait la terre. Il tressait aussi avec du
Sa vie au désert.
I. Saint Athanasr, Vie de saint Antoine, ch. 35-37. Cavallbra, op. cit., p. 33a- 333. « La règle qui porte le nom de saint Antoine est l'œuvre d'un moina d'une épot|ue poslûricure, qui en a pris les éK^nients dans la vie du saint, dans les ^rrils qui lui sont attribués et dans les sermons de l'abbé haïe. » Dom BfisK, .ui nu'l Antoine, dans le Ditl. de thi'ol., de Vacant.
LA. PAIX CONSTANTINIENNE
Ses miracles.
jonc de petites corbeilles, à l'exemple des moines d'Egypte, et conformément à la sentence de saint Paul : u Celui qui ne travaille pas ne doit pas non plus manger. »
Nombreuses furent ses tentations ; nombreuses les embûches que les démons lui dressaient nuit et jour. Mais nombreux aussi furent les miracles que Dieu lui fît la grâce d'accomplir : guérisons de malades, délivrances de possédés, apaisement des bêtes féroces K Le bruit de ses miracles et de ses vertus attira auprès de lui des foules de visiteurs, qui lui amenaient des malades et des démoniaques, ou qui lui demandaient seulement de les bénir. Mais lui, continue son biographe, « pleurait chaque jour, ^ se rappelant avec des regrets inconcevables la vie solitaire qu'il menait autrefois. « Je suis rentré dans le siècle, disait-il. Hélas 1 J'ai reçu ma récompense en cette vie ! » « Que d'autres admirent ses prodiges, s'écrie ici saint Jérôme, qu'ils admirent sa science et son austérité. Pour moi, ce q.-i me frappe de stupeur, c'est son mépris de la gloire et des honneurs. A sa retraite accouraient à l'envi les évêques, les prêtres, des troupes de clercs et de moines, beaucoup de dames chrétiennes, sans compter le menu peuple des villes et des campagnes. Là venaient aussi les puissants et les magistrats. Mais lui ne rêvait qu'à la solitude. » Il mourut à l'âge de quatre-vingts ans. « Sa poitrine conservait à peine un reste de chaleur. Et cependant, les yeux ouverts, il parlait encore : « Sors, que crains-tu, sors, mon âme, pourquoi cette hésitation .'^ Il y a près de soixante-dix ans que tu sers le Christ, et tu redoutes la mort ? » Il exhala Tesprit avec ces mots ^. »
Le genre de vie adopté par saint Hilarion et par les moines palestiniens qui se mirent sous sa conduite ne différait pas du régime suivi par saint Antoine et par ses moines égyptiens ; saint Pacôme fit faire un pas de plus à l'organisation de la vie monastique. C'est à lui que Ton doit la fondation, dans la Haute-Egypte, de la vie commune ou cénobitique ^.
Pacôme était né, non loin de Thèbes, aux environs d'Esneh *. Saint PacôBte. Incorporé, à vingt ans, dans l'armée impériale, il fut touché de la charité avec laquelle les chrétiens prodiguaient tes vivres indispen-
Sa mort.
Le groupe
de la
Haute-Egyptta
1. Voir ces miracles dans saint Jérôme, Vie d' Hilarion, traduction de P. de Labriolle, Paris, Bloud (Science et religion).
2. La traduction des fragments de saint Jérôme que nous venons de transcrire, est empruntée à M. P. de Labriolle, op. cit.