F. Prat, op. cit. p. 5o-6a
4. Le meurtre d'Etienne avait été censé la conséquence d'une émeute spontanée. Il Dc fut ni approuvé officiellement ni poursuivi par les autorités juives et romaines.
LA PREMIERE EXPANSION
avait été pour beaucoup dans ces hésitations. Il paraît aussi que le procurateur Ponce Pilate, depuis la concession lamentable qu'on lui avait arrachée au sujet de Jésus-Christ, se montrait peu disposé à en faire de nouvelles aux autorités religieuses de Jérusalem. Mais les événements qui survinrent au cours des années 36 et 87 permirent aux ennemis du nom chrétien de pousser plus loin leur audace.
Sur l'indication d'un imposteur, qui prétendait connaître et indiquer l'endroit où Moïse avait enfoui des vases précieux, des Samaritains s'étaient assemblés en grand nombre sur le mont Garizim. Pilate vit dans ce rassemblement, quelque peu tumultueux, un commencement de révolte, et fit impitoyablement massacrer ces malheureux. Il semble bien que le procurateur romain, cédant aux impulsions de son tempérament inquiet et sombre, ait dépassé, dans cette circonstance, la mesure d'une juste répression. Les princes des prêtres, qui le détestaient à cause du peu de bonne volonté qu'ils rencontraient en lui pour servir leurs rancunes, profilèrent de cette occasion pour le dénoncer au légat de Syrie, Vitellius. Lucius Vitellius, dont le fils devait occuper, sous le même nom, le trône impérial, apparaît dans l'histoire comme le type d'un vulgaire ambitieux. Pour le moment, il cherchait à gagner par tous les moyens la faveur des populations qu'il administrait. L'historien Josèphe raconte qu'une de ses premières mesures fut de faire rendre aux Juifs les vêtements pontificaux qui, depuis Hérode le Grand, étaient gardés dans la tour Antonia^. Le légat impérial accueillit avec empressement les réclamations des autorités juives, et manda Pilate à Rome. Celui-ci y reçut notification de son exil à Vienne, dans les Gaules. S'il faut en croire Eusèbe, le procurateur déchu y termina par le suicide son existence, qui, depuis la scène du prétoire, avait été étrangement tourmentée -. Sur ces entrefaites, la mort de Tibère, le 16 mars de l'an 87, et son remplacement par Caligula, ne firent qu'encourager les projets criminels des Juifs. La politique du nouvel empereur, avant que la folie n'eût altéré ses facultés, fut de rendre aux peuples d'Orient leur autonomie et leurs chefs indigènes 3. On savait aussi qu'il avait eu pour ami et pour compagnon de débauches Agrippa, frère d'Hérodiade. ViteUius installa, à la place de Pilate,
Il est dénoncé
au légat
de Syrie et
exilé par Tibère (36).
Avènement
de
Caligxila (37).
Sa politique.
1. Josèphe, Ant., 1. XV, ch. 11, n. 4 ; 1. XVIII, ch. iv, n. a. a. Eusèbe, Hist. ecclés., 1. II, ch. vu, édit. Grapin, t. I, p. i45. Cf. le mot PilaU dans le Dict. de la Bible, t. V, col 433.
3. Josèphe, AiU., 1, XVIII, ch. v, n. 3 ; Suétonk, Caius, 16.
Il restaure
• la
royauté juive
en la personue
il'llérode Agrippa (38).
Martyre de Jacques le Majeur (vers 43)-
Arrestation de Pierre (4a).
son ami Marcellus, tout acquis à sa politique. La situation fut surtout menaçante pour les chrétiens quand la faveur impériale eut restauré la royauté à Jérusalem en la personne d'Hérode Agripjja I"'. Le petit-fils d'Hérode le Grand s'appliqua d'abord, grâce à la protection deCaligula, à reconstituer territorialement le royaume de son aïeul. L'attitude rampante qu'il eut à l'égard de l'empereur Claude acheva sa fortune. Sa politique à l'égard de ses sujets Israélites ne fut pas moins honteuse. On vit ce vil débauché, pour gagner l'estime des prêtres, s'astreindre hypocritement à toutes les moindres prescriptions de la loi de Moïse ; et, pour capter la faveur populaire, faire remise aux habitants de Jérusalem du tribut que chaque foyer devait au roi *. D'un tel monarque, les chrétiens ne pouvaient attendre qu'une recrudescence de persécution.
La persécution cette fois s'abattit sur la tête d'un apôtre. Agrippa s'imagina-t-il que Jacques, le fils de Zébédée, était à la tête de la communauté chrétienne ? Il est vraisemblable que ce « fils du tonnerre » était un des plus ardents prédicateurs de la nouvelle foi. Le roi de Judée le fit mettre à mort dans des circonstances dont le détail ne nous a pas été rapporté. Nous savons seulement qu'il fut, non pas lapidé, suivant la loi juive, mais décapité, suivant l'usage romain *, Sa mère avait un jour demandé qu'il eût une place de choix dans le royaume messianique ; son martyre fut la réponse du Maître : Jacques, fils de Zébédée, fut le premier des apôtres qui versa son sang pour Jésus-Christ ^.
Les rancunes des Juifs et la haine d' Agrippa visaient plus haut.
Au milieu des fêtes de Pâques de l'an 42 *, la nombreuse foule des hiérosolymites pieux et des pèlerins étrangers venus à Jérusalem pour célébrer la grande solennité juive, apprit tout à coup que Pierre, le chef des Douze, venait d'être mis en état d'arrestation. Agrippa avait calculé les circonstances de cet habile coup de main, par lequel il faisait parade devant tous de son zèle pour la religion de ses sujets, tandis qu'il satisfaisait ses haines personnelles.
1, JosÈPHE, Ant., XXX, VI, 3.
a. Abdi\s, Hist. des apôtres, dit : « Cervicem spiculatori porrexit. »
3. Sur saint Jacques, lils de Zébédée, appelé communément Jacques le Majeur, voir Ermom, les Eglises de Palestine aux deux premiers siècles, dans la Rcv. d hist. eccU's., ae année, i8 janvier 1901, p. 16, et le mot Saint Jacques le Majeur, dans lo Dict. de la Bible.
4. Voir les raisons qui portent à adopter cette date, dans Fou.vrd Saint Pierre, p. 537-580,
LA PREMIERE EXPANSION
Le jugement solennel, et l'exécution qui s'ensuivrait, furent remis à quelques jours plus tard. L'astucieux monarque préparait sans doute quelque nouvel effet théâtral, capable d'impressionner les foules. Pendant ce temps, nous dit saint Luc, « l'Eglise entière s'étant mise en prière, ne cessait d'implorer Dieu pour son chef* ». Etroitement surveillé par quatre escouades, qui se relevaient de faction à chacune des quatre veilles de la nuit, lié par des chaînes aux soldats qui le gardaient, Pierre attendait, plein d'abandon à Dieu, l'heure de la délivrance ou l'heure du martyre, quand soudain une lumière éclatante remplit la prison. Pierre entend une voix : « Lève-toi promptement. » Les chaînes tombent de ses mains. Un ange est là devant lui sous une forme humaine. Pierre se demande s'il n'est pas le jouet d'une hallucination. Mais l'ange l'a prié de le suivre, et, marchant devant lui, l'a conduit jusqu'à la porte de fer de la prison, qui s'ouvre d'elle-même. L'apôtre est libre ! Il se dirige aussitôt vers une maison amie, où les fidèles se réunissaient d'ordinaire pour la prière commune : la maison de Marie, mère de Jean- Marc, et il raconte à la famille, stupéfaite de le voir, le miracle de sa délivrance. Puis il ajoute : « Allez porter cette nouvelle à Jacques et aux frères ^. »
Jacques, dont il est ici question, n'était autre que l'évêque de Jérusalem. D'après des récits qui paraissent très anciens, le fils de Cléophas et de Marie aurait été préposé au gouvernement de la métropole juive en [\2, lorsque les apôtres se dispersèrent pour prêcher au loin l'Evangile 3. H fut le premier évêque de la ville sainte *. Sa piété ardente, sa fidélité aux anciennes prescriptions de la loi, ses longues prières dans le temple et son esprit de justice, l'avaient rendu vénérable aux Juifs comme aux chrétiens. Le peuple l'avait surnommé le « Juste » et le « Rempart de la nation ^ ». L'apôtre Paul lui parlait un jour, avec joie, de tout ce que Dieu avait fait pour les Gentils ; Jacques lui répondit, avec une fierté nationale non dissimulée : « Tu vois, frère, combien de milliers de Juifs ont cru,
Sa miraculeuse délivrance.
Jacques
le Mineur
institué j)re^
mier évêque
de Jérusalem