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CHAPITRE III

ANTIOCUE.

LE PREMIER CONTACT DE l'ÉGLISE NAISSANTE AVEC LE MONDE GRÉCO-

ROUAIN (40-62).

La ville

d'Antioche

aux temps

apostoliques.

Son

paganisme

sensuel .

La ville d'Antioche, résidence du légat impérial de Syrie, pouvait compter, vers le milieu du 1*' siècle, un demi-million d'habitants. Bâtie par Séleucus, sur les bords de l'Oronte, dans un site superbe, elle avait été d'abord la capitale des rois Séleucides. Ceux-ci l'avaient embellie avec ce goût de décoration théâtrale qu'ils portaient dans la construction de leurs grandes cités. La domination romaine n'avait fait qu'ajouter à sa magnificence. Les ruines grandioses qu'il est encore aujourd'hui donné au voyageur de contempler *, font imaginer ce que pouvait être, par exemple, ce grand Corso, pavé de marbre et de pierres blanches, bordé d'hôtels somptueux, de monuments publics et de palais royaux, qui traversait la ville dans toute sa longueur. Tout, dans Antioche, l'opulence de ses habitants, enrichis par le commerce, le luxe de ses constructions, la beauté molle du paysage qui l'encadrait, favorisait le développement d'un paganisme sensuel. Le culte d'Apollon et des nymphes y déroulait ses longs cortèges. A huit kilomètres au couchant de la ville, les théories sacrées allaient à travers des bois de lauriers et de myrtes, par des chemins bordés de rosiers et de jasmins, vénérer dans son temple la statue colossale d'Apollon de Daphné, célèbre dans le monde entier *. C'est là que Julien l'Apostat essaiera plus tard, mais vainement, de ressusciter le paganisme frappé à mort.

I. Cf. OTTPniBD MûLLBH, AntiquUates ontiochenx , Gœltingue. 1889. a. Cf. II Match.. IV, 33.

LA PREMIERE EXPANSION

mêlée.

Dans un quartier retiré de la ville, un groupe d'Israélites, attirés. jadis par les Séleucides, qui avaient cherché par là à faire échec aux Ptolémées ^, pratiquaient dans toute sa pureté le culte du vrai Dieu. Plusieurs historiens croient même que la ville d'Anlioche fut le théâtre du martyre du saint vieillard Eléazar, des sept frères Macchabées et de leur héroïque mère ^.

Avec le temps, entre ces vrais adorateurs de Jéhovah et la foule Sa population des idolâtres, s'était formée peu à peu une masse indécise et mêlée : juifs hellénisants, plus ou moins imbus de mœurs païennes ; païens « craignant Dieu », attirés par la grandeur du monothéisme Israélite et l'espoir du Messie Rédempteur. C'est en passant par ces groupes intermédiaires que la propagande religieuse avait fini par atteindre les purs païens, ceux que saint Luc appelle les Grecs ^.

L'annaliste ajoute que « la main du Seigneur fut avec les missionnaires et qu'un grand nombre de personnes se convertirent au Seigneur * » .

Le bruit en parvint bientôt à l'Eglise de Jérusalem, qui, par la vision de Joppé et les circonstances qui avaient accompagné le baptême de Corneille, était préparée à comprendre et à accepter cette extension de l'apostolat. Les « frères » de Jérusalem envoyèrent donc l'un d'entre eux, Barnabe, à Antioche, pour s'informer de la situation.

Le lévite Joseph, surnommé Barnabe (Bar Nèbûâh, le prédicateur ou le consolateur) soit à cause de son zèle à prêcher la parole de Dieu, soit à cause de ses qualités d'amabilité et de serviabilité, qui le rendaient sympathique à tous, était déjà un personnage marquant dans l'assemblée des fidèles. Le livre des Actes nous apprend que, dès la première heure, il vendit un champ et en remit le prix aux apôtres pour venir en aide à la jeune communauté s. Quand Saul converti, mais encore suspect aux chrétiens, arriva à Jérusalem ^, c'est Barnabe qui le présenta à l'assemblée. Originaire de Chypre,

Le quartier

juif à AntiocLe.

Barnabe.

I. Le Camus, au mot Anlioche,da.nsle Dict. de la Bible, t. I, col. 681. a. S.Jérôme, Liber de situ et nom. loc, P. L., xxiii, col. 911; S. Augustim, Serm., I de Maccli., P. L., ixviii, col. 1379.

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