Acl., xm
de Jérusa.en»
contre la communauté d'Antioche.
Des esprits
malveillants
aigrissent
la querelle.
nouvelles chrétientés, Antloche était le centre, et Paul en paraissait le chef. Que devenait donc l'influence de l'Eglise mère ? Dans ces nouvelles communautés, les observances juives n'étaient point toutes observées : que faisait-on des traditions anciennes ? L'Eglise de Jérusalem s'était recrutée, pendant les derniers temps, par la conversion d'un bon nombre de prêtres et de lévites *, dont quelques-uns encore, mal dégagés de l'étroitesse de leur formation rabbinique, se montraient susceptibles à l'excès.
Sans doute, la voix de Dieu s'était fait entendre à Pierre à Joppé, à propos du centurion Corneille. Mais la situation était bien changée. Ce dont il s'agissait maintenant, ce n'était plus d'admettre un païen et sa famille dans l'Eglise, en dehors des observances légales; il s'agissait de savoir si on laisserait se former une sorte de fédération d'Eglises, ayant un centre et un chef, et paraissant entraîner les disciples de Jésus dans un mouvement tout autre que celui dont Jérusalem avait eu jusqu'ici la direction. Des prêtres juifs à demi convertis voyaient avec douleur la Ville sainte déchue de sa primauté, le temple abandonné, l'œuvre de Moïse rejetée. Leurs gémissements semblaient s'autoriser de l'exemple de leur chef, Jacques le Mineur, qu'on voyait si assidu à prier dans le temple, si exact à accomplir les prescriptions de la Loi *.
De telles angoisses s'expliquaient. Quelques années plus tard, l'assemblée de Jérusalem fera la part de ce qu'il y avait de légitime dans ces réclamations. Malheureusement, des esprits malveillants aigrirent la querelle. Paul et Barnabe avaient déjà percé à jour, lors de leur dernier voyage à Jérusalem, un groupe de « faux frères, introduits par surprise dans l'Eglise, afin d'y amoindrir la liberté apportée par Jésus-Christ ^ ». De ceux-ci, les uns étaient simplement de ces esprits étroits et obstinés, que rien ne peut détacher d'une conception une fois faite, d'un parti pris une fois embrassé ; d'autres furent des esprits jaloux et méchants, qui, en poursuivant l'apôtre, ses traces et ses œuvres avec une haine acharnée, semblaient vouloir poursuivre, dans le plus ardent de ses missionnaires, l'œuvre même de Jésus-Christ *.
I, Acl., VI, 7. Cf. ibid., XV, 5,
a. IIkgiôsii'pe, dans Elskbe, II. E,, 1. II, ch. xxiu ; Josèpub, Ant., 1. XX, cli.ii. 3. Gai., II, 4-
4 L'éculo de Tubingue ne se lroni|>e point en alTirmanl l'existence d'un parti tcharné contre saint Paul. Elle a seuleinoiit le tort d'attribuer, sans aucune prouve.
LA PREMIERE EXPANSION
L'orage éclata peu de temps après le retour de Paul et de Barnabe a Antioche, au lendemain de leur première mission.
Les deux missionnaires venaient de déclarer à leurs auditeurs que le moment était enfin venu de leur « ouvrir toutes grandes les portes de la foi ^ », quand des hommes, arrivés de Jérusalem, et prétentendant parler au nom des apôtres, se dressent devant eux. Saint Luc ne dit point leurs noms. Saint Paul les qualifie d'un mot difficile à traduire, et qui peut signifier à la fois la hauteur de leurs prétentions et l'insuffisance de leur autorité, uuepXîav àuôdToXoi, des « sur apôtres», ou des « apôtres de trop ^ ». a Sans la circoncision ordonnée par Moïse, répètent-ils, point de salut. » Ils réussissent à gagner à leur cause une partie des Juifs d'Antioche ; ils font sonner bien haut une prétendue mission, qu'ils tiennent, disent-ils, de l'Eglise de Jérusalem. Leur audace va plus loin. L'apôtre Pierre est là, au milieu de la nouvelle communauté d'Antioche ; il est venu pour suivre de près, dans une de ses phases les plus importantes, le mouvement progressif de l'Evangile. Si l'on ne peut songer à faire fléchir l'apôtre Paul, ne serait-il pas possible d'obtenir de Barnabe, qu'on sait doux et plein d'onclion, de Pierre, dont on connaît la bonté paternelle, quelques concessions, qu'on exploitera ensuite contre la tactique de Paul ? En même temps, on essaiera de retourner contre l'apôtre et sa doctrine les principales Eglises fondées par lui.
Depuis son arrivée à Antioche, Pierre, fidèle à la ligue de conduite qui lui a été révélée à Joppé, s'est librement mêlé aux païens convertis. On l'a vu s'asseoir à leurs tables, sans se préoccuper des mets qui lui sont servis. Les hommes de Jérusalem tâchent de lui persuader qu'une telle conduite scandalise les Juifs, met le
L'inoiJent d'Antioche
Attitude de Pierre.
et même contre les preuves les plus convaincantes, l'inspiration ou la direction de ce parti à saint Pierre et à saint Jacques. Nous savons quelle avait été l'attitude de saint Pierre sur la question de la conversion des Gentils, et nous verrons saint Jacques s'associer à la déclaration conciliaire qui désavoue la secte en question. Ceux que saint Paul appelle des faux frères, entrés par ruse dans l'Eglise, ne peuvent être des apôtres. Saint Epiphane suppose que le futur hérétique Gérinthe était du nombre de ces judaïsants sectaires. S. Epiphane. Hsereses, ixvi.