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CHAPITRE IV

BOME.

l'église naissante et le monde gréco-romain

Pendant que les institutions hiérarchiques, la vie chrétienne et le symbole de foi se développaient à Jérusalem, à Antioche et dans les chrétientés qui dépendaient de ces deux métropoles, les apôtres et les missionnaires, sous la direction de Pierre et de Paul, avaient élargi le champ des conquêtes évangéliques. Pierre, sans cesser de veiller sur les communautés chrétiennes du Pont, de la Galatie, de la Gappadoce, de l'Asie, de la Bithynie et de la Mésopotamie, avait fondé l'Eglise de Rome ; et Paul, après un voyage à travers l'Asie Mineure avait, lui aussi, abordé en Europe et prêché la bonne nouvelle à Philippes, à ïhessalonique, à Bérée, à Athènes et à Corinthe.

De cette nouvelle expansion du christianisme et de toutes celles qui suivraient, Rome devait être le centre et le rester toujours désormais : la capitale de la civilisation gréco-romaine allait devenir la capitale du monde chrétien.

Vue générale

sur l'expansioa

de l'Eglise

dans

le monde

gréco-romaia.

Si le christianisme était apparuaumonde juif, terrestre et charnel, comme un scandale, il se présentait au monde païen, plein d'orgueil et de volupté, comme une folie ^. Sans doute, au moment où Pierre entre à Rome, au moment où Paul harangue les Athéniens sur la colline de l'Aréopage, la vieille religion païenne de la Grèce et de

Etat religieux

du monde

païen.

l, Judaeis quidem scandalum, Gentibus autem stultitiam. (I Cor., i, a3.)

lo/i

Décadence de la vieille m^rthologie.

Invasion des cultes orientaux.

Caractères

de ces nouveaux

cultes.

Ils prânent

une

purification

toute rituelle.

Ils propagent l'irarnoralité

el le panthéisme.

Rome semble frappée à mort. L'empire, en nivelant, sous son administration protectrice, les peuples qu'il a conquis, a enlevé aux vieux cultes officiels, qui incarnaient en eux l'âme de la cité et de l'Etat, leur principale force ; la philosophie païenne, en se vulgarisant, a perdu de son prestige ; la confiance en Platon n'a pas moins baissé que la foi en Pallas Athénè ; et, dans le vide immense et douloureux qui s'est produit autour des âmes, des rives de la Méditerranée au Pont-Euxin, une sorte de fermentation religieuse a commencé à bouillonner. L'expression « ennui de vivre», tœdium vitas, passera avec Ulpien dans le langage sévère du droit romain *. Malheureusement la place laissée vacante par le vieux paganisme traditionnel est déjà prise. Les anciens cultes mystiques de l'Hellade ressuscitent. De l'Egypte, de l'Asie orientale, c'est comme une invasion de rites étranges, mystérieux, séduisants. Sous Caligula, vers l'an 38, le culte d'Isis a obtenu à Rome droit de cité. Après Isis, ce seront Adonis et Aphrodite de Byblos, Elagabal d'Emèse, le Baal de Dolichè et la Vierge céleste de Carthage, qui attireront les foules autour de leurs autels ; et les uns et les autres prépareront les voies à ce grand culte mithriaque, à cette adoration du dieu solaire, du Sol invictus, qui résistera le dernier à la religion de Jésus-Christ. L'empire de ces nouveaux cultes sur les âmes est. par un côté, plus puissant que celui des anciens cultes nationaux. Au peuple épris de fêtes, ils apportent les émotions de leurs processions tapageuses et de leurs épouvantes secrètes. Aux âmes tourmentées d'infini, ils ouvrent leurs mystères, ils font entrevoir, dans im au-delà bienheureux, on ne sait quelle fusion intime avec une inefTable Divinité, dont toutes les forces visibles ne sont que les aspects infiniment féconds et variés. On ne peut pas dire que l'idée de perfection morale soit tout à fait absente de cet effort vers la purification que les nouveaux mystères supposent ou doivent faire acquérir ^ ; mais cette purification est surtout rituelle, extérieure ; elle n'atteint pas le fond du cœur 3. Quelques âmes d'élite pourront trouver dans les mythes légendaires que ces religions propagent l'occasion d'un élan vers un monde divin ; mais, en réalité, ces mythes sont « les plus étranges et les plus obscènes de tout le paganisme* ». Tandis que les cérémonies

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