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Phii. m

LA PREMIERE EXPANSION

Il3

pas d'emprunter ses comparaisons à la vie, militaire ou civile, des citoyens de l'empire ^, il parera ses discours de vers d'Aratos, de Ménandre et d'Epiménide, et professera une admiration sincère pour la paix romaine et pour l'ordre impérial. Non point cependant que son idéal s'enferme dans un nouveau cadre. Sa pensée, débordant le cercle de l'empire comme celui du monde juif, n'aura pas d'autres bornes que celles de cette humanité pour laquelle son Maître est mort sur la croix : et son cœur s'ouvrira, — l'apôtre l'a dit, en paroles qui semblent avoir jailli toutes brûlantes de son âme embrasée d'amour, — « à tout ce qui est vrai, à tout ce qui est vénérable, à tout ce qui est juste, à tout ce qui est aimable, à toute chose louable et à toute vertu ^ ».

Il n'est pas certain que, dans sa première mission en Europe, Paul soit allé jusqu'à Rome ; mais ce dont on ne peut douter, c'est que, depuis la persécution déchaînée par Claude, Paul n'ait pas cessé, soit de vive voix, soit par écrit, d'y entretenir des relations. En 58, pendant son séjour à Corinlhe, il pensa que le moment était venu d'envoyer aux chrétiens de Rome, sous forme de lettre, le grand exposé doctrinal connu sous le nom d'épître aux Romains.

La seule énumération des vingt-quatre personnes que l'apôtre salue à la fin de cette lettre, est comme une évocation de la communauté chrétienne de Rome, telle qu'elle était au milieu du i" siècle. On y voit d'abord que, dès cette époque, un grand nombre des membres de l'Eglise romaine sont connus de l'apôtre, au moins par leurs noms, et qu'il y compte beaucoup d'amis. On constate en même temps que, depuis l'édit de Claude, la communauté chrétienne, d'abord recrutée sur place dans les juiveries et parmi quelques étrangers, au hasard des arrivages d'Orient, a fait comme une trouée hardie dans les plus nobles familles de l'empire. A côté de Juifs d'origine, tels que Prisque et Aquila, ou que les gens de la maison d'Aristobule, petit-fils d'Hérode, on y rencontre des Romains de race, comme Urbanus, Amphatus, Rufus, Junia, sans parler des

Epltre aux Romainf.

Composition de l'Eglise de Rome.

Progrès de l'Eglise

parmi les Gentils.

1 . Cf. Pkat, la Théologie de saint Paul, t. I, p, ao. a. Phii, IV, 8.

Hist. gén. de l'Eglise. — I

ll/i

HISTOIRE GÉNÉRALE DE l'ÉGMSE

Juxtaposition

do

l'élcment juif

et de l'élément

gréco-romain

duits

l'Eglise

de Rome.

Antagonisme

des deux

tendances.

Doctrine

de saint Paul

sur le salut.

gens de la maison de Narcisse, et des Grecs authentiques, tels que Phlégon, Hermès, Epénète, Philologue et Nérée ^

Nous n'avons aucun indice que, dans une assemblée composée d'éléments si disparates, des chocs douloureux se soient produits. Païens et Juifs, riches et pauvres fraternisaient en l'amour de Jésus- Christ. Il n'en est pas moins vrai que, de la juxtaposition de l'élément juif et de l'élément hellénique ou romain, des malentendus pouvaient naître. Le Grec et le Romain, fiers d'une civilisation matérielle dont on ne comptait plus les merveilles, et d'une culture intellectuelle dont ils sentaient la valeur, étaient naturellement portés à mépriser ce petit peuple juif, dont les pratiques rituelles semblaient si bizarres, dont la mission, en tout cas, paraissait finie. D'autre part, le Juif, non moins fier de son antique loi, qu'il tenait de Dieu lui-même, et des promesses faites à son père Abraham, se voyait avec peine mis sur le même pied que le Gentil au point de vue du salut. Paul avait une idée, qui lui était chère, qu'il appelait son Evangile, parce qu'il avait la conviction que Dieu l'avait chargé de la répandre et de la faire prévaloir. Cette idée, c'était que le paganisme sans la loi et le judaïsme avec la loi avaient également fait preuve d'impuissance, et qu'ils devaient l'un et l'autre céder la place à une forme supérieure de la religion par l'Evangile ; « de telle sorte que la religion du Christ, se substituant à la loi d'Israël et à l'erreur des nations, jetterait dans les filets de l'Eglise simultanément et Juifs et Gentils * ». C'est là toute la doctrine de l'épître aux Romains, « la plus importante et la plus fortement rédigée des épîtres de Paul, celle qu'on peut considérer comme le résumé de sa théologie 2 ».

« Devant Dieu, s'écrie l'apôtre, pas d'acception de personnes. Ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et ceux qui auront péché avec la loi seront condamnés d'après la loi... Mais voici que maintenant, indépendamment de la loi, la justice selon Dieu s'est manifestée, justice selon Dieu qui vient par la foi en Jésus-Christ... Plus de distinction entre Juifs et Gentils. Tous ont i)éché, et c'est gratuitement qu'ils sont justifiés au moyen de la rédemption qui s'est accomplie par le Christ Jésus *, » C'est dans

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