‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 1 sur 77 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

DEPUIS LA CHUTE DE L'ARIANISME, EN 378, JUSQU'À LA MORT DE THÉODOSE, EN 395.

Sr l'impiété trouve souvent des protecteurs parmi les puissances du siècle, la Providence y ménage aussi à la religion de solides appuis et de zélés défenseurs. Valens avait tout bouleversé dans l'église d'Orient : nous y verrons bientôt le calme rétabli par un empereur qui, avec autant de bonté et de droiture que le grand Constantin, eut moins de facilité, le discernement plus sûr, ou du moins plus conséquent et plus efficace. Tel fut le grand Théodose, qui, destiné à épurer la société chrétienne du mélange des idolàtres et à la guérir de la contagion d’hérésies non moins impies, avait besoin de qualités supérieures, ou mieux soutenues que dans le premier libérateur de l'Eglise, qui n’avait été chargé, pour ainsi dire, que de l'ébauche de cette grande œuvre. Le Seigneur, dans ses desseins de miséricorde, donna d’abord ce prince selon son cœur à l'Orient, où le mal était extrême, puis il le préposa au gouvernement de tout le monde chrétien.

L'église de Constantinople se trouvait dans l'état le plu: cplorable, depuis quarante ans que les Ariens y dominaient, sous deux empereurs hérétiques, dont l’un avait succédé à l’autre presque immédiatement. Une infinité de sectaires y dévastaient la bergerie du bon Pasteur; et le petit nombre des ouailles fidèles n'avaient point alors de guide à leur tête. Aucun certainement n'était plus propre-à recueillir ou à relevér ces ouailles désolées de la dispersion, que le sublime et profond docteur Grégoire de Nazianze. Sa vertu éprouvée, aussi bien que sa doctrine et son éloquence, lui avait acquis la plus haute réputation. Il était évêque, mais sans diocèse ; et il vivait dans la retraite, en Séleucie, près des chastes dépouilles de la première des martyres, sainte Thècle, pour qui il T. IL. ï

2 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 350] avait une dévotion particulière. Les catholiques de la ville impériale témoignèrent un vif désir de se ranger sous sa conduite; les évêques zélés applaudirent à leur empressement : mais Grégoire ne pouvait se résoudre à quitter les pieuses douceurs de la solitude, Il résistait aux sollicitations de ses meilleurs amis, qu'il accusait de trahir l'amitié, et qui, de leur côté, lui reprochaient l'inaction du serviteur inutile, à la vue d'une église exposée sans pilote au plus dangereux orage, tandis qu'il refusait de prendre le gouvernail.

I se rendit enfin, malgré toute sa répugnance et la faiblesse de sa santé, consumée d'austérités, d'infirmités et de vieillesse, Son corps courbé vers la terre, à ce qu'il nous apprend, ne semblait aspirer qu'à y rentrer; sa tête était entièrement dépouillée de cheveux, son visage et ses membres étaient aussi décharnés que ceux des cadavres. Mais l'humble orateur en cache soigneusement la cause honorable, qui était principalement sa pénitence. Cependant, ses vêtemens et sa manière de vivre n'annonçant que la pauvreté, le son même de sa voix ayant quelque chose de rude et d'un peu sauvage, il fut assez mal accueilli d'abord. Les Ariens, pleins de prévention contre la doctrine catholique, imaginèrent ou firent semblant d'imaginer qu'il adorait plusieurs dieux. D'ailleurs, fort attachés à leur évêque Démophile, génie souple et insinuant, ils ne pouvaient nommer sans horreur celui qu'ils regardaient comme son rival. Toutes les manœuvres familières à ces fourbes furent mises en œuvre contre l'homme apostolique. On le calomnia, on le dénoncça aux tribunaux; on échauffa tellement la populace contre sa doctrine et sa personne, qu'il s'en vit quelquefois poursuivi à coups de pierres. Mais la modestie, une douceur angélique, une modération inaltérable, avec le courage et la persévérance, triomphèrent de tout. Une fois persuadé qu'il était dans l'ordre de la Providence, rien ne put l'ébranler dans le dessein de suivre fidèlement la marche de ses vrais ministres, aussi constans à conserver leurs dignités dans la persécution, qu’enclins à les fuir quand on les leur décerne.

Il logea chez des parens qu'il avait à Constantinople, et ne vou lut être à charge à nulle autre personne, si toutefois il était possible qu'il incommodât ses hôtes; car sa vie était d’une frugalité inconcevable, et sa nourriture, conime il le dit lui-même, aussi peu dispendieuse que celle des oiseaux. Il sortait rarement, jamais pour des visites indifférentes, ni par esprit d'amusement ou par curiosité, dans une ville qui faisait la merveille de l'Empire, où tant de

& Or. 25.

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LAa 379) DE LRGLISE. — LIV: X. 3 spectacles et de monumens rards attiraient des étrangers de tout état et de tous les coins du monde. Rien ne pouvait produire un meilleur effet dans une église où la vie molle et dissipée des ecclésiastiques causait un dommage infini à la religion. Aussi la sagesse et la gravité des mœurs de Grégoire lui concilièrent premièrement l'estime, et bientôt après l'affection publique.

Comme les Ariens avaient usurpé toutes les églises sur les orthodoxes, il commença par rassembler les fidèles dans la maison où il logeait, et cette maison devint par la suite une église célèbre, qu'on nomma l'Anastasie ou la Résurrection, parce que le docteur y avait comme ressuscité la vraie foi. À peine eut-il fait quelques instructions, que son éloquence excita l'admiration de tout le monde. Son style élégant et facile, en même temps exact et serre; son imagination aussi brillante que féconde; son raisonnement juste et pressant, joint à une profondeur unique dans la science des Ecritures; voilà ce qui attirait les catholiques par un motif de piété, et, par l'appât du plaisir ou de la curiosité, les hérétiques de toutes les sectes, et les païens mêmes. Pour le mieux entendre, on forçait les balustrades qui environnaient le sanctuaire où il préchait; souvent on l'interrompait par des acclamations et des battemens de mains; on voyait dans tous les coins de l'édifice, des copistes occupés à transcrire ses discours tandis qu'il les prononcait.

Toutefois il combattait sans ménagement les erreurs régnantes; et ce fut alors qu'il fit les Oraisons qu'on appelle de la Théologie, où il expose d'une manière admirable la doctrine sublime de la nature de Dieu et de la trinité des personnes divines. On croit que ce sont ces pièces si sublimes, et si éloquentes malgré ia subtilité de la matière, qui lui ont acquis le surnom de T'héologien. Car c'est ainsi qu'on l'appelle communément dans l'antiquité, pour le distinguer des autres Pères du nom de Grégoire : titre éminent, que ce seul écrivain ecclésiastique a partagé avec le plus sublime des évangélistes. Mais, bien loin de donner dans l'écueil d'une téméraire curiosité, et de creuser indiscrètement dans la profondeur redoutable de l’Etre divin, son premier soin au contraire fut de réprimer la démangeaison périlleuse de dogmatiser, qui régnait alors généralement à Constantinople, et d’une manière tout-à-fait effrénée parmi les novateurs.

Vers le temps de ces glorieux et pénibles travaux, il eut à soutenir une autre épreuve, qui coûta infiniment à la sensibilité de son cœur. Son digne et constant ami, Basile de Césarée, termina enfin sa carrière, le premier jour de l’an 379, après que ses vertus eurent achevé de s’épurer par les contradictions et le ressentiment api-.

4 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 379) niâtre d'Eustathe de Sébaste. Jamais cet hérétique déguisé, ni ses adhérens, ne purent lui pardonner de l'avoir lié au corps de l'Eglise par une confession de foi si authentique et si claire, qu'il ne pouvait plus s'en détacher qu'avec un éclat aussi contraire au plan de cet hypocrite qu’à l'intérêt de sa secte. Mais tous les ordres de la hiérarchie, parmi les orthodoxes et tous les vrais enfans de l'Eglise, révéraient sincèrement le saint docteur quand la mort le leur enleva,

A ses funérailles, il y eut une telle affluence de toute sorte de personnes, que plusieurs furent étouffées dans la foule’, C'était à qui toucherait le bord de sa robe ou le lit sur lequel il était porté au lieu de sa sépulture. Les gémissemens interrompaient au loin le chant des psaumes; les païens et les Juifs se mêlaient avec les fidèles, et ne regrettaient guère moins qu'eux ce père commun de tous les indigens, Ses disciples, ses serviteurs même faisaient le récit de ses actions et de ses discours édifians; et, la dignité de la matière faisant oublier à tout le monde l’état de ces sortes de panégyristes, les assistans les plus illustres les écoutaient avec une attention respectueuse. En un mot, il n'est poiut d'exemple d’un tel attachement, ou d'une vénération pareille témoignée à aucune autre personne. Plusieurs la poussèrent jusqu'à imiter le saint dans les choses les plus indifférentes, dans sa manière de marcher, de manger, de se vêtir, et même dans quelques défauts extérieurs, tels que sa lenteur à parler. Mais on lui rendit aussitôt des honneurs d'un ordre infiniment plus relevé. On voit, dans le panégyrique qu'en fit peu après S. Grégoire, évêque de Nysse, son frère, que le jour même de sa mort fut changé en un jour de fête, avec des sulennités éclatantes. Les plus illustres orateurs s'exercèrent comme à l'envi dans un si beau champ, où l'amitié rendit aux talens supérieurs de Grégoire de Nazianze toute la pompe et la chaleur de ses plus belles années.

L'éloquent diacre d'Edesse, saint Ephrem, n'avait point attendu le trépas de Basile pour en consacrer la mémoire. A la vue de ses vertus et de toutes ses qualités merveilleuses, dans une visite qu'il lui rendit à Césarée, il fut tout-à-coup saisi de cet enthousiasme qu'il communique encore à ses lecteurs dans le récit qu'il en a laissé *. « Me trouvant, dit-il, dans une ville où je comptais me désaltérer aux sources pures de la charité, j'entendis ces paroles qui me saisirent d'étonnement : Léve-toi, Ephrem, et te repais du divin aliment qui nourrit les âmes.— Où le prendrai-je, Seigneur? répondisje avec inquiétude. La voix poursuivit ainsi, en faisant allusion au

4 Creg. Naz. Or. 30. —- * Cot. Mon, Gr.t.5,p. 58

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(Au 379) DE LÉGLISE. — LIV, X, 5 nom de Basile, qui signifie roi : Voila dans ma maison un vase royal quite fournira cette précieuse nourriture, Je me lève, je vais

"0 au temple du Très-Haut, j'entre avec respect sous les augustes por-

tiques, je porte avec empressement mes regards dans l'intérieur de l'édifice sacré, et j'aperçois dans le Saint des saints le vase d'élection d'où jaillissent les paroles de vie, majestueusement exposé devant les ouailles pures, dont tous les yeux, respirant une sainte avidité, étaient arrêtés sur lui. Je vis de toute part l'immense troupeau se repaître avec ardeur de la nourriture céleste ; je vis couler tout à l'entour des fleuves de larmes, tandis qu'il faisait monter des vœux ardens vers le ciel, comme un encens d'agréable odeur, et j'en vis descendre des torrens de bénédiction, Enfin, je vis les chœurs de ces anges terrestres étinceler des splendeurs de la grâce ; et ne pouvant plus résister à l'esprit qui s'empare de tous mes organes, je loue à voix haute la sagesse et la bonté de l'Eternel, qui honore ainsi ceux qui l'honorent. »

En effet, Ephrem donna publiquement des éloges à l'archevêque; “ ce qui causa desrumeurs dans toute l'assemblée, et fit dire à quel- MU ques personnes : « Quel est cet étranger qui loue ainsi notre évêque? 4. C'est sans doute pour en recevoir quelque libéralité, que ce mer- 1 cenaire le flatte de la sorte. » Il s'en fallait bien que le pasteur inter- | prétât de même la conduite d'Ephrem, le Seigneur ne dédaignant N pas d'inspirer à un saint ce qu’il convenait de penser d'un autre À saint. Après la célébration du saint sacrifice, Basile fit appeler cet | homme extraordinaire, et conversa long-temps avec lui', Il n’est pas question, dans les historiens de l'antiquité, de l'interprète que | certains modernes font ici intervenir sans raison: puisque Ephrem, en louant publiquement Basile dans l'église de Césarée, fut très- MO bien entendu par le peuple , il en parla sans doute la langue, et

“non le syriaque, dans lequel cette multitude devait être beaucoup 1) moins versée que son savant archevêque. « Etes-vous, lui demarida d'abord Basile, cet Ephrem qui honore le joug du Sauveur par la ferveur et la persévérance avec lesquelles il le porte? » L'humible Idiacre répondit : « Je suis cet Ephrem qui rampe à peine dans la (carrière du salut, » Le saint évêque l’embrassa et le fit manger avec lui. Il parut néanmoins étonné de la manière dont Ephrem l'avait

“WW loué publiquement, et il lui en demanda la cause. « C'est, dit

Ephrem, que je voyais sur votre épaule paraître une colombe d'une merveilleuse blancheur, qui semblait vous suggérer tout ce que vous disiez à votre peuple.» A toutes les autres questions qu'on Mput lui faire, il répondit avec un esprit, un fonds de jugement et:

TTheod, p. 81, Sozumn, p. 2%.

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de science, qui ne causa pas moins d’admiration au prélat que l'éminente vertu de son hôte.

S. Ephrem survécut fort peu à S, Basile : on croit qu il mourut environ un’ mois après lui. Il fit alors un discours qu'on nomme son Testament, où il défend de la manière la plus expresse de lui rendre aucun des honneurs qu'on faisait aux saints, de garder ses habits comme des reliques, de l’enterrer sous l'autel, ou même en aucun autre endroit de l'église. Il veut être mis, sans nul appareil, dans un coin du cimetière. Mais il recommande i instamment qu on fasse pour. lui des aumônes, des prières et des oblations, particulièrement le trentième jour après son décès; ces pratiques respectables étant répandues dès-lors dans toutes les églises *.

Neuf mois après S. Basile, mourut S'° Macrine sa sœur, dans.le monastère qu'elle gouvernait près la ville d' Ibore, de la province du Pont. Son frère, S. Grégoire de Nysse, s'y rencontra, comme il revenait d'un condile d'Antioche, auquel il avait iii cette année 379. Les moines qui vivaient sous la conduite deS. Pierre, un autre de ses frères à quelque distance de ces religieuses, vinrent, selon leur coutume, au-devant de l'évêque, bien qu’étranger dans ce diocèse, et les vierges l'attendirent dans l’église. Tous prièrent ensemble, puis l'évêque leur donna la bénédiction, après quoi elles se retirèrent modestement, sans qu'il en restât une seule pour lui parler : ce qui fit conjecturer à à Grégoire, sans doute parce qu'elles étaient voilées, que la supérieure n’était pas de leur nombre. Il se fit introduire chez elles, et trouva sa sœur dangereusement malade. Ils ne s'étaient point vus depuis huit ans, à cause de la persécution qui avait obligé Grégoire à quitter son pays longtemps avant la mort de Basile, leur frère commun. Le discours ne tarda point à tomber sur ce respectable objet de leur affectiôn, et Grégoire parut extrêmement attendri. Macrine, près de rejoindre son saint frère dans les cieux, où son âme paraissait déjà tout entière, consola celui qu'elle laissait en terre, par un excellent entretien sur la dignité de nos âmes, et le bonheur de la vie future. Le savant évêque de Nysse en fut si content, qu’il le rédigea depuis, et en composa un Traité de l’âme et de la résurrection, que nous avons encore : mais il a été corrompu, ainsi que quelques autres ouvrages de ce Père, vraisemblablement par les origénistes.

Tandis que Grégoire et Macrine s’entretenaient ensemble, ils entendirent entonner les psaumes pour la prière des lampes, c'est-à-dire les vêpres. La sainte envoya son frère à l'église, et se mit en prières de son côté. Le lendemain sur le soir, se sentant à

1 Mon. Gr,t 3.

[An 579] prélat que

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[An 359) DE L'EGLISE. — LIV. X. 7 la dernière heure, elle ne voulut plus s'entretenir qu'avec Dieu. La prière du soir ayant encore commencé, elle se mit en devoir de s’en acquitter, autant qu'elle le pouvait, fit d’abord le signe de Ja croix sur ses yeux, sur sa bouche et sur son cœur; le fit, à la fin de sa prière, sur son visage, et rendit aussitôt l'esprit en pous-. sant un grand soupir. Grégoire retint, pour préparer les funérailles, deux des principales religieuses, dont l'ane, veuve de distinction nommée Vestiane; et l’autre, la diaconesse Lampadie, qui, sous Macrine, conduisait la communauté. Il leur demanda si elles. n'avaient point en réserve quelques-uns des habits de l'abbesse, propres à parer son corps selon la coutume. Lampadie répondit en pleurant : « Vous voyez tout ce qu'elle avait : ce manteau grossier, ce voile qui lui couvre encore la tête, ces souliers usés; voilà toute sa richesse! » L'évêque fut réduit à l'orner de l’un de ses propres manteaux; les habits des deux sexes consistant alors en de. longues draperies, dont plusieurs convenaient indifféremment à l'un et à l’autre. Vestiane, en accommodant la tête, dit à S. Gregoire : « Regardez son collier. » Elle le détache par derrière, tire en même temps une croix et un anneau de fer que la.sainte -portait toujours sur son cœur, et les rrésente à l'évêque. « Partageons, dit Grégoire, ces précieux monumens de la pauvreté de Jésus-Christ : gardez la croix, et je retiendrai l'anneau; car j'y vois

aussi une croix gravée. — Vous n'avez pas mal choisi, reprit Ves-

tiane; l’anneau est creux à l'endroit de cette empreinte, et ren- ‘erme du bois de la vraie croix. »

On passa la nuit à chanter des psaumes, comme dans les fêtes . des martyrs. Le jour étant venu, comme il était accouru un peu-. ple infini, S. Grégoire le rangea en deux chœurs, les femmes avec les vierges, les hommes avec les moines. C'est le saint luimême qui, dans sa lettre au solitaire Olympius, contenant la vie. de S® Macrine, nous a transmis cet ordre de funérailles, que le respect de la tradition ne fera juger rien moins que minutieux’. L'évêque diocésain, nommé Araxe, se trouvait à la cérémonie avec son clergé. S. Grégoire et lui prirent par devant le brancard où la.

!} défunte était étendue sur un lit, et deux autres ecclésiastiques, (9 des principaux du clergé, le prirent par derrière, tous marchant

+ avec une majestueuse lenteur. Un double rang de diacres et d’au- | tres ministres précédaient le corps avec des flambeaux : ce qui

| marque l'ancienneté de l'usage de porter des cierges allumés en

plein jour, comme l’ancienneté du reste des cérémonies de l'Eglise. aux enterremens. D'une extrémité de la procession jusqu'à l'autre,

LVit, S. Mar. p. 208 et sea.

8 . HISTUIRE GÉNÉRALE LAn 379] on chantait des psaumes tout d'une voix. Arrivé à l’eglise, où le père et la mère de Macrine avaient déjà été enterrés, on fit les pere accoutumées avant d'ouvrir le tombeau. A l'ouverture,

évêque Grégoire eut soin de couvrir d'un drap blanc les corps ë son père et de sa mère; craignant de manquer au respect et à la piété filiale, en les exposant, défigurés par la mort, aux regards du public. Après quoi les deux évêques ensemble prirent le corps de Macrine, le mirent, comme elle l'avait toujours souhaité, à côte de S'° Emélie sa mère, et firent une prière commune pour l'une et pour l’autre. Enfin Grégoire se prosterna sur le tombeau, et en baisa la poussière.

Il eut, vers le même temps, la consolation de voir venger la gloire de son frère Basile, par la condamnation solennelle d’Eustathe de Sébaste, son calomniateur. Suivant le témoignage exprès de Socrate‘, ignoré ou mal rendu par plusieurs historiens, cet hérétique fut enfin anathématisé au concile de Gangres, métropole de la province de Paphlagonie. On dressa dans le même concile différens canons de discipline, dont le second nous montre qu'alors subsistait encore la défense de se nourrir de sang et de viandes suffoquées. Le reste des réglemens ne tend qu’à réprimer les abus introduits par Eustathe et par ses disciples. Ils consistaient principalement à condamner tous ceux qui mangeaient de la viande; à blâmer le mariage pour quelque raison qu'on le contractât ; à anibrasser la continence par horreur du mariage; à abandonner ses parens et ses enfans, sous prétexte de vie ascétique; à faire secouer le joug aux esclaves, sous lemême prétexte de piété ; à jeûner le dimanche et à mépriser les jours de jeûne établis par l'Eglise; à se retirer de la maison ae Dieu, et à tenir des assemblées à part pour y faire les fonctions ecclésiastiques, sans la présence d'un prêtre délégué par l’évêque ; enfin, à mépriser les plus saints usiges autorisés par la tradition, tels que les commémorations des martyrs et les offices célébrés en leur honneur. Ces différens abus, proscrits par les pères de Gangres, n'étaient qu'un reste du manichéisme, qui reprit bientôt vigueur sous le nom et par le crédit de Priscillien, et que nous verrons souvent reparaître dans la suite, sous des lornies nouvelles : tant l'esprit humain est porté à substituer ses nouveautés subtiles et souvent pénibles, à la noble simplicité de la foi ct de la morale évangélique!

L'antipape Ursin, quoique banni depuis long-temps, remuait encore par le moyen des clercs qu'il avait si illégitimement ordonnés; et plusieurs évêques, condamnés par le saint pape Damase,

“Lib, 1, c. 43.

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[An 379] DE L'ÉGLISE, — LIV. I. 9 se maintenaient dans leurs églises. Ces schismatiques, devenus plus hardis par la faiblesse ou par la connivence des magistrats, fomentaient la division, excitaient des troubles dont ils rejetaient tout l’odieux : :r les fidèles catholiques. Un des principaux agitateurs, l'évêque Parme, était d'autant plus dangereux, que placé presque aux portes de Rome, il ne cessait d'y intriguer, soit pour multiplier ses partisans, soit pour faire casser le jugement suprême qui l'avait condamné. Afin de remédier à ces désordres, il se tint à Rome un concile composé d'évêques de toutes les parties de l'Italie. Ils adressèrent une épiître aux deux empereurs Gratien et Valentinien, où ils remercièrent ces princes de ce qu'ils avaient concouru à la ruine du schisme d'Ursin, en reconnaissant que le pape devait juger les autres évêques : ils les priaient ensuite d'appuyer le réglement qu'ils venaient de dresser par rapport à ces jugemens et à la décision des affaires ecclésiastiques. En effet les deux empereurs ordonnèrent que quiconque prétendrait se maintenir dans son église contre un jugement pontifical rendu de concert avec sept, ou du moins cinq évêques, et que celui qui, étant cité au jugement des évêques, refuserait de s'y présenter, serait conduit à Rome sous bonne garde; que si le réfractaire se trouvait dans un pays trop éloigné, on renverrait son affaire au métropolitain ; et, s’il était métropolitain lui-même, qu'il se rendrait sans délai soit à Rome, soit devant les juges nommés par l'évêque de Rome, ou bien au concile de quinze évêques voisins; et qu'il n’y aurait plus moyen après cela de revenir contre le jugement‘.

L'empereur Gratien ne respirait que le bien de la religion et de l'Empire. Tous les historiens exaltent à l’envi le caractère de ce prince, doué aussi avantageusement des qualités extérieures que de celles de l’âme : grand, bien fait, beau de visage; mais de cette beauté modeste et' même un peu timide, qui annonce également la pudeur et la popularité ; l'esprit vif et solide, propre aux sciences comme aux affaires ; le cœur excellent, sensible, droit, tendant toujours au bien et au vrai. Ces dispositions naturelles avaient été cultivées par la meilleure éducation; son père Valentinien l'ayant accoutumé de bonne heure au travail et à la fatigue, à la vigilance, à la tempérance, à toutes les vertus de la vie privée et du gouvernement. Le poète Ausone lui avait appris les belles-lettres, et l'auguste disciple fut si reconnaissant, qu’il promut son précepteur, d’ailleurs très-capable, aux premières charges de l’em-

© Tom. 2 Conc. p. 1003.

10 HISTOIRE GENERALE [An 579) pire. ‘l'outefois on est fort surpris de trouver dans les poésies de l'instituteur d'un prince renommé particulièrement pour sa chasteté, mille traits licencieux qui annoncent dans Ausone des mœurs toutes païennes, quoiqu'on ne doute pas qu'il n'ait été chrétien.

Mais le plus grand service que Gratien rendit tout à la fois à l'Empire et à la religion, ce fut l'élévation de Théodose à la dignité impériale. Ce grand homme était espagnol de naissance, issu de la famille Ulpienne, aussi bien que l'empereur Trajan, à qui il ressemblait, tant pour la figure que pour les bonnes qualités de l'esprit, sans qu'il en eût les défauts. Son père se nommait l'héodose, et fut un des plus grands capitaines de son temps. Mais on le calomnia auprès de Gratien; et cet excellent empereur, par le seul défaut qu'on puisse lui reprocher, et dans lequel il ne tomba qu'en voulant faire diversion aux penchans plus dangereux pour son âge, perdit un sujet des plus essentiels à l'état. Tandis que le jeune empereur s’abandonnait à son goût pour la chasse et à l'inapplication qu’il occasione, le comte Théodose, accusé de vouloir usurper l'empire, demeura à la merci de ses jaloux calomniateurs, et fut condamné à la mort, qu'il souffrit en héros chrétien, après avoir demandé et recu le baptême. Son fils courut risque d’être en veloppé dans la proscription. Quoique très-jeune encore, il était déjà fort avancé dans le service militaire, et avait été pourvu du gouvernement de Misie, pour ses beaux faits. Il crut devoir céder à l'orage, quitta son gouvernement et se retira au lieu de sa naissance. Ce fut de là que Gratien, rendu à son bon naturel, et faisant céder toutes les appréhensions de la politique au bien de l’'Empire, le tira d'abord pour lui confier le commandement des armées, et bientôt après il partagea avec lui la souveraine puissance.

Cette association se fit à Sirmich, capitale de l'Illyrie occidentale, le 19 janvier de l’an 379. Théodose était alors âgé d'environ trente-trois ans. Outre ce qu'on appelait ordinairement l'Orient, il eut encore dans son partage l'Illyrie orientale, qui comprenait la Thrace avec toute la Grèce, et dont Thessalonique fut réputée capitale. L'Illyrie occidentale f ut réservée à Valentinien, avec l'Afrique et l'Italie : l'empire de Gratien comprit les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne.

Si Théodose remplit tous les devoirs imposés à sa reconnaissance par le don d’un empire, il ne répondit pas moins fidèlement. à ce qu'on attendait de sa religion et de la pureté de sa foi. Une. maladie dont il fut attaqué à Thessalonique, lui ayant fait désirer le baptême, il déclara hautement qu'il ne le voulait recevoir que d'un ministre orthodoxe. Il ne pouvait mieux tomber qu'entre les mains de l'évêque du lieu,S. Ascole, non moins distingué par l'é-.

[An 339]

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désirer oir que tre les par l'é-.

(An 380] DE L EGLISE. — LIV. X. 11 minence de sa vertu, que par son attachement extrême à la saine doctrine ‘. Le concours des peuples de la Macédoine et des évêques l'avait contraint de quitter.la vie monastique pour le gouvernement de cette importante église. Chéri et révéré de tous les plus dignes évêques de son temps, et surtout de S. Basile, il ne mérita pas moins la confiance du pape S. Damase, qui l'établit vicairs-#: apostolique dans les dix provinces de l'Illyrie orien ke k tive qui demeura long-temps à ses successeurs. Nonokfé jugés si favorables à Ascole, Théodose ne voulut s£g même, le fit appeler, et exigea de sa part une profgipn et précise de la foi catholique. Le saint protesta qu'ilavät toufOurs rofessé la foi de Nicée ; « Et j'en ai, dit-il, pour gantètoute la partie de l'Illyrie qui m'est soumise, et qui conserve ce TOUR: toute son intégrité, sans jamais avoir été infectée de l’arianismie. » Très-satisfait du prélat, et bénissant le Seigneur, Théodose reçut avec joie le saint baptème, qui, en effaçant ce que son âme pouvait avoir de souillures, sembla aussi lui conférer la santé du corps, qu'il recouvra peu de jours apres.

Mais ce fut pour ce prince religieux un sujet bien amer d'affliction, d'apprendre le triste état de l'Eglise, non-seulement dans quelques provinces de son empire, mais dans la ville impériale de Constantinople, où l’hérésie régnait avec plus d’insolence que partout ailleurs. Il consacra les prémices de son gouvernement au rétablissement de l'unité, afin d'arrêter à la source les progrès du mal. Tel fut le motif de la loi célèbre qu'il publia, peu après son baptême, en faveur de l'Eglise romaine, dont il indique la communion comme le signe le plus sûr de la catholicité. « Nous voulons, dit-il *, que tous les peuples de notre nbéissance suivent la religion que le prince des Apôtres enseigna aux Romains, et qu'on voit suivre à présent au pontife Damase et à Pierre, évêque d’Alexandrie ; en sorte que, selon les enseignemens apostoliques et la doctrine de l'Evangile, nous croyons une seule divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, sous une égale majesté et une Trinité sacrée. Nous ordonnons que ceux qui tiennent cette pure doctrine

rtent le nom de catholiques; que les autres, dont nous réprou-

«° vons l'impiété téméraire et insensée, soient appelés du nom infa-

mant d'hérétiques, et que leurs assemblées ne s’arrogent pas la qualité d'églises. » Cette loi est du 28 février 380. Le 27 mars suivant, il défendit de faire des procédures criminelles dans tout le cours du carême.

Bientôt néanmoins, malgré toute l’aversion de Théodose pour

2 Prosp. chron. an. 381. — * Lib. 2 C. Theod. de Fid, cath. lib, 16,

12 HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 380) les nouveautés impiés, il parut une secte nouvelle des plus corrompues, et son berceau fut ha patrie même de l'Empereur. Un certain Marc de Memphis apporta les rêveries des Manichéens, d'Egypte en Espagne, où il eut pour premiers disciples une femme nommée Agape, et le rhéteur Elpidius. Ces prosélytes en firent un autre ‘beaucoup plus important , dans la personne de Priscillien, dont la secte prit le nom ‘. C'était un homme distingué par la naissance et les richesses, d’un caractère affable et insinuant, parlant avec beaucoup de grâce et de facilité, laborieux et patient, frugal, désintéressé, d’ailleurs génie ardent et naturellement inquiet, léger et peu solide, gâté depuis long-temps par des études suspectes, par les plus dangereuses curiosités, et, comme on le disait, par l'exercice même de la magie. Avec ces dispositions, soutenues d’un extérieur modeste et composé, il vit bientôt à sa suite une foule de personnes du peuple, du sexe, de tout ce qu'il y avait d’imaginations faibles et de gens inconsidérés dans tous les états; en sorte que ces erreurs répandirent leur contagion avec une rapidité prodigieuse par toute l'Espagne, où elles infectèrent même beaucoup de versonnes notables, et quelques évêques.

De toute part on formait des conventicules, qui donnèrent lieu aux plus grands désordres. Ces fanatiques s’attroupaient de nuit, hommes et femmes, sans distinction et sans réserve, sans nul égard pour les bienséances. Prévenus que la prière leur tenait lieu de | tout, de quelque manière qu'ils la fissent, souvent ils priaient nus, tous ensemble, sans se mettre en peine de résister à l'emportement de. leurs passions, allumées tout à la fois par cette licence et par leur enthousiasme ; en un mot, c'était toute la corruption du manichéisme, réunie avec celle qui avait décrié, pendant trois ou quatre. siècles, les différentes sectes de Gnostiques. Mais tout était couvert d’un secret encore plus impénétrable que les ombres des réduits où ils se rassemblaient. La maxime la plus sacrée à la secte et à chacun des sectaires, c'était de nier toujours, de ne jamais révéler le secret, quelques mensonges et quelques parjures qu'il en dût coûter, ce qu’ils exprimaient par ce vers latin :

Jura, perjura, secretum prodere noli.

Toutefois ils ne purent tellement voiler ces horreurs qu'elles ne parvinssent à la connaissance d'Hygin, évêque de Cordoue, qui avait beaucoup de ces infâmes hérétiques dans son voisinage. L'évêque de Mérida seconda celui de Cordoue. Mais ces deux prélats, de caractère tout différent, étaient pareillement incapables de remé-

: Sulp. Sev. lih. 2 Jlist.

[Au 380) plus corromir, Un certain ens, d'Egypte nme nommée ent un autre Ilien, dont la \ naissance et nt avec beaugal, désintéléger et peu ctes, par les ar l'exercice un extérieur le personnes ns faibles et » ces erreurs ligieuse par e versonnes

inérent lieu nt de nuit, Is nul égard ait lieu de laient nus, portement ce et par on du mat trois ou s tout etait mbres des à la secte ne jamais ures qu'il

elles ne oue, qui age. L’eprélats, eremé-

[An 380) DE L'ÉGLISE. — LIV. X. 13 dier à ces désordres. Hygin, assez actif, mais faible, se laissa hon. teusement corrompre par ceux qu'il avait dénoncés le premier; et Idace de Mérida les attaqua avec tant de chaleur, qu'il les révolta

au lieu de les ramener. Après plusieurs disputes inutiles, il se tint un concile à Saragosse, où, avec les prélats d'Espagne, se trouvè-

rent ceux d'Aquitaine, entre autres S. Delphin de Bordeaux, et Fitade que l’on croit être S. Phébade d'Agen. L'ardent Idace ne manqua point de s'y rendre des premiers, avec un autre évêque du même caractère et presque du même nom que lui, savoir Ithace

de Sossube, ville d'Espagne que l'on ne connait plus.

Il ne nous reste de ce concile qu’un fragment qui paraît en être

la conclusion, et qui contient huit canons. Ils tendent tous à faire

cesser les pratiques différentes de celles de l'Eglise, et les bizarres singularités qui annonçaient l’hérésie. On défend de s’absenter de

l'église pendant le carême et durant la semaine qui précède Noël,

ainsi que dans les deux suivantes : ce qui fait juger que dès-lors il y avait au moins une semaine destinée à se préparer aux fêtes de Noël. On défend aussi de donner le voile aux vierges, avant l'âge de quarante ans; et c'est le plus ancien monument que l'on connaisse de la vie religieuse en Espagne. Si ce réglement concerne, outre les vierges qui restaient dans le sein de leurs familles, celles qui habitaient les communautés éloignées des périls du siècle, ce

e peut être qu'à raison de la nouveauté de ces pieuses institutions,

lque l’âge de la profession s’y trouve si différent de celui qu'approu-

vait S. Basile. Mais, cette forme de vie n'étant pas encore fort connue aux extrémités de l'Occident, les prélats, avant d’y admettre, croyaient sans doute devoir exiger des épreuves longues et extraordinaires.

Les Priscillianistes n'avaient point comparu au concile; mais ils

n'y furent pas moins condamnés. Ils prétendirent que ce jugement

était irrégulier, inique, ajoutant tout ce que les novateurs obstinés ont opposé à leur condamnation dans tous les siècles. Loin de se soumettre, ils accordèrent le rang d'évêque à Priscillien, et l’ordonnèrent pour le siége de Ladile, que l’on croit être Avila. D'un autre

H côté, Idace et Ithace poursuivirent les hérétiques avec une fermeté {plus profane qu'épiscopale ; et, par une méthode inouie, que blâme

} fortement Sulpice-Sévère dans son Histoire, ils recoururent à la

| justice criminelle pour les faire punir. Les novateurs cédèrent pour

D un temps; mais, à force d'intrigues et de sollicitations soutenues } de présens, ils trouvèrent des protecteurs à la cour de Gratien, et

| firent annuler tout ce qu'on avait statué contre eux. Ithace lui- 0 même d'agresseur devint accusé, fut qualifié de perturbateur des

églises, et s'enfuit épouvanté dans les Gaules. 1l se tint caché à

14 MISTOIRE GÉNÉRALE [An 380) Trèves, dans l'attente de quelque révolution, et tout prêt à saisir la premiere occasion de venger sa cause, que son étrange procédé ne l'empêchait pas de confondre avec celle de Dieu.

Quand Maxime, après avoir usurpé le titre d'embereur, fut entré triomphant dans cette ville capitale des Gaules, Ithace lui présenta aussitôt une requête contre Priscillien et ses sectateurs, Il y avait de fortes raisons à faire valoir, pour le fond de la cause, et c'était l'argent de la secte qui avait empêché de les écouter à la cour de Gratien, à qui l’on reprochait que l'avarice des favoris rendait tout vénal, sous le règne d'un prince entièrement occupe de ses amusemens. Cette allégation, si puissante sur’ l'esprit d’un rival, appuyée par un certain fonds de religion et d'équité dans

ime, lui ouvrit l'oreille aux réquisitions d'Ithace. Priscillien fut amené à Bordeaux, afin de répondre par-devant les évêques assemblés en concile; mais il appela lui-même au tribunal de l'Empereur, et « ils eurent la faiblesse, dit Sulpice-Sévère ‘, de déférer à l'appel, au lieu de le condamner par contumace, comme ils auraient dû le faire. »

On transporta à Trèves, où résidait la cour de Maxime, l’hérétique Priscillien, avec les principaux docteurs du parti, enveloppés dans l'accusation; et les évêques Idace et Ithace le suivirent, en leur indigne qualité d’accusateurs. Leur manière d'agir fut encore plus odieuse que ce personnage, et les eût fait prendre autant pour ses bourreaux que pour ses délateurs. Tous les fidèles qni avaient quelque idée de la douceur cléricale, en murmuraient hautement. Ils se scandalisèrent surtout de la conduite d'Ithace, qui se trahit alors en mille manières, ne montrant ni la piété, ni la régularité, ni la modestie et la maturité convenables à un évêque. Dépensier, homme de bonne chère, grand parleur et d'une insolente liberté dans ses paroles, il n’était pas moins libre dans ses jugemens et ses imputations irréfléchies : il traduisait, comme priscillianistes, tous ceux à qui il voyait des mœurs plus austères ou plus sérieuses que les siennes, et plus encore ceux qui n'applaudissaient point à son acharnement contre la personne des novateurs. La haute vertu de S. Martin, qui se trouvait à la cour pour y solliciter la grâce de quelques malheureux, ne fut pas épargnée, parce qu'il conjurait le prince de réprimer l’hérésie sans répandre le sang hérétique.

Maxime eut néanmoins les plus grands égards pour les remontrances du saint archevêque de Tours, tant qu'il demeura à Trèves. Mais la cour n’était pas l'élément d’un sisaint prélat. Il partit aussitôt qu'il eut rempli sa charitable commission, et Priscillien

5 Lib. 2, sub fin,

ut prêt à saisir range procédé

)ereur , fut en- Ithace lui préectateurs, Il y de la cause, et s écouter à la ce des favoris rement occupe r’l'esprit d’un d'équité dans ce. Priscillien nt les évêques bunal de l’Eme ", de déférer e, comme ils

axime, l’héréti, enveloppés virent, en leur.

at encore plus tant pour ses avaient quelautement. Ils se trahit alors vularité, ni la nsier, homme berté dans ses et ses imputaes, tous ceux euses que les it à son acharu de S. Mare de quelques ait le prince

r les remoneura à Trèlat. Il partit et Priscillien

[An 585] DS L'ÉGLISE, — LIV, X 15 fut condamné à mort avec ses sectateurs, après avoir subi la question. Ithace poussa l'indécence et l'inhumanité jusqu'à se trouver pré:«1' quand on la leur donna.

A l'époque des premiers éclats de Priscillien en Espagne, l'église de Constantinople fut de nouveau troublée par le schisme et les livisions. S. Grégoire de Nazianze continuait à prendre soin de ce roupeau désolé, sans toutefois s’arroger le titre de pasteur, et plu- Ôt comme missionnaire que comme évêque. Il n'avait que des tra-

vaux à recueillir, nulle espèce d'émolument temporel: mais les fruits spirituels et divins le soutenaient, quand ils devinrent, ainsi que ses incomparables talens , l’objet de la jalousie d'un prêtre, qui n'avait, pour les balancer, que le vil mérite de l'intrigue. Ceui-ci s’unit à un autre sujet plus méchant encore, appelé Maxime, hilosophe cynique des plus dignes de cette équivoque profession, uoiqu'il fût chrétien. Mais ce qui étonne ici davantage, c'est que, par l’artifice de ces deux hommes méprisables, ou par la simpliité qu'ont souvent les saints, du génie même le plus transcendant, e charitable docteur, interprétant tout en bonne part, devint le anégyriste des bizarreries de Maxime. « Il pratique, disait-il ', notre philosophie, sous un habit étranger ou plutôt figuratif, dont la blancheur nous peint la pureté de son âme. Il n’a de cynique que Ja propriété d’aboyer contre le vice, de caresser la vertu et de eiller à la garde des fidèles. » C'est ainsi que les cyniques s'appliquaient les diverses propriétés de l'animal dont ils empruntaient eur nom.

Cependant le protégé perfide ne tendait qu’à supplanter son pro-

ecteur.et à se faire patriarche en sa place. Il eut même assez d’a-

“WWresse pour engager dans son intérêt Pierre d'Alexandrie, suc-

resseur de S. Athanase, désigné par lui-même, dont il semblait H'ailleurs qu'on dût attendre une tout autre conduite, puisqu'il avait d'abord approuvé la mission de Grégoire, et lui avait donné es lettres pour l'établir sur le siége de Constantinople. Cepenlant Maxime ne put gagner, parmi les citoyens, que quelque parie du bas peuple, et surtout des mariniers, au milieu desquels il Put tumultueusement ordonné par des évêques envoyés d'Égypte. Alors on lui coupa ses longs cheveux, qu’il avait conservés jusqu’à e moment, et il passa ainsi sans nul intervalle, au grand scandale

du public, de l'état de cynique à celui d'évêque. Le souverain Ppontife, que les évêques voisins informèrent de ce qui venait de

e passer, blâma fortement les Égyptiens d’avoir ordonné un sujet

Squi portait, dans son extérieur seul, la preuve de son indignité. P ) ; gn

1 Or. 23.

16 HISTOIRE GÉNERALE [An 380] » Ses longs cheveux, dit le pontife, étaient manifestement contraires à la défense de S. Paul; et, avec son habit idolâtre, bien loin d'être élevé à l'épiscopat, il ne devait pas même passer pour chrétien. + Le corps du peuple et le clergé de la ville impériale furent également indignés de l'attentat de Maxime, qui, chargé de la malédiction générale, fut chassé de Constantinople.

Ces troubles pénétrèrent Grégoire d’une vive douleur. Résolu à quitter une place qui n'avait jamais eu d'attrait pour lui, il rassembla son peuple pour lui dire adieu. A la première proposition, toute l'assemblée se récria avec alarme, et ne voulut point entendre à tout ce qu’il s’efforça de lui représenter, Afin même de le fixer par un lien solide, on lui déféra unanimement le titre d'évèque de Constantinople, et on le conjura, les larmes aux yeux, de s'attacher à des enfans qui le révéreraient toujours comme leur digne père. Le saint était bien éloigné d'acquiescer à ces désirs, persuadé d’ailleurs qu'il ne lui était pas permis d'accepter ce siége, sans y être placé canoniquement par une assemblée d'évêqués. Tout ce qu'on put obtenir, c'est qu'il resterait jusqu'à ce qu'on eût pris des mesures pour la sûreté de la foi et la tranquillité de cette église. Ce fut là le premier soin de l'empereur Théodose, quand il se rendit enfin à Constantinople sur la fin de l'an 380. Il fit déclarer sur-le-champ à l'évêque arien Démophile, que, s'il voulait garder la chaire en paix, il eût à embrasser la foi de Nicée. Sur le refus de cé pasteur hérétique, on lui enleva les églises. Ainsi, le troisième jour après l’entrée de Théodose à Constantinople, les Ariens, dans toute l'étendue de là ville, furent chassés des lieux saints qu'ils possédaient depuis quarante ans, c'est-à-dire depuis l’usurpation d'Eusèbe de Nicomédie sur le saint ‘évêque Paul.

Théodose rendit au contraire de grands honneurs à l'évêque Grégoire, et le voulut installer luiimême dans la grande église. +Les citoyens applaudissaient avec de grandes acclamations, et s'écriaient que, pour mettre le comble au bonheur public, il fallait donner à Grégoire la qualité de patriarche. Les magistrats pressaient comme le peuple; et les femmes, oubliant leur réserve naturelle, le disputaient aux hommes par la vivacité de leurs cris et de leurs démarches. L'humble Grégoire, si alarmé qu'il n'avait pas la force de parler, leur fit représenter, pour détourner indirectement le coup, que ce n'était pas le moment de régler les affaires ; mais qu'on ne devait s'occuper, dans une si heureuse révolution, que d'actions de grâces envers le Très-Haut. Son extrême délicatesse, ou plutôt son aversion des dignités, lui faisait encore regarder l'acceptation du patriarcat comme peu régulière, en con-

[An 380] festement con- L idolâtre, bien me passer pour le impériale fuqui, chargé de ple. ; louleur, Résolu jour lui, il rasre proposition, julut point en- \fin même de le nt le titre d'évées aux yeux, de rs comme leur r à ces désirs, cepter ce siége, blée d'évèqueés.

isqu'à ce qu'on tranquillité de eur Théodose, de l’an 380. Il phile, que, s’il asser la foi de enleva les égliéodose à Conslà ville, furent quarante ans, die sur le saint

eurs à l'évêque grande église.

ations, et s’éublic, il fallait agistrats presur réserye nade leurs cris et é qu'il n'avait urner indirecer les affaires ; se révolution, trème délicaait encore relière, en con-

[Au 581) DE L'ÉGLISE. — LIV, X. \7 séquence du canon qui défendait à un évêque vacant d'occuper une L église vacante, sans l'autorité d’une concile légitime, Enfin il more 0 qua tant de chagrin, qu'on craignit de lui faire violence, et il ne 7 fut point institué ce jour-là. A V Il se laissa persuader ensuite que, dans le cas extraordinaire ou 0 l'on se trouvait, l'utilité de l'Eglise devait l'emporter sur les for- M mes, et mieux encore sur l'ordination irrégulière de Muxime.L'Em- M pereur le miten possession de la maison épiscopale et des revenus 7 du siége, qui passait pour très-riche. Mais, le gouvernement arien M n'ayant été qu'une déprédation, le saint évêque trouva tout duns 1 un dérangement déplorable, On lui conseillait de procéder d'a- “) bord au recouvrement par d'exactes recherches; un autre soin 47] lui parut beaucoup plus pressant. Les Ariens, quoique si mépri- M sables aux yeux de l'Empereur, ne laissaient pas que de conserver 0 dans l'état une partie de leur considération. Les Macédoniens se 07 trouvaient de plus en grand nombre dans la ville impériale ; les ©] Novatiens mêmes et les Apollinaristes y possédaient des églises. M 'Théodose se laissa persuader, par son sage pasteur, qu'il impor- | tait, avant toute chose, de chercher un remède à de si grands "maux. Le plus avantageux qu'on imagina, ce fut de célébrer un 7 concile de tous les évêques de l'Orient. Les Occidentaux ne furent (0 point appelés, tant parce que les hérésies en question étaient peu “ accréditées parmi eux, que parce qu'ils n'obéissaient point à Théodose, par les soins de qui ce concile se tint. & Quelques savans prétendent que le souverain pontife fut le pre- «\ mier mobile de la convocation. Ils fondent leur sentiment sur une | lettre des pères de Constantinople au pape S. Damase, où ils lui | disent, qu’en vertu de celle qu'il avait adressée à l'Empereur l'an- | née précédente, ils s'étaient assemblés dans la capitale de l'empire © d'Orient. Mais ces écrivains n’ont pas fait attention au passage décisif où Théodoret dit expressément que ces lettres des Orientaux | ne furent écrites à Damase qu'après le concile d’Aquilée, qui pré- * céda incontestablement le concile de Constantinople‘. Elles con- | cernaient directement la seconde assemblée, qui se tint peu après "07 la première dans la même ville de Constantinople, et qui ratifia tout © ce qu'on y avait fait; ce qui peut avoir contribué à la faire regarder | par la suite comme un concile œcuménique, sans que le pape eût influé plus particulièrement sur sa convocation. Quoi qu'il en soit, ce concile s'assembla au mois de mars de l’année 381. Il s'y trouva cent cinquante évêques orthodoxes, dont les plus connus sont S. Mélèce d'Antioche; Hellade, du grand siége de Césarée, vu

s Lib, v, c. 9.

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18 HISTOIRE GÉNÉRAIR (Au 581] il avait succédé à S. Basile; les deux frères du même saint, Grégoire de Nysse et Pierre de Sébaste, aussi honorés par l'Eglise ; $. Amphiloque d'Icône et S. Cyrille de Jérusalem. Les évêques d'Egypte et ceux de Macédoine arrivèrent quelque temps après ceux dont nous venons de parler, Théodose fit même admettre les évêques de la secte de Macédonius, dans l'espérance de les réunir irrévocablement à l'Eglise, et il yen eut trente-six des siéges voisins, la plupart de l'Hellespont. On avait tout lieu de bien auguror de leur foi, depuis la fameuse députation d'Eustathe de Sébaste vers l'Eglise romaine, Tout récemment encore, ils avaient communiqué avec les catholiques, sans.eondition et sans restriction, Nonobstant ces préjugés favorables, ils firent bientôt douter qu'ils eussent jamais procédé avec une droiture religieuse, ou du moins générale, On les entendit tout-à-coup déclarer, avec le dernier scandale , qu'ils admettaient plus volontiers le pur arianisme que la doctrine de la consubstantialité : après quoi ils se retirérent brusquement du concile, en éclatant de toute part contre la foi de Nicée, Depuis cet emportement des Macédoniens ou ‘ demi-Ariens, tolérés auparavant en beaucoup d’endroits, ils furent anathématisés par le concile, et généralement traités comme hérétiques notoires, Tout ceci arriva dès le commencement de l'assemblée.

C'était le patriarche d'Antioche, S. Mélèce, qui pour lors y présidait, et qui reçut de l'Empereur des témoignages extraordinaires d'estime et de bienveillance. Théodose, n'étant encore que général de Gratien, avait cru voir en songe un vénérable vieillard le revêtir du manteau impérial‘, Peu de temps après, il parvint effectivement, à l'empire. Quand les pères du concile vinrent le saluer en corps, il fut d'abord frappé de l'air majestueux de l'évêque d’Antioche, qui paraissait à leur tête; puis en le fixant il reconnut le vieillard mystérieux qui lui avait apparu, et dont les traits lui étaient restés profondément imprimés dans l'esprit : il courut à lui, l'embrassa plusieurs fois de suite, voulut baiser en particulier la main qu'il avait vue en songe lui présenter la couonne; puis il raconta publiquement la vision qu'il avait eue. Il le pria en même temps, ainsi que les autres pères, de chercher les meï!l:ur5 moyens de pacifier l'Eglise, et leur promit de les appuyer 4 1: 11° son autorité.

On commença par les affaires particulières de Constantinople. L'ordination de Maxime fut examinée et déclarée nulle : on déclara pareillement de nul effet tout ce qui avait été fait pour

SJhsoo: à

[Au 581] ne saint, Grés par l'Eglise ; . Les évêques e temps après e admettre les > de les réunir

des siéges voi-

de bien augustathe de Sére, ils avaient t sans restricbientôt douter gieuse, ou du r, avec le derpur arianisme oi ils se retie part contre

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{Au 58) DE L'ÉGLISE, — LIV, X, 19 Jui, où par jui, C'était une conséquence naturelle que l'institution ou la confirmation de S, Grégoire de Nazianze en cette place; le prince, qui ne parlait qu'avec admiration de sa vertu comme de son éloquence, témoigna la plus grande ardeur à ce sujet. Mais le saint n'aspirait qu'à la retraite; il résista de toutes ses forces, en conjurant avec effusion de larmes l'Empereur et les pères, de porter leur choix sur un sujet moing indigne. Plus il se rabaissa, plus son humilité inspira d'estime pour des vertus qui avaient une base si solide. On le pressa si fort, qu'il se rendit enfin, dans l'espérance de trouver plus de facilité, dans le titre de patriarche, pour la réunion des églises; en particulier pour terminer, de concert avec $. Mélèce, le long schisme d'Antioche, Il fut donc solennellement installé dans la chaire de la ville impériale, pu out le concile, à la demande de l'Empereur et du peuple.

Ce fui la dernière action de $. Mélèce, qui mourut immédiate. nent après, généralement révéré, et presque également chéri de tous les partis qui divisaient l'Eglise. Entre ses vertus, son admirable douceur faisait surtout dans les cœurs une impression dont on ne pouvait se défendre. Il avait été vingt ans patriarche d'Orient, le plus souvent persécuté pour la foi, et conservant, dans toutes les rencontres, une tranquillité d'âme inaltérable. Sa mort fut semblable à sa vie : il expira en exhortant ies fidèles à la charité et à la concorde. On le vit aussitôt honoré par la dévotion du peuple, qui appliqua sur son visage des morceaux de linges, pour les garder comme de précieuses reliques. Tous ceux des pères qui avaient quelque réputation d'éloquence s'exercèrent à faire son éloge. La suréminence de ses vertus le fit compter au nombre des saints par les Occidentaux mêmes , nonobstant les fâcheuses conjonctures de son pontificat, opposé aux prétentions de Paulin, pour qui l'Eglise romaine s'était déclarée".

Après la mort de S. Mélèce, le nouvel évêque de Constantinople , Grégoire de Nazianze, présida à la continuation du concile. Il crut que le schisme d’Antioche était à jamais terminé par cette mort, et qu'il ne faudrait que proposer aux deux partis orthodoxes de cette église, de se réunir sous l’obéissance du patriarche Paulin. Mis les jeunes évêques s'élevèrent contre cet avis sage, et réussirent même à gagner les anciens, sans avoir rien à dire contre les prétentions des Occidentaux, qui soutenaient Paulin, sinon que l'Orient devait l'emporter, parce que le Verbe fait chair y avait vécu. Grégoire eut beau leur remontrer que Paulin était fort avancé en âge, et qu'en le laissant seul dans le siége patriarcal, sa moît al.

1 Mat. Rom, 02 fub.

20 HISTOIRE GÉNERALE [An 58) Jait bientôt mettre fin au scandale de la scission, et les rétablir dans tous leurs droits. Les représentations furent reçues de plusieurs évêques, comme elles ont coutume de l'être par des gens animés qui n'ont rien de solide à répondre, On réduisit le saint au silence, et même d'une maniére si impérieuse et si mortifiante, qu'il commença à se retirer des assemblées où son zèle devenait inutile. Enfin il reprit la pensée de quitter le siége de Constantinople, qu’il n'avait consenti à garder qu'afin de procurer une union qui ne lui paraissait plus possible.

Cependant on élut un sujet estimable et digne de cette place éminente, s'il y fùt entré autrement, et s’il n’eût pas reconnu luimême la nécessité de la refuser, comme ï s'était engagé peu auparavant à le faire pour le bien de la paix. C'était Flavien, prêtre d’Antioche, qu'on a vu soutenir avec tant de courage cette église en péril, durant les exils de S. Mélèce. Mais Grégoire de Nazianze voyait perpétuer le schisme par cette élection : jamais il ne put se résoudre à l’approuver; bien moins à ordonner Flavien, comme on l'en pressa ‘. Dans ces fâcheuses conjonctures, survint un nouvel incident qui acheva de le déterminer à se démettre. On appela les évêques d'Egypte et de Macédoine, qui n'étaient pas encore réputés de l'église d'Orient, mais dont on jugea le concours nécessaire dans les circonstances. A la tête des Egyptiens, paraissait Timothée, patriarche d'Alexandrie, qui avait succédé à Pierre son frère, mort depuis peu. Pierre ayant été pour Maxime le cynique et contre Grégoire, Timothée se trouvait dans les mêmes dispositions. Les évêques d'Egypte, et ceux de Macédoine, qui prirent les sentimens des Egyptiens, se plaignirent de ce qu’on n'avait pas observé les canons, en faisant évêque de Constantinople un homme qui l'était d'un autre siége. La plainte n'avait qu’une fausse apparence de régularité, et le docte Grégoire ne manquait pas de raisons solides pour la réfuter. Il n'était pas évêque de Nazianze, où il n'avait que soulagé la vieillesse de son père dans ces fonctions; il n'avait jamais été pacifique possesseur de l'évêché de Sazimes, et n'occupait plus ce siége lorsqu'il était venu à Constantinople au secours de cette église abandonnée, et réduite à un point de désolation qui ne pouvait nullement flatter la cupidité. Par-dessus tout cela, ce titre qu'il avait refusé si long-temps et d'une manière si édifiante, il avait été contraint de l'accepter par le souverain, par le peuple et par un concile de tout l'Orient, qui avait droit d'expliquer et d'appliquer les canons, d'en dispenser même en cas de besoin. Mais comme il y avait peu d'intelligence entre les évè-

* Carm. 1, p. 95,

[Au 58) s rétablir dans s de plusieurs s gens animés int au silence, te, qu'il comyenait inutile.

mstantinople, ine union qui

le cette place s reconnu luiigagé peu aulavien, prêtre je cette église e de Nazianze is il ne put se avien, comme rvint un noure. On appela pas encore réncours nécesns, paraissait éde à Pierre axime le cynies mêmes dispine , qui priqu'on n'avait antinople un qu'une fausse quait pas de de Nazianze, es fonctions; e Sazimes, et antinople au point de dée. Par-dessus l'une manière le souverain, ni avait droit même en cas ntre les évè-

[An 381] DE L'ÉGLISE. — LIY. X. à:

ques nouvellement arrivés au concile et les Orientaux proprement dits, la prévention transforma des difficultés minutieuses en objections insolubles. e

Grégoire avait même l'estime et l'affection générale des deux partis; en sorte que les évêques arrivés les derniers lui protestaient en secret que c'était plutôt pour se maintenir contre des émules entreprenans, qu’ils se plaignaient, que péur lui subroger en effet un nouveau pasteur. Mais il soupirait trop après sa liberté, pour manquer une si belle occasion de la recouvrer : il reparut, après bien des absences, au milieu des pères assemblés, et leur protesta qü’il ne souhaitait rien tant que de contribuer à la réunion des esprits; puis, faisant allusion à l’histoire du prophète Jonas : « Si je vous suis une occasion de trouble, ajouta-t-il, jetez-moi dans la mer pour apaiser la tempête, quoique je ne l’aie point excitée. » Il alla sur-le-champ trouver l'Empereur, et lui dit : «Seigneur, je viens … vous demander une grâce bien plus désirable, à mon sens, que tout ce que sollicite l'ambition. Vous m'êtes témoin qu'on m'a fait malgré moi votre évêque; accordez à Grégoire de céder à l'envie, | ei daignez lui rendre un repos aussi convenable à son insuffisance qu'à son âge et à ses infirmités. Tout ce qui m'intéresse, c'est de me voir donner un successeur capable de défendre et d'honorer M la religion. »

Si l'héodose eut beaucoup de peine à se rendre, le penple et tous les gens de bien furent inconsolables, quand ils virent qu'on déférait à la demande du saint patriarche, et ils se retirèrent dans un morne silence, pour s’épargner la douleur de voir consommer : leur infortune, Ce fut saint Grégoire qui se trouva réduit au rôle … de consolateur. A cet effet, il fit, en présence des pères du con- * cile, cet adieu célèbre qu'on a précieusement conservé, comme un des plus beaux monumens d'élequence en ce genre‘. Dans ce discours, le saint rendit compte de son administration et de sa doctrine; et, afin de contribuer autant qu’il était en son pouvoir à la réunion des esprits, il montra qu'il était indifférent de dire une seule ou trois hypostases, pourvu que le sens de ce mot fût nettement déterminé.

Après la démission du saint patriarche, il fut question de lui donner un suceesseur, On élut pour cela le préteur Nectaire, vieillard vénérable par son extérieur et son illustre naissance, chéri de tout le monde pczr son bon naturel, sa popularité et sa grande douceur. Mais, loin de se trouver disposé à l'épiscopat, il n'avait pas encore recu le baptême, Voici comment s'exécuta cette pro-

! Or. 32.

a. en OI CENT tames

22 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 58] motion singulière. Comme Nectaire était natif de Cilicie, il voyait souvent Diodore, métropolitain de cette province. Ce prélat, roujant dans son esprit les différens sujets qui pouvaient convenir au siége tout nouvellement vacant de la ville impériale, se mit fortement dans l'imagination que Nectaire le remplirait dignement. Il communiqua son idée à Flavien, déjà évêque d'Antioche, et qui ne fit qu'en rire. Mais quand Flavien se trouva seul, la singularité même de cette conception la lui rappela à diverses reprises, et produisit enfin de l'impression sur son esprit‘.

Sur ces entrefaites, l'Empereur fit dire aux prélats de proposer par écrit les sujets qu'ils trouveraient dignes du siége de Constantinople, se réservant d'en nommer un entre ceux qui seraient proposés. Chacun fit sa liste ; et comme le patriarche d'Antioche faisait la sienne, l'étrange idée de Diodore de Tarse lui revint encore, et il mit le nom de Nectaire au bas de la liste. L'Empereur, au premier COUP, d'œil, fut frappe de ce nom : il parcourt diverses fois tous les autres, tenant le doigt écarté sur celui-ci, revient à Nectaire, et se détermine enfin pour lui. Tout le monde fut extrèmement surpris; et plusieurs évêques représentèrent qu'il n'était pas baptisé. L'Empereur persista dans son choix : le peuple demandait aussi Nectaire avec empressement. Le concours de toutes ces particularités fut pris pour un signe de la volonté divine. Ainsi Nectaire fut aussitôt baptisé, et portant encore l’habit blanc des néophytes, déclaré évêque de Constantinople, du commun consentement de tous les pères du concile, sans en excepter S. Grégoire de Nazianze, qui concourut à l'élection. Après quoi, Théodose envoya vers Je souverain pontife pour demander ses lettres formées et confirmatives.

Le concile, présidé en premier lieu par S. Mélèce, ensuite par S. Grégoire de Nazianze, et depuis sa démission, par Timothée d'Alexandrie, le fut enfin par Nectaire : ce qui fait présumer qu'il y eut un assez bon nombre de sessions, quoiqu'on en ignore l’état et la suite, ainsi que le temps précis où l’on dressa les décrets dogmatiques et les canons de discipline.

Quant à la foi, on déclara que le Symbole de Nicée en serait toujours la règle. Mais comme, depuis ce concile œcuménique, compté pour le premier, en tirant de l’ordre commun celui des Apôtres à Jerusalem, il s'était élevé de nouvelles hérésies touchant Ja troisième personne de la Trinité et l'incarnation de la seconde, on dressa un nouveau Symbole, en explication du premier; et c'est celui qu'on chante encore aujourd'hui dans la liturgie de la

» Theod, v.$,

[An 581] Dilicie, il voyait Ce prélat, rouent convenir au le, se mit forterait dignement, d'Antioche, et va seul, la sin- | diverses repririt ‘.

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e, ensuite par par Timothée présumer qu'il n ignore l’état sa les décrets

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Lao 581] DE L'ÉGLISE. — LIV. X. 23 messe. Les Apollinaristes devenus très-fameux , comme on l’a fait remarquer, soutenaient opiniâtrément que la RAfUrÉ humaine n'était pas en Jésus-Christ, au moins qu'elle n’y était pas entière ; qu’il Mn'avait point d'entendement humain, mais seulement la chair, c'est-à-dire, comme ils l'expliquaient, le corps et l'âme sensitive, Met que la divinité y tenait lieu d’entendement. Ils erraient même sur la chair du Sauveur, en disant que son corps était descendu du ciel, par conséquent d’une autre nature que les nôtres, et qu’il s'était anéanti ou dissous après sa résurrection ; en sorte que Jésus Vavait été homme, plutôt en apparence qu'en "Rte, Ces égare- * mens d’ Apollinaire furent d’abord condamnés avec réserve, c’est-à- Aire, qu'en censurant ses erreurs on ne faisait pas mention de sa à ï ersonne , parce que, les plus illustres docteurs de l'Orient étaient prévenus d’une gre ande estime pour lui. Ayant enfin causé tant de scandale, qu'il n'y avait plus moyen de mettre son honneur à couvert, il fut condamné nommément, dans un concile tenu à Rome “quatre ans avant celui de C onstantinople. Mais les Orientaux crurent devoir imprimer une flctrissure particulière à à la nouvelle hé- “résie, dans les contrées où elle se répandait davantage. Tel fut le ‘motif des pères de Constantinople, pour faire une addition au | Symbole de Nicée.

Ce Symbole, en parlant de l'incarnation du Fils de Dieu, se contentait de dire : Il est descendu des cieux, s’est incarné et fait “homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux 4 cieux, et viendra juger les vivans et les morts. Celui de Constantide Lople dit : qu'i est descendu des cieux; s’est incarné, par le Saint- Esprit, de la vierge Marie, et s'est fait homme; qu il a ete crucifie pour NOUS SOUS Ponce-Pilate, a souffert et a ète enseveli, est resnié le troisième jour, suivant les Ecritures, est monté aux L cieux, est assis a la droite du Père, et viendra de nouveau juger dans sa gloire les vivans et les morts; et que son royaume n'aura { point de De Touchant la troisième personne de la Trinité, le Symbole de Nicée n'exprimait sa foi que par ces deux bts : Nous . croyons au Saint-Esprit. Le Symbole de Constantinople ajoute, à - cause des Macédoniens : Nous croyons au Saint-Esprit, qui est : aussi Seigneur et confére la vie, qui procède du Père, et qui, avec … le Père et le Fils, reçoit les mêmes adorations et une méme gloire » … et qui a par le par les Prophetes. Pour tous les hérétiques en gc- 4 néral il ajoute : Vous croyons en une seule Eglise, sainte, catholi. F. que et apostolique; nous confessons un seul bopione pour la rérais- … sion des péches ; ; nous attendons la résurrection des morts, et la vie … du siècle à venir. Le commencement des deux Symboles est abso- & lurent le mème,

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24 HISTUIRE GÉNÉRALE (An 581]

Après les articles de foi, on dressa les canons de discipline. On marqua d'abord la distinction des provinces ecclésiastiques et les priviléges des principales églises. Ici, l'on statue que les affaires de chaque province se régleront au concile de cette même province, et que si l'assemblée provinciale ne suffit pas, à cause de l'importance ou des difficultés de l’objet, les parties intéressées s'adresseront à un plus grand concile, formé de tout le diocese, c'est-à-œre, dans le style usité de nos jours, du patriarcat, ou de la primatie, Ce canon ne fait plus mention d'appel au pape; la chose ayant été suffisamment réglée dans les-statuts généraux de Sardique, auxquels ce concile de Constantinople, qui n’était d’abord que particulier, ne peut être censé déroger par son silence, quoi qu'en puissent dire ceux qui hasardent, sur cette preuve purement négative, une conjecture de cette importance, Mais elle est évidemment démentie par des faits postérieurs, notamment par celui de S. Jéan Chrysostôme, évêque de Constantinople même. Ce qu'on prétendait‘empêcher par le sixième canon, c'était de recourir, en matière incompetente, à l'empereur ou à ses officiers, au mépris de tous les évèques du diocèse, suivant les expressions du concile.

A l'occasion de ces principes du régime ecclésiastique, on voit toute la constitution de l'Eglise orientale, premièrement, les deux patriarcats primitifs d'Alexandrie et d’Antioche, avec des droits bien différens. L'évêque d'Alexandrie avait le gouvernement de toutes les églises de l'Egypte, de la Libye et de la Pentapole : celui d'Antioche ne jouissait que de quelques priviléges, de juridiction néanmoins ainsi que d'honneur, et les mêmes précisément qu'on avait reconnus à Nicée; car le concile de Constantinople ne prétendait rien établir de nouveau, mais simplement confirmer les anciennes coutumes. Le gouvernement ecclésiastique de l'Orient proprement dit, ou de la Syrie, dont Antioche était la capitale, est attribué aux évêques orientaux en général, entre lesquels on compte plusieurs métropolitains. Les premiers prélats des trois autres régions de l’église orientale, nommées diocèses dans le sens que nous avons déjà dit, et beaucoup plus étendues que ce qu'on nomme aujourd'hui de la sorte, savoir l’Asie, le Pont et la Thrace, prirent dans la suite le titre d’exarques. Celui de l'Asie était l'évêque d'Ephèse; celui du Pont, l'évêque de Césarée en Cappadoce, et celui de la Thrace, l'évêque d'Héraclée, dès-lors effacé par l'évêque de Constantinople. Le concile accorde même le pas à l'évêque de la ville impériale qu’il appelle la nouvelle Rome, immédiatement après l'évêque de l’ancienne : et tel est le troisième canon, ke plus fameux de tout le concile.

[An 581} le discipline. On fsiastiques et les que les affaires ette même propas, à cause de rties intéressées tout le diocèse, riarcat, ou de la u pape ; la chose néraux de Sarditait d'abord que ence, quoi qu'en e purement néais elle est évimment par ce- Loplé mème. Ce c'était de recouses officiers, au expressions du

istique, on voit ement, les deux avec des droits uvernement de entapole : celui , de juridiction cisément qu'on tinople ne prét confirmer les que de l'Orient ait la capitale, tre lesquels on rélats des trois ses dans le sens s que ce qu'on itet la Thrace, A sie etait l’évéen Cappadoce, effacé par l’éle pas à l'évéme , immédiaisiéme canon,

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À fau 391] DE L'ÉGLISE, — LIV. X, 25 JIlne paraît toutefois conférer à ce siége aucune juridiction nouvelle, si ce n’est peut-être sur la Thrace : mais les suites de 4 cette attribution d'honneur ne tardèrent pas à se développer de la manière la plus grave. Ainsi, au lieu d'une simple distinction, l’évêque de Constantinople s’arrogea en assez peu de temps une juridiction des plus absolues , tant sur l’Asie-Mineure que sur toutes

UN les provinces de l'Europe soumises à l'empire d'Orient. Avant cela,

} tout ce que l’on comprenait sous le nom d'Illyrie orientale ou occidentale, avec le reste de l'Europe et l'Afrique, était du pa- “ trinrcat de Rome. ; On ne voit personne qui ait assisté au concile de Constantinople, de la part du pape ni des Occidentaux. Suivant Baronius, le Siége apostolique y avait envoyé une profession de foi avec les "7 anathèmes contre les hérésies de l'Orient, et l’on en tira la plu- 1 part des décisions : mais, sans nous arrêter aux preuves que le su- © vant Baronius apporte à l'appui de sa proposition, le but qu'il veut * atteindre nous paraît d'ailleurs bien fixé et hors de contestation. Le Ÿ consentement subséquent du souverain pontife, qui n'est pas douteux par rapport aux décrets dogmatiques de ce concile, leur donna | tout le poids qui pouvait résulter d'une convocation ordinaire À et d'une autorisation formelle. Voilà pourquoi il est reconnu pour ! concile universel, et compté pour le second œcuménique. 7 Tout étant statué, les évêques prièrent l'Empereur de donner » un édit pour appuyer leurs ordonnances, « afin, lui disaient-ils, * de mettre le sceau à nos résolutions. » fl ne faut pas se mépren- | dre sur la portée des termes que les Pères ont employés. On | a toujours entendu qu'il ne s'agissait ici que de procurer l'exécu- ? tion des canons dressés par la puissance ecclésiastique, et que si l'Empereur, en qualité de protecteur de l'Eglise et de concert avec elle, pouvait faire célébrer des conciles, ce n’était point à lui d’apposer, dans la rigueur des termes, le sceau à leurs décisions. Théodose ‘ordonna de livrer sans délai toutes les églises aux évêques qui, confessant la sainte Trinité, reconnaîtraient une seule divinité en trois personnes, et seraient unis ée communion avec Nectaire de Constantinople nommé ici comme dernier prél sident du concile, Timothée d'Alexandrie, Amphiloque d’Icône, … prélat d’une grande sainteté et d’un grand poids, et avec les autres évêques non moins distingués par la pureté de leur foi que par la dignité de leurs siéges. « Quant à ceux qui ne tiennent pas la »* même doctrine que ceux-ci, porte le rescrit en termes exprès, » chassez-les de leurs églises, sans qu’elles puissent leur être ren- » dues à l'avenir, afin que la foi de Nicée demeure inviolable, » L'exécution de ces ordres est commise au proconsul d'Asie, selon

la forme ordinaire des rescrits impériaux, qui se désignaient toujours un ministre particulier. On choisit ce gouverneur, parce que sa province était la plus infectée des erreurs macédoniennes, qui faisaient l'objet capital de l'animadversion du concile.

Il y eut en même temps plusieurs autres lois en faveur de la religion. On déclara les Manichéens incapables de rien donner ou recevoir entr'eux, par testament ou autrement, et on leur défendit de tenir des assemblées, sous quelque nom qu'ils se pussent déguiser, La peine de mort fut même prononcée contre ceux qui prendraient le nom de Saccophores, d'Encratites, ou d'Hydroparastes.

in changeant ainsi de nom, ces vicieux sectaires tentaient de se dérober au mépris et à l'horreur qu'excitait la corruption de leurs maximes et de leurs observances. Ils se nommaient Saccophores ou porte-sacs, à cause de leur extérieur pauvre, négligé, et d’autant plus imposant qu'ils avaient plus devices à masquer; Encratites ou continens, parce que, dans leur libertinage monstrueux, ils condamnaient le mariage; Hydroparastes enfin, ou Âquariens, parce qu’ils blâmaient tout usage du vin, jusque dans l'Eucharistie, où ils n’employaient que de l’eau. Ces fanatiques parurent si dangereux et si ennemis du bien public, que le prince chargea Florus, préfet d'Orient, d'instituer des inquisiteurs pour leur recherche. C'est le premier monument où l'on trouve dans les lois le nom d'inquisiteur contre les hérétiques.

Depuis le règne de Constance, on avait laissé le paganisme fort tranquille par tout l'Orient. Les superstitions les plus impies se perpétuaient, s'augmentaient même en bien des endroits, au grand déplaisir des fidèles, et avec scandale pour les faibles. Sur la fin de l’année 381 , Théodose, en attendant que la prudence permit de fermer tous les temples des idoles, défendit, sous peine de proscription, les sacrifices de jour et de nuit. Par un édit de la même année, il Ôta à tous les Chrétiens qui se feraient païens, la faculter de tester, et il cassa leurs testamens précédens,

Dans la partie de l'Empire soumise à Gratien, ce jeune et vertueux empereur se faisait un devoir de urdhor sur les traces de son auguste collègue. Il restait à Rome, dans le lieu où s’assemblait le sénat, un autel de la Victoire, mais non pas précisément pour la décoration, où comme un monument antique et curieux : on ÿ offrait des sacrifices idolâtres, et les sénateurs chrétiens avaient la douleur et la confusion de voir l’impiété triompher avec insolence dans le sanctuaire des lois. L'empereur Constance l'avait fait abattre anciennement; Julien l’Apostat l’avait rétabli; Valentinien, suivant le plan d'indifférence qu'il s'était tracé par rapport à la religion, avait laissé les choses dans l'étar 1 il les avait trouvées, Gratien,

HISTOIRE GÉNÉRALE [An 581]

[An 581] lésignaient touneur, parce que édoniennes, qui cile.

aveur de la relien donner ou on leur défens se pussent dée ceux qui pren- Hydroparastes, tentaient de 5e uption de leurs it Saccophores égligé, et d’auasquer ; Encrae monstrueux, ou Âquariens, s l'Eucharistie, rurent si danhargea Florus, 2ur recherche.

es lois le nom

aganisme fort impies se peroits, au grand les. Sur la fin dence permit ous peine de un édit de la ent païens, la ns.

Jeune et verles traces de ù s’assemblait isément pour urieux : On y ens avaient la vec insolence it fait abattre nien, suivant à la religion, des, Gratien,

An 581] DE LEGLISE. — LIV. X. 27 lus zélé que son père, fit abattre sans ménagement ce trophée de l'idolâtrie, et confisqua les terres ainsi que les autres biens attribués ï usque là aux temples des faux dieux ou à leurs pontifes. Il abolit

e même les priviléges des Vestales, ne témoigna que du mépris pour ces vierges abusées par la superstition, ou par l'amour des distinctions puériles qui leur coûtaient de si pénibles efforts. Les sénateurs idolâtres députèrent vers le jeune empereur, pour se plaindre de l’affront qu’ils prétendaient avoir reçu ; mais les sénateurs chrétiens, qui commençaient à faire nombre dans une comagnie où l'idolâtrie comptait avoir établi un asile éternel, envoyèrent de leur côté. Gratien répondit d'un air froid et absolu, qu'à des ordres donnés en connaissance de cause, il n’y avait rien à changer.

Il fallut tenir aussi des conciles en Occident, pour maintenir J'incégrité de la foi contre les tentatives de quelques novateurs. Les tes de celui d'Aquilée, tenu cette même année 381, sont partiulièrement dignes d'attention, pour l'exactitude avec laquelle ils struisent de la manière dont on procéda contre Pallade et Seondien , deux évêques ariens qu’on y déposa. Le premier surtout mploya tous les artifices imaginables pour cacher ses sentimens à orce d'équivoques, et, quand il se vit convaincu, pour éluder l’autorité de ses juges qu'il disait incompétens. Mais l’habile imposteur

avait affaire à un antagoniste encore plus habile. Ambroise, arhevêque de Milan, le suivit dans tous ses subterfuges, et le réduiit à demander vaguement et follement un concile plus équitable t plus nombreux : appel misérable, dont on fit le cas qu'il mériait, en déposant son auteur. On ne trouve, à la vérité, dans ce ncile, que trente-deux ou trente-trois évêques; mais on ne vit “jamais un concile plus saint, où du moins il se soit trouvé plus de . Saints, reconnus comme tels par l'Eglise. Ils étaient la plupart

Italie; mais les autres régions, excepté l'Espagne, trop agitée par

les troubles du priscillianisme, y avaient chacune leurs députés, et tout l'Occident y prit part. On avait même disposé les choses de manière à ce que les évêques d'Orient pussent y venir; bien qu’on ne crût pas nécessaire de se réunir en un même lieu, comme on le- - fait entendre, pourvu qu'on fût assuré de l'union des sentimens.. . On n’y vit même personne de la part du pape, ni de toute la partie de l'Italie qui lui était immédiatement soumise, c'est-à-dire, de la préfecture du prétoire de Rome. La raison en est peut-être la même que celle qu'alléguèrent les Orientaux pour s’en dispenser ;

* savoir, la coutume de ne se rassembler ainsi de toute part que pour

les conciles généraux , ou l'inconvénient d'abandonner leurs églises, | sans une nécessité pressante et relative au bien général.

28 HISTOIRE GÉNÉRALE [Au 58:]

S. Valérien tenait la première place en sa qualité d'évêque divcesain, comme S. Grégoire de Nazianze, et depuis lui, son successeur Nectaire, venaient de le faire au concile de Constantinople, Mais S. Ambroise, métropolitain du vicariat d’Italie, dont Milan était la capitale, conduisit toute l’action, car il n’yn eut qu'une contre les deux évêques hérétiques. Avant de se séparer, les pères écrivirent aux empereurs, selon l'usage, pour implorer leur autorité en faveur de l'Eglise. A cette lettre du concile d'Aquilée, nous en joindrons une seconde touchant le même objet, quoiqu'elle soit d'un autre concile, qui fut tenu peu après dans les mêmes conjonctures et le même pays. Dans ces lettres, adressées l’une et l'autre à l'empereur Théodose, on voit que les pères ne se contentaient pas qu'entre tous leurs collègues, les évèques d'Occident, il ne restât que les deux Ariens qu’ils venaient de flétrir, et que dans le reste des églises jusqu’à l'Océan ', comme ils s'exprimaient, tous les fidèles fussent dans la même communion. La sollicitude de tout le monde chrétien affectait vivement leur charité apostolique, et ils n'apprenaient qu'avec douleur que les divisions persévéraient entre les catholiques du Levant, quoique les sectaires y fussent aussi réprimés. L'élection de Flavien à la place de S. Mélèce les affligeait sensiblement, en ce qu'elle perpétuait un schisme ou une désunion qu'on aurait pu éteindre si facilement. Ils blamaient encore l'élection de Nectaire pour le siége de Constantinople. Mais il paraît que sur ce dernier point la distance des lieux les avait empèchés de prendre une connaissance exacte des faits, au moins des personnes; puisque nous leur voyons donner la préférence au droit du cynique Maxime, sur celui de saint Grégoire de Nazianze.

Ils se plaignaient de ce que, Maxime étant venu en Occident pour se défendre dans un concile, les Orientaux avaient décliné le jugement, sans daigner comparaître en aucune manière. « Quand il n'y aurait cependant point eu de concile indiqué, ajoutaient-ils, on aurait agi selon le droit et l’ancienne coutume, en recourant au jugement de l'Eglise romaine, et en même temps de l'Italie et de tout l'Occident, comme ont fait Athanase et Pierre, tous deux évêques d'Alexandrie, et tant d'autres Orientaux. Nous ne nous arrogeons pas l'examen ou l'instruction de la cause; mais nous devions avoir part à sa décision. » Ils proposaient ensuite un concile des deux églises d'Orient et d'Occident, qui se rassemblerait à Rome. L'empereur Théodose, en répondant aux Occidentaux, prit soin de leur démasquer Maxime, et de leur démontrer l'extrême différence de son ordination et de celle de Nectaire, Il leur fit entendre

& Apud Ambros, Éj'ist. 12.

é d'évêque divcélui, son succes- Constantinople.

alie, dont Milan

‘yen eut qu'une

éparer, les pères

lorer leur autod'Aquilée, nous jet, quoiqu'elle les mêmes conces l’une et l’auss ne se conten-

es d'Occident, il trir, et que dans ‘primaient, tous Ilicitude de tout apostolique, et 1s persévéraient aires y fussent S. Mélèce les afschisme ou une s blâmaient en-

ntinople. Mais il

les avait empè-

s, au moins des

érence au droit

Nazianze.

Occident pour décliné le juge- + « Quandil n'y ient-ils, on aucourant au ju-

l'Italie et de tous deux évé-

ÿ ne NOUS arros nous devions n concile des lerait à Rome.

aux, prit soin extrême différ fit entendre

[Au 58:] :

tan 581) DE L'ÉGLISE, — LIV. X. 29 b, à ue cette affaire, comme celle de Flavien, avait dà se traiter en “Orient, où toutes les parties se trouvaient présentes, et qu'elles “Mhvaient été en effet traitées de telle façon qu'il ne restait plus au-. Peun sujet d'agiter ainsi toutes les églises orientales et de citer leurs

évêques en Occident.

Quant à ces évêques, après avoir recu les lettres de convocation u concile de Rome, ils s'excusèrent eux-mêmes respectueusement, sur le péril qu'ils trouvaient, dans les circonstances présentes, à s'éloigner si long-temps de leurs troupeaux. « « Quelque désir que “nous ayons, disent-ils, de correspondre à à des invitations si pleines de zèle et de bienveillance, nous n'osons laisser sans pasteurs des églises qui ne commencent qu'à se rétablir. Les faux docteurs en nt chassés ; mais ils continuent à faire des assemblées clandesnes, et conjurent, avec autant de malignité que de secret, contre maison de Dieu. Ce voyage d'ailleurs nous serait absolument impossible. Le terme assigné est trop court pour que nous puisons faire nos préparatifs, ou seulement pour que tous les évêques de notre communion puissent être avertis, et charger ceux qui se ettraient en voyage de leur consentement. Tout ce que nous pouons, c’est de vous envoyer nos vénérables frères, les évêques Cyque, Eusèbe et Priscien, qui ne vous laisseront pas en doute L notre facon générale de penser relativement à l’union‘et à la

APS Tr.

… Le patriarche d'Antioche, Paulin, ne laissa pas que de se rendre ce concile de Rome; et sa présence, vraisemblablement, ne con- Æribua pas peu à lui ménager la protection et la communion de TOccident, à l'exclusion de son concurrent Flavien, ainsi que des eux évêques qui avaient ordonné ce second patriarche, savoir : iodore de Tarse et Acace de Bérée. Il vint aussi d'Orient deux illustres docteurs, Epiphane, évêque de Salamine dans l’île de Chyre,et le savant pr être Jérôme, fort attachés l’un et l’autre à Pau- FE: Épiphane était néen Palestine, et il professa long- -temps la vie Monastique, à laquelle il formas. Hilarion. Pour s'y perfectionner, passa un temps considérable en Egypte, où il eut de grands pe ils à courir de la part des Gnostiques, qui se lièrent assez partruliérement avec lui, pour lui dévoiler leurs sales mystères. Leurs emmes usèrent même de tous leurs artifices pour le corrompre; mais la grâce, qui le préserva, lui fitemployer ces découvertes à Ja ruine de la secte et à la gloire du Seigneur. Tel est le but du grand ouvrage qu'il composa, sous le titre de Panarion, c'est-à-dire, amas de contre-poisons, ou Antidote uni- “versel, Il y indique jusques à quatre-vingts hérésies dont il fait l'his.

ae

toire, et qu'il réfute chacune en partiulien, A la fin, il expose les

30 INSTOIRE GÉNÉRALE [An 3583] dogmes de l'Eglise catholique, et les principaux articles de sa discipline. C’est là qu'on trouve le fameux témoignage rendu par ce saint docteur à la pureté des ministres ecclésiastiques en général et à l'église même d'Orient, au moins quant à la très-grande partie de cette église. En réfutant certains hérétiques qui condamnaient absolument les secondes noces, il dit que cette erreur provient de ce qu'ils confondent les laïques avec les prêtres; le sacerdoce, à cause de son admirable dignité, ne se conférant point à ceux qui, après leur première femme, en auraient épousé une secogde, Puis il ajoute que celui qui est marié, quoique pour la première fois, et qui engendre des enfans, quoique d'une seule femme, n’est toutefois admis à à l’ordre, ni d' évêque, ni de prêtre, ni de diacre, ni de sous-diacre; mais qu'on n’y reçoit que ceux qui gardent la continence virginale, soit qu'ils aient toujours vécu dans le célibat, soit qu'ils soient veufs après un seul mariage, ou qu'ils vivent avec leurs femmes con.me avec leurs sœurs. Ce qui s'observe religieusement, poursuit-il, dans les lieux où les canons sont exactement gardés; car on ne saurait dissimuler qu’en plusieurs endroits les prêtres, les diacres et les sous-diacres sont pères. À cette espèce d'objection , le saint docteur répond que cela ne se faisait par l'autorité d'aucune loi ecclésiastique, mais par la faiblesse et la lâchetc des hommes, qu'on tolérait en certaines conjonctures, à cause de Ja multitude du peuple fidèle et du petit nombre de ministres parfaitement propres à le gouverner. On entrevoit ici la manière dont le célibat a commencé à se relâcher dans l'eslise grecque. On y peut encore voir que les ordres sacrés étaient ies mêmes pour les Orientaux que pour les Latins, sans en excepter le sous-diaconat.

S. Epiphane traite la virginité avec honneur, non-seulement dans les prêtres, mais dans tous les états: il lui donne la préférence sur le mariage, qu'il juge néanmoins digne d'estime et de respect. Le jeûne et les macérations, l’abstinence de la viande, ou de certains alimens en certains jours, et beaucoup d’autres pratiques pieuses que de scandaleux réformateurs ont osé attaquer dans les derniers siècles, se trouvent dès-lors en usage, et bien plus accréditées encore au temps où le saint évêque de Salamine écrivait, qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Outre son Antidote, il fit, à la prière de quelques personnes vertueuses de Pamphilie, ce qu'il intitule Anchora, dans son goût allégorique, et en représentant, sous le symbole d’une ancre, l'affermissement de l'esprit dans la foi : ouvrage qui ne tend en effet qu’à dissiper les doutes qu'on semait alors contre la foi de la Triaité, spécialement contre la personne adorable du Saint-Esprit.

S. Jérôme était né en Dalmatie, d'une famille opulente qui lui

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(au 381] DE L'ÉGLISE. — LIV, X.

procuraune éducation distinguée. Il vint à Rome dès sa pren. v L jeunesse, et y étudia sous les meilleurs maîtres. La corruption de ! la capitale l'ayant entraîné dans quelques écarts, Jérôme se corrigea dans un âge mûr, en recevant le baptême, Depuis ce premier changement, cette âme forte ne se démentit plus; et si elle ne prit pas encore le goût parfait des choses saintes et purement évangéliques, au moins elle ne montra plus d'inclination que pour les choses raisonnables, et s'éleva toujours de vertus en vertus. L'envie de se former et d'enrichir son esprit des productions inge- | nieuses de tous les climats engagea Jérôme dans la carrière des À voyages. En Gaule, cet appréciateur sûr et laborieux copia de sa main le traité de S. Hilaire sur les synodes. Rien ne coûtait à son © courage, quand il s'agissait d'approfondir un auteur et d'acquérir de solides connaissances. Il demeura quelque temps à Aquilée, au- “près du saint évêque Valérien; il passa ensuite en Orient; et après lavoir parcouru plusieurs provinces, en observant tous les monu-

“mens précieux, et en recueillant, selon sa comparaison, comme

“une abeille infatigable, le suc de toutes les plantes qui se rencon- “traient sur sa route, il s'arrêta dans la célèbre Antioche, l'asile de … tous les talens de l'Orient. Il y fit connaissance avec Apollinaire, ce génie rare au centre même du génie, et qui n’était pas encore

“ décrié comme hérétique. Las enfin du grand monde et des distrac Mitions, il se retira dans un lieu tranquille et solitaire de la petite “province de Chalcide, sur les confins de la Syrie et de l'Arabie, Mais les anciennes images de la volupté l'y suivirent, et il s’y rouva extrêmement importuné par leurs impressions opiniâtres. ‘assiduité à la prière, et les plus dures austérités ne suffisaient pas

pour les dissiper; la Providence le permettant ainsi pour l'avantage “de l'Eglise, et voulant par ce moyen former celui de tous les saints slocteurs, le plus érudit peut-être, et incontestablement le plus versé dans l'interprétation littérale des divines Ecritures.

% Afin de donner tout l'exercice nécessaire à une imagination trop libre ou trop active, il entreprit un travail qui se conciliait peu en “1pparence avec son Âge, Il avait déjà quelque connaissance de l’hé- M'breu, qu'il avait étudié dans sa jeunesse; mais il voulut s’y rendre assez habile pour entendre parfaitement, dans la langue originale, les auteurs qui font la base de la religion; et il ne dédaigna point

de redevenir écolier, en prenant pour maître un Juif converti. S’a- Lgissait-l de pénétrer le sens d’un seul passage ? les longues et fréquentes conférences, les recherches et les confrontations, l'emploi des nuits comme du jour, rien n'était capable de le rebuter. Tels L furent le courage et la constance donnés seulement aux hommes : de la classe de Jérôme, et qui le rendirent enfin l'oracle de l'Eglise,

32 HISTOIRE GÉNERALE [An 582} On le consultait de toutes les provinces; les premiers prélats et le souverain pontife lui-même formaient souvent sur son avis leurs plus importantes décisions; mais cette célébrité troubla son bonheur et son repos.

Les différens partis qui divisaient dans son voisinage l'Eglise patriarcale d'Antioche, voulaient chacun l'avoir de son côté, Comme il venait d'Occident, il était suspect aux Méléciens, et il avait au fond beaucoup d'inclination pour Paulin, qu'il voyait appuyé par l'Eglise romaine. Sans néanmoins se déclarer nettement, et sans s'ingérer à décider par lui-même, il consulta le pape Damase, à qui il écrivit différentes lettres à ce sujet *. « Voulant m'assurer, lui dit-il, d'avoir Jésus-Christ, je m'attache à la communion de Votre Sainteté, c'est-à-dire à la chaire de Pierre. Je sais que l'Eglise a été bâtie sur ce fondement. Quiconque mange l'Agneau hors de cette maison, ne fait qu'un sacrifice profane : quiconque ne s'est pas retiré dans l'arche, a péri par le déluge. Ne pouvant pas toujours recourir à vous, je m'attache aux Egyptiens fidèles qui confessent la mème foi que Rome, comme un frèle esquif se met à l’abri sous les grands navires. Je ne connais point Vital (c'était un Apollinariste déguisé, en réputation à Antioche); je rejette la communion de Mélèce; Paulin ne m'est rien par lui-même. Celui qui n'amasse point avec vous, ne me semble que dissiper, parce que celui qui n'est pas pour Jésus-Christ est pour l'antéchrist, Les trois partis qui divisent ici l'Eglise cherchent à m'attirer chacun de sou côté, Je m'écrie cependant : Si quelqu'un est uni à la chaire de Pierre, voilà celui qui l’est avec moi. Mélèce, Vital et Paulin disent qu'ils conservent cette union. Je le pourrais croire, si un seul le disait, mais il y en a deux qui en imposent, et peut-être tous les trois. C'est pourquoi je conjure Votre Sainteté de m'apprendre avec qui je dois communiquer. Ne fût-il question que de moi seu. ne méprisez pas une seule âme, pour laquelle Jésus-Christ a donné son sang. »

Le saint docteur demanda de même le sentiment du Siége apostolique sur la question des trois kypostases* . Il faisait difficulté d'employer auparavant ce terme, pour exprimer les personnes de la sainte Trinité, dans la crainte d'insinuer quelque diversité de nature entre elles, par une expression à laquelle plusieurs attachaient encore l’idée d'essence ou de substance. Mais ceux qui n'entendaient par là que celle de personne, l’accusaient de n'avoir pas une foi saine sur ce dogme fondamental. Poussant enfin cette dispute de mots, avec d'autant plus de chaleur qu'elle avait moins

"Hier, Epist. àr et 99. — ? Epist. 5- et 58, —3 Ibid,

[An 5B:) ers prélats et le r son avis leurs oubla son bon-

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ra 36: DE L'ÉGLISE, — LIV, X. 33 à d'objet, ils l'inquiétèrent au point de lui faire abandonner son déhert de Syrie.

Il vint à Jérusalem, puis se fixa quelque temps à Bethléem. Pauin, évêque d'Antioche, dont il avait sans doute adopté la comunion, en conséquence des instructions reçues de Rome, l'ordonna prêtre contre son gré;et l'ordinandne donna leconsentement requis, qu'à condition qu'il ne quitterait point la vie solitaire, On dit que, par une humilité hors des règles communes, il n'avait amais offert le saint sacrifice. Mais le sage et savant pontife Be- “hoît XIV a montré que cett ronduite n'avait eu lieu que pendant “le séjour du saint à Bethléen ; c'est-à-dire, dans des circonstances Qui repoussent toutes les prétentions que l'on voudrait fonder sur Mne pratique suivie par des raisons si différentes ‘. Le vrai motif Me cette conduite, c’est que Jérôme ordonné par Paulin, et odieux 6 la plupart des Orientaux, craignait, en exerçant les fonctions de “ion ordre, de renouveler ou d'augmenter les troubles et la division. Par le même motif, il ne voulut pas demeurer à Antioche; et le désir insatiable de toujours apprendre, le conduisit de Syrie ou de Palestine à Constantinople tandis que S. Grégoire de Nazianze y était encore. Il prit sous un si grand maître les solides principes Mes saintes études. On raconte qu'un jour il lui demanda ce que veut dire, dans l'évangile de S. Luc, le sabbat second premier : S. Gré- Æoire lui répondit par une plaisanterie, qui montre la valeur que Me judicieux orateur attachait aux applaudissemens du peuple, souent prodigués le plus à ce qu’il entend le moins. « Je vous satisfefai, dit-il, dans l'église, où tout le monde m'applaudit. Là il faudra Hien que vous sachiez ce que vous ignorez ici. Car si vous étiez le feul à ne rien dire, tout l'auditoire vous prendrait pour un stu- Pide *.»S. Jérôme se rendit enfin à Rome pour la seconde fois, dans R compagnie de S. Epiphane et de Paulin d’Antioche, lorsqu'ils Minrent au second concile qu'y célébra le pape Damase. æ Alors le souverain pontife s'attacha personnellement ce génie Mupérieur, en qualité de secrétaire, au moins pour ces lettres im- Portantes qui servaient de réponses aux consultations adressées “ns cesse par les différentes églises à leur mère commune*. Il ne “hissa pas que de continuer ses travaux inestimables sur les livres nts, dont le pape même l’engagea à corriger la version latine; et est là qu'il mit au jour sa correction du psautier, selon les Sep- “iante. Il y vengea aussi la Mère de Dieu de la témérité scandaleuse l'un certain Helvidius, disciple de l'arien Auxence. Cet impie pré- “iendait que, depuis la naissance du Sauveur, Marie avait eu des

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