‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 2 sur 77 · LEA · texte numérisé non relu

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‘1 “lastit. 94, n. 15. —- * Hier, Epist, ad Nepot. c. 20, — 3 Ep, 124, 144. T. IL 3

34 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 382] enfans de Joseph : il attaquait la virginité même, et il soutenait que cette vertu angélique n'avait aucune prééminence sur le mariage : erreurs accréditées en Orient par les hérétiques antidicomarites, et qui commencaient à se répandre en Occident. Jérême n’eut point de peine à faire sentir la solidité de la croyance contraire qui se trouvait établie dans toute l'Eglise; mais, peu content de démontrer la perpétuelle virginité de Marie, il établit encore que son chaste gardien S. Joseph avait pareillement gardé jusqu'à la mort sa pureté virginale. Enfin, sans rien ôter à la dignité du mariage, il exalta infiniment les priviléges de la virginité: ce qu'il fit, avec plus d'éclat encore, contre Jovinien, qui la déprimait avec plus d’audace, Comme les Lucifériens, aussi grands ennemis de $S. Damase que chauds partisans de l’antipape Ursin, ne cessaient de cabaler à Rome, Jérôme écrivit contre eux en forme de dialogue. Cet ouvrage, abondant en traits d'érudition, et qui remplit parfaitement son objet, est encore plus utile par le solide hommage qu'il rend aux vrais principes de la foi, en montrant avec évidence, par les actes mêmes du concile de Rimini, la manière dont on y avait surpris les évêques. étude de l'Ecriture était alors fort en vogue:on s’y livrait avec zèle parmi les personnes de piété. Tout le monde recourait sur cette matière à l’habileté reconnue du docte Jérôme; mais les femmes d’une insigne piété, jusque dans les premières conditions, signalaient principalement leur ardeur à s’instruire. La modestie du maître, et plus encore sa chasteté circonspecte, lui inspirait de l'éloignement pour ce genre de disciples. Mais comme on n'avait jamais tant affecté de mépris pour l’état des vierges; qu’on s’étudiait à les débaucher par principes, en leur demandant si elles prétendaient être meilleures que Sara, que Susanne, que tant d’autres femmes mariées dont l'Ecriture fait d'éclatans éloges; le saint docteur crut qu’il ne fallait point abandonner un sexe fragile à sa faiblesse, par l’appréhension scrupuleuse d’être entraîné dans sa chute en lui tendant la main, et que le péril n’était à craindre que pour ceux qui s’y engageaient contre l’ordre de la Providence. Il s’occupa. donc sérieusement à confirmer dans leurs saintes réso- Jutions les vierges et les veuves, soit contre les maximes spécieuses des séducteurs accrédités, soit contre les amorces de la volupté et de la mollesse qui en devenaient plus dangereuses. Alors on vit une multitude de jeunes personnes, du rang le plus élevé etd’une opulente fortune, s’arracher aux délices de Rome, à l'espoir des plus hautes alliances, pour suivre les traces austères du Fils d’un Dieu pur esprit, et d’une mère vierge.

S® Marcelle fut, avec S'° Aselle sa sœur, un des plus touchans

[An 583] [An 382] DE L'ÉGLISE. — LIV. X. 35

t il soutenait ) e : Ë exemples en ce genre. Marcelle étant restée veuve après sept mois ce sur le ma-

ues antidico- D de mariage , sa jeunesse, sa rare beauté, son nom et ses grands dent. Jérôme A Diens la faisaient rechercher par un personnage du premier rang, royance con- 7 nommé Céréalis, qui avait été préfet de Rome et consul. Elle tint + ferme contre toutes les poursuites, contre les sollicitations de ses SL LL pres ! proches et de ses amis, qui lui suggéraient des prétextes d'autant ati dé dé % } plus séduisans, qu'ils étaient tirés des propres périls de sa vertu, | ôter à la di- US <tqu ils avaient un air plus plausible et plus légitime. Mais, se cona der Ti Vir- finant dans une maison de campagne, à quelque distance de la Le Jüvinien, ville, elle y vécut de manière à écarter tous les dangers et tous es iféniehs, aussi soupçons. Elle ennoblit les observances de la perfection évangékde l'antipape que dans le monde le plus fastueux, s'assujettit au joug de la vie . He soute éux religieuse, avec sa fille Principie, qui prit le mème goût dès sa traits d'érudi- 4 tendre enfance, et qui demeura toujours vierge. Leur exemple fit jore plus utile 4 établir à Rome un grand nombre de monastères d'hommes et de sde Tà foi, en . femmes illustres , et donna le relief le plus avantageux à cette oncile dé Ri- sainte profession, assez peu honorée auparavant dans ce centre ; du faste et de la volupté. Jérôme eut une foule d’autres illustres se sy livrait : écolières dans la vertu et les saintes lettres. en C he indé recourait Mais,en vertu comme en noblesse, on ne vit rien de préférable rnës: mais les M °U2 deux illustres romaines Paule et Mélanie, liées ensemble d'une ss ndilons étroite anritle. Rogatus, père de Paule, descendait des premiers LES mio destie rois de la Grèce; sa mère Blésille, des Scipion et des Gracque. Elle jui iapiseit de épousa Toxotius, de la maison des Jules, c'est-à-dire de la race mé on n'avait auguste des Césars; et de ce mariage elle eut quatre filles ét un MANN TER fils, tous aussi distingués par leurs vertus que par leur extraction & RE si os et leurs alliances. Mais Eustochie, la compagne inséparable et lés da éabt Fe dé'ices de sa mère, ne voulut jamais avoir d'autre époux qué Jésusloges; le saint Christ. Comme elle demeura toujours avec sa mère, elle se lia ai da à sa plus particulièrement encore que les autres enfans de Paule avec so * ; le prêtre Jérôme, qui avait pour elle la plus grande estime. Nous traine Er je | connaissons aussi, par le même docteur, deux illustres veuves, Se dl | Léa et Fabiole; celle-ci fut la première qui fonda un hôpital à ÉRPNTS Rome pour les malades, qu'elle y servit de ses propres mains. es spécieuses Mélanie se rendit également recommandable par son détacheluntéet ment et sa piété. Elle était de l’illustré maison des Marcellins, et la volupté e 7 petite-fille d'un consul. Dans l’espace d’un an, âgée seulement de Alors on vit M Vinot-deux, elle perdit son époux avec deux de ses enfans; mais, élevé etd'une la vivacité de sa foi l’élevant au-dessus de son àâge et de son naà l'espoir des 7 turel extrêmement tendre, elle soutint dés pertes si sensibles sans s du Fils d'un } verser une seule larme. Quand elle se vit libre, elle eut la dévotion Æ de visiter au loin les solitaires les plus vénérables, afin de s'en-

plus touchans

dl (L

36 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 383] courager de plus en plus à la vertu, par leurs rares exemples. S. Isidore, fort connu à Rome depuis le voyage qu'il y avait fait avec S. Athanase, gouvernait alors l'hôpital d'Alexandrie. Elle le vit aussitôt qu'elle fut arrivée en Egypte; et, par son moyen, elle prit une connaissance exacte des saints répandus dans les solitudes de Nitrie, d’où il avait été tiré.

Il l’accompagna même vers S. Pambo, dont la réputation se trouvait au plus haut point. Mais l'admiration de Mélanie fut encore plus grande, quand elle le rencontra occupé d’un travail ab- Ject, c'est-a-dire d’un grossier tissu de feuilles de palmier, pour faire des corbeilles, comme le dernier des frères. Elle lui voulut faire un présent digne d'elle, composé de différentes pièces d'argenterie qui montaient à quatre cent cinquante marcs. Le solitaire dit simplement, et sans quitter son ouvrage : «Que Dieu vous récompense, ma fille. » Puis s'adressant à son économe : « Distribuez, ajouta-t-il, ces aumônes aux solitaires qui vivent en Libye et dans les îles; car ces monastères sont plus indigens que les nôtres. » Après ce peu de paroles, il continua son travail en silence. Mélanie, encore plus étonnée de cette indifférence, lui dit : « Mon père, il est bon que vous sachiez qu'il y a quatre cent cinquante marcs. » Le saint, sans tourner les yeux sur ces richesses, ni sur la donatrice : « Ma fille, reprit:l, celui à qui vous offrez votre argent, n'a pas besoin que vous lui en accusiez le compte, puisqu'il pèse dans sa balance les montagnes et tout le globe de l'univers. Vous auriez raison de m’en dire la valeur, si j'étais le terme de votre charité; mais si elle se rapporte au Seigneur, devant qui deux oboles peuvent l'emporter sur la plus riche offrande, le meilleur est que votre main gauche ignore ce qu'offre la droite. »

Sur le même mont de Nitrie, Mélanie vit S. Or, qui, bien qu'âgé de quatre-vingt-dix ans, gouvernait encore une troupe de mille solitaires. Quand il en recevait un nouveau, il rassemblait tous les autres; et, chacun mettant la main à l’œuvre, en un seul jour on construisait une cellule au nouveau disciple. L’ameublement, qui n'était pas plus recherché que l'architecture, se préparait en aussi peu de temps. Le spectacle de ces vertus, d’un ordre si nouveau pour des yeux même vertueux, retint jusqu'à six mois la pieuse Mélanie dans cette terre de bénédiction.

Dans la ville même d'Alexandrie, elle ne manqua point de voir le prodige de son siècle, Didyme l’aveugle, aussi justement vante pour ses vertus que pour son savoir, Îl était fort avancé en âge;

1 Pallad, c. 117.

ares exemples‘.

qu'il y avait fait xandrie. Elle le son moyen, elle ins les solitudes

a réputation se Mélanie fut end'un travail ab- > palmier, pour Elle lui voulut tes pièces d'arres. Le solitaire e Dieu vous ré- 1e : « Distribuez, n Libye et dans que les nôtres. »

en silence. Mélui dit : « Mon cent cinquante hesses, ni sur la offrez votre arympte, puisqu il be de l’univers.

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qui, bien qu âge roupe de mille emblait tous les un seul jour on eublement, qui parait en aussi dre si nouveau mois la pieuse

a point de voir ustement vante avancé en âge;

Lan 383] DE L'ÉGLISE, — LIV, X, 39 mais il faisait toujours l'admiration et les délices des plus grands hommes, avec qui il entretenait encore un commerce aussi intéressant que dans ses plus belles années.

S't Mélanie se trouvait en Égypte après la mort de S. Athanase, lorsque la persécution s'y exerçait contre les catholiques, et surtout contre les solitaires. Elle crut ne pouvoir mieux employer ses richesses, qui étaient immenses, qu'à soulager les confesseurs Pendant quelques jours, elle en nourrit jusqu’à cinq mille. Elle fournit la subsistance ordinaire à ceux qui furent relégués en Palestine, au nombre de cent douze, voulut en prendre soin par ellemême, et les suivit pour les encourager. Gomme on les gardait étroitement, sans permettre aux personnes d'un certain ordre de 1 les visiter, elle prenait l'habit d'un esclave, et venait sur le soir :N leur apporter les choses nécessaires. Le gouverneur, qui en eut À avis, la fit emprisonner sans la connaître. La charité l'emportant "sur une humilité hors de saison, elle lui fit savoir qui elle était: «et je -l vous avertis, dit-on de sa part, moins pour Mélanie qui ne prétend fqu'au titre de servante du Sauveur souffrant dans ses membres,

iqu'afin que vous ne vous engagiez point dans quelque embarras qui puisse vous nuire. » Le gouverneur, aussi effrayé que surpris, É : s'excusa dans les termes les plus soumis, lui donna une pleine li- 4 … berté de continuer ses offices de charité, et lui rendit tous les hon- | neurs dus à sa naissance. Elle se rendit enfin à Jérusalem, où sa piété la fixa pendant vingt-cinq ans, et l’occupa infatigablement à exercer l'hospitalité envers les pélerins, spécialement à l'égard des ecclésiastiques et des vierges.

Cependant S. Jérôme résidait près du souverain pontife. Nous avons de lui une lettre écrite, dans cet intervalle, à Ruffin, qui accompagnait l'illustre voyageuse, et qui était encore dans une intelligence parfaite avec le saint docteur, et au plus haut point d'estime dans son esprit. Voici comment il s'exprimait sur son compte, dans une autre lettre qu il écrivit, vers le même temps, au solitaire Florence, fixé aussi en Palestine: « Ne jugez pas de moi par les vertus de mon ami; vous verrez dans Ruffin des marques non équivoques de sainteté; Jérôme n’est que cendre et poussière. » Pour S. Epiphane et Paulin d’Antioche, ils repartirent pour l'Orient, après avoir passé l’hiver à Rume. Ils prirent leur route par la Macédoine et par Thessalonique, qui avait besoin | de pareils consolateurs, dans le chagrin où venait de plonger cette | église la mort de son saint évêque Ascole, arrivée cette année 383. Auysus, disciple d’Ascole, fut aussi son successeur, et le souverain

1 Epist, 5.

38 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 383] pontife lui commit, comme à ce saint, son pouvoir sur l'Illyrie orientale, encore dépendante du patriarcat d'Occident. La mort d'un si digne évêque fut, pour ceux qui lui ressemblaient, et surtout pour S. Amphiloque d'Icône, un motif de redoubler leur sollicitude pour le bien de l'Eglise.

Amphiloque était consumé de vieillesse : mais, bien loin que son zèle se ressentit de la faiblesse de son âge, ce vénérable vieillard trouvait que l'empereur Théodose, tout bien intentionné qu'il était, ne réprimait pas assez efficacement ce qui restait des ennemis hérétiques du Fils de Dieu. Ils avaient été confondus depuis peu, dans un concile qui les convainquit sans réplique de contredire les plus anciens docteurs et toute la chaîne de la tradition : c'était le troisième qu'on tenait contre eux à Constantinople. Il ne s'agissait plus de prononcer sur un dogme tant de fois décidé, ni de revenir à des disputes plus propres à augmenter les divisions qu'à y mettre fin. Telle était la pensée de S. Grégoire de Nazianze, dés le second de ces conciles, auquel il assista. Il s'en exprima sans doute d’une manière bien plus forte ou bien générale, ayant, dit-il‘, formé la resolution d'éviter toute assemblée d’évêques, parce qu’il n'en avait point vu qui eût une bonne fin et qui n'augmentät les maux au lieu de les guérir : expressions dont les ennemis des saints conciles ont voulu se prévaloir, et où quelques orthodoxes n'ont vu que le mouvement passager d’un zèle trop amer, ou d’une humeur aigrie par des chagrins et des infirmités perpétuelles. Mais elles nous fournissent au fond un avis très-sage, contre la déférence aux dangereuses importunités des hérétiques, que la multiplicité des révisions, des conférences et des conciles ne rend d’ordinaire que plus indociles et plus audacieux.

S. Amphiloque, d'un génie moins ardent, én apparence, que l'éloquent et zélé Grégoire, n’en souhaitait pas moins, qu'au lieu de rassembler si souvent les évêques, on procurât une exécution plus prompte de leurs décrets, et qu’on arrêtât les conventicules et toutes les cabales des sectaires. Les choses n’avançant pas autant qu’il le désirait, il vint à la cour, peu après que Théodose eut déclaré auguste son fils Arcade, âgé seulement de six ans, c'est-àdire, dans le cours de l’année 383. Le saint rendit ses hommages à l'Empereur; mais il ne fit nul honneur au jeune auguste,

ui était assis à côté de son père. Théodose prit le procédé de l'évêque pour une distraction, et le fit avertir. Le prélat s’approchant alors d'un air familier : « Bonjour, mon fils, » dit-il au jeune prince, en lui passant la main sous le menton, et en lui faisant

1! Epist, 5.

(An 383] ur l'Illyrie t. La mort nt, et surubler leur

pin que son le vieillard ionné qu'il t des ennedus depuis e de contreà tradition :

nople. Il ne s décidé, ni es divisions e Nazianze, en exprima rale, ayant, ques , parce r'augmentät ennemis des orthodoxes er, ou d’une tuelles. Mais itre la déféue la multie rend d’or-

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Flat s’appro- -il au jeune

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[An 3831 DE L'ÉGLISE. — LIV. X. 59 d'autres caresses semblables. L'Empereur ordonna avec émotion qu'on fit retirer ce vieillard. Amphiloque se retournant vers le souverain, et prenant une voix haute, avec un air de grandeur et de { dignité : « Seigneur, dit-il, si vous ne pouvez souffrir qu’on manrue à un enfant de votre sang, pensez-vous que le Père du Verbe MU fait chair voie avec moins d'indignation refuser à la personne adorable de son Fils les mêmes honneurs qu’à la sienne? » Théodose admira la sainte sagesse de l'évêque, le fit approcher sur-le-champ, lui demanda pardon, et lui accorda au-delà de ses vœux".

Une loi terrible fut aussitôt publiée et ponctuellement exécuiée contre les nérétiques. Elle leur défendait à tous, nommément aux Apollinaristes, ainsi qu'aux Ariens et aux Semi-Ariens © ou Macédoniens, de tenir des assemblées, même dans les maisons particulières, avec pouvoir, à tout orthodoxe, de les en empécher ; défense encore de s’assembler à la campagne, ce qui enchérissait sur toutes les lois précédentes, et d’ordonner des évêques. :On coïfisqua les maisons où les novateurs se seraient réunis, et l’on tatua qué leurs docteurs ou ministres seraient chassés et relégués u lieu de leur naissance, Enfin l'on rendit les officiers civils resonsables de l'exécution de ces ordres. Les Novatiens n’y étaient as compris, parce qu'ils tenaient la même doctrine que les catholiques touchant la trinité.

| Quelque temps après, Théodose entreprit de détruire absolument l'idolâtrie. Le grand Constantin avait défendu les sacrifices idolâtres, et même l'entrée des temples; mais, content de les fer- (mer, il craignit d'aller trop loin, et ne jugea point à propos de les abattre. Les empereurs ses fils soutinrent son ouvrage. Julien n’é- Spargna rien pour remettre le paganisme dans toutes ses anciennes possessions. Valens ne fit la guerre qu'aux orthodoxes; et, favorisant l'erreur autant qu'il poursuivait la vérité, il laissa pratiquer à tous les autres telle religion qu’ils voulurent; en sorte que sous son règne, on célébrait les cérémonies les plus impures du culte idolâtrique, et jusqu'aux orgies de Bacchus. L'empereur AThéodose défendit à tout le monde d’adorer les idoles, et, sous peine d’un supplice rigoureux, de faire des sacrifices, au moins dans l'Egypte, regardée comme la source de la superstition, et sa Aplus féconde pépinière.

En Phénicie, le superbe temple d’'Héliopolis, dédié au soleil, fut converti en église. On en fit de même des temples de Damas. À Apamée, S. Marcel fut le premier évêque qui osa procéder à l'exécution des lois religieuses de Théodose. Le préfet d'Orient ayant

! Suz. vis, 12,

A9 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 383] # mené des troupes pour contenir lesidolâtres, on entreprit d’abord d’abattre le temple de Jupiter, qui était d'une grandeur et d’une richesse prodigieuses. Mais il était encore plus solide; bâti de pierces énormes, d'une dureté extraordinaire, presque inébranlables par leur propre masse, et liées encore l’une à l’autre par le moyen du fer et du plomb incorporés ensemble; en sorte que la démolition parut impossible au préfet, du moins pour le terme assigné. S. Marcel, voyant cet officier découragé, lui conseilla d’ailer exécuter les ordres de l'Empereur dans les autres villes, et se mit en prières. Le lendemain matin, un homme se présenta de lni-même, et promit avec tant d'assurance de renverser, même à peu de frais, ce superbe boulevard de l’idolâtrie, qu'on le laissa faire. Le temple, construit sur une hauteur, était environné de quatre galeries qui paraissaient autant de remparts inébranlables, et dont les colonnes ou Jes superbes contre-forts avaient chacun seize coudées de circonférence. L’entrepreneur déterra ces colonnes qui étaient aussi hautes que le temple, et les étaya de grosses pièces de bois, auxquelles il prétendait mettre le feu. Mais il parut un fantôme effrayant, qu'il prit pour un démon, et qui les empècha de brûler. Après plusieurs tentativesinutilesqu'ilavaithasardées , malgré son effroi, il fit avertir l’évêque. S. Marcel courut à l’église, fit apporter de l’eau dans un vase et pria le Seigneur d'empêcher que les puissances des ténèbres ne retinssent davantage les infidèles dans leur aveuglement. Il fit ensuite le signe de la croix sur l'eau, et ordonna au diacre d’en arroser les étais, et d'y mettre aussitôt le feu. « Le démon s'enfuit, » dit Théodoret ‘ qui nous a transmis le détail de cet événement, et il ne put résister à la vertu de l'eaubénite, dont nous voyons ici l’antiquité. « Elle servit, ajoute-t:il, comme d’huile pour allumer le feu, qui consuma les pièces de bois en un instant. Les colonnes entraînèrent le temple dans leur ruine, avec un bruit qui retentit par toute la ville, et qui en même temps la fit retentir des louanges du vrai Dieu. » Le courageux pasteur . ruina successivement tous les autres temples, à la campagne aussi bien qu'à la ville. Mais il fut enfin mis à mort par une troupe révoltée d'idolâtres, et il est honoré par l'Eglise. Comme ses enfans demandaient vengeance, le concile de la province s’y opposa, ne trouvant pas convenable de sévir, mais bien plutôt de rendre grâce à Dieu pour un événement qui procurait un illustre martyr à l'Eglise.

Tandis qu’on ruinait ainsi l'empire du démon jusqu'aux extremités de l'Orient, Gratien en Occident ne remplissait pas avec

1 Lih, 5, ce au,

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[Aa 384] DE L'ÉGLISE. — LIV. X. 4:

moins de zèle les aevoirs d’un prince chrétien. Mais ces grandes œuvres de piété et d'édification furent bientôt interrompues par les troubles, les violences et leshorreurs de la guerre civile, Maxime, espagnol de naissance, et d’une famille fort médiocre, quoiqu'il se dit parent de Théodose, avait osé prendre la pourpre dans les îles Britanniques, où il commandait. Les soldats romains se plaignant de ce que Gratien donnait toute sa confiance aux Barbares employés dans ses armées, l'intrigant Maxime profita de leur mécontentement. Après qu'il eut été proclamé empereur, il se jeta dans les Gaules, souleva les peuples contre l'empereur légitime, lui débaucha ses propres troupes, puis le défit sans peine près Paris. La déroute ou la défection fut telle, qu'il ne resta que trois cents hommes à l'infortuné Gratien, qui prit avec eux le chemin des Alpes, dans le dessein d'aller se rétablir en Italie. Il se recommandait dans sa fuite aux prières de S. Ambroise, dont il appréciait les vertus; et il donnait toutes les marques les plus touchantes d’une foi et d’une vertu héroïques . « Notre sort n'est-il pas uniquement entre les mains de l'Eternel? disait-il en inspirant sa pieuse confiance au petit nombre qui lui était demeuré fidèle, Les hommes peuvent ôter ia vie du corps, mais ils ne sauraient nuire à l'âme ni au salut. »

C’est ainsi que la grâce acheva de purifier les vertus de ce prince dans le creuset des tribulations. Il fut joint à Lyon par Andragathe, l'un des officiers de Maxime, qui lui jura sur les évangiles qu’on ne lui ferait aucun mal. On lui fit même reprendre l'habit impérial, qu'il avait quitté sur la route de peur d’être reconnu, et on lui prépara un splendide festin, où il fut assassiné, au mois d’août ou de juillet de l'an 383, par ceux même qui venaient de manger avec lui. On ne lui reproche que sa passion pour la chasse avec la dissipation qu'elle entraîne, et une déférence pour. ses ministres qui allait jusqu’à la crainte, et qui les rendit vicieux en les rendant tout-puissans. Mais S. Ambroise présuma que la divine justice acceptait, pour l’expiation de ses fautes de négligence ou d'inadvertance, la mort prématurée que souffrit, en héros chrétien, ce prince d’ailleurs si religieux. Le saint docteur le canonise en quelque sorte, et n’hésite nullement à lui appliquer l’oracle du livre de la Sagesse : Le juste a été enleve, de peur que la perversité ne corrompit son âme.

Maxime, après l’assassinat de Gratien, se rendit maître de tout l'apanage de cet empereur, c’est-à-dire des Gaules, de l'Espagne et des îles Britanniques, et il établit son séjour à Trèves, capitale

1 Ambr, de Ob, Valent. n. 79

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