‹ Histoire générale de l'église [microforme]Chapitre 26 sur 77 · DEN RES TS · texte numérisé non relu

DEN RES TS

(An 418] DR L'ÉGLISE. -— LIV. XIII, 265 hommes de se précipiter dans un malheur sans mesure et sans fin, par la crainte de ce qu'ils appellent des maux, et qu'il départit ordinairement à ses amis, comme ses plus précieuses faveurs. S'il ne punissait ici-bas aucun péché d'une manière sensible, on pourrait imaginer qu'il n’y a point de providence, et si tout péché y était puni, on se persuaderait que rien n'est réservé-au dernier jugement. Il en est de même des biens apparens de cette vie : si Dieu n’en faisait part à aucun de ses serviteurs, il semblerait que ces biens ne dépendent pas de lui ; et s’il les donnait à tous ses adorateurs fidèles, nous croirions ne le devoir servir que pour ces sortes de récompenses. Ainsi la piété n'aurait plus d'autre aiguillon que la cupidité, ou du moins l'esprit bas et charnel de la loi de servitude reprendrait la place de l loi de l'esprit et de l'amour des biens invisibles. »

S. Augustin nous apprend ainsi" à n’employer que sobrement les menaces et les récompenses temporelles, pour exciter, tant à la fuite du vice qu'à la pratique de la vertu. On doit prendre garde, en effet, de relever avec plus de zèle que de lumière les revers des ennemis de l'Eglise comine autant de punitions divines, et les succès de ses défenseurs comme des preuves incontestables de la vérité. Ces promesses et ces menaces peuvent en imposer quelque temps aux simples; mais quand ils les voient sans effet, comme il arrive le plus souvent dans la conduite presque toujours impénétrable de la Providence, alors ce qui devait faire l'appui de la foi, en devient le scandale. Avec la piété la plus ingénieuse , on est réduit à recourir en mille occasions à la profondeur des divins jugemens. Or, quand les preuves d'induction ne sont pas toujours concluantes, elles ne le sont jamais.

Vers la fin du traité, principalement dans le vingt-unième livre, le saint docteur insiste beaucoup sur la résurrection de Jésus- Christ, comme sur le témoignage le plus convaincant de sa divinité et de la vérité de notre religion : il tire les preuves de cette résurrection de ce que le monde entier la croit sur la prédication des Apôtres. « Voici, dit-il, trois choses inconcevables; savoir, que Jésus-Christ est ressuscité, que le monde a cru une chose si incroyable, et qu’un petit nombre d'hommes grossiers et ignorans l'ont persuadée aux savans mêmes. Nos adversaires ne veulent pas croire la première ; ils voient et croient la seconde, et ils ne sauraient dire comment elle est arrivée, si ce n'est par la troisième. En effet, ces hommes méprisables qui disaient avoir vu Jésus-Christ monter au ciel, ne l’affirmaient pas seulement, mais

‘Lib. 1, €. 8.

266 HISTOIRE GENÉRALE (Au. 418] le confirmaient par les plus grands miracles, et cela dans le siècle le plus éclairé, le moins accessible au manége de la feinte et de la supercherie. Pourquoi donc, dira-t-on, ne se fait-il plus de pa reils miracles? Parce qu'ils ne sont plus de la même nécessité, depuis que la foi du monde entier lui fournit un miracle toujours subsistant. Il s'en fait cependant encore, quoiqu'ils n’aient plus la même célébrité, et qu'ils soient peu connus hors des lieux où ils s'opèrent. » Là-dessus, il raconte jusqu’à vingt-deux nriracles qu'il atteste pour les avoir vus lui-même, ou pour les avoir appris de témoins oculaires de sa connaissance, ajoutant qu’il en omet un nombre incomparablement plus grand.

Pour donner encore plus de poids à un ouvrage dont le succès importait si fort à la religion, il engagea Orose à composer son histoire, qui fournit en effet un nouvel appui à la Cité de Dieu. L'historien espagnol était repassé en Afrique, au retour de la Palestine, selon sa promesse, avec les lettres d'Eros et de Lazare contre Pélage. Comme l'Espagne se trouvait en proie à d'innombrables et cruels essaims de Barbares, Orose ne put rentrer dans sa patrie aussitôt qu'il le désirait. Dans cet intervalle, il entreprit, à ce qu'on croit, son histoire, qui parcourt sommairement les différens âges du monde depuis le déluge jusqu'à son temps. Mais parce qu'il avait principalement en vue l'édification des Romains, il s'étend beaucoup plus sur l'histoire romaine que sur les autres : il en recueille tous les événemens propres à faire voir aux païens, qu'en tous les temps et sous tous les cultes, le genre humain avait été affligé des même fléaux que ceux qu'on essuyait alors.

Orose s'était chargé, pour l'Espagne, de quelques reliques de S. Etienne, les premières du prince des martyrs qui soient parvenues en Occident. Ces précieuses dépouilles avaient été découvertes peu d'années auparavant, au moyen de la révélation qui en fut faite, à trois reprises différentes, à un saint prêtre nommé Lucien, et attaché à l'église de Jérusalem, au moment même où l'évéque Jean était au concile de Diospolis'. Après la troisième apparition de Gamaliel, qui avait été enterré avec son fils Abibas et son ami Nicomède au même lieu que S. Etienne, près le bourg de Caphargainala, c'est-à-dire bourg de Gamaliel , Lucien, craignant dè résister à l’ordre de Dieu, alla tout raconter à son évêque, qui, versant des larmes dé joie, et louant Dieu, lui indiqua un tas de pierres dans un champ particulier, où il lui ordonna de fouiller : l'évêque avait connaissance d’une tradition concernant l'endroit où ces corps saints reposaient. Lucien revint en diligence infor-

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[An 418] DE L'ÉGLISE. — LIV. XII. 267 mer tous les habitans du bourg de quel trésor leur territoire était dépositaire, et il les invita à venir creuser avec lui dès le lendemain. Mais pendant la nuit, le moine Migèce, homme d'une vie également pure et simple, fut instruit en songe que ce tas de pierres n'était qu'un monument de deuil usité parmi les Juifs, et que les sairttes reliques reposaient plus à l’orient, dans un vieux tombeau qui tombait en ruines. Il avertit Lucien et ceux qui faisaient des recherches inutiles : on ouvrit le tombeau, et l’on y trouva trois coffres ou cercueils avec une pierre où étaient gravés en caractères syriaques les noms d’Etienne, de Nicodème, de Gamaliel et d'Abibas.

Aussitôt l’on porta cette heureuse nouvelle à l’évêque Jean, qui partit de Diospolis, accompagné de deux autres évêques, afin de lever les reliques avec la solennité convenable. A l'ouverture du cercueil de S. Etierne, une sainte horreur saisit ceux qui en étaient proches, un tremblement de terre se rendit sensible fort au loin, et il s'exhala une odeur si agréable et si extraordinaire, qu'on la crut surnaturelle et miraculeuse. Le corps du martyr était réduit en cendres, excepté les os qui se trouvaient parfaitement conservés et dans leur situation naturelle. Mais cette cendre sacrée avait une vertu toute-puissante,

Dans la multitude prodigieuse des assistans et des malades attirés par la curiosité ou par la religion, il y eut soixante-treize personnes guéries subitement à la première ouverture du cercueil : les unes de fièvre, de maux de têtes, de douleurs d'entrailles; les autres de pertes de sang, de fistules invétérées, d’humeurs froides et d’épilepsie. On baisa respectueusement les saintes reliques, puis on les renferma ; et en chantant des hymnes et des psauines, on transporta celles de S. Eñenne à l’église de Sion; où il avait été ordonné diacre; mais on en laissa quelque partie au bourg de Caphargamala, si long-temps honoré ce leur présence. Cette translation se fit le vingt-sixième de décembre, jour auquel l'Eglise a toujours honoré, depuis, le saint martyr; quoiqu'on fasse la mémoire de cette translation le troisième d'août, sans qu'on en sache la raison. Pendant la cérémonie, il tomba une pluie abondante qui prévint la disette, dont une longue sécheresse menaçait tout le pays.

Le prêtre Lucien fit part des reliques qu'il avait gardées, c'est-àdire, de quelques ossemens et de quelques parties des chairs réduites en poudre, à un prêtre espagnol nommé Avitus, qui se trouvait depuis quelque temps en Palestine, et Avitus les envoya en Espagne, par Orose, avec une relation de la manière dont on les avait trouvées. L'esprit de foi fit penser que ce serait là pour le

268 HISTOIRE GÉNÉRALE [An 418) clergé et les peuples de la Lusitanie une puissante consolation au mulieu des incursions et des persécutions des Barbares, et que rien ne serait plus propre à soutenir le courage des fidèles, que d'avoir sous leurs yeux les instrumens du premier triomphe remiporté sur les ennemis de la foi.

Après quelque séjour en Afrique, Orose voulut enfin rentrer en Espagne; mais il ne put ou n’osa aborder dans le continent à cause des Barbares qui l'infestaient. Il prit terre à l'ile de Minorque, et fit quelque séjour dans la ville de Magone, aujourd'hui Mahon, dès-lors célèbre pour son excellent port. Les reliques dont il était chargé, furent déposées dans une église proche de la ville. Il sembla que l'esprit du saint martyr, qui avait confondu avec tant de force l’impiété judaïque, fût passé dans tous les fidèles qui venaient par troupes rendre à ses reliques leurs hommages religieux. Par toute la ville où les Juifs étaient en grand nombre, on se mit à disputer contre eux sur la religion; et de «es disputes particulières, on en vint à une conférence publique et réglée. Les Juifs s’y préparèrent, en se munissant moins d’argumens et de doctrine, que de picrres, de bâtons et de toutes sortes d’instrumens offensifs, dont ils remplirent leurs synagogues. "ls comptaient beaucoup sur le pouvoir et les richesses de leur chef qu'ils nommaient patriarche. Ils mandèrent aussi un certain Théodore, qui avait une autorité extraordinaire parmi eux, et qui était allé dans l’île de Majorque. ;

L'évêque Sévère, qui était pareillement absent de Minorque, revint à la hâte avec une grande multitude de fidèles, encouragé par des visions que l'événement vérifia‘. Le juif Théodore en eut de son côté, qui facilitèrent beaucoup sa conversion. Cependant l'évèque fit avertir les Juifs de son arrivée, et ils se rendirent à la maison où il logeait. « Mes frères, leur dit-il avec douceur, pourquoi, dans une ville soumise aux lois romaines, avez-vous fait provision d'armes et de bâtons, comme si vous aviez affaire à une troupe de brigands et de Barbares? Que vous êtes injustes! vous vouliez notre mort, et nous ne voulons que votre salut. » Les Juifs, qui croyaient leur trame fort secrète, nièrent tout avec serment. « À quoi bon vous parjut 7, reprit l’évêque, quand la seule inspection des lieux suffit pour vous confondre? Allons à la synago-' gue. » Tous y allèrent, en chantant un psaume en commun, tant Juifs que Chrétiens. Mais dans le trajet, des femmes juives jetèrent du haut des maisons de grosses pierres, qui pourtant ne blessèrent personne. Les fidèles, quoi que pût dire l'évêque pour les

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