LA DÉCADENCE DE L'EMPIRÉ D'OCÜDÉNE EN
Ce fut principalement après la condamnation du pélagianisme par le saint Siége que, S. Augustin défendant la cause que lui : vaiert confiée les conciles d'Afrique, on vit sortir de sa plume cette foule d’excellens ouvrages, où nous étudions encore la veritable doctrine de l'Eglise touchant la grâce du Rédempteur. Mais plus il s’est signalé dans ce combat, par sa profondeur dans les Ecritures, et en particulier dans la doctrine de S. Paul, plus les corrupteurs de la foi ont fait d'efforts dans tous les temps, peur ranger de leur côté le docteur ainsi que l'apôtre de la grâce. Il est en effet dans le docteur, comme S. Pierre le disait de l’Apôtre, des choses assez difficiles à entendre, pour que de faux savans puissent en abuser.
C'est ce qui doit nous tenir en garde contre les interprétations nouvelles et singulières, et nous faire chercher, dans le corps des pasteurs et des docteurs, l'intelligence de la vraie tradition. Pour bien saisir les points de la doctrine catholique expliqués par S. Augustin, suivons donc la règle que nous fournit $S. Augustin lui-même, quand il dit qu'il ne croirait point à l'Evangile, c'est-à-dire qu'il n'admettrait pas ce qu'on donne pour des vérités évangéliques, si elles n'avaient pour garant l'autorité de l'Eglise.
C'est ici principalement qu'il est très-dangereux de juger de Ja dcctrine des Pères sur des extraits. On n'en doit adopter, pour analyse assurée, que les points fixes et précis que l'Eglise a confirmés par ses décisions, ou qu'elle admet comme faisant partie de cette chaîne immens de traditio: , qui s'étend depuis les Apôtres jusqu'aux pasteurs ‘1: tienne: aujourd'hui leur place. Avec cette règle de fi, qu’: à recoure encoïe aux sources, sans se borner à des morceaux détachés : eu saisissant alors t ut l’ensemble de la doctrine, on expliquera les diverses parties les unes par les autres; on ram#nera à leur sens naturel et véritable quelques principes qui paraissent trop pousses, quelques propositions qui semblent ambiguës, quelques expressions dures en apparence.
258 HISTOIRE GÉNERALE [An 418)
Qui ne sera d'abord étonné en lisant, par exemple, dans certains extraits de S. Augustin, ces propositions isulees : « T'out ce qui se fait sans la charité, est un acte vicieux; c'est-à-dire un péché : tout fruit qui ne provient pas de la racine de la charité, n'est pas un bon fruit, et par conséquent c'est encore un péché ou un fruit mauvais. » Qu'on lise ensuite ces mêmes propositions dans le traité de la Grâce et du Libre Arbitre, et dans celui de l'Esprit et de la Lettre, où elles se rencontrent en effet; mais 3 qu'on observe ce qui les suit et ce qui les précède, on verra avec une douce consolation que le saint auteur de ces traités, s’expliquant lui-même, n'entend dans ces passages, par le terme de charité, que la bonne volonté ou l'amour du bien en général.
Il en sera de même des extraits entiers comparés à l'original, extraits dont quelques-uns, tels que celui de la lettre à Sixte, exposent toujours avec prolixité ce qui paraît dur, ce qui a un faux air de favoriser des interprétations proscrites, et qui suppriment ou abrégent à l'excès ce qui fait évanouir ces difficultés.
Quoi qu'il en soit des motifs d’une pareille méthode, sur les- é quels il n'appartient qu'au scrutateur des cœurs de porter son jugement, nous avons cru devoir en suivre une autre, et rappeler ici particulièrement à nos lecteurs ce que nous avons déjà dit en général, des inconvéniens de la faible érudition que l'o peut puiser dans les extraits.
Bornés invariablement à remplir notre objet, nous nous contenterons de tirer de S. Augustin, comme des autres Pères, l'histoire de la tradition; «et, après les citations qui établissent les points capitaux dé la doctrine catholique, nous renverrons à l'original ceux de nos lecteurs qui peuvent joindre la écience des
To pa EE SA TAANT
Pères à celle de l’histoire. Qu'ils sachent, d'abord, que rién n'est 4 plus propre que les lettres de ces grands hommes, non-seuléement L 4 à faire comprendre le vrai sens de ces lettres, qui sont souvent À le b très importantes par elles-mêmes ; mais encoré à mettre au fait du D «és: dessein général des auteurs, des circonstances locales et person- dx nellés où ils écrivaient leurs traîtés en règle, et à faire entrer dans si les vues qu'ils s'y proposaient. exté Nous avons déjà parlé de la lettre importante qu'écrivit le saint qu'u évêque d'Hippone à Sixte, prêtre de l'Églisé romaine, ét qui est prét la cent cinquième de ce saint docteur, Dans la suivante, eu la que cent sixième, adressée à S. Paulin de Nole, qui avait aimé et es- M tach timé l'artificieux Pélage comme un grand homme de bien, il éta- ; qu'o blit invinciblement le dogme du péché originel, la gratuité des : tres. dons surnaturels, et surtout du bienfait de la prédestination. 4 anéa Comme, après le dernier concile de Carthage, Augustin: était N men un 6 se ;
in 418) 1S cerout ce ire un harité, péché sitions lui de 3; mais ra avec , S'EXterme rénéral.
riginal, , EXPOfaux air ent ou
sut lesson juappeler à diten >h peut
us cones, l'hissent les s à l’orince des èn n'est lement souvent
fait du personer dans
Je saint
qui est:
e, cu la ké et essiletaité des
Dn.
in- était
[An 418) Dx L'ÉGLISE, — LIYV. XI. 259 resté en cette ville, afin d'expédier avec d'autres commissaires ce qui n'avait pas paru devoir retenir tous les Pères assemblés, il y reçut une lettre de la part de Pinien, d'Albine sa belle-mère, et de sa femme Mélanie la jeune, cette illustre famille de patriciens romains, plus respectables encore par leur piété que par leur rang et leur extraction. Ils avaient fui de Rome pour se dérober à la fureur des Barbares, et s'étaient d'abord retirés en Afrique, où Pinien, qui vivait avec sa femme comme avec sa sœur, avait presque été forcé par le peuple d'Hippone à recevoir l'ordre de la prêtrise. Ayant passé de là en Palestine, où se trouvait Pélage, le séducteur n’avait rien omis pour surprendre, par toutes les apparences de la vertu, des personnages qui pouvaient donner tant de crédit et de considération à la secte naissante, Dieu ne permit pas qu'un hypocrite infectât des vertus si pures et si éclatsntes. Il inspira à ces personnages de recourir au docteur que sa providence avait principalement suscité pour la défense de la foi, contre ce genre de péril. Ils lui écrivirent en commun, et il leur fit réponse de Carthage, malgré la surcharge toute nouvelle de ses occupations et l'étendue des instructions qu’il convenait de leur communiquer. Car la réponse forma deux livres, l’un de la grâce de Jésus-Christ et l’autre du péché originel. Quoique Pélage ne se fût pas déclaré aussi clairement que Célestius contre ces dogmes capitaux, il s'en était assez expliqué pour un lecteur aussi pénétrant qu'Augustin. Le saint communiqua les fruits de sa sagacité aux illustres fidèles qui le consultaient, et leur fit vair que ces questions n'étaient nullement dans la classe des opinions libres qui n’intéressent pas la foi, comme les deux novateurs ne cessaient de l'insinuer, selon le génie de toutes les sectes encore peu nombreuses.
Dans le livre de la Grâce, il s'attache surtout à montrer que Pélage ne la reconnaissait que de nom ; que par la puissance de faire le bien qu'il rapportait au Créateur, il n'entendait que nos faeultés naturelles; etque le secours divin, qu'il y ajoutait, ne signifiait dans sa bouche que la loi, la révélation, l'instruction et l'exemple, en un mot, les différens moyens que le Seigneur peut employer extérieurement ; quant à la grâce intérieure, qu'il ne la jugeait qu'utile, et non de nécessité absolue pour faire le bien. « Encore prétend-il, ajoute le saint docteur, qu’elle ne nous aide qu'après que de nous-mêmes, et 5: aucun secours, nous nous sommes attachés à Dieu. » Tel es: 1 -ffet le point fondamental de l'erreur, qu'on tint encore dans la secte, après avoir abandonné tous les autres. li ÿ «onstitua la doctrine propre des Semi-pélagiens, qui, anéantissant le mystère de la prédestination, attribuîrent le commencement du salut aux forces de la nature.
260 HISTOINREÉ GÉNÉRALE (An 418)
La profonde doctrine et la célébrité d'Augustin n'effrayèrent pas le jeune évêque d'Eclane, Julien, avec du mérite, mais infiniment plus de témérité et de présomption , se jugea capable de faire tête lui seul à cet illustre athlète. Les plus grands motifs animuient son ardeur. Il se représentait la guerre comme terminée, et le plus glorieux triomphe assuré, tant à: p1r'i qu'à sa personne, s'il lui arrivait de vaincre l'évêque d'Hippose; et s’il était vaincu, il se consolait par la considération des éminentes qualités du vainqueur.
Mais la bonne opinion qu'il avait de lui-même ne lui permettait guère de douter de l’heureuse issue du combat. Déjà il donnait à son antagoniste le nom de Goliath; et il s'appelait un nouveau David qui, en le terrassant, allait faire tricuspher au vraie religion des blasphémateurs du maître de la nature et de ses plus dignes ouvrages. Toutes les productions de Julien portaient cette empreinte d'orguei! et d'arrogance. Sa plume ne se lassait pas de distiller le fiel et le venin, non-seulement sur la personne du saint docteur, mais sur toute l'Eglise, qu’il accusait d'ignorance, de précipitation et d'iniquité dans la condamnation des dogmes et des chefs du parti de Pélage. Toujours il se plaignait qu'on les eût proscrits, sans convoquer un concile œcuménique; sa vanité lui faisant ambitionner de voir l'Eglise en corps s'occuper de lui, et de l'agiter, s’il ne pouvait la renverser. Il n'était pas moins flatté par les espérances qu'il fondait sur une longue indécision, sur les délais nécessaires pour la célébration d'un concile, sur la fermentation des esprits et les désordres inévitables pendant l'absencè des pasteurs.
Malgré la supériorité si marquée du mérite aussi bien que de
l'âge et de la renommée, Augustin répondit avec une modestie exemplaire qu’il était bien éloigné de s'arroger , entre les catho liques, la gloire que Julien s’atiribuait parmi les Pélagiens, en se faisant fort de vider seul un différend de si grande importance, que pour lui-même il se regardait : peine comme un faible combattant parmi une infinité de héros opposés aux nouveautés profanes; et qu'il n'avait pas la présomption d'imaginer que sa défaite ou-sa victoire personnelle eût rien de déci if, suit en faveur, soit «u préjudice de la foi. Il entreprit néann ; dès-lors cette solide et vigoureuse réfutation qui anéantit touts les défenses de la secte; mais conne il n'avait pu encore se procurer l'ouvrage du prétomptueux sectaire, il ne mit pas la dernière main à sa réponse, qui demeura encore assez long-temps imparfaite.
Depuis quelques années, son grand ouvrage en quinze livres, touchant la Trinité, était resté dans le même état. Il l'avait entrepris pour suppléer à ce qui manquait aux écrits des Eatins sur
ME EE St ue LE
& Af
An 418) yérent infinile faire muient le plus ne, sil cu, il se nqueur.
‘mettait nnait à louveau ie reliplus dint cette t pas de du saint ince, de es et des les eût anité lui e lui, et ins flatté , sur les fermensence des
que de”
modestie ss cathos,en se bortance ; ble comtés prosa défaite eur, soit te solide à la secte; du pre-
réponse,
Le livres, ait entre-
atins sur
Hein ane
[An 418) WE L'ÉGLIST, — LiVs Hi. 261 cette sublime et profonde matière, et pour ! tilité des personnes qui ne pouvaient pas lire les auteurs grecs. 1} avait ensuite abundonné ce travail, parce qu'on lui en déroba les premiers livres presque aussitôt qu'ils furent composés. 11 profita du relâche qu'il était obligé d'accorder lui-même à Julien, pour achever et perfectionner ce traité de la Trinité, autant que les circonstances le lui permettaient, et sans trop faire de changemens à ce qui en avait été publié sans son aveu. Ù
Cet écrit passe toutefois, au moins quant au fond des choses, pour un des plus estimables de S. Augustin. Les derniers livres sont surtout dignes d'attention : ils renferment ce qu'il y a tout à la fois de plus élevé et de plus solide dans la métaphysique, particulièrement touchant la distinction de l'âme et du corps, et sur la nature des êtres spirituels. L'auteur décide nettement la question des hypostases, si célèbre entre les Grecs et les Latins, et qui n'était au fond qu'une dispute de mots, Mais, en admettant trois hypostases, il a grand soin de faire observer ce qu'on entend par là, c'est-à-dire que le terme d’hypostase, dans la bouche des Latins comme dans celle de plusieurs Grecs, ne signifie pas nature ou substance, mais subsistance ou personne,
Le traité de la Cité de Dieu en vingt-deux livres, et par conséquent le plus.long de tous les ouvrages de S. Augustin, est encore beaucoup plus important, soit à raison du choix des matières, singulièreme” * intéressantes pour le temps où il parut, soit pour l’améuité, l'éloquence, l'ordre et la méthode avec lesquels elles sont présentées. Ce fut aux plaintes insensées des païens, qui rapportaient toutes les calamités de l'Empire aux dieux irrités de la ruine de l'idolâtrie, que cet excellent ouvrage dut son existence. On a vu, dès les premiers siècles, que ces murmures avaient souvent lieu, et qu'ils étaient la cause des plus violentes persécutions. Les infidèles affectaient quelquefois de paraître scandalisés. « Les chrétiens, disaient-ils, sont enveloppés comme nous dans les maux que nous attire leur irréligion. Le Dieu qu'ils adorent, à l'exclusion de tous les autres, et qu'ils font si puissant, ne les a pas favorisés plus que nous. Ils ont été pillés , massacrés par les Barbares, réduits au plus horrible esclavage; leurs femmes et leurs filles ont enduré les mêmes. outrages. que les nôtres. » Depuis longtemps les oreilles pieuses étaient offensées de ces blasphèmes, et le zèle des personnes en place et solidement chrétiennes gémissiut de voir retarder par-là les progrès du christianisme. Le tribun Marcellin, qui s'était employé avec tant de sagesse et de succès à. la réunion des Donatistes, écrivit à S. Augustin ‘, pour l’engager.
4 Ap. Aug. Ep 136. “
262 MISTOIRR GÉNÉNALE CAn 418) à mettre une bonne fois en poudre des reproches aussi insensés qu'opiniâtres, Le saint docteur lui envoya d'abord sa grande lettre, intitulée, de la Politique, et qui roule tout entière sur l'extravagance de ces impiétés. Concevant ensuite qu'un sujet si vaste demandait quelque chose de plus, il commença son ouvrage de la Cité de Dieu, qui, à raison de mille émbarras et de mille occupations successives, ne put être achevé que plus de douze ans après, vers l'an 426.
Dès la première année qu'il y travailla, il se vit obligé de faire son traité de la Foi et des OEuvres, pour réfuter ceux qui prétendaient que la foi avec le baptême suffisait pour le salut, sans le secours des bonnes œuvres. On y voit clairement que la doctrine de l'Eglise sur cet article fut de tout temps la même qu'aujourd'hui, et que dès-lors l'interprétation arbitraire des divines Ecritures, en particulier des écrits de S. Paul, donnait lieu aux mêmes erreurs qu'en ces derniers siècles,
Pour en revenir à la Cité de Dieu, le but de l'ouvrage, qui en
a fourni le titre, est de défendre la société des enfans de Dieu contre celle des enfans du siècle, c'est-à-dire, l'Eglise contre le paganisme. À cet effet, on combat les préjugés des païens dans les dix premiers livres qui font comme la première partie de tout l'ouvrage : les douze suivans établissent la vérité de la religion chrétienne, Quoique nous ne nous soyons pas engagés à faire une analyse suivie des ouvrages des Pères, nous en devons au moins tirer les traits importans de la tradition, et surtout les points de doctrine , dont l'omission pourrait paraître suspecte. * Nous recueillerons d'abord le beau témoignage que rend notre saint docteur, tant au culte des saints qu'au sacrifice adorable de nos autels. « Jamais aucun fidèle, dit-il‘, a-t-il entendu le prêtre, même à un autel érigé à l'honneur de Dieu sur le corps d'un mar tyr, dire dans les prières : Pierre, Paul, ou Cyprien, je vous offre ce sacrifice, au lieu d'offrir à Dieu seul ce grand, ce véritable, cet unique sacrifice des Chrétiens, auquel tous les vains sacrifices ont cédé : » expressions si propres et si réfléchies de la part de ce Père, que, dans les instructions dogmatiques qu'il envoya au tribun Marcellin, il appelle encore la messe notre unique et trèsvéritable sacrifice. Il atteste même l'antiquité de quelques observances de notre liturgie, telles que les préfaces avant la célébration des saints mystères.
Il n'importe pas moins de relever le témoignage frappant que le traité de la Cite de Dieu rend à la liberté de l’homme pécheur,
‘ Lib. 8, c. 2.
fret
(Au 418) et à l'in pothèse de disp:
dont l'u:
Augusti
« Que P l'un a ve teté?»I dans leg ce que le en disan qu'ils o:
se sont souverui voulu. V et proch sévéranc sité, que c'est-à-di que les tl la néces:
quoiqu'’e mettre le Pour c gnifique ( des vrais cité, l'éru tin ,encol combine, lutions d les temps les dieux inites insé siste par sur les g ces fléaux Goths, il culte des.
blissemen Afferm d'autres g
f.Cap. 6.
(Au 418) DH L'ÉGLISE, — LIV. 31. 263 et à l'indifférence active de sa volonté. Après avoir proposé l'hypothèse de deux hommes parfaitement semblables en tout genre de dispositions, et tentés également par l'attrait de la volupté, dont l'un néanmoins succombe à la tentation et l'autre y résiste, Augustin demande la raison de ces déterminations différentes. « Que peut-on répondre de raisonnable, dit-il", si ce n'est que l'un a voulu et que l’autre n'a pas voulu violer les lois de la chasteté ? » Il est évident qu'il ne s'agit point ici de l'état d'innocence, dans lequel il n'était pas question des révoltes de la chair. C'est ce que le saint docteur confirme indirectement un peu plus bas, en disant que les bons anges ont été discernés des mauvais, parce qu'ils ont persévéré dans la bonne volonté, tandis que ceux-ci se sont pervertis, en abandonnant par une volonté perverse le souverain bien, dont ils ne se seraient pas écartés, s'ils avaient voulu. Voilà, dans ces divers états, une détermination vraiment et prochainement libre de la volonté, tant au péché qu'à la persévérance dans le bien. Telle est aussi l'explication de la nécessité, que le saint docteur dit n'être pas contraire à notre liberté, c'est-à-dire la nécessité de vouloir, supposé que nous voulions, et que les théologiens appellent nécessité conséquente ; ainsi que de la nécessité qu'une faute prévue par le Seigneur se commette, quoiqu’en laissant agir les causes secondes, il ne fasse que permettre le mal formel du péché.
Pour ce qui est du fond du traité de la Cité de Dieu, plan magnifique qui embrasse et développe toute l'économie de la société des vrais adorateurs du Très-Haut , on y admire surtout la sagacité, l'érudition, la dextérité et la justesse avec lesquelles Augustin ,encore plus admirable ici que dans ses autres ouvrages, saisit, combine, présente, manie en maître les. événemens et les révolutions de tous les âges. En parcourant l'histoire profane depuis les temps les plus obscurs de la guerre de T'roye, ik fait voir que les dieux n'ont, ni préservé, ni délivré leurs adorateurs des calamités inséparables de la condition et des passions humaines. Il insiste particulièrement sur les révolutions des guerres puniques, sur les guerres civiles de Marius et de Sylla. Puis, montrant que ces fléaux avaient été beaucoup plus affreux que les invasions des. Goths, il conclut que c'est injustement qu’on voudrait attacher au culte des dieux la prospérité de l'Empire, ou ses malheurs. à l’établissement du christianisme.
Affermissant de plus en plus ce principe, « il: y eut, poursuit-il, d'autres grands états qui furent Jong-temps en butte aux revers,
f.Cap. 6.
204 HISTUIRE GÉNÈRALE {An 418] et qui tombèrent enfin dans une entière décadence. Tels sont entre autres les fameux royaumes des Assyriens, des Perses, des Egyptiens. Donc, ou les dieux n'ont pas eu de part à leur sort, ou la protection de ces divinités est impuissante. D'un autre côté, les Juifs, qui n’adoraient qu'un seul Dieu , ont eu leur temps de gloire et de prospérité. Toutefois la grandeur des empires n'est pas l'effet du hasard ni d’un destin aveugle et impuissant. C'est donc l'ouvrage de la Providence ou de l'Être suprême qui, en disposant des plus grandes choses, suffit par son immensité au soin des plus ;'etites. Il a voulu récompenser, par des prospérités temporelles, les vertus humaines des anciens Romains, leur frugalité, leur modération, leur désintéressement personnel, leur zèle pour le bien public, la générosité de leur courage; quoique ces qualités éblouissantes fussent presque toujours l'ouvrage de l'amour-propre, qui réprimait les autres vices, mais des vices plus criminels que les vanités. Ainsi le rénumérateur tout-puissant et magnifique , qui honore jusqu'aux moindres tracés de la vertu, et qui la couronne dans la fange même dont elle est défigurée, a donné aux Romains la puissance et la domination, dans lesquelles ils faisaient -consister le bonheur; mais, de peur qu’on ne crût le culte des dieux nécessaire pour régner, le Dieu des dieux a accordé un heureux et long règne au grand Constantin, leur ennemi : par une conduite contraire, quoiqu'également sage et sainte, afin que les empereurs ne fussent pas chrétiens, précisément pour jouir des biens temporels, il a enlevé le religieux Jovien, plus vite encore que Julien l’Apostat, et, maître absolu des causes ainsi que des effets, il a fait triompher les armes du pieux Théodose, et il a permis que la vertu de Gratien fût la victime d'un tyran. »
On doit faire remarquer en passant, que les maux temporels ne sont pas toujours en cette vie des peines du péché , et que cette erreur est aussi contraire aux principes de S. Augustin, qu’au sentiment de l'Eglise qui l’a condamnée. Ce Père dit expressément que les adversités furent pour Job l'épreuve de sa vertu. « Indépendamment des fautes que commettent les hommes les plus justes, et des peines temporelles qu'ils méritent par là, le Seigneur, ajoute-til, a voulu que les biens et les maux de cette vie fussent communs aux bons et aux méchans; parce qu'il a préparé pour l'avenir des biens et des maux qui feront séparément le bonheur et le malheur des uns et des autres : économie sage, qui nous instruit en même temps du mépris que Dieu fait et qu'on doit faire des biens de cette vie, à cause de l’indignité de ceux à qui il les abandonne. C'est ainsi qu'il n’a pas voulu donner lieu aux
Aa 418] ls sont es, des 7 sort, e côté, mps de es n'est t. C'est qui, en isité au spérités ur fruel, leur quoique rage de ces plus ssant et ertu, et urée, à squelles crût le x a aceur ensage et préciséeux Josolu des u pieux victime
orels ne e cette h’au senssément
« Indees plus eigneur,
fussent ré pour bonheur ui nous on doit
à qui il eu ur
A PA SRE Ga eee ef